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 Annexe I : Emaine et Uranach

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MessageSujet: Annexe I : Emaine et Uranach   Sam 24 Déc - 11:53

Emaine & Uranach



Une maison sur l'île de Somerhild, Norkemar.

Un rire bas et doux s'éleva dans la pièce, perturbant le silence qui s'était installé. La modeste maison de bois était à demi-plongée dans la pénombre. Le feu crépitant dans l'âtre projetait des ombres dansantes. Le vin chaud dans sa coupe sentait bon les épices. Devant lui, les reliefs d'un repas vite englouti. Son hôte venait de lui poser une simple question. Un instant, il se perdit dans ses souvenirs. Un léger sourire s'épanouit sur ses lèvres, avant de s'élargir alors qu'il s'enfonçait dans son siège.

-Notre première rencontre n'a pas été des plus... Amicale. J'étais jeune, trop enthousiaste et certainement très arrogant. Moi, le petit prodige de la province de Varaldak. Et lui... Lui, ah ! Il était déjà magnifique, et emprunt de cette majesté qui est innée chez lui. Autant dire que nos caractères étaient aussi diamétralement opposés que nos origines....

Uranach se remit à rire, d'un rire sonore cette fois. Il but un peu, avant de poursuivre son histoire. Son hôte venait de le questionner sur une histoire que n'importe quel Inwilissien connaissait dès l'enfance, et ce d'où qu'il soit : la sienne, la leur en fait. Celle d'Emaine et Uranach. Il se demandait toujours pourquoi les bardes avaient placé le nom d'Emaine en premier, sans doute une question de sonorité, de musicalité. Peu importait, vraiment. Leur histoire comptait parmi les tragédies de la Guerre de Lys, venant juste derrière celle de Lys et Forbesii. Elle comptait aussi parmi les romances préférées des jeunes inwilissiens, qui rêvaient à un amour aussi passionné que le leur. Cela le faisait toujours sourire, et en même temps souffrir, lorsqu'il entendait son histoire, plus ou moins embellie, de la bouche d'un autre, tandis que son auditoire se pâmait. Uranach se dit qu'il ne comprendrait jamais vraiment l'attrait d'un certain public pour ce genre d'histoire. À dire vrai, il aurait aimé qu'elle soit moins connue. Il était presque jaloux de tous ceux qui prononçaient le nom de celui qu'il avait tant aimé, au point d'avoir été déchiré entre son devoir et lui, Emaine.

Emaine et lui avaient eu des vies différentes, très différentes, si bien que leur première rencontre avait été quelque peu explosive. Uranach était né dans la campagne Mornienne, dans une famille plus que modeste de paysans. Son enfance, il l'avait passée les pieds dans la boue, à planter du riz, et à voir défiler les légionnaires en patrouille, qui s'arrêtaient parfois pour manger en parlant et en s'esclaffant, dans l'auberge minuscule de son petit village. Et puis, il y avait eu le dragonnier, celui qui avait une fois accompagné des légionnaires dans le Sud, alors que l'Empire se lançait dans une nouvelle conquête des Gorges de Dragica. Audacieux, et sans doute un peu présomptueux, Uranach avait gagné la grande cité d'Akaash l'Ancienne et s'était présenté aux portes de la Tour Blanche. Il avait sept ans. Il fut le plus jeune aspirant à se présenter. Raillé par des aspirants plus vieux, de plus noble lignage, le cul terreux qu'il était fut choisi par le premier dragon qui croisa son regard. Uranach aimait à penser qu'Exarcan et lui s'étaient mutuellement trouvés, attirés l'un l'autre par la force du Don de Vakhtang. Exarcan était né d'un croisement entre un dragon nordique et une dragonne mornienne, lui donnant un corps massif, doté d'un long cou sinueux, et d'une queue plus longue que la moyenne. Sa musculature était impressionnante, en faisant un dragon massif. Une caractéristique à peine atténuée par ses gênes morniens. Des cornes proches de bois de cerf ornaient sa tête, et une crinière de poils entourait son encolure, descendant jusque sur son ventre. Sa robe était faite d'écailles d'un rouge profond et intense, ourlées de noir. Son ventre était d'un ton plus clair seulement, de même que sa crinière. Ses cornes et les pics entourant son crâne et courant le long de son épines dorsale, ainsi que ses griffes, étaient noirs aux reflets carmins. Exarcan était déjà une créature majestueuse, pas encore tout à fait adulte. Il était encore jeune, et c'est certainement la jeunesse d'Uranach qui l'attira. Le Mornien fut un des plus jeunes apprentis de la Tour Blanche. Les années qui suivirent devaient faire de lui un prodige.

