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 Geneus, dit Ciar.

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Geneus
Assassin
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Nombre de messages : 24
Date d'inscription : 29/12/2008

MessageSujet: Geneus, dit Ciar.   Mar 8 Aoû - 18:28

I - Identité

NOM, PRÉNOMS, SURNOMS : Geneus, également connu sous le nom de Ciar.


AGE : Plus de cinquante ans.
CASTE/MÉTIERS : Aubergiste, ancien assassin.
PEUPLE : Svart.
SEXE : Homme.


II - Description


o PHYSIQUE :

Geneus mesure plus d’un mètre quatre-vingt. Il donne l’impression d’être un peu plus grand car il est élancé et sa musculature est certes présente mais sèche, donc peu volumineuse. Ses cheveux sont longs, soyeux et d’un noir profond, typiquement mornien. Il les garde le plus souvent soit lâchés ou attachés en une longue tresse. Ils encadrent un visage ovale, avec une mâchoire un peu carrée, et un nez droit. Ses yeux en amande sont de couleur noire et semble assez froid, tout comme sa bouche aux lèvres fines sont toujours fermées dans une expression neutre.
Au niveau de ses choix vestimentaire, l’ancien assassin a gardé ses habitudes. Il se vêt toujours de couleurs sombres, plus généralement du noir ou du gris, portant la plupart du temps des tuniques de style mornien aux manches évasées, ainsi que des pantalons assortit. Il porte quelques fois des kimonos sans aucun motif extravagant en public, possédant tout de même une ou de pièces ornées de grues et de tigres. Il fermera tuniques et kimonos à l’aide d’une ceinture de tissu qui peut quelque fois être légèrement colorée, grâce à Skye qui lui en a offert quelques-unes.


o CARACTÈRE :

L’ancien assassin apparaît froid, fermé et insensible. Ne montrant aucune expression, il est impossible de savoir s’il est heureux, content, ennuyé, quoi qu’ennuyé il peut le paraître en permanence. Beaucoup le pense simplement hautain et imbu de sa personne au point qu’il ne daigne pas afficher une seule expression. La vérité est simple : on lui a appris à n’afficher aucune émotion depuis qu’il est jeune et il a dût refouler toute trace de sentiment vis-à-vis de son ancien travail ce qui le rend aussi sombre que ses yeux et sa chevelure. Il est d’une nature calme et calculatrice, ne prenant pas de décision à la légère. Il est plus altruiste qu’il n’y paraît, surtout vis-à-vis des gens qu’il estime beaucoup.
Capable de beaucoup de patience, il a aussi des moments de passions dans l’intimité qui contrastent assez avec son aspect habituel. Le svart est observateur, analysant toujours les gens ou les situations pour se préparer à toutes éventualités. Quelques fois ses observations le font passer pour une sorte de devin aux yeux de ses proches, surtout quand il se met à rentrer le linge en disant qu’il va pleuvoir alors que le ciel est d’un bleu limpide.


o ARMEMENT :  

Bien qu’il n’exerce plus le métier d’assassin, Geneus a toujours sur lui de quoi se défendre. Si ce ne sont pas simplement ses poings, ce sont des lames, des aiguilles enduites, qu’il dissimule sur lui. Mais depuis que Skye a ouvert l’auberge, il n’en a jamais vraiment eu besoin, seules ses mains ont suffi jusque lors. Il a aussi à sa disposition un grand nombre de poisons, antidote, narcotiques qu’il fabrique dans sa chambre changée en un petit laboratoire.

o POUVOIRS :

S’il n’a pas de pouvoir phénoménal, Geneus est un touche à tout. Il sait faire un peu de télékinésie, protéger son esprit contre toute intrusion, quelques tours de disparition et d’apparition. Il connait la magie élémentale, et notamment celle de la foudre, qu’il maîtrise mieux que les autre grâce au tatouage complexe qu’il a sur le front. L’emplacement n’a pas été choisi par hasard, la tête étant l’endroit où l’électricité parcourant le corps humain est la plus présente.

o PASSIONS & PHOBIES :

Quand on connait l’ancien assassin, on s’aperçoit qu’il aime pas mal de choses, touchant toujours de près ou de loin à son passé. Il aime les livres, que ce soit des livres sérieux traitant de science, de magie ou d’Histoire, ou bien de romans. Il possède une bibliothèque riche, traitant de beaucoup de sujet et qu’il entretien avec soin. Il possède aussi des ustensiles de chimie, étant capable de créer des potions de toutes sortes, comme des poisons et leurs antidotes. Il s’essaye un peu à l’alchimie quelques fois, mais ne préfère pas trop jouer avec cet art qui nécessite un sacrifice équivalent à la puissance du sortilège lancé. Il a une relation toute particulière avec Skye, l’aimant plus que de raison, mais ne sachant pas trop dire s’ils sont amants, compagnons, ou de trop proches amis. Ils ne se sont jamais concertés sur se points. Ce qui est sûr, c’est qu’il l’aime, même si il déteste qu’elle se prostitue encore quelques fois, devenant un véritable mur de glace dans ces moment-là, même pour elle. Il a appris à apprécier Letty, voyant un peu de lui enfant dans l’adolescent qui s’était avéré plutôt curieux et assidu dans son apprentissage.
Ses peurs, c’est une autre histoire, il n’en parle quasiment jamais et ne les laisse pas filtrer. Les seules personnes au courant sont son ancienne mentor, Ankita, et Skye, et ses peurs ne sont pas si extraordinaires. Il a peur de ne pas réussir à protéger ou sauver ceux qu’il aime, que ce soit de la mort ou d’une situation donnée. Il revoit quelques fois Sunan ne respirant plus dans le dos de sa mère, la gorge et les lèvres bleues, ses yeux entrouverts, et considère toujours sa mort comme étant de sa faute.



III - Histoire


Il faisait nuit depuis quelques heures déjà et le maître venait lui-même la chercher, titubant un peu, l’haleine avinée et les propos tout de même cohérents. Mayumi n’avait pas fermée la porte d’entrée de l’espèce de cabane qu’ils habitaient et se maudissait à présent de ne pas l’avoir fait. Il était entré et avait beuglé son prénom, lui ordonnant de venir immédiatement, réveillant toute la maisonnée qui dormait dans la même pièce. Elle avait cru que c’était parce qu’il avait renversé ou cassé des choses dans la maison, il venait la chercher pour faire le ménage, alors elle était sorti du lit, rassurant ses enfants, et allait enfiler une robe de chambre pour se rendre dans la pièce à côté. Elle ne s’était pas attendue à ce que la porte s’ouvre brusquement alors qu’elle allait l’ouvrir, donnant sur le maître. Ce dernier la saisit par la taille, l’entraînant contre lui lui faisant sentir à quel point il avait bu et à quel point il avait envie d’elle, là maintenant.
D’abord surprise, Mayumi tenta de le repousser alors que la main de l’ivrogne tirait sur la bretelle de sa robe de nuit, dévoilant son sein qui fut rapidement enserré par la main alors que son maître sentait ses cheveux et son cou. La svart eu l’impression qu’il lui broyait le sein, elle eut un cri de douleur et lui un râle rauque de bête en rut. Il la fit reculer et tomber sur le lit sans plus de cérémonie, relevant le bas de sa robe alors que son pénis sortait déjà de son pantalon, qu’il avait ouvert par avance. Dans sa chute elle frappa sa fille, qui se mit à pleurer et dont les pleurs redoublèrent en voyant l’expression terrifiée de sa mère. La femme se reprit, retenant ses propres larmes alors qu’elle sentait l’homme entrer en elle, la déchirant et la brûlant, elle caressa la joue de sa fille, essayant de la consoler, de la calmer malgré les assauts brutaux qu’elle subissait. Elle rechercha son fils des yeux. Il n’était plus sur le lit, elle ne l’entendait pas, elle ne le voyait pas. Elle tenta de se relever pour le chercher des yeux, mais le maître la plaqua contre le lit en s’allongeant encore plus sur elle et il lui lécha goulûment un sein. Quand la petite se remit à pleurer de plus belle, l’homme se tourna vers elle avec un air à faire peur. Complètement ivre il lui hurla dessus, sans cesser de cribler sa mère de coup de buttoir plus brutaux et violent les uns que les autres, et finit par agripper le cou de l’enfant, serrant pour la faire taire et étouffer ses pleurs. Mayumi hurla et frappa alors de toutes ses forces son maître pour qu’il lâche sa fille, le griffant, et finit même par lui mordre le bras. Il lâcha la petite, qui n’arrivait pas à reprendre son souffle et enserra le cou de Mayumi de ses mains. La femme commença à manquer d’air, sentant ses sens s’engourdir quand une explosion retenti. La poigne du maître se fit moins présente et il s’effondra sur elle.
La svart fit un effort pour le repousser, le laissant choir à terre et vit alors son fils, un pistolet fumant entre les mains, le visage assombrit par de la haine et du dégoût. Ce n’était pas la première fois que son maître abusait d’elle, elle ne s’était jamais plainte les autres fois et soupçonnait son fils de le savoir, mais il n’était jamais venu jusque chez elle pour la violer devant ses enfants. Ses larmes coulèrent seules alors qu’elle se tournait vers sa fille qui respirait difficilement, sifflant à chaque inspiration et expiration. Son fils vint devant le cadavre du maître, l’éprouva du bout du pied et frappa la tête à plusieurs reprises l’écrasant, sans cri, sans pleur, juste avec une haine vénéneuse dans le regard. Elle l’arrêta alors que le sang commençait à se répandre sur le sol.

-Il faut qu’on parte… Il faut qu’on s’en aille avant qu’ils ne le trouvent ici ! Prends tes affaires et celles de ta sœur vite !

Mayumi prit un drap qu’elle coupa en deux et sangla sa petite fille dans son dos, inquiète de l’entendre toujours respirer en sifflant. Elle se dépêcha de prendre quelques affaires pour elle et de la nourriture et quelques affaires dans la cuisine. Le petit groupe se rendit alors aux écuries de la maison, passant sans bruit devant le palefrenier qui dormait devant le bâtiment. Le cheval sellé,  la svart fit monter son fils dessus, lui confiant les sacs et fit sortir le cheval au pas et par derrière, ne réveillant pas l’homme endormit devant. Au bout de quelques mètres, elle monta à son tour et fit s’en aller l’animal, le faisant chevaucher le plus loin possible.
Le matin venu, sa fille avait arrêtée de respirer, n’ayant pas réussi à tenir le choc de l’étranglement de son agresseur. Mayumi eu beaucoup de mal à se résigner à la laisser, l’enterrant dans les bois et prenant le temps de graver un morceau de bois qu’elle planta dans le sol. « Sunan, 5 ans, fille et sœur aimée ». Ils restèrent devant la tombe plusieurs minutes, se serrant dans les bras l’un de l’autre, puis il fallut partir. Il lui fallait protéger son fils, il l’avait sauvée en tuant son maître et pour ça pouvait être mis à mort par les gens de la famille du défunt, alors il fallait qu’elle l’éloigne de cet endroit. Il n’avait que huit ans et avait déjà tué un homme sans remords… Alors qu’elle le faisait monter sur le cheval, il la regarda de ses yeux noirs.

-J-je suis désolé maman.

-Tu n’as fait que me défendre, c’était de la défense mon chéri, rien de plus.

-Non, pas de ça. J’aurais dû tirer plus tôt, quand il a commencé à étrangler Sunan, mais je n’ai pas réussis à bouger… Pardon.

Elle le regarda avec un mélange de peine, d’admiration et de peur. Il ne s’en voulait pas d’avoir donné la mort, mais plutôt de ne pas avoir réussi à l’avoir donné plus tôt, empêchant sa sœur de mourir. Mayumi le vit détourner les yeux, honteux et gêné, il devait penser qu’elle lui en voulait. Elle le prit dans ses bras, le faisant descendre de cheval dans le même coup et le serra très fort contre elle.

-Non Geneus, ce n’est pas ta faute et jamais je ne t’en voudrais de ne pas avoir pu tirer plus tôt. C’est moi qui aurais dû le tuer il y a longtemps, quand il a fait tuer votre père sous prétexte qu’il l’avait frappé en apprenant ce qu’il me faisait. Pardon mon chéri, pardon les enfants. J’aurais dû nous faire partir d’ici depuis longtemps…


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Geneus
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MessageSujet: Re: Geneus, dit Ciar.   Mar 8 Aoû - 18:31

Il pleuvait à verse aujourd’hui encore. Ils se tenaient l’un contre l’autre, blottit sous le parapet d’un commerce, une coutellerie. Geneus s’était endormit, elle le sentait s’agiter un peu à côté d’elle. Il avait un sommeil plutôt agité, et pas à cause de ce qu’il avait fait trois mois auparavant, mais à cause de la faim. Un homme passa alors auprès d’eux. Mayumi tendit la main, et l’implora.

-S’il vous plait, monsieur, nous n’avons pas mangé depuis trois jours, c’est pour mon fils, au moins pour mon fils…

L’homme ne s’arrêta pas pour autant, et ne lui donna rien. Mayumi replia son bras contre elle, misérable. Depuis qu’ils avaient quittés Zulbajin, ils avaient réussis à subsister difficilement. Il avait fallu se séparer de quelques affaires, notamment de celles de Sunan, ce qui avait été le plus difficile. Elle avait cru en venant à Akaash que ça s’améliorerait, qu’elle y trouverait quelques petits travaux à faire. Mais elle avait maigrit, à cause du stress, de la privation et personne n’osait employer une femme semblant un peu trop fragile. Elle n’avait pas pu se résoudre à essayer de vendre son corps, sachant que Geneus ne le supporterait sûrement pas. Ca risquait de lui rappeler ce qui s’était passé et la mort de sa petite sœur. La svart étouffa un sanglot, son cœur se serrant au souvenir de Sunan. Sa petite fille était souriante, et pleine de vie, elle n’avait pas pu beaucoup lui donner comme à son frère, mais elle les avait couvert d’amour et leur avait donné tout ce qu’elle pouvait. En revoyant un autre homme passer, elle lui demanda aussi un peu d’argent, mais ce fut une elfe qui s’approcha d’elle, et qui lui donna des pièces de cuivre. Regardant les pièces dans le creux de sa main, Mayumi sentit quelques larmes chaudes couler le long de ses joues.

-Merci, merci du fond du cœur madame, oh merci…

-De rien. J’ai vécu dans la rue moi aussi, je sais que c’est dur. En plus vous avez un enfant, c’est pire que ce que j’ai vécu…

La svart posa instinctivement une main sur la tête noire de son fils endormit, le serrant un peu plus contre elle. Ce n’était pas forcément vrai. Oui c’était plus dur, car elle devait penser pour deux plutôt que pour elle, mais sans Geneus, elle aurait sûrement laissé tomber et se serait laissé mourir. La femme s’accroupit et se rapprocha d’elle, pour lui parler plus doucement.

-Ecoutez, je m’en suis sortie grâce à un groupe. Si vous souhaitez, je peux voir pour vous y faire entrer tous les deux. Vous et votre fils trouverez là-bas un abri et à manger, en échange de services. En toute sincérité, je ne pense pas que vous puissiez faire ce que je fais, vous risquez d’avoir à nettoyer, cuisiner, réparer, peut-être même d'apporter du réconfort à des hommes et votre fils devra aider aussi quand il en aura la force. Mais ce sera mieux que vivre dans les ruelles et mourir de faim ou de maladie.

-…

Mayumi resta silencieuse quelques secondes. On lui offrait de sortir de cette situation, mais il y aurait des contreparties que son fils n’apprécierait pas. Elle remit une mèche noire en place et vit la joue un peu creuse de son garçon et son teint trop blanc. Elle ne pouvait pas le laisser dans cet état, affamé jusqu’à ce que quelqu’un daigne leur donner un peu d’argent, ou un quignon de pain. Tant pis si elle devait se vendre, travailler dur ne lui faisait pas peur et elle préférait ça, à le voir peut-être mourir, comme sa fille. Une lueur de détermination dans le regard, elle fixa son interlocutrice dans les yeux, qui comprit aussitôt.

-Je vais voir ce que je peux faire. Restez en vie, je reviendrais vous chercher dès que je le pourrais.


