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 Tribulations au Palais Aranalda

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MessageSujet: Tribulations au Palais Aranalda   Dim 22 Aoû - 21:09

Caranthir faisait les cents pas dans son bureau. Il s'était levé, comme à ses habitudes aux aurores. Il avait bu le thé du petit-déjeuner qu'on lui avait posé sur la table à manger dans sa chambre un peu plus tôt, et avait en même temps regardé par ses fenêtres ouvertes. Il s'était ensuite jeté sous un jet chaud, presque bouillant, pendant à peine cinq minutes avant d'en être précipitamment extirpé par le même serviteur. Bougonnant, il s'était à peine séché et avait enfilé sa tenue du jour avec difficulté, heureusement il ne s'était pas lavé les cheveux.
Il avait été conduit par le serviteur jusqu'à la chambre de son fils, il s'y était attendu évidemment, et avait assisté à la fin d'une fort grande dispute entre son fils et son intendant. Caranthir avait fortement soupiré en roulant ses yeux au ciel et avait invoqué Ning lui demandant de bien vouloir lui donner la force, n'importe laquelle, du moment qu'il restait calme.
Bon en vérité voir le dos de l'intendant(e) ne l'embêtait pas plus que ça, ce n'était pas en refilant le bébé à quelqu'un d'autre qu'il réussirait à faire quelque chose de son fils. En attendant Lyuden allait à Dangweth, ce qui voulait dire qu'il allait surement autant embêter son grand-père qu'il ne le faisait lui. Ajite, enfin Hélisa, profitait de la situation pour définitivement jeter l'éponge. Henri avait bien tenté de la convaincre de rester mais il semblait que c'était peine perdue. Caranthir s'était ensuite enfermé dans son bureau où il peinait à travailler, d'où son présent état et le fait qu'il faisait les cents pas. Il lui semblait vraiment avoir passé les vingt dernières années avec un mal de tête la taille des gorges de Dragica.

Caranthir s'asseya peu gracieusement dans son siège près de la fenêtre, le front plissé et un tantinet énervé. S'il avait pu se le permettre il serrait allé voir son père avant de lui mettre Lyuden dans les pattes, ça lui aurait permis d'un peu lui parler, de père à père, et puis ça faisait longtemps. Mais il allait devoir à la place se satisfaire de la visite d'une de ses sœurs, préférablement Andrella avec laquelle il avait le plus d'atomes crochus. Et qui faisait des massages divins aussi.
Caranthir se pinça l'arrête du nez pendant un très long moment, priant pour que tous les problèmes disparaissent d'un seul coup, comme par miracle. A la place il entendit discrètement un serviteur rentrer et sortir, puis le parfum d'un thé elfique lui chatouilla les narines. Pas exactement ce qu'il voulait, mais c'était un bon début.
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MessageSujet: Re: Tribulations au Palais Aranalda   Ven 19 Nov - 23:44

Une matinée fraîche sous les Géants Gris de Celebalda. Ligeia s'était éveillée avec le son de l'eau, une petite fontaine, constituée d'une coupelle en pierre sombre, et d'une sphère de pierre roulant sur elle même, pour agiter l'eau, qui tourbillonnait doucement autour, était son réveil matin depuis des années.
C'était là le premier instrument qu'elle avait ensorcelé avec ses pouvoirs d'élémentaliste. Elle s'était installée sur le balcon des appartements qu'on lui avait attribués, en simple déshabillé, sa chevelure d'ébène encore indisciplinée par le sommeil.
Une servante attachée à son service, vint poser un plateau. L'odeur du pain frai réveilla l'estomac de la prêtresse, qui quitta son balcon, et sa superbe vue. Un petit déjeuné salé, pour elle. Pain frai croustillant, et fromage aux herbes, ainsi que tomates cerises, croquantes et juteuses. Et une bonne tasse de thé des productions de Dangweth pour faire passer le tout.
La sidhe s'était en suite apprêtée convenablement...