Emaine vit le jour au sein de la noble famille des Nevaeril, dans une cité portuaire du royaume de l'Esgal, qui est aujourd'hui disparue comme toutes les autres cités de la côte Esgaléenne. Les Nevaeril étaient des descendants d'Eldarins, et Emaine présentait un physique unique qui fascina Uranach dès leur première rencontre. Uranach devrait toujours chérir l'image de cette chevelure d'or en fusion flottant au vent, ses yeux de dragons, aux pupilles fendues, aux couleurs de la lave du plus actif des volcans, héritage de sa parenté Eldarin et Sidhe. Un visage aux traits fins et délicats, emprunt d'une grâce presque féminine, signe de sa parenté Ai-Esu. La beauté d'Emaine devrait subjuguer Uranach, et sa langue bien pendue devrait attiser sa colère à mainte reprise. Emaine était d'ailleurs plus âgé que lui d'une vingtaine d'année. Et lorsque Uranach et lui se rencontrèrent, Emaine était un dragonnier confirmé depuis plusieurs années. Emaine était encore plus précoce qu'Uranach, puisque sa dragonne, Equilibris, l'avait choisi alors qu'il était encore dans le sein de sa mère. Equilibris n'était qu'un œuf également. Tous les deux grandirent ensemble, créant un lien fort et fusionnel entre eux. Emaine partit étudier au Collège de Valin, en Falast, lorsqu'il eut l'âge de pouvoir faire un tel voyage. Altare offrait, elle aussi, un enseignement aux dragonniers, mais le Collège de Valin était plus que réputé. À Valin, Emaine et Equilibris devinrent un duo accompli, passant d'apprentis à dragonniers confirmés. Equilibris était une dragonne typiquement esgaléenne, de type nordique, c’est-à-dire avec un corps écailleux et plus court que celui des dragons Morniens, et surtout, avec des écailles or et ambre mouchetées de rouge, aux couleurs des zones les plus sèches de l'Esgal. Equilibris était presque assortie à la chevelure d'or en fusion de son cavalier, et leurs yeux, se faisaient échos, bien que ceux d'Equilibris aient plus tirés sur le bronze.  

Uranach avait quinze ans, et il s'apprêtait à servir dans la légion avec Exarcan, lorsque la Tour Blanche, l'envoya, lui et d'autres jeunes dragonniers, escortés de dragonniers chevronnés, à Valin, pour y parfaire leur formation. Uranach était considéré comme un génie, il avait appris à voler avec un dragon plus vieux que lui, le lien les unissant ne rencontrant aucun obstacle. Les seuls obstacles vinrent de sa classe sociale, et Uranach dut redoubler d'effort pour prouver qu'il valait autant qu'un fils ou une fille de la noblesse. Le jeune paysan dut apprendre à lire et à écrire en un temps record, mais ses exploits physiques en laissèrent plus d'un sur le carreau. La perspective d'étudier à Valin l'enchantait. Et Uranach devrait toujours se souvenir de la première fois où ils furent présentés aux dragonniers qui se chargeraient de les superviser. Emaine se tenait parmi eux, aux pieds d'Equilibris, et cette vision devrait toujours rester graver dans la mémoire du Mornien.

-Emaine était à couper le souffle. Je n'ai vu que lui. J'avais quinze ans, et je crois que jamais, je n'avais connu un émoi pareil, simplement en voyant quelqu'un. Ce visage, et sa chevelure frappée par les rayons de Naran, l'odeur de l'iode, et les cris des dragons, voilà une scène que je n'oublierai jamais. Je n'oublierai pas non plus la raclée qu'il mit à un jeune homme qui n'aspirait qu'à se faire bien voir. Et je devais passer le restant du séjour à essayer de me faire bien voir... "


Ruines, côte de l'Esgal.