***

Ils avaient dû tenir trois semaines de plus, avant que la femme ne vienne les chercher. Son fils avait été très suspicieux au début, restant ancré dans une attitude défensive qui ne prit fin que lorsque Mayumi lui expliqua qu’elle avait déjà rencontré la femme et qu’elle leur offrait de sortir de la rue, et qu’elle avait déjà accepté. Ce serait mille fois mieux que de vivre dans les rues. Geneus avait alors suivit sa mère. On les amena en dehors de la ville, dans un endroit assez caché, difficile d’accès et gardé. Si elle ne le montra pas, elle avait eu un peu peur en voyant ça, peur qu’en fait elle se soit fait avoir par les belles paroles de la femme, et qu’elle les ait amenés dans un endroit pire que la rue. Ses craintes perdurèrent quand le groupe croisa quelques personnes dans le bâtiment souterrain. Aucun des hommes, aucune des femmes ne semblait être de confiance, et leurs yeux la mirent mal à l’aise.
La svart regarda Geneus. Son fils était aussi impressionné qu’elle, mais contrairement à elle, il essayait de soutenir les regards qui lui étaient lancé. Ça n’échappa pas à l’homme adossé à un mur, l'air plus affable que les autres, à qui ils furent amenés.

-Tiens donc. C’est que nous avons un petit courageux dans le lot.

Mayumi se raidit, pensant que c’était une remarque négative, elle ramena Geneus contre elle, alors qu’il lançait un regard dur à l’homme, tentant de lui faire croire qu’il n’en avait pas peur, alors qu’on lisait clairement sur son visage qu’il en était autrement. Son fils n’avait jamais su dissimuler une quelconque émotion, son visage et ses yeux le trahissant. Elle allait répondre à sa place, pour calmer le jeu, mais l’homme ne lui en laissa pas l’occasion l’interrompant alors qu’elle ouvrait la bouche.

-Rassure toi, ce n’est pas quelque chose de négatif. Au contraire petit, ne laisse jamais quelqu’un t’impressionner, soutien les regards des gens, parfois le bluff est une stratégie largement suffisante pour faire croire aux autres qu’on est bien meilleurs qu’eux. Il eut un petit rire, essayes néanmoins de ne pas afficher ta peur sur ton visage, ça gâche tout l’effet.

Son fils se contrit un peu et ne répondit pas, son contentant de baisser très légèrement les yeux. Mayumi, elle se détendit un peu, comprenant que l'attitude de son fils n'était pas dérangeante pour le moment. La femme qui les avait amenés se mit alors à côté de l’homme. Elle leur offrit un sourire qui acheva de détendre la svart.

-Je ne me suis pas présentée, je m’appelle Ankita et lui c’est Lochan.

-Et ici, c’est l’une des planques de notre "groupe". Ankita m’a dit que tu étais prête à nous rejoindre, afin de nous apporter ton aide dans ce que tu pourrais ?

-Oui, c'est exact. Nous n'avons ni maison, ni foyer où nous rendre. Je suis prête à faire n'importe quoi pour que nous ne retournions pas à la rue.

Elle sentit Geneus tourner sa tête vers elle, mais n'osa pas le regarder, de peur de lire de la déception sur son visage. Elle était prête à tout oui, elle avait tenue encore trois longues semaines en se disant qu'on viendrait la chercher elle et son fils pour leur offrir une opportunité de s'en sortir. Elle avait rêvé la nuit qu'on lui proposait des marchés plus sordides les uns que les autres et si elle les refusait, ils les renvoyaient mourir dans une ruelle. Alors elle s'était forgé une volonté de fer. Quoi que ce soit ce "groupe", quoi qu'il lui propose, elle accepterait n'importe quoi du moment que son fils puisse manger à sa faim et dormir au chaud. Lochan regarda Ankita et lui fit un signe de tête. La femme revint vers eux et regarda Geneus.

-Viens avec moi petit, je vais te montrer où vous allez dormir avec ta mère.

-Pourquoi ma mère ne vient pas.

-Parce que Lochan a besoin de lui parler seul à seul pour lui expliquer ce qu'il attend d'elle. Voilà pourquoi.

-Il peut le dire devant moi.

-Geneus, va avec Ankita d'accord ? Ce sont des affaires qui ne regardent que moi. Je te rejoins vite. Allez.

Elle eut du mal à supporter le regard accusateur et désespéré de son fils alors qu'il partait, entraîné par la main par Ankita. L'elfe ne fit pas grand cas des regards que l'enfant lui lançait, avançant vers la porte sans lui dire une seule parole. Lorsque la porte se referma sur eux, Lochan décolla du mur contre lequel il était appuyé. La svart eut un frisson. S'il avait éloigné son fils, c'était parce que le travail qu'on lui proposait était sûrement dégradant. Néanmoins le fait qu'il l'ait éloigné témoignait d'un certain tact, d'une certaine pudeur à l'égard de Mayumi. Elle appréciait qu'il n'ait pas tout dit devant son fils, qui n'était qu'un enfant, malgré ce qu'il avait fait. Il vint plus près d'elle et elle eut la volonté nécessaire pour soutenir son regard. Il avait l’air un peu moins affable qu’auparavant cependant…

-Je n'irais pas par quatre chemins. Le problème c’est que je n'ai pas besoin de dame de ménage, de cuisinière, de lavandière et quand à entrer entièrement dans notre confrérie j'ai peur que tu ne fasses pas l'affaire. J'ai accepté que tu viennes juste à la demande insistante d'Ankita, qui m'a harcelée, voulant que je vous vienne en aide à ton gosse et toi. Autant dire que j’ai pas dit oui dès le début et que je suis à deux doigts de regretter de l’avoir dit. Non, si j'accepte de t'offrir le gîte et le couvert, ce serait à la condition que n'importe qui puisse disposer de ton corps.

Elle déglutit, s'étant préparée à une annonce de ce genre. Elle qui avait tout fait pour ne pas le faire alors qu'elle était dans la rue, se voyait proposer de vendre son corps. Mais d'un autre côté, l'enjeu était plus important. Elle serait logée et nourrie, Geneus aussi, alors qu'en le faisant dans la rue, elle n'aurait pas eu tout ça. C'était accepter, ou mourir. Alors elle se tue.

-Et ton gosse devra se rendre utile aussi, quand il aura grandi. Son regard est remplit de haine et de peur, et j'pense qu'il sera utile pour nous plus tard. Enfin il n’aura pas le choix.

-J-je ne suffirai pas ? Je veux dire, enfin... Pas comme…

Mayumi eu un instant de panique. Elle ne voulait pas que son fils serve lui aussi de prostitué, qu'il se vende parce qu'elle ne ferait pas l'affaire. Lochan lui sourit, mais d'un sourire qui ne rassurerait personne, il eut même un rire bref. Par les dieux, avec qui était-elle en train de pactiser pour sauver leur avenir ? Elle priait pour que ce ne soit pas pire qu’avant, que la rue, sinon, elle avait condamné son enfant.

-Nan, pas comme toi. Tu suffiras largement, déjà que je trouve que tu es de trop, mais j’ai promis à Akita et je n’ai qu’une parole. Ton gamin, je le vois plus intégrer notre confrérie. Il m'a l'air assez haineux et courageux pour être l'un de nos membres. Et avec un bon entraînement pour lui apprendre à ne plus être un livre ouvert, ça sera encore mieux. Va le rejoindre, tu seras tranquille ce soir, mais dès demain, tout le monde saura qui tu es. Mais ne t'inquiète pas, chacun utilisera sa chambre et jamais devant ton gamin, parole.

La svart commença à se retourner, allant faire ce que Lochan lui disait de faire, retrouver Geneus qui devait être en train de l’attendre, muet comme une carpe devant Ankita. Elle entendit Lochan rire et le regarda, intriguée. Il semblait amusé de sa réaction.

-Tu étais esclave pas vrai ? Faut être drôlement soumis pour accepter de suivre un ordre donné par un parfait inconnu. En plus tu ne me poses pas de question sur qui on est, et ce que je vais faire de ton gamin plus tard, comme si mon autorité était plus importante que les questions élémentaires. Mais je vais te le dire. Je suis à la tête d’un groupe d’assassins.


***

Le gamin l’étonnait, autant qu’il lui tapait sur les nerfs. Quand elle avait dû l’emmener pour que Lochan parle à sa mère, Ankita n’avait trouvé qu’un mur à qui parler le long de la route. Elle avait essayé de briser la glace en lui faisant un peu visiter les lieux, mais il n’avait rien dit, et s’était toujours de la colère mélangée à de la peur qu’elle avait vu dans ses yeux. Une fois dans la chambre des deux nouveaux, il s’était assis sur le lit et avait simplement attendu. Il n’avait pas eu un regard pour la chambre, concentré qu’il était sur la porte. Pourtant elle n’était pas si mal, d’une dizaine de mètre, elle avait des murs propres de couleur beige, deux lits simples  qui étaient face à face, une grande commode, un point d’eau, une petite table et un miroir accroché au mur. La seule chose, était qu’elle était impersonnelle, mais ils leur suffiraient de rajouter quelques petites choses.
Dès le lendemain, tout le monde savait qui était la nouvelle, Mayumi, et ce qu’elle ferait pour eux, et Ankita restait avec elle le plus souvent possible, lorsqu’elle n’avait pas de mission à accomplir, la confrérie étant appelée bien plus souvent qu’on le croyait. Elle s’était prise d’affection pour cette femme qui mendiait dans la rue sans broncher, pour survivre, elle s’était vue des années plus tôt, lorsque elle-même s’était trouvée à la rue après avoir enchaîné les problèmes et les erreurs de jeunesse. C’était alors Lochan en personne qui l’avait prise sous son aile, quand il l’avait vu ôter la vie d’un homme qui l’avait entraînée dans une ruelle. Depuis elle avait appris à tuer discrètement, mais était surtout douée pour récolter les informations que pour le sale travail en lui-même.
Elles devenaient doucement amies, même si pour Geneus, il n’y avait que sa mère qui comptait, et qu’il ne parlait à personne d’autre. Lorsque la svart fut abordée pour la première fois dans un couloir, puis emmenée par le bras, Ankita avait eu un élan de compassion pour elle. L’elfe avait croisé son regard, et avait vu qu’elle acceptait ce qui se passait. Mayumi était plus forte qu’elle ne l’avait cru, et elle l’aida à le rester, en attrapant le gamin qui voulait bien sur suivre sa mère. Si le gamin, Geneus, était plus jeune et petit qu’elle, ça ne l’empêcha pas de lui coller un coup sur le haut du crâne pour le calmer alors qu’il lui faisait une sorte de crise d’hystérie. Là elle était assise sur son lit à elle, ayant emmené Geneus avec elle pour garder un œil dessus, et éviter qu’il n’aille ouvrir la porte de toutes les pièces pour trouver sa mère, et qu’il ne donne un coup à quelqu’un. Elle regarda son tibia bleuit. Il avait de la force pour un môme.

-Vous obligez ma mère à se vendre n’est-ce pas.

Ankita releva le regard, abasourdie parce qu’il venait de lui dire d’un ton neutre, empreint quand même d’un peu de colère. Même si Mayumi était partie avec un homme il y a quelques minutes, ce dernier avait dit qu’il venait la chercher pour qu’elle vienne l’aider, pour le travail, par pour passer du bon temps dans un lit, il n’y avait aucune information permettant de dire qu’elle allait coucher avec l’homme, alors. Comment ce gamin avait deviné ? Elle soupira, et se redressa, sachant que mentir était inutile de toute manière.

-Et alors ? On lui a laissé le choix tu sais, on l’a pas obligé.

-C’était ça, ou la rue, alors elle n’avait pas vraiment le choix. Vous avez profité qu’on soit en train de crever de faim pour l’obliger à faire ça ! Ce Lochan en a profité !

Il recommençait à s’énerver, et elle put voir qu’il disait ça avec le ton de quelqu’un qui avait déjà vécu une situation similaire. S’il voulait jouer au jeu de la déduction avec elle, il perdrait, tout comme il perdrait au jeu de l’énervement. Elle avait passé l’âge de se chamailler avec quelqu’un, mais n’avait pas l’intention de le laisser croire qu’il avait le dessus sur elle.

-Dis donc, si t’es pas content retourne grelotter dans un coin de la rue. J’ai tendu la main à ta mère pour faire en sorte qu’elle meure pas, Lochan a accepté de la garder alors qu’il n’a pas vraiment besoin d’elle, et toi non plus, on avait que ça à lui proposer et alors ? C’est un boulot comme un autre, et elle a dit oui, même si elle a vécu un truc similaire avant, elle le fait aussi pour toi.

Ankita eu le plaisir de voir qu’elle avait fait mouche sur le côté déjà vécu, même si ça ne devait pas être quelque chose de très positif en fait. Geneus regardait un peu plus bas et se sentait mal, ça se voyait. Elle eut un nouvel élan de compassion, s’en voulant un peu d’avoir été aussi dure avec un enfant d’à peine une dizaine d’année. Elle se radoucit et se rapprocha de lui.

-Hey, ne t’en veux pas. Tu sais, c’est une mère, quand une femme a un enfant, elle ferait n’importe quoi pour lui parce que c’est son rôle de mère. Tu n’es pas un boulet ou un poids pour elle. Elle m’a même dit que sans toi elle aurait abandonné depuis longtemps. Ce que tu peux faire pour l’aider, c’est déjà de pas lui dire que tu es au courant, elle ne voulait pas que tu le saches. Après, je sais que Lochan veut que tu nous rejoignes en tant que membre, je sais pas quand on pourra commencer ta formation, mais là tu pourras peut-être faire en sorte que ta mère arrête une fois l’un des notre.

-L’un des vôtres ?

- Ca aussi on ne te l’a pas dit... Bah, tu auras finis par le savoir. On est une confrérie d’assassins.

L’elfe s’était attendu à ce que Geneus blanchisse, à ce qu’il soit choqué ou même apeuré. Des réactions normales quand on sait qu’on se trouve dans un nid d’assassins et d’empoisonneurs en tout genre. Mais non, il s’assombrit, et eu même une sorte de sourire désabusé. Il était vraiment bizarre en fait cet enfant. Ankita eu le droit à une drôle d’explication sur ce sourire.

-Des assassins. C’est ironique…

-Possible. Pourquoi ?

-Je promets de rien dire à maman pour ce que je sais, mais toi en retour, tu me promets de rien dire sur ce que je vais te dire.

-D’accord. Promis.

Ankita lui tendit alors la main, pour sceller leur entente. Elle était curieuse de savoir ce qu’il avait à lui dire ne devant pas être dévoilé, un secret d’enfant, ou quelque chose de plus grave. La seconde option semblait étrangement être la bonne, vu l’air sombre qu’arborait Geneus, et son regard. Regard qui hésita sur la main, avant qu’il ne se décide à la lui serrer franchement. Maintenant, ni lui ni elle ne pourrait rien dire de leurs différents secrets, ou découverte. Attendant qu’il raconte son histoire, elle se replaça mieux sur sa couette rosâtre, et fixa les cheveux noirs de Geneus qui lui tournait un peu la tête. On sentait que malgré la poignée de main, et le fait que ce soit lui qui ait voulu parler, il hésitait encore à le faire. Finalement au bout de quelques secondes, il fixa ses mains, et ouvrit la bouche.

-J’ai déjà tué quelqu’un.

Ankita eut des yeux comme des soucoupes.  Elle avait beau être une assassin, et croiser d’autres membres plus jeunes qu’elle qui avaient déjà tué plusieurs fois, elle n’avait jamais croisé d’enfant si jeune l’ayant fait. Et surtout qui le disait sans remord, sans regret ou culpabilité. S’il avait à le refaire, il recommencerait sans se poser de questions elle en était sûre.

-Son maître. Enfin notre maître.

Si l’elfe n’avait pas eu l’habitude des tons remplis de haine, et froids, elle aurait frissonné en entendant le jeune garçon parler.

-Ce connard a fait tuer mon père, parce qu’il avait découvert qu’il violait ma mère et l’avait frappé. Et il est venu chez nous un soir, il puait l’alcool. Il a arraché les vêtements de ma mère, et elle pouvait rien faire, alors je suis sorti. Je le haïssais, j'en pouvais plus d’entendre maman pleurer le soir à cause de ce que ce gros porc lui faisait ou de papa. J’ai été chercher le pistolet qu’il laissait dans son bureau et je suis revenu. Quand je suis entré, il étranglait ma sœur.

Sa sœur ? Ankita n’avait pas souvenir que Mayumi lui ait parlé d’une petite fille, ça voulait dire que quelque chose de grave s’était passé, et ça devait avoir un rapport avec le fait qu’elle se faisait étrangler. Elle réalisait à quel point Mayumi était forte en fait.

-Je n'ai pas réussis à bouger. Et quand il a étranglé maman, j’ai tiré, droit dans sa sale tête. Et pour être sûr qu’il ne se relève pas je la lui ais frappé, écrasée, bousillée. Quand tu nous as trouvé, c’était de ma faute si on était à la rue, et si ma sœur est morte.