Ligeia avait été reçue à Aranalda quelques semaines plus tôt. Pour entrer au palais, elle s'était faite passer pour la nièce d'un sidhe vivant à la cour. Un autre Corbeau, au courant des préoccupations de la Branche Mère. Elle n'avait eu que de brefs contacts avec lui, parce qu'adorant la chasse, son sidheux d'oncle n'avait que peu de temps à lui consacrer.
N'ayant que peu d'affinités avec celui-ci, elle avait d'abord entreprit de prendre le pouls de la citée. Celebalda semblait bien se porter. Dans le palais, s'était une autre histoire. Servantes enceintes jusqu'aux yeux, intendant vert de rage, nobles chuchotant... Et un roi accablé par son fils. Voila qui n'avait rien de rassurant. Le prince Lyuden était un coureur de jupons, et Ligeia apprit qu'on faisait discrètement partir les servantes au ventre rond, à Dangweth, ou bien au Sanctuaire d'Or Blanc, afin d'éviter les scandales. Mais les méfaits du royal héritier ne s'arrêtait pas là. Troubles lors de banquets, querelles incessantes... qu'était incapable d'endiguer son royal père.
Royal père qui devait avoir d'autres soucis à l'approche du Conseil Annuel des Contrées, qui se tiendrait, comme chaque année, à Fainros. Royal figure... qui avait décidé d'envoyer son fils à Dangweth, sous la garde de la famille Silves.
Une décision que Ligeia avait trouvé surprenante. D'autant plus que le prince s'y pliait de bonne grâce.
Ligeia avait envoyé un Corbeau à la Branche Mère, faisant état de la situation, qui venait visiblement de s'améliorer. Elle n'avait pu approcher le roi Caranthir qu'une ou deux fois, et seulement lors des banquets. Impossible pour elle, en si peu de temps, de rentrer dans les confidences de sa Majesté. La Branche Mère le savait bien, et le désagrégation de la noblesse de Celebalda semblait pouvoir être endiguée, et même largement surmontée.
Pourtant, Ligeia avait des doutes. Pas sur le fait que tout pouvait encore changer, mais sur les motivations de Crow, qui était une des têtes pensantes de leurs Ordre. Elle trouvait étrange, qu'elle doive y aller de façon sournoise, et non franche, comme l'avaient toujours fait les Corvus Corax, quand ils estimaient qu'un problème devait être réglé. Mais... Crow avait raison, quand elle réfléchissait.

Les Corvus Corax avait perdu en puissance, et surtout en manifestation depuis quelques années. A part quelques missions, commanditées par les grands de ce monde, qui payaient grassement. En général, les Corbeaux n'avaient pas bonne réputation, on retenait plutôt les faits d'armes sanglants qu'ils avaient pu perpétrés par le passé, déferlant comme des nuées sur les contrées. En revanche, on se souvenait peu des rois que les Corvus avaient mis sur les trônes, et qui avaient gouverné avec équité... Ou les conseillers qui avaient aidé des royaumes à se relever.
Ligeia sentit comme une douce amertume dans sa bouche. Elle préféra chasser ses sombres pensées, et sortir de ses appartements, avant d'avoir l'impression d'étouffer.

Elle se coiffa, et mit le voile de son ordre, qui était tout aussi peu strict que sa tenue de prêtresse. Elle vérifia la tenue de ses bas noirs, et sortit, laissant là le plateau de son petit déjeuné, qui aurait disparu à son retour.
Les couloirs du palais avaient une couleur magnifique de bois naturel, brillant doucement à la lumière du jour. Ses pas raisonnèrent, jusqu'à ce qu'elle gagne un lieu plus fréquenté. Elle dut passer par une des allées principales, déjà bondées de quémandeurs, nobles, et marchands, serviteurs vaquant à leurs tâches, et estafettes pressées.
Comme chaque matin, depuis qu'elle était arrivée -ou presque- Ligeia se rendait dans les Jardins. Moins grands que les Jardins Suspendus, ceux du palais redoublaient pourtant de spécimens divers et variés, rares ou bien populaires... Et surtout, il y avait un petit coin, avec des bassins, et de l'eau qui frémissant et glougloutant la ravissait. L'endroit était généralement désert, elle profitait d'être seule, pour s'entrainer un peu à la manipulation du liquide.