"Uranach Vordorun. Voila un nom que j'aurai dû retenir lors de notre première rencontre. Je n'ai pas vraiment d'amour pour les Morniens, et à l'époque, à Valin, on peut dire que ma jeunesse et ma fierté m'ont fait me draper dans une suffisance sans bornes. Et j'aurai dû me souvenir de lui, puisque je l'avais copieusement rossé suite à une proposition mal placée de sa part. Il y a six ans de cela, il n'était qu'un gamin, un adolescent, encore un freluquet, arrogant, et surtout plus qu'insistant quand à sa façon de me faire comprendre que je lui plaisais... Comme il clamait haut et fort que lui et son dragon, un être magnifique, nommé Exarcan, rejoindraient les légions, je ne me serais jamais attendu à le voir au tournoi de la Tour Blanche. Ce genre de tournois n'est pas rare, les grandes cités les organisent régulièrement, et nous autres dragonniers pouvons aller y fanfaronner et faire montre de nos capacités, voire y accomplir quelques prouesses. Faisant partie de la délégation de l'Esgal, et ayant hâte de revoir certains amis de Valin, je n'ai guère fait attention aux participants Morniens. J'aurai dû. L'adolescent que j'avais rossé à Valin est devenu un homme, je l'ai d'ailleurs, à peine reconnu, bien que son arrogance aurait dû me le rappeler à mon bon souvenir. Lors de notre arrivée, je me suis retrouvé à devoir converser avec ce déplorable individu, portant l'uniforme d’apparat des légions impériales, dont les paroles attisèrent ma colère, et plus encore, lorsque, j'eus droit à des avances on ne peut plus crues. Je ne l'ai reconnu que trop tard, lors de la joute en pleine air, et je ne me suis souvenu de lui qu'en voyant son dragon. Le Mornien m'a rendu la monnaie de ma pièce en me jetant à bas de ma selle. Autant dire que ma fierté et mon postérieur en ont pris un coup. Le plus étonnant, c'est qu'il s'est disqualifié de lui-même, sortant du terrain aérien, simplement pour venir s'enquérir de mon état. Je crois que je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi maladroit dans sa façon de s'exprimer. Equilibris s'est amourachée de lui, trouvant adorable la maladresse de ce jeune mâle - je la cite - et trouvant encore plus adorable son attention à mon égard. Attention que j'ai due subir, ou en tout cas remarquer assez souvent lors du restant de mon séjour. J'ignore si je trouve cela déplaisant, ou bien dérangeant. Ou si j'éprouve simplement de la honte et de la gêne d'être le centre d'autant d'attention. Sans compter, que la discrétion et la subtilité n'étant pas son fort, toute la Tour Blanche fut rapidement mise au courant de ses sentiments.
Je ne les partage pas, ne portant guère les impériaux dans mon cœur, et supportant encore moins son arrogance et ses manières. Et pour moi, il n'y a rien de pire qu'un rustre amoureux. Autant dire que le tournoi clôturé,  j'ai vite regagné l'Esgal. Mais ce n'est certaine pas la dernière fois que nous nous croisons, j'en suis certain. Celui-là semble être aussi têtu qu'un garman."
Île de Somerhild, Norkemar.


"Nous nous sommes revus lorsque Forbesii Nil'Dae est monté sur le trône. Lorsque la paix fut négociée puis signée avec l'Andanorië et l'Esgal. L'Empereur retira les légions que la défunte impératrice Messara avait lancé à la conquête de ses deux royaumes. Je n'étais pas mécontent que Forbesii cherche la paix. J'avais combattu à ses côtés dans les Gorges de Dragica, et sur tout le long de la frontière avec Cyriaca. La guerre durait depuis des années, et ne semblait guère toucher à sa fin. La victoire était encore très loin. La guerre avait commencé sous le règne d'Adrastan, et une trêve avait été déclarée à sa mort. Puis, son épouse avait relancé les hostilités. La crainte de Messara avait été ce qui nous avait poussé en avant, au début. L'impératrice avait fait exécuter des officiers simplement parce qu'ils s'étaient opposés à ses plans de conquête, puis à chaque nouvelle défaite. Après avoir décapité un général, elle mit son fils à sa place. J'aurai suivi Forbesii Nil'Dae jusque dans l'antre de Siavash s'il avait fallu le faire. Qu'il soit couronné empereur fut la meilleure chose que l'Empire ait connu depuis des années, si on excepte la mort de l'Impératrice. J'ai escorté l'Empereur jusqu'à Bois-Blanche, où Ianthe, le roi de l'Esgal, nous attendait pour signer le traiter de paix. Emaine se trouvait dans la délégation. Je pensais à lui souvent depuis la Tour Blanche. Le revoir ne fit que raviver mes sentiments, ceux que l'adolescent un peu trop sujet à ses hormones s'étaient quelque peu calmés, mais pas les autres. Emaine était beau, mais pas seulement. Je n'ai jamais connu quelqu'un d'aussi calme et apaisant que lui - quand je ne m'amusais pas à titiller ses quelques points qui faisaient éclater sa colère. J'ai longtemps pu sentir la différence de classe entre nous. Il avait l'éducation, la culture de la noblesse, et cette façon tout à fait aristocratique de se mouvoir. Nous avons pu échanger quelques mots à Bois-Blanche, enfin, je crois surtout avoir été le seul à parler. Mon cher Emaine n'avait guère d'amour pour les soldats et encore moins pour moi. Forbesii Nil'Dae ne resta pas longtemps à Bois-Blanche, et nous repartîmes avec lui dans le Sud, terminer ce que nous avions commencé sous le règne d'Adrastan. La guerre ravagea totalement les Gorges de Dragica, mais l'Empire fut victorieux. La guerre me permit d'oublier les dures paroles d'Emaine, et je fus surpris, des années plus tard, lorsque mon empereur se rendit à Altare, de l'y trouver, et d'être capable de converser avec lui sans que cela tourne à la joute verbale."
Ruines, Esgal.