-Tu sais, la vie c’est pas tout rose, déjà t’as fait ce qu’il fallait pour venger ton père, ta sœur et ta mère. Et pour vous sortir de cet enfer. N’ai pas de regret, y a pas un tiers des gens qui aurait fait ce que tu as fait. Et puis t’es un enfant, tu es limité pour l’instant.

-Je veux commencer tout de suite. A apprendre.

-Petit, tu.

-Je veux pouvoir frapper, ou tirer à temps s’il y a une prochaine fois. Je ne veux plus être limité. Je veux aider le plus vite possible et que maman arrête de faire ce travail dégueulasse. C’est moi qui la protègerais, et je prendrais soin d’elle.

Ankita se mordit la lèvre inférieure. Elle savait qu’il pouvait commencer dès maintenant, après tout, il n’était pas encore question de tuer, mais d’apprendre à le faire discrètement et tout ce qui pourrait aider à le faire. Les poisons, la magie, tout ce qui pouvait être utile en fait, une formation aussi complète et variée que celle d’un érudit. Mais sa mère refuserait, et ils étaient arrivés il y a même pas trois semaines, et pour elle il serait sûrement trop jeune. Pourtant, ce gamin avait un potentiel plus grand que l’avait deviné Lochan, et beaucoup à apprendre pour l’exploiter. Elle agita une jambe, grognonnant entre ses dents. Il avait déjà tué, et sans remords apparemment, alors l’innocence, on repassera. Elle soupira bruyamment.

-Rah… Bon, je vais aller voir Lochan. Mais attention, s’il veut que tu attendes, t’attendra ok ? Déjà je trouve ça pas très bien vis-à-vis de Mayumi, mais après si c’est ce que tu veux… Tu lui en parles ce soir de ça par contre, pas de secret ou de cachotterie, sinon elle va m’en vouloir.


***

Ankita regardait Lochan pianoter des doigts sur le bois de la table à laquelle il était assis, la tête dans son autre main, le coude sur la table et les yeux rivés sur un nœud de bois. L’air en profonde réflexion, l’homme était dans cette position depuis au moins dix minutes, pesant le pour et le contre de ce que venait de lui demander Ankita. Elle n’avait pas accédé à la demande de Geneus le jour même attendant le surlendemain d’être sure que l’enfant en avait parlé à sa mère.
Mayumi était venue la voir dès le lendemain, un peu paniquée, pour savoir si ce que lui avait dit son fils était vrai. L’elfe avait d’abord demandé comment le garçon lui avait présenté les choses, avant de confirmer. Geneus avait simplement dit à sa mère qu’il avait demandé à aider au plus tôt, et qu’il savait qu’il deviendrait un assassin en aidant. Il avait fallu à Ankita pas mal de patience pour rassurer son amie, après tout, son fils n’allait pas se voir mettre un poignard entre les mains immédiatement, et il faudrait l’aval de Lochan avant tout. La svart avait dû se résigner, et avait même pleuré dans ses bras. C’était pour ça qu’Ankita avait encore un peu attendu, elle se sentait un peu mal pour Mayumi. Et là, après avoir présenté les faits, d’une manière neutre, elle attendait patiemment. Lochan se leva d’un coup, la surprenant.

-Bon, s’il veut apprendre, et bien qu’il apprenne, on en a déjà formé des plus jeunes. Plus tôt il sera utile moins j’aurais l’impression de leur faire une fleur trop grande. Il va falloir que j’arrête de te céder tout et n’importe quoi.

Lochan eu un ton de reproche, un peu énervé. C’était vrai que l’elfe avait dû faire des pieds et des mains, et le harceler, pour qu’il cède, et accepte de prendre la femme et son enfant sous son aile. Ankita eut un regard un peu plus dur envers Lochan qui le lui rendit. C’était avec un ton tout aussi glacial que ses yeux qu’elle lui répondit, malgré la caresse tendre qu’elle apposa sur sa main.

-Mayumi travaille dès qu’on vient la chercher et tu le sais. Elle donne même des coups de mains en cuisine.

-Oui mais on est des assassins, des empoisonneurs, des tueurs, pas des proxénètes.

-L’avantage, c’est que quand on doit se faire discret pour se faire oublier, les gars vont pas se mettre à découvert en ville pour prendre du bon temps non ? Et tu m’as promis que tu les aiderais.

-Ouai, ouai, s’tu veux. J’veux que tu t’occupes du gamin, avec Shyama, pour les bases déjà

Il balaya sa réflexion d’un geste nonchalant de la main, repoussant aussi la sienne, ne souhaitant visiblement pas s’étendre sur le sujet de la mère. Il y avait des avantages à ce qu’elle se donne à tout homme la voulant, ils s’exposaient moins à l’extérieur lorsqu’ils avaient été peut-être repérés, et quand ils n’avaient pas de missions et devait attendre, ils étaient moins sur les nerfs à tourner juste en rond parce qu’il fallait qu’ils restent à portée de main. Ankita se détendit un peu avant d’entendre la suite de la phrase, et d’ouvrir des yeux ronds en bégayant.

-Moi ? J’suis patiente mais, mais à ce point…

-Tu me les a collés entre les pattes, alors tu te démerdes avec eux. Ce mioche m’en veut trop pour sa mère, il m’écoutera pas même si c’est pour le former. Il serait capable d’essayer de me tuer pour l’avoir fait se prostituer.  

Ankita soupira bruyamment. Lochan était plutôt clair. Il avait eu du mal à accepter de prendre la mère et l’enfant, elle lui avait forcé la main pour qu’il accepte, et tant qu’il ne verrait pas son profit dans la transaction, il allait lui faire comprendre quelle erreur elle avait fait en l’obligeant à les prendre avec eux. Geneus quand à lui avait vraiment une haine viscérale envers lui et plus d’une fois Lochan lui avait dit à elle, qu’il en avait marre de ce gamin.  Elle avait été en âge d’apprendre et de commencer les missions très vite quand il l’avait recueillie, là elle lui avait apporté un gamin qui le haïssait encore plus qu’il avait pu haïr leur défunt maître, et une femme frêle. Elle s’en alla sans rien ajouter de plus, en se jurant qu’elle lui prouverait que le gamin valait le coup d’avoir été sorti de la rue.


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Geneus
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MessageSujet: Re: Geneus, dit Ciar.   Mar 8 Aoû - 18:32

Ca l’avait inquiétée, tellement inquiétée quand son fils lui avait dit le soir qu’il avait demandé à Ankita d’avancer sa formation. Mayumi n’avait pas su quoi faire, quoi dire, elle était restée bouche bée pendant tout le temps où Geneus lui avait expliqué les choses. Son fils avait été clair et incroyablement posé en lui expliquant et la svart avait senti ses yeux s’embuer. Quand Geneus avait vu ça, il s’était levé pour la prendre dans ses bras, faisant sa taille lorsqu’elle était assise, et lui debout. Il avait posé sa joue dans ses cheveux qu’il avait caressés, et lui avait dit que ça irait très bien, il voulait prendre soin d’elle et qu’elle ne s’en fasse plus pour lui. Il savait que la confrérie était une confrérie d’assassins, et il acceptait d’en devenir un, parce qu’il leur était reconnaissant de les accueillir. C’était mieux que de vivre dans la rue. Elle avait pleurée quelques minutes, consolée par son fils alors que les rôles devraient être inversés. C’était à elle de le protéger, de le consoler et de prendre soin de lui. Mais leur vie était sens dessus dessous à présent, et rien ne saurait la remettre dans le bon sens. Elle se sentait démise du rôle de mère qu’elle aurait dû avoir jusqu’au départ de ses enfants devenus adultes. Et s’il mourrait, si elle ne pouvait pas le protéger comme elle n’avait pas pu protéger sa petite Sunan.
Après ce moment, elle s’était un peu reprise, et ils n’en avaient plus reparlés. Même si elle était sa mère, même si elle avait l’autorité, Mayumi savait que Geneus ne l’écouterait pas et en ferait qu’à sa tête. Il en avait toujours fait qu’à sa tête quand il sentait que ce qu’il voulait était juste et nécessaire. Une tête de mule comme son défunt père. Le lendemain, elle avait attrapé Ankita dès qu’elle l’avait vu, fébrile. Elle voulait vérifier les dires de Geneus, comme pour se rassurer, avec l’espoir qu’Ankita lui dise que c’était des affabulations et que son fils avait inventé toute l’histoire. Elle aurait pu alors se détendre, et punir Geneus pour ce mensonge.  Mais non, ça n’en était pas un, et elle avait de nouveau pleuré, se sentant encore plus en échec dans son rôle de mère. Elle n’avait pas pu protéger sa famille, sa petite fille était morte et son fils allait devenir un assassin de son plein gré parce qu’elle l’avait emmené ici et peut-être mourir lui aussi. L’elfe la rassura un peu, Geneus n’allait pas se voir mettre un couteau dans les mains de sitôt, on ne devenait pas l’un des membres à part entière du jour au lendemain. Mais son angoisse ne passa jamais totalement, malgré ce que Mayumi affirma après avoir écoutée l’elfe attentivement. Deux jours après, son fils allait avec Ankita pour commencer à étudier.

Son appréhension du début se dissipa très légèrement au fil du temps, même si elle restait inquiète du devenir de son fils qu’elle trouvait trop jeune malgré tout. De son coté, elle était sollicité moins souvent qu’elle ne l’aurait cru et chaque homme était respectueux envers elle malgré qu’elle ne soit là que pour leur bon plaisir. Si au début elle n’avait pas osé faire d’autres choses que de se laisser faire, avec le temps, elle avait lié un peu d’intimité, d’amitié avec chacun d’entre eux, et était moins raide, moins gênée. Elle avait même du plaisir et n’hésitait plus à prendre les devants, à leur faire un peu de charme, à les exciter. Jamais Lochan ne fit partit d’eux, heureusement, et elle comprit aux bout de deux mois qu’en fait, il n’était pas si satisfait qu’elle et Geneus soient présent parmi eux, et qu’il se demandait régulièrement pourquoi il l’avait fait. Alors en plus de donner quelques coups de main en cuisine, elle aida au ménage, et fit tout pour ne pas avoir trop de moment où elle était oisive, et éviter qu’il ne décide de les renvoyer. Ankita passait pas mal de temps avec eux, avec elle. Elles devinrent de bonnes amies au fil du temps, et l’elfe devint la confidente de ses craintes et joies. Car oui, finalement, elle retrouvait le sourire qu’elle avait jadis perdu.
L’elfe s’avéra être une bonne professeur, meilleure que ce qu’elle pensait au début, et Geneus un excellent élève. Il était clair que son désir d’apprendre était grand. Une fois qu’il eut appris les lettres et les syllabes, et qu’il commença à lire sans trop de difficulté, il ne lâcha plus ses livres, ses yeux noirs dévorant les pages avec avidité. Lisant du matin au soir, il apprenait beaucoup, que ce soit des choses générales, comme l’Histoire, la Géographie, les chiffres et les lettres, ou plus poussées comme l’arithmétique, les sciences, les différentes formes de littérature. Plus il lisait, moins lui et sa mère se voyaient, entre ses cours pour lui, et les hommes de la confrérie qui venait la voir pour elle. Tous deux ne se voyaient que le soir, et rarement seuls, car Ankita était là. Et quand ils n’étaient que tous les deux, Mayumi n’avait pas de grandes conversations avec son fils, plongé dans l’univers des livres, apprenant et réapprenant ce qu’ils contenaient. Tout doucement, ils s’éloignèrent l’un de l’autre, devenant des sortes de voisins de lit plus qu’une famille.
Il fallut quatre ans avant qu’Ankita confie Geneus à un autre membre de la confrérie. Elle n’avait plus rien à lui apprendre de général, et il fallait que l’adolescent apprenne d’un autre membre, c’était Shyama qui fut chargé d’approfondir ses connaissances dans des domaines plus pointilleux comme l’anatomie, les plantes, les poisons, mais surtout, à lui apprendre à cacher ses émotions toujours trop visibles. Ce fut à partir de ce moment-là, que Mayumi eu l’impression que son Geneus était tout simplement partit.

-Il ne parle plus, plus vraiment. Et cet air figé qu’il a tout le temps… Je le préférais joyeux, souriant, bruyant…

-Je sais Yumi, mais ça fait partit de sa formation. Il est beaucoup trop expressif pour faire… Ce qu’on fait. On repèrerait immédiatement ce qu’il a l’intention de faire.

-Mais toi, tu souris, tu ris, tu es naturelle. Peut-être pas en, en mission, mais là, entre nous tu l’es.

La main d’Ankita se posa sur la sienne, étonnamment chaude, ce qui lui fit comprendre que son inquiétude lui avait glacé le sang. Elles étaient dans sa chambre, à Geneus et elle, devant une tasse de thé qui était devenue tiède au fur et à mesure de son monologue inquiet, sur l’attitude de Geneus ces derniers temps. Le jeune adolescent avait en permanence un masque neutre en guise d’expression, et ne disait presque plus rien, hormis quelques formules d’usage. Mayumi ne le comprenait plus, et ne savait plus quoi faire, pour essayer de faire revenir son petit garçon à ses côtés. Les yeux de la svart croisèrent ceux de l’elfe.

-Yumi, moi j’ai toujours su changer d’image quand je le voulais. Et lui, il doit s’entraîner pour se maîtriser, et c’est très dur quand ce n’est pas naturel. Et il ne le fait pas pour te faire du mal, pointilleux comme il est, il doit vouloir simplement maîtriser ça au plus vite.

-Je suppose…

L’elfe se leva et se pencha sur la table pour prendre son visage entre ses mains. Elle écrasa quelques larmes qui coulaient sur ses joues et lui sourit. Mayumi lui rendit son sourire faiblement, cherchant à se convaincre des paroles de l’elfe. Elles étaient vraies, Geneus n’était pas vraiment méchant au fond, il ne cherchait sûrement pas à blesser sa mère avec son comportement, au contraire. Mais son enfant lui échappait, et elle ne savait pas quoi faire, à qui se raccrocher, s’il n’était plus là.  


***

Former des jeunes pour qu’ils soient incollables sur les point vitaux de leurs futures victimes que ce soit pour les tuer ou les neutraliser, qu’ils sachent préparer et administrer la juste dose de poison pour qu’il soit presque invisible au goût ou à l’odorat, qu’ils sachent aussi préparer l’antidote lui correspondant en cas de problème, c’était sa spécialité. Il était devenu un peu trop vieux pour se mouvoir et aller sur le terrain, ses réflexes laissant à désirer en comparaison de ceux des jeunes, alors à présent, il leur enseignait ce qui lui avait valu le surnom de Belladone.
Shyama Zhu Cey, avait été un grand chimiste à la cour de l’Empire, il faisait partit d’une équipe et leur but premier était la composition d’antidote pour tous les poisons possibles, afin d’être prêt si jamais l’un de souverains se voyait empoisonné. Ils devaient aussi élaborer des remèdes plus efficaces contre les maladies. Shyama avait été très intéressé par les deux, mais pas forcément pour le coté remèdes et antidotes, mais dans l’idée de créer de nouveaux poisons, de nouvelles maladie, inconnus pour le moment, et qui pourraient être utilisés par la couronne en arme de guerre, ou pour éliminer quelques éléments gênants. Son travail avait intéressé l’un de ses collègues, mais il refusa de partager quoi que ce soit avec lui. Ça lui valut sa haine et la visite d’un assassin, qui étrangement ne le tua pas comme prévu. Au contraire, une collaboration fut proposée entre la confrérie et lui. Il les rejoignait et travaillait pour eux et il gardait la vie sauve. Le choix ne fut pas dur à prendre et il disparut de la vie publique, pour pouvoir s’adonner à sa passion dans les laboratoires de la confrérie, lui fournissant nombre de poisons foudroyants, paralysant, causant des hémorragies. Il en avait vu défiler des jeunes et si certains s’avéraient aussi doués pour concocter un poison banal qu’un smilodon était délicat avec sa nourriture, d’autres se trouvaient un don pour ça.
C’était le cas de son élève actuel, Geneus, un adolescent récupéré avec sa mère par Ankita. Il était minutieux, patient, et l’écoutait avec une attention qui ne faiblissait pas. Que ce soit pour la chimie ou bien pour l’anatomie, le svart avait le doigté pour parfaitement doser, et la mémoire pour se souvenir des formules et partie du corps. Il sut rapidement créer un poison neurotoxique puissant, et où planter une fine aiguille enduite pour tuer sa victime en un éclair. Des aptitudes très importantes. Il avait dû sortir de sa zone de confort, et lui apprendre à camoufler ses émotions, ses états d’âmes et ses intentions. Le jeune homme étant un livre ouvert pour quiconque le regardait, ce qui était un grand handicap. Et là, si le travail était grand, l’adolescent avait travaillé sans relâche, et fait des progrès notable en plusieurs mois. A présent c’était une statue, une tombe, il ne laissait plus rien filtrer de ce qu’il pensait, ressentait, allait faire. Mais au prix de devoir rester tout le temps comme ça, ce qui semblait lui convenir, tant dans son esprit que physiquement, et ça collait avec sa tendance à ne pas parler. Après il y avait quelques problèmes d’interprétation de son attitude.