Comme à sa nouvelle habitude, elle retira ses bottes, et se plaça au bord d'un des bassins.
Se forçant à oublier le lieu dans lequel elle se trouvait, elle en appela à sa concentration, et trouva rapidement le point qui se trouvait dans la paume de sa main. Enfant, son maître lui avait appris à concentrer en fixant une goutte d'eau dessinée à l'encre au centre de sa paume. Le geste souple et fluide, elle fit sortir un peu d'eau du bassin, faisant faire des figures à l'eau, qui sous la forme d'un fouet, tourbillonna, soleil aquatique, qui se hérissa de piques, sur lesquelles poussèrent des fleurs...
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MessageSujet: Re: Tribulations au Palais Aranalda   Sam 20 Nov - 8:51

Caranthir draina sa tasse de thé avec aussi peu de conviction que tout ce qu’il avait fait d’autre depuis son réveil. Sa tasse avait à peine retrouvé sa soucoupe qu’il quittait son bureau et prit le chemin de la salle du trône, il était encore assez tôt pour que la plupart des nobles d’Aranalda ne soient pas encore de sortie dan les couloirs. Seuls les serviteurs croisèrent son chemin et quelques lève-tôts ça et là qui le saluaient au passage.
Depuis la commotion plus tôt, rien ne lui avait été signalé, ce dont Caranthir ne pouvait que se réjouir. Mais il connaissait son fils, celui-ci n’avait fait aucun commentaire sur son départ imminent pour Dangweth, ce qui ne pouvait vouloir dire que ça viendrait assez tôt. Évidemment la seule personne qu’il voulait éviter de bon matin s’avéra être exactement là où il croyait être tranquille. Fort heureusement la salle du trône était bien vide, sauf pour eux deux.
Caranthir s’avança d’un pas déterminé et le visage aussi inexpressif qu’une tombe. Le bruit de ses bottes sur le sol tira Lyuden de sa contemplation quel qu’elle fût, avachi comme il l’était dans le trône de son père.
-Pas le plus confortable des sièges pour dormir, remarqua Caranthir, est-ce que ça avait un intérêt quelconque ?
-Je ne fais rien sans but précis, répondit Lyuden du tac au tac.
Les deux goupils s’affrontèrent du regard et la bouche de Caranthir se torda dédaigneusement.
-Ce que tu fais c’est ton affaire, comme toujours. Moi ça fait des années que je n’essaye plus de comprendre ce qui se passe dans ta tête. Il fit un geste de la main. Lève-toi de là, Lyuden. Tu ne lui convient pas encore.
L’insulte était délibéré et Caranthir vit un bref instant qu’il avait frappé où il fallait, Lyuden s’en mordait la langue mais ne pipa mot. C’était toujours le même manège, le même jeu, entre eux. Les enjeux étant qui arriverait à dominer qui. Caranthir était le vieux goupil, Lyuden le jeune, et un jour le vieux rendrait l’âme mais pas encore.
-Peut-être que je lui convient mieux que tu ne le penses, Lyuden tambourina ses doigts sur l’accoudoir.
-Lève-toi de là, répéta Caranthir, où je t’en enlève moi-même.
Dans ses yeux verts Caranthir lût qu’il considérait la chose calmement, mais pour finir Lyuden se leva avec élégance, le salua de façon formelle et élaborée, et se tourna pour partir. Caranthir le rattrapa par le bras avant qu’il n’aille plus loin.
-Combien de temps, grinça-t-il, cette comédie que nous jouons ? Ou est-ce une tragédie ?
-Une tragédie, sire. Ces murs pourraient-ils abriter autre chose ?
Lyuden arborait un sourire trop narquois à son goût et les lèvres de Caranthir se compressèrent en une fine et dure ligne.
-Ce que ces murs abritent aujourd’hui je ne saurais te dire, mais ce qu’ils abritaient avant je le sais et te le dit : de plus grand hommes que toi, et pourtant ce n’étaient que des serviteurs.
-Des insultes, messire ? Lyuden arracha son bras des doigts crispés de son père.