"L'Esgal est en guerre. Une guerre soudaine, imprévue. Les légions de l'Empire déferlent en ce moment même sur l'Eredmorn, tout droit sur Bois-Blanche. Ce n'est qu'une question de temps avant que la cité ne tombe. Tous les dragonniers de l'Esgal ont été appelés par la couronne pour prêter main forte à la cité, évacuation, transport de troupes... Je ne suis pas un soldat, pas plus que d'autres comme moi, mais nous devons y aller. Je crains qu'il ne soit là-bas lui aussi. Dans les rangs des légions."

"Après le tournoi de la Tour Blanche, l'Empire est entré en guerre, et même après que Forbesii Nil'Dae soit monté sur trône, la guerre a continué de faire rage au Sud, contre Cyriaca. Et lui, il est allé jusqu'au bout de ses fanfaronnades d'adolescent. Exarcan et lui se sont en effet engagés dans l'armée. Ils étaient à Bois-Blanche lorsque le roi Ianthe a signé la paix avec l'Empereur. J'ai entendu parler de ses exploits lors de la reconquête des Gorges. Et il y eut la délégation impériale à Altare. À Altare, je m'attendais à retrouver un officier bouffi d'orgueil, fier d'avoir vaincu. Je n'avais jamais été aussi loin de la vérité. Uranach Vordorun n'était plus l'adolescent enthousiaste et trop sûr de lui que j'avais rencontré à Valin. Non plus qu'il n'était encore le jeune officier Mornien aux avis bien tranchés, arrogant, que j'avais eu le déplaisir de recroiser à Bois-Blanche, lorsque l'empereur Nil'Dae et le roi Ianthe s'étaient rencontrés. La guerre contre Cyriaca l'avait changé. Je savais, de ce qu'on avait pu nous rapporter, que ces années de conflits avaient été particulièrement violentes, sanglantes. À Altare, je trouvais un officier expérimenté, plus sage, las des conflits, bien loin du jeune homme qui portait aux nues les légions impériales et qui rêvait de gloire. Altare, la capitale devint un lieu où nous devions souvent nous rencontrer, chaque fois qu'une délégation Mornienne s'y rendait. Il ne me fallut guère qu'une ou deux fois pour me rendre compte qu'il cherchait ma présence, comme lors de notre première rencontre. Cependant, les années l'avaient rendu moins démonstratif, et je n'eus jamais à être aussi embarrassé que lors du tournoi à Akaash. Autant dire qu'à ce point, je trouvais sa constance et sa ténacité légendaire. "

"Après nos nombreuses rencontres à Altare, nous nous sommes revus plusieurs fois, souvent. Je me rendis même dans l'Empire sur son invitation, et j'eus l'occasion de découvrir qu'il était loin de venir du même milieu que moi. Très loin. Ces séjours dans l'Empire me faisaient vivre une vie simple, loin des préoccupations futiles de la noblesse. L'Empire recèle bien des endroits qui sont à couper le souffle, encore sauvages. J'ai découvert bien des aspects de la vie Mornienne, de sa vie à lui. Et j'eus quelques remords. Ma conduite, par le passé, n'avait guère été convenable. Cette fois, j'eus le temps d'apprendre à le connaître, et chaque séparation devint de plus en plus difficile. Autant dire qu'Equilibris s'est quelque peu amusée de la situation à mes dépens, moi qui avais clamé n'avoir rien en commun avec lui. Je n'aurais jamais imaginé que ce serait mon tour de chercher sa compagnie, comme lui avait cherché la mienne pendant toutes ces années... "