-Nan mais dis-le, ça te fais chier en fait d’apprendre à te battre ?

-Non.

-Bah alors chais pas moi, ai l’air un peu plus enjoué.

Shyama eut un petit rire, Tacy n’était pas connu pour sa patience ou son tact, le professeur d’armes préférait les choses directes sans chichis et comprendre tout, tout de suite. Et un visage fermé ne permettait pas du tout de tout comprendre. Le chimiste alla au « secours » de son élève.

-Allons Tacy, c’est sa tête habituelle. Il aura peut-être l’air ennuyé, ou de prendre tout par-dessus la jambe, qu’il sera quand même un élève appliqué. C’était nécessaire pour éviter qu’il se fasse griller en mission de lui faire prendre cette tête, parce que tout ce qu’il pensait était écrit sur sa tronche.

Après ce premier contact peu encourageant avec son nouveau professeur, Geneus pu commencer à apprendre l’essence même de la profession d’assassin : tuer. S’il lui fallait apprendre toutes les manières, des plus discrètes aux plus sales, il aurait la possibilité d’approfondir ses méthodes préférées. Sans surprise Shyama apprit que son disciple préférait les méthodes discrètes, et quasiment invisibles, de celles qu’il faut maîtriser à la perfection pour arriver au résultat souhaité. Il lui fallut deux ans avant de pouvoir se perfectionner, pour voir tout ce qui était maniement des armes et combat à main nue, et six bonnes années pour devenir maître dans l’art des aiguilles, du combat à main nue et des poignards. A cette maîtrise s’ajoutait celle des poisons, et là, Geneus détenait entre ses mains un cocktail dangereux et mortel, qui ne demandait qu’à être exploité. Ce fut lui qui annonça à Lochan que le gamin récupéré quinze ans plus tôt était enfin prêt à servir la confrérie.


***

Un bon feu crépitait dans l’âtre, réchauffant délicieusement ses pieds. Il avait marché un long moment avant de rentrer chez lui, et il avait plu sur le chemin du retour. Une fois la porte passée ses enfants lui avait sauté dessus, en même temps il n’était pas rentré depuis deux jours, le temps de se rendre à la capitale. Sa femme lui avait servi un bon bol de soupe, et du donburi, ce qui lui avait réchauffé l’estomac. Ongo avait expliqué ce qui s’était dit à la capitale, entre lui et l’intermédiaire d’un homme souhaitant racheter leurs champs pour agrandir ses terres et relier deux parcelles qu’il possédait déjà. La somme était belle, mais le paysan n’avait que ça pour faire vivre sa famille et avait été contraint de refuser, ce qui n’avait pas plu bien évidemment. Mais il ne pourrait pas vivre indéfiniment avec l’argent gagné par la vente, il lui faudrait trouver du travail et s’il n’y arrivait pas sa famille mourrait de faim, sans compter qu’ils n’auraient plus de toit.
Après dîner il avait pris un verre d’alcool de riz, et le savourait devant sa cheminée, pieds près de l’âtre. Sa femme couchait leurs enfants, et le rejoindrait sûrement après les histoires pour les endormir. Il crut entendre un léger grincement, mais ne s’en alarma pas. Sa maison n’était pas toute jeune et craquait sous le vent ou la dilatation du bois. Un second grincement lui fit penser que sa femme arrivait.

-Ils t’ont pas trop fait d’misère Yoko ?

En se retournant l’homme pu aisément remarquer que ça n’était pas sa femme qui approchait, mais un homme grand, habillé en noir et au visage impassible. Le paysan allait hurler quand une piqûre dans son cou paralysa sa mâchoire, faisant enfler sa gorge. D’une main saccadée, il toucha une sorte d’aiguille d’acuponcteur fichée dans sa gorge. L’homme fut devant la cheminée et lui tint les bras et bloquant ses jambes. Sa gorge enfla, coupant sa respiration, l’homme protesta en se débattant en vain, cherchant à arracher ses bras de la chaise, à retirer l’aiguille. Une sueur glacée coula sur ses tempes et ses joues brûlantes. Sa vision s’assombrit et son esprit s’embua avant de s’éteindre. À peine deux minutes après sa mort, sa femme reviendrait de la chambre des enfants et le verrait mort étouffé par le gonflement de sa gorge, sans se douter de ce qui s’était passé.
Elle cèdera les terres deux jours plus tard. [/color]

***

A genou sur le sol, Shanyu trempa son aiguille dans l’encre noire et épaisse qu’elle venait de verser dans une coupelle de bois près d’elle. Elle la mélangea avec un peu d’une encre d’un bleu foncée légèrement plus fluide, et un peu plus brillante. C’était une encre magique, servant d’habitude à écrire des sortilèges sur les parchemins et imprégnée de magie diverse. Là c’était une magie élémentale de foudre qu’avait demandée Geneus, qu’elle allait tatouer aujourd’hui même. Le motif était une sorte de rune complexe, qui lui servirait à canaliser cette magie élémentaire, s’illuminant doucement lors de cette utilisation, dans le même principe que les tatouages des shamans. L’assassin arriva, les cheveux tirés en arrière en une queue de cheval, qui lui allait drôlement bien songea la tatoueuse. Elle-même faisait partit de la confrérie, mais pas en tant qu’assassin, mais qu’informatrice. Elle était tatoueuse dans la capitale et laissait traîner beaucoup d’oreilles pour donner un coup de main.  L’Ai-esu lui indiqua la natte de bambou posée face à elle sur le sol, et Geneus s’y installa, allongé sur le dos. Le tatouage se ferait sur le front de l’assassin, allant d’entre les sourcils, en s’évasant vers le haut, dans un motif semblant un peu tribal, mais un tribal un peu plus raffiné et doux, comme une fleur de lotus.

-Tu es sûr que tu ne veux pas que j’endorme la douleur ? Ça sera long et douloureux, surtout sur le front.

Elle n’eut qu’un hochement de tête pour toute réponse, ce qui lui suffit. Délicatement, elle traça le dessin avec une encre bleue à même la peau, sans enfoncer l’aiguille une seule fois, afin d’être sûr de son tracé. Elle ajusta quelques détails, gardant à l’idée que c’était une rune qu’elle tatouait, et qu’elle devait être bien faite afin de fonctionner. Puis elle commença à tatouer. C’était un travail long, et pénible, autant pour le tatoué, que pour la tatoueuse. Le travail était minutieux, précis, elle enfonçait elle-même l’aiguille fine dans la peau de Geneus, en faisant des points très proches. Elle ne devait pas piquer trop profond, sinon on ne verrait pas l’encre, mais pas trop en surface non plus, si elle ne voulait pas que l’encre ne s’échappe lors de la cicatrisation, laissant des trous de remplissage dans son œuvre.
Geneus ne broncha pas la première heure, pendant qu’elle faisait les contours du motif. Elle commença à sentir la peau tressauter lorsqu’il prit trois aiguilles, afin de remplir tout ça, et donc de soigner le rendu. Ils s’accordèrent une pause  vingt minutes après le début du remplissage. Shanyu nettoya l’encre qui avait un peu dégorgée, ainsi que le sang, et Geneus ferma les yeux, comme pour méditer. Il semblait plus paisible que durant le tatouage, et Shanyu le regarda de longues minutes avant de dire qu’ils reprendraient. La reprise ne fut pas moins éprouvante pour le tatoué qui dut s’armer de toute sa patience. Une fois le tout remplit, Shanyu passa la main sur le tatouage, et le cicatrisa à l’aide de son don de guérisseuse.

-Va te regarder. Et dis-moi ce que tu en pense.

Elle vit l’assassin se relever, et se diriger vers un petit miroir mural. Elle observa quelques instants le reflet qui jaugeait ce qu’il y avait sur son front, avant de faire celle qui était occupée à nettoyer ses aiguilles à l’aide d’un chiffon avant de le plonger dans de l’eau claire, lorsque Geneus se tourna vers elle.

-C’est parfait.

-J’en suis heureuse alors. Le prix est le même que celui que je t’avais annoncé, tu as été très docile comme client, je n’ai pas eu à tergiverser pendant de longues minutes, un vrai plaisir.

L’ai-esu tendit la main pour recevoir l’argent de la part de son client, profitant de la proximité de la main pour l’effleurer du bout des doigts. Elle lui fit un sourire, mais l’assassin se détourna et s’en alla tout simplement. Shanyu soupira et haussa les épaules.


***

-Pourquoi ?

Mayumi venait de rentrer dans leur chambre, et là elle retirait ses chaussures pour enfiler ses sandales. Elle était assise sur un petit tabouret, penchée pour pouvoir attraper ses souliers sans trop de difficulté ou sans manquer de se casser la figure. La svart revenait de chez l’un de ses clients, Hiro, qui était venu la voir plus tôt dans l’après-midi. Elle appréciait beaucoup l’orc qui, malgré sa carrure et ses mains immenses, était très doux et même un peu maladroit quelques fois. On était en début de soirée, elle avait déjà pris sa douche. Elle releva la tête pour regarder Geneus qui lui tournait le dos, lui aussi assit mais à son bureau, en train de lire quelque chose. Elle fronça les sourcils et déposa ses chaussures sous le meuble près de la porte. Prudente, elle se doutait que son fils avait quelque chose à lui dire, ou lui reprocher, mais ne savait pas encore ce que s’était même si elle en avait l’idée.

-De quoi ?

Il se retourna, indéchiffrable, ses yeux noirs inexpressifs. Pourtant elle sentait une sorte d’aura un peu tendue qui s’installait entre eux. Elle n’allait pas aimer ce qui allait se passer d’ici quelques minutes, elle le savait. Elle se mit totalement debout, prête à entendre ce qu’il avait à lui dire. Son fils posa de nouveau sa question, y mettant plus de mot, sans pour autant y mettre les formes.

-Pourquoi tu continues ?

-Ca ne te regarde pas.

Sa réponse fut nette et froide, sans attente de réplique. Mayumi songea qu’elle n’avait pas à se justifier de ses choix, de ce qu’elle faisait, surtout pas envers son propre fils, qui lui ne faisait pas un métier plus reluisant que le sien, peut-être même pire si on regardait de près. Elle allait vers son lit quand elle entendit le raclement de la chaise et les pas de Geneus. Faisant volte-face, elle se retrouva face à lui, debout et toujours aussi impassible de visage ou de corps. Il avait bien grandit, il la dépassait d’une bonne tête. C’était les dents serrées qu’il continua à vouloir la questionner, à vouloir savoir pourquoi elle continuait à se prostituer auprès de la confrérie.

-Dis-moi pourquoi. Pourquoi vendre ton corps alors que je peux largement subvenir à nos besoins ? Pourquoi faire encore ce que cet enflure de Lochan t’as dit de faire ? Pourquoi rester dans leurs esprits la traînée de la confrérie ?!

Au mot traînée elle avait eu le réflexe d’aller le gifler et lui le réflexe d’arrêter sa main à la vitesse de l’éclair. Elle arracha sa main de la sienne et le gifla, sans être stoppée cette fois ci. Le son de la claque résonna dans toute la pièce et la joue de Geneus rougit de la marque de sa main. Fulminante et furieuse,  elle répondit.

-Et toi ?! Pourquoi devenir un meurtrier ?! Un assassin ! Vecteur de mort et de souffrance, alors que tu pourrais devenir érudit ou professeur, au lieu de semer le chaos ! Tu pourrais arrêter ! Tu pourrais ne plus te mettre en danger et effectuer un travail honnête, sans mort, sans secret !

Elle se mettait à trembler sur ses jambes, sentant sa colère arriver par vague et ébranler tout son être à chacune d’entre elle. Pourquoi la jugeait-il, de quel droit jugeait-il ce qu’elle faisait alors qu’elle offrait du plaisir, et lui de la souffrance. Elle n’avait jamais tué personne, elle ne voulait pas que son fils continue à le faire, alors qu’il pouvait avoir un bien meilleur avenir. C’était sa faute à elle s’ils en étaient là, sa faute s’il était devenu l’un des Faiseurs de Mort, ses yeux s’embuèrent tout en restant froncés. Il ne répondait pas et se contentait de la regarder de cet air impassible. Si elle venait de se culpabiliser, cette culpabilité était balayée par ce manque de réaction.

-Répond moi ! Exprime-toi ! Parle-moi !! Tu n’es plus qu’une statue sans sentiment, je ne te comprends plus, je ne te reconnais plus ! Geneus ! Ris, pleure, hurle, même si c’est pour rien, je t’en prie reviens moi ! Regarde ce qu’ils ont fait de toi !

Elle essuya ses yeux d’un revers de la main, laissant quelques secondes de silence pour qu’il puisse répondre. Ce qui, sans surprise, ne fut pas le cas.

-Tu viens me demander pourquoi je reste ce qu’ils ont décidé de faire de moi, mais regarde toi avant.

Sans prendre le temps de changer de nouveau pour ses chaussures, elle tourna les talons et sortit de la chambre. Elle traversa quelques couloirs avant de se laisser glisser contre un mur, et de mettre ses bras autour de ses jambes, sa tête se réfugiant dans le creux formé par ses bras. Elle se laissa aller à pleurer, sachant que ce lieu était un endroit tranquille, où peu de personne venait. Elle irait demander à Ankita ou Hanza, si elles pouvaient l’héberger cette nuit, n’ayant pas envie de revoir Geneus pour le moment. Ce fut Hiro qui la trouva en premier. Il lui demanda ce qui se passait, se mettant à sa hauteur, elle lui expliqua sa dispute avec son fils et qu’elle n’avait pas le cœur à retourner dans sa chambre. Il lui proposa d’aller dans la sienne si elle le souhaitait, il sortait en repérage cette nuit. Elle refusa avec le sourire, elle avait besoin de parler un peu avec Ankita pour se sentir mieux. Il l’accompagna jusqu’à la porte de son amie et la laissa après l’avoir embrassé sur la joue.


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Geneus
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MessageSujet: Re: Geneus, dit Ciar.   Mar 8 Aoû - 18:32

Quand elle ouvrit les yeux, Mayumi pu voir Geneus, endormit en position assise à sa droite. Il devait se tenir à son chevet depuis plusieurs heures pour dormir, elle savait qu’il lui fallait plus que deux ou trois heures pour tomber dans le sommeil alors qu’il était inquiet. Son fils retrouvait des traits plus détendus en dormant, ce qui lui tira un léger sourire. Elle était fatiguée et déjà ses yeux menaçaient de se fermer, pour ne plus se rouvrir, ça elle le sentait. Ça faisait déjà une semaine qu’elle était malade, ayant une fièvre assez forte qui laissait place à des épisodes où elle tremblait de froid, comme si elle se trouvait nue dans la neige. Elle recevait quelques visites autres que son fils, Ankita, Sen, Hanza… Hiro… Beaucoup de personnes de la confrérie semblaient inquiètes de son état, inquiètes de la savoir malade. Ça la touchait énormément, elle avait réussis à se faire une vie ici, des amis, des amants, -elle avait même un prétendant en la personne d’Hiro- elle avait une nouvelle famille. Il était loin le jour où elle était arrivée, mal à l’aise, regardée de la tête aux pieds par tout le monde. Elle avait vécu trente-deux ans cette vie, à offrir ses charmes aux hommes de la confrérie et ne le regrettait finalement pas, malgré l’inquiétude permanente qu’elle avait pour Geneus.
Son fils se réveilla, ouvrant les yeux d’un coup qu’il posa sur elle. Elle lisait de l’inquiétude dans ses yeux noirs et il n’arrivait plus à la cacher, ce qui montrait le paroxysme que cette angoisse avait atteint. Elle tendit une main pour prendre la sienne, qu’il attrapa aussitôt pour la porter à ses lèvres et l’embrasser. Elle eut de nouveau un tendre sourire qui creuse les quelques rides qu’elle avait.

-Comment tu te sens maman ? Tu veux boire ?

-Ça va, je n’ai pas soif.

Elle sentait les mains de Geneus trembler très légèrement et ses pouces tracer des petits cercles sur le dos de sa main. En relevant les yeux elle put voir que le masque de neutralité qu’il avait en permanence sur lui se fendillait, ses yeux brillants. Ça lui fendit le cœur de le voir dans cet état. Il n’avait plus été aussi triste et mal en point depuis la mort de Sunan. Il se rapprocha d’elle, quittant son siège pour s’asseoir au bord du lit. Elle en profita pour se redresser un peu. Elle prit ses deux mains dans les siennes, et les serra le plus fort possible.