-Je ne t’offre ni plus ni moins que ce que tu mérites. Par les dieux Lyuden, quand te décideras-tu à grandir ?
-Ne suis-je pas un homme ? Demanda Lyuden en écartant les bras.
-Non, rétorqua Caranthir avec froideur, tu n’es qu’un enfant qui a plus de taille que de raison. Ta rancune et ta méchanceté font du mal à ce royaume.
-Le royaume n’a rien à voir avec ça !
-Si, bien sûr que si. Combien de bagarres, de combats, as-tu seulement causé ? Combien de personnes as-tu combattu -blessé- par ce qu’ils étaient la proie de ta colère ? Combien de bâtards as-tu engendré, dûment envoyé à Dangweth où tu n’as pas besoin de t’en préoccuper ? Combien d’hommes sont morts en ton nom, parce qu’il fallait bien te protéger de toi-même ?
-Aucun !
-Si, quatre. Mais tu es tellement occupé à fourrer ta bite dans tout ce qui bouge que tu ne te préoccupe de rien.
-Ce n’était pas ma faute ! Si tu ne les envoyaient pas à ma poursuite comme des loups sur un renard-! Lyuden le fusilla du regard. Rappelle tes chiens et aucun autre ne mourra !
-Les tueras-tu si je ne le fais pas ? Rétorqua Caranthir, implacable.
Lyuden avais l’air horrifié, une expression que Caranthir n’avait lui avait pas vu depuis qu’il était petit et venait se réfugier dans son lit en pleine nuit. Ces souvenirs là étaient douloureux.
-Tu, tu me crois capable de meurtre ?
-Aye, répondit-il posément, je t’en crois tout à fait capable. Tu as travaillé assidûment et laborieusement à me faire croire que tu es capable de tout.
-Me détestes-tu donc tant ? Lyuden expira avec un rire incrédule, ses yeux se perdant quelque part au-delà de l’épaule de Caranthir.
-Un homme doit-il en détester un autre pour le savoir capable de choses qu’un autre homme est, lui, incapable de faire ? Caranthir soupira et secoua la tête. Non, je ne te déteste pas. Je te connais mieux que tu ne le crois, et pourquoi tu es aujourd’hui le fantôme de qui tu étais. Je ne peux le comprendre, mais j’ai conscience de la raison.
-Tu crois ça, père ? Tu n’es pas moi.
-Grand Dieux, non ! Caranthir haussa les épaules comme s’il se délestait d’un poids gênant. Tu n’es pas aussi fort que tu le crois, je le vois en toi Lyuden. L’opinion des autres t’importe plus que tu ne voudrais, seulement tu ne te permet pas de t’en importuner. Tu te bats avec toi-même, me crois-tu aveugle ? Je vois bien que deux hommes habitent cette âme.
-Tu ne peux pas compren…
-Bien sûr que si ! Je sais ce qui t’anime, je sais ce qui fait de toi ce que tu es. Seulement je préfèrerais que tu ne laisse pas cette partie là t’animer. Ça te fais plus de mal que de bien.
-Je peux vivre avec ce que je suis.
-Le peux-tu vraiment ? Peux-tu cohabiter avec ces deux hommes ? Ou dois-tu détruire l’un des deux pour laisser l’autre vivre ?
-C’est ce que j’ai voulu. Ce que j’ai décidé. Je suis qui je suis.
-As-tu réponse à tout ? Et aucune honte ?
-Non, aucune. Ma mère en revanche…
Caranthir soupira excédé, se retenant de s’assoir. Il planta fermement ses yeux dans ceux de Lyuden, à deux doigts de laisser sans colère le dominer.
-Pas encore. Nous avons déjà eu cette conversation.
-Oui, de nombreuses fois. Sur les raisons obscures pour lesquelles la Reine disparue ne veut pas voir sa progéniture. Je le sais, mais je ne l’accepterais que quand elle me l’aura dit en face. On croirait que c’est elle qui te contrôle et non le contraire vu tous les refus qu’elle t’as retourné à chaque demande de visite. Moi je sais qui de vous deux devrais avoir l’ascendant.