"Alors, comme d'autres, je m'étais pris à espérer une paix durable, et la possibilité que l'Esgal et l'Empire deviennent des alliés. La possibilité que je puisse vivre avec lui, longtemps, en paix. Tout mon être se déchire à la pensée que nous allons devoir nous affronter. Je ne devrais pas prendre part à cette guerre, et pourtant, j'y suis contraint par mon appartenance à la noblesse Esgaléenne. Je dois allégeance et donc obéissance à mon souverain, même si cela signifie aider Bois-Blanche la meurtrière. Comment le roi Ianthe a-t-il pu choisir... Non. Il n'a guère eu le choix lui non plus. Il ignorait que son gendre revendiquerait le meurtre de Lys, et qu'il serait aussi le meurtrier de centaines d'autres personnes en déclenchant une guerre sans précédent. Forbesii Nil'Dae n'est pas Messara, et contrairement à l'impératrice dont l'attaque contre l'Esgal fut de moindre ampleur et fut moins bien planifiée, lui sait mener une guerre. Et ses officiers également, tous ont participé à la reconquête des Gorges, même lui."

"Le destin, ou les Dieux, sont parfois bien cruels."

"Bois-Blanche est tombée. La majorité de la population a réussi à fuir dans les montagnes avant que les légions n'abattent les remparts. Nous avons dû aider les civils à se frayer un passage, les Morniens sont partout, ils ont encerclé Bois-Blanche qui a tenu autant qu'elle le pouvait. La Marche du Sanctuaire est arrivée, mais cela n'a pas suffit. Les légions sont bien préparées, aguerries, ce qui n'est pas le cas de notre propre armée que le roi Ianthe tarde à mobiliser. Je crains qu'il ne soit trop tard pour l'Esgal, les Morniens avancent rapidement dans le royaume, ne rencontrant presque aucune résistance. J'ai choisi d'escorter les civils jusque dans les montagnes, avant de faire demi-tour et de lancer les impériaux sur une fausse piste. Nous avons fini par nous affronter Uranach et moi. Je ne l'ai pas fait de gaieté de cœur, pas plus que lui. J'ai pu sentir la réticence d'Exarcan presque aussi vivement que la propre répugnance d'Equilibris, ainsi que la mienne. Je ferais en sorte que nos routes ne se croisent pas. Contrairement à lui, je n'ai pas d'obligation militaire, je ne suis pas officier. Si je parviens à l'éviter, je nous épargnerai à de grandes souffrances à tous les deux. "
Extrait des journaux personnels d'Emaine Nevaeril.



Somerhild, Norkemar.

"Il n'y a rien de pire que d'avoir à choisir entre votre devoir, vos allégeances, ce en quoi vous croyez, et l'amour de votre vie. Et ce n'est pas peu dire puisque j'aurai passé de longues années à lui courir après, jusqu'à ce qu'il tombe dans mes bras. J'aurai dû le garder dans l'Empire avec moi, cela nous aurait épargné la souffrance, mais aussi l'angoisse que l'un de nous deux meurt sur le champ de bataille. Emaine n'était pas un soldat, mais l'Esgal était désespéré. Et moi, j'étais un soldat, un officier, je ne pouvais pas trahir mon empereur pour un Esgaléen, si fort soient mes sentiments pour lui. Et puis, j'aurais suivi Forbesii n'importe où, j'y serais même allé en courant. Jamais je n'ai eu confiance, ni même éprouvé autant de loyauté envers quelqu'un d'autre qu'Exarcan. Mais cette guerre en Esgal... J'ai su immédiatement que l'affrontement avec Emaine serait inévitable. C'est arrivé, une fois. Puis plus tard, j'ai parfois aperçu Equilibris, mais nous avons fait attention à ne plus avoir à nous battre. Jamais. Jusqu'à ce que j'apprenne sa capture alors que Argental Tar Sùrion commençait à assiéger Bois-Blanche. J'ignore s'ils se sont vraiment fait prendre, ou bien si Emaine et Equilibris se sont laissés capturés. Au bout de tant d'années de guerre, au bout de soixante années entrecoupées de périodes de paix fébrile, comme la fièvre retombe parfois avant de remonter et d'emporter les vivants, ceux qui n'étaient pas des soldats avaient subi les atrocités du conflit, il ne restait pas une culture debout, un verger qui n'ait été pillé. Un village qui n'ait pas été rasé. L'Esgal tout entier fuyait.
Autant le dire, je fus soulagé d'avoir à quitter le front Esgaléen, bien que la situation dans l'Empire soit préoccupante. Les Gorges de Dragica ne sont pas le meilleur endroit pour livrer bataille. Exarcan et moi avons fait nos armes là-bas, et nous savions tous les deux à quel point le terrain est difficile et traître. Et nous devions retourner dans cet enfer avec nos hommes. Forbesii Nil'Dae confia le commandement des légions à Arsenios Naranbaatar, Argental Tar Sùrion devenant son commandant en second. Argental avait une dent contre Altare, et Forbesii savait que la cité finirait par tomber sous ses coups. L'attaque de Cyriaca exigeait que l'Empereur vienne au secours de sa patrie, et nous retraversâmes l'Esgal, l'Eredmorn aussi vite que possible. "