-Geneus. Je voulais te dire quelque chose : je suis très fière de toi.

-Maman j-

-Je suis fière de toi, parce que tu as tout fait pour t’en sortir, et devenir plus fort. Tu l’as fait pour moi, je le sais, et moi je n’ai pas abandonné ma manière de vivre pour autant, parce que moi aussi je voulais devenir plus forte pour toi. Tous les deux on s’est reprochés l’un l’autre nos choix, sans se dire que l’autre les faisait pour qu’on ne s’inquiète pas.

Elle serrât encore les mains, se raccrochant à cette sensation de tenir son fils, de s’ancrer à la vie encore quelques instants. Les lèvres de Geneus tremblaient, il essayait de sourire, mais on sentait que ses lèvres ne voulaient pas aller dans ce sens.

-Je suis désolée de n’avoir pas su t’éviter des inquiétudes, ou t’expliquer avant pourquoi je continuais. J’avais l’impression que tu m’échappais et que je te perdais, mais comme une idiote je n’ai pas imaginé que tu ne voulais pas que je me fasse du souci, ou que malgré tout mon petit garçon était toujours là.

Elle sentait sa poigne se faire moins forte malgré ce qu’elle voulait. Geneus le sentait aussi et il se rapprochait d’elle, serrant lui-même les mains d’une seul l’autre se posant sur son épaule.
Elle pouvait le voir dans ses yeux noirs, le petit garçon qu’elle avait grondé un jour parce qu’il avait volé dans les cuisines et qui avait eu les larmes aux yeux après qu’elle lui ai mis une claque sur les fesses, celui qui avait découvert un oisillon hors de son nid et qui avait pleuré en le voyant mourir malgré les soins qu’il lui avait apporté, qui avait été muet et qui pleurait silencieusement à la mise en terre de son père, qui avait pleuré avec elle devant la tombe de sa petite sœur.
Son petit garçon était là et il pleurait encore une fois. Elle allait le consoler, quand sa voix s’effaça, laissant son souffle s’échapper seul. Son corps entier se détendit et ses yeux se fermèrent.


***

Ce devait être la nuit au dehors, les couloirs étaient étrangement silencieux, et on pouvait entendre quelques ronflements provenir d’autres chambres.  Dans la pièce il n’y avait pas de bruit, à peine celui de quelqu’un qui respirait. Bien que plongée dans le noir, elle connaissait la chambre par cœur. A gauche de la porte, il y avait une console, sur laquelle étaient posé son matériel de tatouage, ses aiguilles, ses fioles d’encre, qu’elle soit spéciale ou non, quelques serviettes et des tas de croquis. Le meuble en lui-même, était d’un beau rouge sombre laqué, et gravé de dragon morniens.  En continuant sur la gauche, on finit par arriver sur un paravent en papier de riz et bambou, sur lequel il avait dessiné, sur chacun des trois panneaux. Celui du milieu représentait des carpes koï remontant une rivière, celui de droite un groupe de grues s’envolant, et celui de gauche un paysage dans lequel on voyait un tigre se prélassant au soleil. Elle avait passé des mois et des mois à peindre avec application ces aquarelles, tout ça pour un paravent derrière lequel elle se changeait. Le lit était bas, comme tous les lits morniens, laqué simplement de noir.
Assit au bord du dit lit, Shanyu regardait dans le vague depuis plusieurs minutes. Ses doigts se perdaient depuis tout autant de temps dans la longue chevelure noire qu’elle caressait. Geneus n’était plus venu la voir depuis longtemps, depuis près de sept ans en fait, ayant subitement décidé qu’il en était ainsi. Jamais l’ai-esu n’avait su pourquoi il avait arrêté leur liaison, même s’il avait été clair dès le début qu’ils étaient libres tous les deux, elle aurait aimé une petit explication.
Pourtant, ce soir en retournant dans ses appartements, elle l’avait trouvé assit, le visage dans les mains.
Ca l’avait surpris, mais un peu moins que d’avoir pu lire la myriade d’émotions qui se bousculaient dans les yeux noirs de l’assassin. Il était perdu, profondément triste, seul et désespéré. La disparition de Mayumi remontait à près de onze mois et Geneus n’arrivait pas à s’en remettre complètement. Shanyu avait alors simplement fermé la porte, et lui avait servi un thé noir, avec des écorces d’agrumes dedans et des fleurs. Le début de soirée fut très silencieux et chacun resta de son coté de la table sans dire mot, jusqu’à ce que celui qu’on appelait à présent Ciar se lève pour la rejoindre de l’autre côté.

Elle avait alors fait en sorte qu’il oublie quelques temps ses peines et soucis, et elle lui avait apporté ce dont il avait besoin, du réconfort et de la présence. Et à présent elle se demandait où les menait cette aventure. Elle ne pouvait nier que l’assassin l’attirait, mais il n’était pas le seul parmi ses amants et amante et elle s’imaginait que lui-même devait avoir d’autres amantes ailleurs.

Une pensé la traversa. Peut-être pas en fait, il n’était pas le genre d’homme à prendre tout ce qu’il pouvait avoir, mais à ce contenter de prendre ce dont il avait besoin, ce qu’il voulait vraiment. Il n’avait jamais aimé la façon dont sa mère servait la confrérie. Elle, la tatoueuse et informatrice, elle s’en fichait un peu, il fallait de tout pour faire vivre leur communauté, des gens pour tuer, pour renseigner, pour cuisiner, pour réparer, pour nettoyer. Une fille de joie ne l’avait pas étonnée, même si c’était une première en fait. Entre temps il y avait eu une nouvelle, que Mayumi avait prise sous son aile, Hanza, cette dernière avait une double couverture par contre. Elle servait aussi de fille de joie à l’extérieur, et donc d’informatrice quand il y avait besoin.
Ciar se retourna dans son rêve et elle regarda l’endormi. Il n’avait pas du tout le même air, la même expression que lorsqu’il était réveillé. Là, il était détendu, apaisé. Shanyu se pencha et l’embrassa tendrement.


***

-Bon, je suppose que tu te doutes du pourquoi je t’ai convoqué ?

Geneus se tenait devant moi. Celui qui avait été un sale gosse maigrichon et haineux, était devenu adulte depuis un moment à présent. Cela faisait près de trente-cinq ans qu’il servait la confrérie et nos intérêts, et depuis la mort de sa mère, il n’avait presque pas accompli de missions. Il s’était contenté de broyer du noir un an, puis de s’occuper de la formation de nouvelles recrues aux poisons. C’était utile, mais Shyama savait parfaitement s’en charger, et même si j’avais du mal à l’admettre publiquement, Ciar était très efficace sur le terrain, c’était toujours propre, net, sans traces et sans accrocs. J’avais besoin de lui dans l’action, et pas en dépressif dans la Tanière.

-…

-Bon tu vas arrêter deux secondes ton jeu de la neutralité suprême ? Réponds-moi.

-Tu as une mission.

-Vala, c’est plus clair quand tu ouvres la bouche. Mais oui, j’ai une mission. Je n’veux plus te voir traîner comme une âme en peine dans la Tanière, c’est pesant et j’ai besoin de monde là-haut. On manque cruellement d’empoisonneur dans ton genre, Ankita peut pas pallier à tout indéfiniment et Shyama ne sert qu’aux poisons et à la formation sur eux ici, tu ne vas pas le priver de son gagne-pain plus longtemps.

-…

Je remarquais un léger changement dans son attitude, il semblait avoir changé de jambe d’appuis et ses yeux s’étaient peut-être un peu plissés. Mais je ne voyais pas trop ce que ça voulait dire. Soit il était agacé, soit il était réfractaire, peut-être gêné par la mise en lumière des vérités que tenaient mes propos, en colère qui sait, après tout je le soupçonnais de toujours autant me haïr. A moins qu’il n’en ait rien à faire en fait, et que je me fasse des films sur le fait qu’il y ait un changement dans son attitude. Je grognais un peu, montrant clairement -moi- que j’étais agacé. Je faisais quelques pas vers lui, et claquais des doigts devant ses yeux. Il ne les cligna même pas.

-Et ? Ça veut dire quoi ce silence ?

-…

Je levais les mains, capitulant. J’avais d’autres chats à fouetter, et je n’allais pas chercher à comprendre ce que voulais Geneus. Il était sous mes ordres, comme tous les membres de notre groupe, et il n’avait pas le moyen de contester mes ordres. J’allais vers mon bureau, ce bout de bois encombré de papiers décachetés, qui n’étaient autre que les demandes des clients.

-Ok. Je m’en fiche un peu finalement, de toutes les manières tu n’as pas le choix, tu es débiteur de notre groupe, sans nous tu serais mort comme un chien dans la rue avec ta mère, donc je vais te filer une mission. Elle est un peu simple, mais après deux ans sans rien fiche...

-Ne parle pas d’elle.

Je me retournais, interdit. Là je pouvais être sûr de comprendre ce que pensais Ciar, ses yeux noirs me toisaient avec une haine palpable, que je sentais aussi peser dans l’air. Je n’appréciai pas ça, et lui rendit son regard sans en être apeuré le moins du monde.

-De qui ?

-De ma mère. Ne parle pas d’elle.

-Et pourquoi donc ?

-Parce que c’est de ta faute, si elle a dû faire ce qu’elle a fait. Et ne dis pas que tu lui as laissé le choix. Elle avait le choix entre notre mort et « Ça ».

-Tu sais que « Ça » porte un nom ?

Je m’avançais vers lui, semblant me gonfler autant que lui, lui montrant que son petit jeu ne m’effrayait pas, et que de nous deux, j’étais le plus fort, et le leader. Il n’avait rien qui me fasse peur, on l’avait formé, je connaissais le métier depuis plus longtemps et je n’allais pas me laisser marcher sur les pieds par un homme qui ne se remettait pas de la mort de sa mère.

-Elle s’est prostitué. Elle s’est envoyée en l’air avec des hommes contre un logement, de la nourriture et des fringues propres pour elle et toi, comme une lavandière lave le linge sale des autres pour faire vivre sa famille.

Je pouvais le voir bouillonner un peu plus, mais en même temps il semblait se replier sur lui-même. J’étais légèrement plus grand que lui, et je le dominais. Ce que je disais n’étais que pure vérité, c’était l’affection que j’avais pour Ankita à l’époque qui l’avait fait les prendre tous les deux. Depuis elle avait mis un terme brusque à notre relation, se lassant de moi et de ma manière de penser avait-elle dit. J’avais voulu dégager le poids mort qu’était Mayumi à cette époque, mais elle s’était fait une place dans le cœur de mes hommes, et de quelques femmes, la virer m’aurait fait avoir des ennuis avec eux et Geneus, alors je n’avais pas eu d’autres choix que de la garder.

-Et si t’accueillir était une bonne idée, je me suis toujours dis que je n’aurais jamais dû la prendre dans le groupe. Hanza sert à quelque chose de concret elle, elle ne sert pas qu’à prendre son pied, elle nous renseigne, ta mère a su tout juste assouvir les besoins des gars de la confrérie. J’aurais dû lui dire que j’te prenais toi et la renvoyer dans sa ruelle, crever seule. J’suis sûr qu’elle y serait retournée, heureuse que son chiard soit en vie et qu’il ait à manger !

De nouveau je pu voir un visage fermé regarder le mien. Plusieurs secondes s’étaient passées avant que je ne sois satisfait de ne voir aucune réplique jaillir, aucun regard noir fuser, Ciar avait dû comprendre que malgré le travail dégradant de sa mère, j’avais été plus que bon envers eux deux, et que si j’avais voulu, j’aurais pu les laisser mourir comme des chiens dans la rue. Je m’éloignais un peu de lui. Il se redressa un peu, lui qui s’était fait plus petit. Je me tournais vers mon bureau et allait vers lui.

-J’enverrais Ankita t’amener ta mission, j’ai plus envie de voir ta gueule. Tu.

Je me grattais en dessous de l’épaule, près de l’aisselle, une démangeaison un peu piquante me prenant. J’eu à peine le temps de me demander depuis quand j’avais une piqure d’insecte ou un bouton à cet endroit qu’un engourdissement général me prit. Je m’effondrais, mes muscles se glaçant littéralement dans mes membres.

-‘Tain ! A l’-!

La main de Geneus coupa mon cri net, agrippant ma bouche d’un coup, m’empêchant d’articuler. L’autre coupa ma respiration d’un coup de la tranche, placé net dans mon larynx. Il se pencha un peu plus, me bouchant la vue avec ses cheveux noirs. Si mes membres s’étaient glacés lors de ma chute, ils commençaient à devenir chaud, trop chaud. Geneus parla tout doucement, murmurant presque à mon oreille.

-Je t’avais dit de ne pas parler d’elle. Ma mère ne mérite pas d’être insultée par quelqu’un dans ton genre. Tu n’es qu’une sale enflure profitant des faiblesses des autres pour assoir ton minable pouvoir. Je me fiche des conséquences de mon acte, je les assumerais avec plaisir car j’ai vengé ma mère, de ce qu’elle a dû subir parce que tu n’as pas pu simplement lui tendre la main.

Sa main étouffa le hurlement douloureux que m’arrachèrent mes membres en fusion. J’avais l’impression d’être plongé dans de l’acide, mes muscles fondaient, ma peau se glaçait et était percée par des milliers d’aiguilles. Un goût métallique coula dans ma gorge et ma bouche, ce même liquide brûlant s’échappa de mes oreilles, de mon nez.


***

On m’avait réveillé en plein milieu de la nuit, et au début ça m’avait énervée au plus haut point. Puis on m’avait dit pourquoi, et j’ai perdu mes couleurs. Arrivée dans son bureau, je n’ai pu empêcher un léger haut le cœur de m’envahir. Lochan était là, gisant au sol dans son propre sang, les doigts, les lèvres et les oreilles bleuis. Sa gorge, son visage et ses bras étaient marbré d’un bleu violacé, marquant toutes ses veines et ses artères. A présent il était à demis caché par un drap.
Je m’étais accroupi près de lui, évitant de laisser mes vêtements traîner dans le sang qui collait déjà sur le sol. Mes doigts effleurèrent son visage et je lui fermais doucement les yeux. Ca faisait des années que j’avais mis un terme à notre relation, et des années que je n’avais eues que du mépris pour lui et sa façon de penser, mais là je ne ressentais que de la pitié, et un peu de tendresse refoulée. Lochan avait été quelqu’un de généreux à une époque, me sortant de la rue, me sauvant d’elle. Il avait été rendu aigri et avide par le fait d’avoir repris le flambeau de tête de cette branche la confrérie. J’avais été amoureuse de l’homme généreux, et avait été rebutée par l’homme de pouvoir qui ne m’inspirait que du dégoût. Là ne restait qu’un corps, abimé par le poison.

-Ankita ? Tu m’as fait appeler ?

Je me relevais avec précautions et regardais Geneus qui venait d’entrer. Je fis un signe de tête à Shyama et Tacy, qui sortirent de la pièce. Shyama adressa un léger sourire à Ciar, qui lui répondit d’un signe de tête. Le chimiste avait trouvé le poison avec lequel avait été tué Lochan, le maître d’arme était celui qui l’avait trouvé et qui était aussi partit chercher Ciar. Je leur avais dit que je le ferais enquêter sur le meurtre de Lochan, pour tirer cette affaire au clair et faire un exemple du tueur du chef de la confrérie, d’où sa présence.

-Oui, ferme la porte.

Tandis qu’il fermait ladite porte, je passais au-dessus du corps de Lochan, remit le drap qu’on avait placé sur lui, et m’asseyait sur le bord du bureau de bois qu’il occupait. J’eu un soupire, Geneus restait debout face à moi et avait à présent les mains dans le dos. Je jouais quelques secondes avec le bout d’un parchemin, le tortillant entre mes doigts, mon regard passa sur le corps recouvert d’un drap qui avait été blanc, puis je regardais Ciar qui restait impassible devant la scène, trahissant d’une certaine manière sa culpabilité. Je déchirais le parchemin, nous assurant alors une discrétion totale dans le bureau. Je me doutais depuis que j’avais vu le corps que c’était lui, il me le confirmait silencieusement, prêt à assumer son acte.

-C’est toi n’est-ce pas ?

-Oui.