Caranthir explosa enfin, comme l’avait cherché Lyuden, ils le savaient tous les deux. Mais ce dernier ne s’attendait pas à l’entendre utiliser de tels propos.
-Va, donc. Va dans les tavernes te saouler jusqu’à plus soif. Va voir les vendeuses de charme et engendre tous les bâtards qu’il te plaira pour les abandonner comme ta mère l’as fait, se demandant quel genre d’homme tu es pour déserter un enfant. Met ta vie en péril si tu le souhaite, je m’en moque. Tu es l’héritier pour le moment, mais s’il faut j’en trouverais un autre. Maintenant, dehors.
Etonnement Lyuden ne se fit pas prier, pendant un bref instant Caranthir avait lu une certaine incrédulité sur son visage avant que ce soit vite masqué par de l’indifférence. Le jeune goupil avait alors déclaré sa soumission en baissant le regard et le saluant un peu gauchement avant de sortir.
Caranthir se laissa tomber sur son trône, et y resta prostré de longues minutes le menton dans une main et le regard perdu dans le vide. Non content d’avoir gagné cette joute, il avait présenté le fond de sa pensée à haute voix. Il se leva et prit la direction des jardins. Est-ce que ça avait été une erreur ? Aucun moyen de le savoir pour l’instant, mais les choses avaient étés dites.
Il se trouva rapidement au jardin du palais, havre de paix dont il avait bien besoin. Il se débarrassa raidement de ses bottes et de sa veste, et toutes les fioritures. En simple pantalon et chemise il se dirigea vers le petit temple du palais dédié aux dieux, un petit ouvrage d’une exceptionnelle beauté ou il allait prier en toute quiétude et à toutes heures.
Mais avant qu’il n’y arrive son attention fut captivée par les bruits venant du bassin, les bruits de l’eau étaient trop forts pour être ceux d’une autre frémissante. Caranthir se dirigea donc par là et fut accueillit par une ravissante scène. Tel une fontaine incroyable, l’eau s’élevait du bassin et se rassemblait, coulait dans des formes sinueuses et délicates. Tantôt des fleurs bourgeonnaient, éclataient puis se résorbaient pour recommencer et la masse ronde au centre se mouvait comme une créature translucide. C’était si simple et à la fois si beau qu’il ne fit tout d’abord pas attention à la jeune femme qui s’exerçait à créer ce spectacle, mais quand il arracha ses yeux à la contemplation de l’eau il s'aperçu qu’elle le regardait comme si elle hésitait à continuer ou à arrêter.
-Ignorez-moi. Continuez, si vous en avez envie.
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MessageSujet: Re: Tribulations au Palais Aranalda   Ven 14 Jan - 22:47

Le geste fluide, laisser l'énergie courir, sortir, être souple, et savoir suivre le mouvement imprimé par le courant. Glisser d'un pied sur l'autre, ne jamais casser l'ensemble. Ligeia exécutait chaque geste appris ou inventé, l'eau se fit jardins fleuris, fauves à la course souple, chevaux fougueux, doigts d'une main explosant pour former une corole d'où sortirent des sphères qui se transformèrent en fées... L'eau retombait, remontait, se dessinant à chaque mouvement, qu'imprimait la volonté de la Sidhe. Volonté tempérée par la souplesse de l'élément.
Elle sentait sa chevelure et son voile battre régulièrement ses reins, ses pieds appréciant le moelleux de l'herbe un peu arrosée. Le sourire s'épanouit doucement sur ses lèvres peintes de pourpre. Ligeia en oublia presque la raison de sa présence ici. Elle pivota, tournant, soulevant les pans de sa robe, déjà largement fendus. C'est en faisant un tour sur elle même, qu'elle s'immobilisa, et les mouvements de l'eau avec elle.
Dans l'herbe se tenait un elfe aux cheveux roux, vêtu plutôt simplement. Elle resta interdite un moment. Ce n'est qu'une fois qu'il ouvrit la bouche, qu'elle put le reconnaitre. Pour ne l'avoir vu que de loin, assis sur le trône, et vêtu somptueusement... Elle n'aurait jamais cru qu'un roi se tenait devant elle.
Le Corbeau respira à fond.