J’eu de nouveau un soupire, un long soupire las et agacé. Je savais qu’il y avait plus que de grandes chances que je reprenne le flambeau après Lochan. J’étais son bras droit, il passait par moi pour ses commissions, ses infos, aller chercher les missions de clients importants. Il me faudrait prendre mes mesures pour punir Ciar, pour que le meurtre du chef de cette branche de la confrérie ne soit pas impuni, qu’il serve d’exemple. Mais je n’en avais pas la moindre envie, je ne voulais pas faire un exemple de Geneus, du fils de Mayumi. Si je n’admettais pas le meurtre entre assassin, là je ne pouvais pas totalement désavouer les motivations de Ciar, même si d’un certain point de vue elles n’étaient pas si  bonnes. Un assassin, un empoisonneur tel que lui était un bon atout pour nous, et je n’avais aucune envie de le faire plonger.
Je frappais de la main sur le bureau, le faisant claquer. Je parlais bas.

-Bordel. Mais qu’est-ce que tu t’imaginais Ciar ? Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ? Tu te rends compte de la situation dans laquelle je suis ?

Je posais ma main sur mon front, en appréciant la fraicheur bienvenue. Il restait droit et stoïque, mais j’avais appris à déceler les petites émotions qui transparaissaient. Je pouvais voir qu’il était serein avec ce qu’il venait de faire, même si il ne semblait pas comprendre ce que je voulais dire par « la situation dans laquelle je suis ».

-J’étais le bras droit de Lochan, il y a de fortes chances que ce soit moi qui reprenne la main. On va attendre de moi que je retrouve son meurtrier et que je fasse un exemple.

-Je suis prêt à assumer mon acte, tu le sais.

-Et jamais je ne pourrais faire un exemple de toi, par respect et amitié pour Mayumi, et pour toi aussi, tu le sais. Bordel….

Je me tenais l’arête du nez entre deux doigts et tapais nerveusement du pied sur le sol. Je réfléchissais très vite à une solution pour le sortir de là-dedans, sachant pertinemment que si je lui en trouvais une il la saisirait, surtout si je mettais en avant le fait que Yumi n’aimerait pas qu’il meure ou qu’il se fasse enfermer pour elle après tous les sacrifices qu’elle avait fait pour les faire vivre tous les deux.

-Bon. On ne va rien dire, ça c’est une évidence, et je vais trouver une solution. Officiellement tu vas enquêter pour retrouver le meurtrier, va poser des questions sur les ennemis éventuels de Lochan, des intrusions dans le labo, enfin enquête quoi. Et quoi que tu en dises, je vais tout faire pour te couvrir. Yumi ne voudrait pas que tu te fasses tuer ou enfermer à cause d’une vengeance, surtout pas après tous ses sacrifices, Geneus.

J’avais touché un point sensible, il eut une demi-seconde de décontenancement pendant laquelle je remarquais que j’avais bien trouvé mon argument. Je savais alors qu’il m’écouterait et qu’il ne se dénoncerait pas tout seul. Et moi je ne le dénoncerais que si ma propre vie ou mon poste était en jeu, uniquement. Si on jouait assez finement, on pourrait faire traîner cette affaire assez longtemps pour trouver une autre solution que de laisser courir.


***

-T’es sûre de ton info Shanyu ?

-Si je te le dis c’est que ce n’est pas qu’une vague rumeur de couloir, Ahang.

L’ai-esu trempa la pointe d’une aiguille dans de l’encre bleue nuit tout en répondant au thuatann d’une voix un peu excédée. Elle détestait qu’on mette en doute la véracité de ces propos, elle ne répétait jamais les rumeurs infondées et elle savait pertinemment que tout le monde le savait à la confrérie. L’assassin leva les mains en guise de paix, n’ayant pas d’arguments contre ce qu’elle venait de lui affirmer.

-Je savais qu’ils ne s’entendaient pas des masses, mais de là à en arriver à ce point. Parce que j’ai entendu dire que ça n’avait pas été tout doux du tout, c’était bien sale. Net et rapide hein, mais sale.

-Ce qui m’étonne, personnellement, c’est qu’il ait cru qu’on ne saurait jamais que c’était lui. Nous sommes nombreux, mais nous sommes surtout des assassins, on se tient au courant et on finit par savoir ce que l’on veut.

-Oui c’est sûr.

La tatoueuse se pencha un peu plus sur le thuatann, un peu trop peut-être pour un tatouage, pressant sa poitrine inexistante contre le bas du dos de l’homme qu’elle tatouait en haut du dos. Elle sentit un frisson parcourir son client et sourit.

-N’oublie pas que pour l’instant rien n’est réellement officiel Ahang, je te le dis juste parce que je t’aime bien.

-Bien sûr, j’dirais rien tu le sais. Mais je n’aurais jamais cru que Shyama aurait pu faire ça…


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Geneus
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MessageSujet: Re: Geneus, dit Ciar.   Mar 8 Aoû - 18:35

Je ne me sentais pas vraiment bien vis-à-vis de ce qu’il avait fallu faire pour couvrir Geneus. Enfin, une partie de moi était soulagée d’être enfin débarrassée de Shyama. Depuis la mort de Lochan, il avait fouiné pour découvrir ce qui s’était passé malgré mes ordres et il n’avait eu de cesse de remettre en question ma prise de pouvoir. S’il avait su se tenir tranquille il n’aurait pas été désigné comme le meurtrier. Ciar avait été le plus difficile à convaincre. Shyama l’appréciait, il appréciait le scientifique en retour, mais quelques arguments bien placés avaient eu leur effet. J’avais encore usé de Mayumi pour le convaincre, je savais qu’elle ne m’en voudrait pas. De toute manière j’étais moi aussi dans la merde, et jusqu’au cou si on découvrait la vérité. J’avais plutôt intérêt que ce soit lui plutôt que Geneus.
Le fait que Shyama fouine dans cette affaire sans aucune demande avait étrangement contribué à la crédibilité de ses accusations. J’avais mandaté Ciar pour enquêter après tout et c’était les suspicions de quelques membres qui m’avaient données l’idée.

L’utilisation d’un puissant poison, les tensions qu’il y avait eu entre Lochan et Shyama, le fait que personne n’ai vu l’homme dans ses laboratoires ou même dans ses quartiers ce soir-là. Il n’en fallait pas plus pour convaincre la majorité. Pour les autres qui doutaient encore, sachant que Ciar avait aussi pas mal de rancœur envers Lochan et ce depuis bien plus longtemps que le scientifique, Shanyu avait alors publiquement avouée qu’elle et le svart étaient ensemble cette nuit-là. J’avais été surprise quand elle était venue me trouver pour donner un alibi à Geneus spontanément après la diffusion de l’information concernant la mort de Lochan.
Nous nous étions toutes deux mises d’accord sur un plan de fond pour convaincre suffisamment de personnes pour que le svart ne soit plus inquiété. Elle glisserait quelques propos de ci de là sur les actions de Shyama, son attitude étrange à vouloir avoir les quelques preuves en main. Le coup de grâce serait son accusation pure et simple.

-Ankita ?

J’étais tirée de mes pensées et regardait la personne venant d’arriver. C’était Shanyu, le hasard faisait bien les choses. Je lui indiquais de fermer la porte d’un signe de tête.

-Comment les choses se passent depuis ?

Pas le temps de s’inscrire dans de grandes formalités. J’étais tendue et j’avais besoin de réponses pour savoir comment tout se passait à présent, comment les gens avaient pris l’accusation et la sanction qui avait suivi, si certains doutaient. Ca faisait près de trois mois que c’était passé, que Shyama avait été « démasqué » et exécuté.

-Bien. Tout semble être revenu à la normal. Je n’ai pas entendu qui que ce soit remettre en cause les preuves que tu as fournies. Certains en donne même d’autre de leur cru.

-Bien, bien, bien… Merci, tu as été précieuse sur ce coup.

-Oh, précieuse ? Carrément.

Je soupirais longuement alors qu’elle m’offrait un grand sourire. Tout allait bien alors. Ni Geneus, ni moi, ni Shanyu n’auraient de problème à présent. Je resterais vigilante, mais au moins il n’y avait aucun danger immédiat.


***

La main sur son ventre, Yukina observait le renflement de ce dernier. Cet enfant n’avait pas été prévu et était un problème autant pour son père que pour son employeuse. Elle était prostituée et courtisane sous la férule de Madame Osianna. Madame avait une poigne de fer et menait ses affaires avec beaucoup de brio. Quand Yukina s’était aperçu de sa grossesse, elle avait eu peur de la réaction de Madame, tout autant que de celle de M. Tohei, le client qui était le père de l’enfant. Les dates coïncidaient avec les deux semaines où il l’avait réservée pour lui seule.
Il aimait sa peau blanche, ses lèvres pulpeuses qui soulignaient avec grâce de l’ovale de son visage, ses yeux bridés d’une couleur améthyste profonde et ses longs cheveux qui avaient cette couleur d’un bleu si profond qu’ils semblaient presque noir. Elle aimait son toucher, ses mots gentils, il était de ces clients qui étaient assez doux et qu’elle avait pensé pouvoir manipuler suite à cet accident. Elle en avait parlé à Madame de prime abord, afin d’avoir son soutien dans ce qu’elle allait faire. Son soutien et sa protection, en échange bien sûr d’une compensation. Yukina avait attendu que son ventre enfle un peu –ce qui fut rapidement visible car elle était très fine- pour faire venir M. Tohei et le mettre devant le fait accompli.
Madame avait assisté à la rencontre, afin de s’assurer que sa fille ne soit pas touchée ou blessée par M. Tohei. Et également afin de servir de témoin.

Elle lui avait annoncé que l’enfant était de lui. Elle avait des preuves de cela et elle le garderait. S’il ne souhaitait pas que sa femme et la famille de cette dernière -très influente dans la région-, soit misent au courant, il fallait qu’il lui verse une rente chaque mois, afin de s’assurer de son silence.
Il n’avait pas pu refuser, repartant rouge de colère et de confusion.

Il fut décidé de Yukina ne sortirait plus, afin de lui éviter tout accident. Il était évident que M. Tohei n’avait pas bien pris ce chantage, il faudrait éviter à la courtisane d’avoir des ennuis et surtout elles craignaient les potentiels chasseurs de primes que pourraient engager le client. Il était suffisamment respectable pour ne pas lancer une vendetta envers elles, il lui faudrait être discret pour éviter d’éveiller des soupçons sur ses motivations, mais Madame veillait et au bordel personne n’oserait rien, elles en étaient sûres.
Les premières rentes étaient arrivées, et Madame Osianna et Yukina se les partageaient équitablement, sans qu’aucune autre fille ne soit au courant. La version officielle de la grossesse de Yukina étant qu’elle avait voulu un enfant seule, que Madame acceptait ce choix à condition que personne ne sache, car ce serait un scandale pour l’établissement si quelqu’un découvrait qu’une des filles avait fait un enfant dans le dos d’un des clients.

Elle était enceinte de plus de cinq mois à présent et se plaisait à observer les autres courtisanes par les petits judas que Madame avait disposé partout afin de s’assurer que tout se passe bien pour les filles et qu’elles fassent bien leur travail. Mais Yukina regardait simplement les débuts et quand cela devenait trop intime, elle s’éclipsait vers une autre chambre, ou partait dans la sienne afin de prendre un peu de repos, par pudeur pour les autres filles.

Elle reprit son observation de Skye et son nouveau client intriguant. Il avait donné le nom de Ciar lorsqu’il était entré la première fois dans l’établissement, juste Ciar. Il n’y avait aucun problème à ne donner qu’un nom ou même un pseudonyme ici, la discrétion était normalement de mise.

C’était un client qui ne lui demandait rien d’autre que des chansons et un peu de temps avec Skye, notamment la chanson de la Fiancée du Tigre, une vielle chanson morninenne. Il était presque muet et ne faisait qu’écouter le son des chants de Skye, de son luth, et il mangeait aussi ce qu’elle lui apportait au début. Puis il lui avait quelques fois parlé de ses livres. Elle se demandait pourquoi il payait autant uniquement pour ça, mais les excentriques existaient partout et vu son aspect peut avenant des premiers temps, il devait être en simple manque de compagnie. Mais ce soir-là, la séance de chant prit une autre tournure, lorsqu’il s’approcha de Skye. Il passa doucement sa main dans les cheveux blonds de l’ancienne esclave -qui était hébergée gentiment par Madame- et l’embrassa d’une manière à la fois tendre et passionnée.

Yukina sentit un frisson remonter le long de sa colonne et la chaleur lui monter aux joues. Ce simple baiser portait bien plus de tendresse, de délicatesse et de passion qu’elle n’en avait vues tout le long de sa carrière, il était comme ceux que l’on imagine en lisant un roman d’amour. Il n’avait jamais eu ce comportement, mais c’était comme s’il avait toujours voulu faire ça, alors qu’il ne l’avait jamais montré.
Elle avait eu du mal à partir cette fois, ne pouvant détacher son regard tandis que l’homme retirait ses vêtements et ceux de Skye. Ses gestes étaient mesurés, assurés et impatients à la fois. Il brûlait visiblement de désir mais ne précipitait rien pour autant. Il embrassait le cou de Skye qui soupirait chaudement, les yeux fermés, le corps frissonnant. Un souffle chaud s’échappa de la gorge de la voyeuse jusqu’à ce que Madame –arrivée sans bruit- referme le judas, coupant la vue qu’elle avait de la scène. D’un mouvement de tête la matrone lui indiqua d’un geste de se taire et l’emmena avec elle jusque dans sa chambre.
Yukina la suivit, un peu chamboulée de ce qu’elle avait commencé à voir, voulant en voir plus mais ne le pouvant pas.

-La rente de ce mois-ci n’est pas encore arrivée. J’ai envoyé un courrier à Mr Tohei afin de nous rappeler à son bon souvenir, mais je me demande pourquoi il prend le risque de faire annuler son mariage pour quelque chose d’aussi idiot…

-Et qu’est-ce que je peux y faire ?

-Ne sois pas insolente Yukina ! Je ne veux pas qu’un client risque de te voir derrière ces judas, je ne m’en sers que peu et que si j’ai un doute, toi tu t’en sers tout le temps. Je sais que tu t’ennuies mais trouve toi une autre occupation.

La femme enceinte hocha la tête, comprenant, mais aussi déçue. Pour une fois que le galant Ciar faisait autre chose que regarder Skye dans le blanc des yeux et qu’elle avait une irrésistible envie de regarder, elle ne pourrait plus le faire.

-Officiellement j’ai dit à Tohei que tu étais partie ailleurs dans la lettre et que les rentes données au bordel te parvenaient pas la suite, mais nous devons être prudentes, nous gagnons gros grâce à cette situation, mais notre véritable patron pourrait en avoir vent lui aussi et nous serions bien plus mal s’il savait qu’on se faisait de l’argent sur son dos.


***

Je remplissais un nouvel ordre de mission. Quelque chose de banal et de simple : une amante à tuer et des preuves à fournir pour que la femme se débarrasse de son époux avec  l’assurance d’un pécule confortable. Ce serait un nouveau qui s’en chargerait, ce genre de mission n’étant pas des plus difficiles à mener, on se faisait bien les dents avec ça.
Ciar était en face de moi, il venait de revenir du bordel, il sentait le parfum de femme.

-Du nouveau sur la pute enceinte ? Notre client s’impatiente un peu, il claque du fric pour elle et nous et il veut que ça cesse. Apparemment il aurait reçu une lettre comme quoi elle n’était plus au bordel mais ailleurs, ça ne va pas nous faciliter le boulot.

Je savais qu’il avait tiqué sur le mot pute, mais il n’en dit rien. On appelait un chat un chat, une pute était une pute, c’était comme ça. Il acceptait déjà bien mieux le terme depuis que ça n’était plus Lochan qui le disait, c’était déjà ça. Ciar s’appuya sur mon bureau, me tournant légèrement le dos, mais me regardant tout de même quand il me parlait.

-Elle est toujours dans le bordel. J’en suis sûr.

-T’es sur de toi sur ce coup ?

Je relevais les yeux pour le regarder et il hocha la tête avant qu’il ne me donne ses arguments.

-Des paires d’yeux observent quelques fois ce qui se passe dans les chambres, et l’une d’entre elle n’appartient pas à la matrone de l’établissement.

-Elle n’a pas un bras droit cette Osianna à qui pourrait appartenir cette paire ?

-Personne. En tout cas la seconde paire d’yeux observe souvent, bien plus que celle de Madame. Je pense que Yukina se cache et qu’elle n’a rien d’autre à faire de ses journées et soirées que de jouer les voyeuses.

-Bon, très bon ça. Pas besoin de battre la campagne pour la retrouver.

Je reposais ma plume et me levais de mon siège. J’étirais mes jambes et fit quelques pas vers l’armoire où je stockais nos ordres de missions pour y ranger le double de celui qui venait d’être fait. Je posais ma main sur le bois qui réagis et s’ouvrit. Il n’y avait que Shanyu et moi qui pouvions l’ouvrir, Geneus ayant refusé de devenir mon bras droit. La tatoueuse m’avait montré avec l’affaire Shyama qu’elle avait un certain sens de l’honneur que j’appréciais. On ne laisse pas tomber ses amis –enfin amant dans le cas de Geneus à l’époque- et on sait parfaitement faire profil bas quand il le fallait. Elle était depuis longtemps dans la confrérie et chacun la respectait.
Je lui avais naturellement demandé de me seconder et elle était passée de tatoueuse à informatrice à plein temps. Et elle était passée du lit de Geneus au mien au fil du temps, et avait pris une place dans mon cœur aussi.
Je regardai Ciar après avoir refermé la porte.

-Tu sais comment tu vas t’y prendre pour…? Je lui adressais une légère grimace de dépit en lui demandant.

-Le client a demandé la disparition d’Osianna et de la fille, non ?

-Oui, en effet…

Il m’expliqua alors qu’il ne voulait pas tuer la jeune femme enceinte, pas sans lui donner le choix auparavant.
Selon nos informations elle approchait du sixième mois de sa grossesse, si elle n’y était pas déjà, le bébé pourrait donc possiblement vivre si elle accouchait à présent, il n’était donc pas question pour lui de tuer un bébé. Je lui demandais donc où il comptait la cacher, comment il allait faire pour qu’elle cesse son chantage et élève son enfant loin de la ville sans possibilité que notre client ne la voit. Il avait déjà commencé à préparer tout ça depuis quelques semaines. Il avait envoyé des demandes à nos contacts à Xuan pour qu’ils recherchent une petite maison capable de l’accueillir elle et son enfant. Il y avait toujours du travail dans les rizières ou au port fluvial dans cette région, elle pourrait avoir un emploi là-bas et vivre de l’argent des rentes en attendant d’accoucher puis d’être remise de celui-ci.
Lorsque j’évoquais la possibilité que la jeune femme refuse, il indiqua qu’elle n’aurait pas le choix : c’était soit elle acceptait de disparaître là-bas et de ne plus jamais faire parler d’elle, soit elle mourrait. Ciar l’accompagnerait lui-même. A aucun moment il n’évoqua la matrone, je savais que celle-ci par contre n’échapperait pas à la mort
Je reconnaissais bien Geneus derrière cette proposition travaillée et réfléchie et je savais que si la jeune femme refusait il mènerait sa menace jusqu’au bout, mais au moins lui offrait-il le choix de la vie, sûrement à cause de l’enfant qu’elle portait.

-Je ne vois pas pourquoi je refuserais ton plan, il est bien conçu. Par contre ça va faire bizarre que tu ne te montre plus au bordel, cette jeune femme dont tu m’as déjà parlé, Skye, risque d’être suspicieuse, il faudrait peut-

L’expression qu’il eut me fit un peu frissonner. Elle s’était durcie et je sentais qu’il valait mieux que je ne m’aventure pas trop sur le chemin de la prostituée dont il semblait s’être entiché.

-Je ne lui ferais rien, rien du tout. Elle ne sera pas suspicieuse et même si elle l’était je t’interdis de-

-Tu n’as rien à m’interdire Ciar ! Tu te rappelles qui est le chef ici ? J’accepte le plus souvent quand tu deviens un peu insolent mais il ne faut pas voir à t’y habituer non plus. Si elle se met à fouiner elle disparaitra et je ne joue pas sur les mots moi. Si elle ne fait rien je lui foutrais la paix.


***

Osianna comptait la recette du soir, enfermée dans sa chambre qui lui servait de cabinet. Ce soir n’avait pas été le plus rentable, mais il ne faisait pas partit des jours maigres pour autant. L’établissement prospérait de mieux en mieux depuis que Skye était revenue pour y chanter, danser et aussi recevoir. La lios avait transmis son savoir aux autres filles et à présent elles étaient devenues de bien meilleures courtisanes. Elle avait aussi de côté la rente de ce mois-ci que M. Tohei versait pour le silence de Yukina et le sien. Ce marché était de loin le plus juteux, car l’argent n’était reversé à personne d’autre que les deux femmes. Il ne servait pas à l’entretien de l’établissement, de salaire, ou de paiement à son patron. Elle était libre de faire ce qu’elle voulait avec. Et ce qu’elle voulait, c’était pouvoir acheter son propre établissement, sa maison close. Elle pourrait débaucher les filles là-bas, acheter des esclaves afin de les libérer quelques années plus tard et les éduquer en attendant.
Il lui faudrait plus d’argent que les six mois de rente qu’elle avait actuellement et ses économies de salaire, peut-être encore un ou deux ans, mais ça se ferait. Quand sa porte s’ouvrit elle ne prit pas la peine de lever la tête, elle savait très bien qui venait à cette heure tardive et pourquoi.

-Ecoute Yukina, si c’est encore pour me demander si je peux aller te chercher des onigiris, la réponse est non. Tu vas fini par devenir vraiment énorme est ce n’est pas sain pour ton bébé, retourne dans ta chambre.

-Donc elle est bien là. Merci.

La voix qui venait de lui répondre n’était pas du tout la voix de Yukina. Osianna se redressa brusquement et allait demander qui était l’intrus et ce qu’il faisait là quand une sensation glacée coula de sa gorge au reste de son corps. Elle senti juste une légère piqure entre son pouce et son index et perdit connaissance, retenue par l’intrus pour ne pas faire de bruit lors de sa chute. Elle décèdera quelques minutes plus tard, assise dans son fauteuil, sa plume encore en main.


***

La jeune femme dormait, allongée sur le dos afin de ne pas être gênée par son gros ventre pendant la nuit. Elle entendit à peine la porte de sa chambre s’ouvrir puis se refermer presque sans un bruit. Elle entendit un murmure appeler son nom. Elle reconnaissait la voix mais ne savait pas vraiment où elle avait bien pu l’entendre, elle ouvrit les yeux.

-Qui c’est ?

Elle avait murmuré par réflexe en réponse à l’appel de son nom. La lumière s’alluma dans sa chambre et elle vit une silhouette bien connue. Il s’agissait de Ciar, le client de Skye, celui qui était galant. Elle eut quelques instants sans bouger avant de se redresser pour s’assoir dans son lit. Il n’était pas normal qu’il soit là, ou même qu’il connaisse son prénom. Le fait de s’assoir alors qu’elle était allongée fit réagir son bébé qui lui donna quelques coups de pieds, comme pour montrer qu’il n’était pas content de la situation.

-Qu’est-ce que vous faites ici ? Comment connaissez-vous mon nom ? Pourquoi Madame-

-Je pense que tu te doutes très bien de pourquoi je suis ici Yukina. Réfléchis quelques instant, la réponse est droit sous ton nez, littéralement.

Yukina regarda en bas mais ne vit que ses genoux, son ventre, le tapis sous ses pieds. Il ne pouvait pas être là pour ce tapis c’était évident. Elle allait dire quelle ne voyait pas du tout ce qu’il voulait dire, avant de mettre ses deux mains sur son ventre, paniquée. Bien sûr. Elle allait hurler quand Ciar fut plus rapide qu’elle et plaqua sa main sur sa bouche et pointa une dague sur son ventre.

-Ce ne serait pas très malin de hurler. Tout le monde dort et je n’ai pas envie que les autres filles soient mêlées à cette histoire. Tu ne voudrais pas que Mee Yee, Skye ou l’une des autres filles meure par ta faute ?

Elle secoua la tête autant qu’elle le put, n’osant pas faire de trop grands mouvements, sentant des larmes lui monter aux yeux. Non elle ne voulait pas qu’on meure à cause d’elle. Elle ne voulait pas non plus mourir, mais là elle se savait piégée. Si elle hurlait elle mourrait mais aussi toute personne venue pour savoir ce qui se passait. Yukina savait aussi qu’elle mourrait quoi qu’elle fasse, l’assassin n’était pas venu jusqu’ici pour simplement confirmer sa présence, elle préférait alors ne pas être de nouveau vecteur de problèmes…

-Bien, je savais que tu étais intelligente. Je vais te lâcher et nous allons discuter.

La main se retira de sa bouche, la pointe de la dague ne se trouvait plus sur son ventre. Yukina entoura son enfant à naître de ses bras, se repliant un peu sur elle-même. Pourquoi discuter, pourquoi ne la tuait-il pas maintenant tout simplement, pourquoi la torturer psychologiquement avant ? Elle priait pour que Madame ne décide pas de venir voir comment elle allait…

-Je ne vais pas tergiverser : Tu sais qui veut ta mort et pourquoi il la veut. Mais on m’a donné pour consigne de te faire disparaître, pas directement de te tuer et je vais te donner une unique chance de jouer sur les mots avec mon aide.

La jeune femme releva la tête, n’étant pas très sûre de ce qu’elle venait d’entendre. L’assassin mandaté pour la tuer, Ciar, qui était passé ces derniers mois presque tous les soirs dans l’établissement avec Skye -sûrement pour étudier les lieux maintenant qu’elle y pensait- lui proposait une alternative à sa mort en jouant avec les mots vis-à-vis des ordres  qu’on lui avait donné.

-Je peux t’emmener en lieu sûr à Xuan où une maison pourra vous accueillir toi et ton enfant. Tu trouveras un travail dans une rizière ou au port sans trop de difficulté si tu acceptes de travailler dur et physiquement. Bien sûr une fois que ton enfant sera né. En attendant de pouvoir travailler tu de débrouillera avec l’argent que tu as extorqué pour vivre. Tu vas changer aussi de prénom et te couper les cheveux pour dissimuler un peu ton identité et je ne veux jamais te voir ailleurs que la région où tu seras. Tu ne contacteras jamais le père de l’enfant, tu ne diras jamais qui il est et si on te demande pourquoi tu es là tu as fuis un mari violent qui menaçait ta sécurité et celle de ton enfant. Personne n’ose plus poser de questions indiscrètes après un tel passif.

Il avait vraiment réfléchit à sa « disparition » et parlait sans hésitation d’une voix basse et claire.

-Tu suivras toutes ces règles à la lettre sinon je te tuerais, sans hésiter.

Elle hocha la tête, sentant qu’il fallait qu’elle bouge un peu, qu’elle participe. Mais elle n’en revenait pas qu’on lui propose de vivre alors qu’elle avait un contrat sur sa tête. Etrangement, elle sentait qu’elle pouvait lui faire confiance.

-Acceptes-tu ?

Yukina hocha de nouveau la tête en laissant cette fois ses larmes couler. Elle était soulagée de pouvoir vivre, mais ce serait un changement énorme. Elle n’avait jamais travaillé autrement qu’au bordel, elle était courtisane et pas paysanne, mais si elle voulait rester en vie, si elle voulait que son bébé vive, elle n’avait pas d’autres choix. Un changement radical de vie ou la mort, il n’y avait aucun doute sur le choix à faire. Il lui fallut partir immédiatement, prenant quelques affaires et l’argent des rentes qu’elle possédait, suivant Ciar dans la nuit. Elle ne put dire au revoir à personne, merci à personne et elle espérait que Madame ne lui en voudrait pas.


***

-Alors il l’a vraiment fait ?

Shanyu tenait entre ses mains une lettre de Ciar. Ce dernier était partit depuis près de deux mois et demi pour amener sa cible loin de tout et de leur client, sans que ce dernier ne se doute que les mèches de cheveux qu’on lui avait amené comme preuve ne provenaient pas du cadavre de la jeune femme. Il avait demandé pourquoi on ne parlait pas de la découverte de son cadavre, il lui avait été expliqué que nous avions fait disparaître le corps pour éviter que quelqu’un ne soupçonne les clients de Yukina de l’avoir fait disparaître à cause de sa grossesse. Il avait approuvé et finit de payer. Les preuves de la grossesse et de sa paternité avaient aussi disparues, elles étaient en majorités des signatures de registre aux dates de la conception de l’enfant.
Yukina… A présent elle s’appelait Meyo et vivait près de Xuan avec la petite Inheia qui était née avec près d’un mois d’avance. La jeune femme avait coupé ses cheveux, ils lui arrivaient à présent à la mâchoire, et elle les teignait en noir profond. S’il était resté avec elle les premiers temps pour garder un œil sur son installation et ses directives, Ciar était à présent sur le chemin du retour.
Une main se glissa sur la hanche de Shanyu, ferme elle l’entraina plus près de sa propriétaire qui lui prit la lettre des mains.

-Bien sûr, tu en doutais ?

-Un peu j’avoue.

Shanyu vit Ankita lui servir une moue de déception exagérée. Elle eut un léger rire en voyant ça.

-Tu me déçois, pour quelqu’un qui a été intime avec lui pendant un long moment je pensais que tu savais qu’il a quand même un cœur sous ce glacier.

L’Ai-esu plissa le nez en guise de grimace, seul argument qu’elle avait à lui répondre. Elle reprit un air sérieux tout en se plaçant de face contre l’elfe qui la regardait dans les yeux. Elle baissa un peu le ton, ce qu’elle allait lui dire était personnel.

-Et concernant la dernière partie ? Tu penses faire quoi ?

Elle vit bien qu’Ankita n’aimait pas les derniers paragraphes de la lettre de Ciar. L’elfe restait elle-même lorsqu’elles étaient ensemble et elle savait qu’elle était tiraillée entre son devoir de chef et l’amitié profonde qu’elle avait pour Geneus. Ankita eut un long soupire, de ceux qu’elle avait quand elle ne savait pas quoi faire tout en sachant ce qu’elle voulait en réalité.  La dernière partie mentionnait deux choses, toutes deux importantes aux yeux de Geneus. Une jeune femme et une décision.

-Déjà on a toujours gardé un œil sur cette Skye, elle aurait pu devenir suspicieuse ou autre. Je pense qu’il ne se doutait pas qu’elle finirait à la rue, mais elle se débrouille bien. Je passe de temps en temps devant elle et lui file de l’argent quand ça fait quelques jours qu’elle n’a pas fait recette, mais pas trop souvent, qu’elle ne me remarque pas.  J’ai demandé à quelques gars de faire attention quand elle dort dehors, que personne n’en profite, et un de nos informateurs a accepté de la laisser venir dans son bar près des bas quartiers pour chanter si elle lui demande.

Le regard de l’elfe en disait long à son amante. Elle ne faisait ça que pour Geneus, par amitié pour sa défunte mère mais aussi parce qu’elle aimait le svart comme s’il était son petit frère. L’Ai-esu avait l’impression de voir se rejouer la scène de l’arrivée de Mayumi et Geneus –ce dernier la lui avait raconté- dans leur groupe, avec l’un des membres insistants auprès du chef pour faire quelque chose. Sauf que là Geneus n’avait clairement aucune intention de faire entre la jeune femme dans leurs rangs, et il voulait être auprès d’elle pour la protéger et la soutenir à l’avenir.

-Tu lui as dit tout ça ?

-Oui.

-Et tu penses que c’est pour elle qu’il ne veut plus être qu’informateur ?

-Tu sais très bien que c’est pour elle Shan. Et je suis sûre que Yumi en serait ravie…


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Geneus
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MessageSujet: Re: Geneus, dit Ciar.   Mar 8 Aoû - 18:35

Il pleuvait à verse ce jour-là, une pluie forte, glacée et continue qui poussait les gens à courir pour trouver un porche où s’abriter, une auberge où se réchauffer, ou simplement leur foyer. J’étais debout, abrité sous mon parapluie, je la regardais depuis de longues minutes. Elle semblait irradier, malgré la pluie, malgré ses joues un peu creuses et ses cheveux ayant souffert de la vie qu’elle menait dans les rues depuis quelques mois. Mais elle restait magnifique, jouant de son luth, sa voix douce s’élevant suffisamment pour qu’on l’entende malgré le bruit assourdissant de la pluie. Elle ne m’avait pas vu, pas encore, en même temps je restais dans l’ombre pour le moment. Je ne savais pas vraiment comment l’aborder, quoi lui dire ou même quoi faire. J’avais disparu de sa vie depuis près de quatre mois.
Lui avais-je manqué ? Je n’en avais pas la prétention. Je n’étais qu’un client comme les autres, même si nous avions partagé d’agréables soirées à parler de littérature et d’autres où elle me parlait de tous et de rien.
Par contre, elle m’avait manqué. Sa voix chantante, ses mains fines et habilles, sa peau dorée, son humour, sa passion, sa tendresse, son intelligence… Au départ ma mission dans le bordel où elle travaillait avait été d’avoir des informations pour mon client et de trouver où était passée la courtisane qui le faisait chanter. Je l’avais choisie elle pour une raison qui m’avait échappée. Sa voix et ses gestes gracieux sans doute. Les livres dans sa chambre m’avaient étonné dès le premier soir, mais j’avais attendu avant de lui en parler et ça avait été le début d’un rituel pour moi que d’aller la voir. J’avais laissé la mission traîner un peu afin de pouvoir continuer à venir.
Puis j’avais sauté le pas et l’avait touchée comme j’en avais envie, malgré que je m’étais juré de ne pas le faire. Je n’avais jamais ressenti ça pour quelqu’un, même pour Shanyu qui avait été la seule pendant de longues années.
J’avançais d’un pas mesuré, ne voulant pas trop la surprendre, ne voulant pas la faire fuir. Mon ombre se projeta sur elle et elle me regarda de ses yeux turquoise perçant.