Que devait-elle faire ? Lui balancer l'eau à la tronche, et fuir ? Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il soit là, si près, sans le moindre courtisan, garde, valet. Là, dans une tenue des plus simples, cheveux aux vents. Que faire ? Que dire ?
Rien sans doute. Il ne la connaissait pas. Et elle, sa mission était de l'approcher, de gagner sa confiance au point d'avoir quelque influence. Et d'user de cette influence pour remettre l'Inwerin d'aplomb. Sauf que visiblement, Caranthir avait décidé seul d'agir. Le prince héritier se faisait expédier ce jour même, pour Dangweth, la résidence des Silves. Famille fort peu connue pour sa grande douceur et son faste. Henri Silves était peut être un peu dépravé, mais ce n'était pas l'homme le plus affable. Bien au contraire.

L'eau derrière fut secouée d'un frémissement. Elle perdait peu à peu sa concentration, et son emprise sur l'élément, qui était de nature indomptable. L'eau était patiente. L'eau finissait toujours par trouver son chemin. Même les pierres les plus solides finissaient par se rendre sous son assaut. L'eau trouvait aussi son chemin. Toujours. Ligeia avait toujours su retrouver le chemin de ses proies, avant des les noyer.
Et la patience, elle connaissait. L'observation aussi. Et le roi de l'Inwerin, bien qu'il ne soit pas insensible à leurs charmes, se lassaient vites des bécasses cherchant à prendre la place de la seule et unique reine qu'ai connu l'Inwerin. La mère de Lyuden avait pourtant abandonné la Cour, son fils et son mari, juste après la naissance de son fils. On disait même qu'elle refusait de le voir, et qu'elle refusait aussi parfois, de voir le roi. Alors ses dames, jeunes ou vieilles rivalisaient pour gagner le coeur du monarque. Et si parfois, elles gagnaient son lit, elles en sortaient aussi vite, et terminé.
Ligeia se contenta d'une inclinaison du buste, ses mains jointes en triangle, à la mode Fendasséenne. L'eau reproduisant le triangle derrière elle.
La Sidhe se retourna, et continua. Le triangle s'irisa de plantes grimpantes, en bourgeons, puis en fleurs, s'ouvrant sur des oiseaux. Oiseaux tombant en pluie, arrosant le bassin, d'où s'élevèrent plusieurs sphères, qui se changèrent en chatons joueurs, pour mieux devenir un fauve paressant, la queue battant doucement. Fauve qui s'ébroua après s'être étiré, pour venir flâner autour d'elle, avant de plonger dans l'eau. En ressortit un dragon, et quand celui-ci tourna vers son spectateur sa tête, de sa bouche jaillirent des flammes humides, qui tombèrent en fines gouttes, le dragon replia alors ses ailes, et s'enfonça dans l'eau, qui retomba dans le bassin.
Ligeia abaissa les bras, ressentant l'effort qu'elle avait dû fournir. Si elle était attaqué maintenant, elle n'aurait peut être pas assez de force pour se défendre avec sa main de pouvoir. Pas avant d'avoir récupérer un peu. Enfin, elle n'était pas non plus démunie. Ses stylets au métal froid contre sa peau, lui donnait la sensation chaleureuse de la sécurité. Elle reprit ses chaussures, se baissant pour les ramasser. Elle se releva, et s'inclina pour dire au revoir.
Elle n'allait pas non plus, lui arriver dessus, et le secouer comme un prunier. Ligeia soupira, et se contenta d'enfiler ses bottines. Comment une prêtresse, sans grande noblesse pourrait se permettre d'approcher le roi ? Crow et les croulants du conseil avaient dû boire plus que de raison, le jour où il avait décidé qu'elle ferait l'affaire. Et qu'elle pourrait devenir proche de Caranthir. Elle avait pu constater qu'il n'était proche de personne, et ce en l'espace de trois jours. Et pour l'instant, il semblait ne plus aller droit dans le mur, en expédiant son héritier se faire mettre un peu de plomb dans la cervelle ailleurs, et loin de la Cour surtout. Dangweth, c'était loin d'être le bout du monde, et isolé, mais il y avait moins de monde.
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