-Je t’ai longtemps cherché.

C’était faux, je savais où elle était grâce aux informateurs du groupe, mais elle ne devrait pas le savoir. C’était la règle.

-Désolée, mais je ne fais plus ce genre de travail.

J’étais blessé qu’elle me réponde ça. Je m’y étais pourtant préparé, après tout pour elle je n’étais qu’un client du bordel qui venait pour passer du bon temps, que ce soit en l’écoutant chanter, en lui parlant, ou même en profitant de son corps. Je n’avais jamais songé à elle comme un corps dont je profitais non, mais ça devait être de cela dont elle se rappelait, que je payais et que nous avions des rapports sexuels suite à ce paiement.
Je ne répondis rien, n’ayant rien à répondre à cela, et lui tendit la main.
Elle la prit, se leva et après avoir ramassé ses affaires nous nous sommes rendu dans une auberge. Là elle put manger un repas chaud, à sa faim. Je pris une chambre pour qu’elle puisse y dormir cette nuit, et qu’elle puisse aussi se laver, ce qu’elle fit immédiatement. Je la laissais seule le temps qu’elle se lave et qu’elle prenne soin d’elle. Une fois qu’elle fut prête, je revins dans la chambre.

-Je vais commencer par réellement me présenter. Je ne m’appelle pas Ciar, mais Geneus.

Cela n’eut pas vraiment l’air de la surprendre. Mais après tout certains clients, honteux, donnaient un pseudonyme à leur courtisane afin de conserver un peu d’anonymat. Elle semblait aussi plus détendue que lorsque je l’avais trouvée sous le porche, chantant pour manger sans que les gens ne s’arrêtent. Mais elle était méfiante, le langage corporel ne savait mentir, et c’était compréhensible.

-Je ne t’ai pas cherchée pour que tu reprennes ton ancien travail, je t’ai cherché pour te proposer de réaliser ton rêve, celui d’ouvrir une auberge.

Son expression changea du tout au tout. Sauf pour la légère méfiance qu’elle avait.

-Je te propose de nous associer : j’ai de l’argent pour financer l’établissement et toi des idées et les compétences pour le faire tourner. Nous le dirigerions ensemble.

Je voyais bien que tout ça était un peu soudain pour elle, qu’elle ne savait quoi dire ou quoi faire. Je venais de surgir de nulle part, je lui avais offert du confort et à manger, et à présent je lui expliquais que je souhaitais réaliser son rêve de devenir aubergiste. En soit nous n’avions rien de spécial, elle n’avait pas connu mon véritable nom pendant des mois, et pourtant j’étais bien là devant elle. Et j’avais réellement envie de l’aider, envie de lui offrir cette vie dont elle rêvait.
Cette auberge n’était que pour elle, je n’avais jamais vu d’issue à mon passé et à l’organisation jusqu’à ce que je la rencontre et que l’on ne parle de livres et de ses rêves, et jusqu’à ce soir où je m’étais approché d’elle pour la toucher. Skye ne comprendrait peut-être pas pourquoi je voulais faire ça, mais elle me demanda le temps de la réflexion. D’un mouvement de tête je lui accordais et lui annonçais que j’avais payé la chambre pour une semaine, les repas compris, et que je repasserais la voir demain si elle acceptait de passer un peu de temps avec moi. Sa confusion et sa gratitude la firent balbutier quelques mots : elle voulait bien que je vienne, elle me remerciait, je n’avais pas besoin de faire tout ça pour elle. Elle me demanda: pourquoi elle ? Je ne répondais pas et la laissait seule pour la nuit, profiter d’un vrai lit au chaud, sans qu’elle ait besoin de s’inquiéter sur son devenir du lendemain.

J’étais donc revenu le lendemain, en début d’après-midi avec sous le bras trois livres dont deux qu’elle avait eu dans sa chambre au bordel. Je venais la voir tous les jours, passant plus ou moins de temps avec elle, mais amenant toujours avec moi des livres, afin qu’elle puisse occuper ses journées. Je reconstituais aussi peu à peu sa bibliothèque qu’elle avait laissée derrière elle.
Les quelques recherches faites sur son passé avec l’organisation nous avaient indiqué qu’elle avait été esclave, mais qu’elle n’avait aucune preuve qu’elle ne l’était plus. Si cela importait peu au commun des mortels, l’homme qui dirigeait le bordel dans l’ombre n’aurait pas hésité à sauter sur cette lacune pour la refaire esclave et l’enfermer à jamais dans son établissement. Skye avait donc choisi la liberté et je veillerais à ce qu’elle la garde. Et cette liberté passait dans un premier temps, pour moi, par les livres qu’elle aimait tant et qu’elle avait dû laisser à contrecœur derrière elle. J’avais donc fait en sorte de reconstituer au fur et à mesure sa bibliothèque, tout en y ajoutant quelques livres que j’aimais, et d’autre dont le libraire chez qui je les achetais me parlait en bien.

Elle m’annonça au bout de quelques temps qu’elle acceptait ma proposition.

J’avais déjà repéré des bâtiments en vente que je pouvais acheter pour en faire une auberge. Il s’agissait actuellement d’une boutique de tailleur surmontée de logements et d’une maison de ville de taille respectable. Ils étaient tous deux attenants et il faudrait des travaux pour aménager une cuisine et une salle commune, en plus de créer chambres et cabinets de toilette peu importe le bâtiment que j’achèterais, mais rien n’était impossible à faire.
J’achetais la boutique de tailleur, puis finis par acheter la bâtisse attenante. Cette dernière avait l’avantage de posséder toute l’arrière-cour derrière les deux bâtiments, avec un chemin assez large pour y mener. Les gros travaux durèrent quelques mois, durant lesquels furent crées des écuries dans une partie de l’arrière-cour, une grande salle traversant les deux bâtiments, une cuisine, un cellier… Tout ce qu’il fallait pour qu’une auberge fonctionne. Skye valida les plans, vint voir le chantier avec moi. Nous étions deux à ouvrir cette auberge, il était normal qu’elle participe. Une fois le gros des travaux fait, nous avons continué l’aménagement et la décoration seuls. Si j’avais économisé une somme plus que confortable, elle ne se renouvelait pas seule, et la moindre économie était la bienvenue. Notre auberge n’était pas extravagante, elle était simple, décorée en majorité par la lios qui avait choisi des meubles et du linge de qualité, sans qu’ils ne fassent pompeux.
Elle me proposa comme nom pour l’auberge le titre de la légende Mornienne que je lui avais demandé lors de notre première rencontre. J’acceptais d’un hochement de tête et commandais une enseigne au nom de « La Fiancée du Tigre ».

Le temps passait et Skye avait du mal à ne plus me vouvoyer, et à m’appeler simplement Geneus, mais je lui laissais le temps de s’y faire, de mon côté j’évitais de trop la toucher, ou de l’approcher de trop près. Je ne voulais pas qu’elle s’imagine que j’avais des arrières pensées tordues derrière cette proposition d’auberge, que je ne voulais que profiter de son corps et de sa gentillesse. Je mentirais en disant que le souvenir de sa peau ne me hantait pas, mais je ne me jetais pas sur elle pour autant. Je me prenais à l’observer de loin et à me rappeler le parfum ses cheveux, mais je ne laissais rien paraître et ne cédais pas à la tentation. Nous préparions les ultimes détails avant l’ouverture de l’auberge quand enfin elle réussit naturellement à me tutoyer et à m’appeler par mon prénom.

Lorsqu’enfin nous avons ouvert, les débuts furent difficiles.
Il y avait peu de clients et nous perdions de l’argent chaque semaine malgré le fait que nous faisions attention à toutes nos dépenses. Les quelques clients que nous avions venait de l’organisation. J’avais promis de me tenir informé de tout, et de leur offrir un point de chute s’ils en avaient besoin. Mais leur présence ne suffisait pas. Skye se mis alors à payer nos créanciers en nature et je n’appréciais pas ça. Mais je n’avais pas d’autres solutions à proposer, elle ne m’appartenait pas et nous n’étions pas en couple, alors je ne disais rien. Elle ne faisait ça que pour nous aider à sortir la tête de l’eau. Mais je n’en pensais pas moins, je détestais savoir qu’elle devait faire ça pour payer nos factures.

Le bouche à oreille fini par fonctionner, encore une fois grâce à Skye. Elle s’était fait pas mal d’amis et de relations qui étaient passé la voir dans son auberge, ses mentors, ses amies et anciennes collègues du bordel, mais aussi sa voix et son talent au luth attirèrent du monde à l’auberge. Nous étions bien situés, ces derniers détails firent le reste. Je pu voir les yeux de Skye briller lorsque des filles du bordel étaient entrées pour la première fois et l’avaient alors reconnue. C’était cette lueur de joie qui la rendait encore plus lumineuse et belle qu’elle ne l’était.
Elle put cesser de régler nos dettes et nos fournisseurs de son corps, m’ôtant une épine du cœur. La journée Skye cuisinait en servait en salle, je m’occupais des écuries dans un premier temps avant qu’elle ne me propose d’embaucher des gamins des rues, pour leur éviter qu’ils ne tournent mal. Je veillais également sur la salle, adossé dans un coin, observant les clients comme je le faisais par le passé, remarquant leurs tics, leur attitude, déchiffrant ce qu’ils pouvaient penser et imaginant beaucoup de scénarii impliquant comment je pourrais m’y prendre pour les tuer ou les neutraliser tout en étant discret. Mais je n’aurais pas à tuer car on m’en aurait désigné, ni à étudier le terrain afin que quelqu’un d’autre n’exécute une mission, cette vie de terrain était derrière moi comme la prostitution était à présent derrière ma partenaire.
C’était vrai, jusqu’à ce qu’un des clients –qui était un ancien client du bordel- décide un soir que Skye le laisserait faire ce qu’il voulait d’elle et qu’elle se trémousserait pour lui et ses amis « comme la trainée qu’elle était ». J’étais dans les cuisines quand j’ai entendu des voix s’élever, des rires un peu gras, puis la voix de Skye qui demandait à ce qu’on la lâche. Le mot « trainée » s’éleva alors plus fort que les autres. Mon sang n’a fait qu’un tour et je me suis saisi des aiguilles d’acupuncteur que j’avais dans mes manches tout en allant dans la salle d’un peu rapide et silencieux. Chaque membre du groupe fut touché à un point précis engourdissant tout leur corps et les paralysant, certains plus virulents furent choqués par une décharge électrique. L’ancien client eu le droit à une décharge bien plus importante, pour la forme. Tous traversèrent la salle alors que je les traînais par la jambe et finirent de l’autre côté de la rue. Nous les reverrions quelques jours plus tard, étrangement, et aucun ne se risqua à avoir un geste déplacé envers Skye. Ils s’excusèrent même platement, demandant à pouvoir revenir dans l’établissement.

Lorsque nous avons fait la fermeture le soir de l’incident, la lios s’était placée devant moi, au pied des escaliers, souhaitant visiblement me parler. Elle me remercia pour ce que j’avais fait pour elle, tout d’abord oralement, et quand j’allais lui répondre qu’elle n’avait pas à me remercier elle m’embrassa. Ce geste fit tomber toutes les barrières que j’avais dressées pour ne pas succomber à la tentation. Cette nuit-là je pu de nouveau goûter à sa peau, sentir le parfum de son corps contre moi, l’entendre soupirer intimement. Ses caresses m’avaient manquées et je pense pouvoir dire sans prétention que les miennes lui avaient tout autant manquées. Depuis cette nuit nous avons régulièrement partagé le même lit, nous ne dormions que dans une chambre, tantôt la mienne, tantôt la sienne. Puis presque exclusivement la sienne. J’aménageais alors ma chambre en petit laboratoire, décoctant mes propres paralysant et antidotes, une vieille habitude que j’étais heureux de retrouver.

Récemment nous avons accueillis un jeune esclave en fuite, arrivé un soir, effrayé mais cherchant un endroit où se mettre à l’abri. Letty était assez craintif, il chercha à fuir une nuit alors que Skye lui avait dit vouloir lui parler. Je l’avais attendu et conseillé de ne pas partir. Skye avait eu plus de tact et lui avait alors proposé de reste avec nous, il pourrait travailler pour payer son toit et sa pitance. Il accepta après avoir réfléchit, expliquant que quelqu’un viendrait le chercher dans peu de temps et qu’il ne ferait donc que l’attendre. Lui qui avait eu du mal à accorder sa confiance, s’ouvrit peu à peu. Plus à l’aise depuis que je lui avais donné un collier pour dissimuler son apparence, il retrouva un peu le sourire, même s’il ne semblait que de façade. Je l’avais vu descendre certains soirs se réfugier auprès du cheval qu’il avait emmené avec lui, pris d’une crise de panique, suppliant quelques fois d’une voix basse pour qu’on ne le retrouve pas et qu’on le laisse tranquille. Mais en journée il faisait comme si de rien était et travaillait normalement. Nous avons mis en place un rituel lorsqu’il venait à avoir ses crises, j’allais le trouver au petit jour et lui expliquais où il était. Ca semblait le rassurer.
Skye le mettait tout de même plus à l’aise que moi, se préoccupant de lui avec une tendresse tout à elle qui faisait son charme et sa nature. Letty me surpris quand je le vis créer de ses mains de petites boules noires, apparemment dotées d’intelligence, afin de l’aider au rangement des couverts. En me voyant, il les a fait aussitôt disparaître, comme si c’était quelque chose de mal. Je lui ai alors simplement demandé depuis combien de temps il savait faire ça. Sa réponse m’apprit qu’il savait depuis toujours, mais qu’il n’avait jamais pu savoir s’il pouvait faire plus, ne sachant pas vraiment comment il faisait. Je décidais de lui apprendre à développer son potentiel magique, ses pouvoirs de rêveur. Je me servais de ma propre expérience pour maîtriser la foudre et de livres. Letty me surprit de nouveau en semblant également curieux quant à la lecture. Nous avons donc commencé quelques cours de lecture, mais aussi de calcul. Une éducation basique qu’il aurait pu avoir depuis longtemps s’il n’avait pas été esclave.
Il nous apprit un matin que l’homme venant le chercher était vraisemblablement son Loach, c’était lui qui le lui avait dit. J’ai fait alors des recherches sur le lien d’Anamchara, mais ne trouvant rien de très précis et profond. Les analyses étaient superficielles et se limitaient aux ressentis générés par le lien. Quelques articles parlaient des applications connues du lien, tout en indiquant qu’il pouvait y en avoir certainement d’autre, aucun n’expliquait la création du lien et le fait que certaines fois il s’était vu passé de Loach en Loach.

Brand, le Loach de Letty, fini par arriver à l’auberge, accompagné de l’homme dont il était le lige. Tous deux revenaient d’un long voyage et je me doutais que ça n’était pas que pour venir rechercher Letty. Je notais leurs visages, leur bagage, leurs tics et leur attitude, avant de laisser L’adolescent à ses retrouvailles avec l’homme dont il nous avait parlé durant près de quatre mois. Ça me faisait bizarre de me dire que le petit Rêveur allait nous quitter d’ici quelques jours, bien que je sache qu’il ne restait pas pour toujours depuis le début de son séjour.


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MessageSujet: Re: Geneus, dit Ciar.   Mar 8 Aoû - 22:25

Les reboot de l'enfer XD

Ce fut une lecture passionnante. La palme de la présa la plus longue t'est transmise.

Bonne continuation sur le fo' !
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MessageSujet: Re: Geneus, dit Ciar.   Mer 9 Aoû - 10:03

Nan mais va falloir que j'assure le jour où je mets à jour ma présentation quand même...

J'ai aimé la lire ^^

Rebienvenue à toi aussi du coup !


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Letty
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MessageSujet: Re: Geneus, dit Ciar.   Ven 11 Aoû - 22:58

Et bien en effet, ma présentation fait grise mine à côté.

Bienvenue de nouveau à toi aussi


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Geneus, dit Ciar.

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