"Toute la frontière Sud fut ravagée. Cyriaca avait eu le temps de se remettre de notre dernière guerre, et le Bahram, qui avait déjà été un redoutable adversaire, était fin prêt. Meadh lui-même menait ses troupes. Je commençais à me demander si les royaumes du Sud pourraient se remettre d'autant de violence et de destruction. Des lieues et des lieues de terre brûlées, dévastées. Au moins avais-je l'esprit tranquille, je ne risquais pas d'avoir à me battre contre Emaine là bas. Je le savais aux mains de nos légions, et je le savais bien traité, ne serait-ce que par égard pour moi. Quand j'appris qu'Altare avait disparu sous l'effet de la magie... Je crois qu'en dehors de la mort d'Exarcan, je n'ai jamais ressenti de douleur plus vive. Emaine ne pouvait avoir survécu à la Chute, des légions entières avaient été balayées, comme ça. D'un seul coup, par une furieuse tempête de magie. Le vent commençait à tourner, et Forbesii Nil'Dae l'avait bien senti. Les légions battaient en retraite, cherchant à regagner l'Empire, peu d'officiers avaient survécu. Notre Empereur tenta de mettre fin à la guerre avec Cyriaca le plus rapidement possible. Il se battit en duel contre le roi Immortel en personne. Et si Meadharan peut saigner, on dirait que Mei est effectivement de son côté. J'ai vu Forbesii Nil'Dae mourir, j'ai été chercher sa dépouille au milieu du champ de bataille. Et j'ai été le dernier officier à résister dans les Gorges alors que l'Empire s'embrasait sous les flammes des représailles des Esgaléens du Nord au Sud. "

"La suite, tu la connais. Ces damnés Cyriacans ont abattu mon dragon en plein vol. Nous nous sommes fracassé contre le sol, et j'ai été couvert de chaînes et jeté au fer. Ces fils de Siavash ont dépecé mon dragon, laissant en suite son corps pourrir. J'ai senti sa douleur lorsque les lances se sont enfoncées dans son corps. J'en ai même des cicatrices, je t'avais dit que mon lien avec lui était plus que fusionnel. Voila ce qui arrive quand on ne sait pas se détacher, outre la douleur de la perte, il y a la douleur physique. J'ai en suite croupi dans une geôle, où j'ai souvent pensé que j'aurai dû mourir avec Exarcan, rien ne m'attendait plus. Emaine était mort. Mon Empereur était mort. Mais j'avais prêté serment, et tenir ce serment, c'est sans doute cela qui a fait que je me je ne me suis pas bêtement laissé mourir. Je suis sorti de mon cachot quand Meadharan, en grand seigneur, décida d'abréger mes souffrances en me faisant exécuter. Charmante promenade que celle qui me conduisit à Eiren, où m'attendait l’échafaud. Et comme tu vois, le roi increvable a été privé de cette victoire-ci. Emaine est venu me chercher. Equilibris et lui, revenus d'entre les morts, ils sont venus, et j'ai échappé à Nerkhan encore une fois. Nous sommes parti loin de l'Empire, loin de l'Esgal. Emaine nous a terré dans la Grande du Nord pendant des années, où nous avons passé notre temps à changer de pays. Il me gardait sous étroite surveillance. C'était à son tour d'être celui qui insisterait un peu trop, d'être à la limite de l'obsession... Pourquoi je suis parti alors que j'ai pu terminer mes jours avec lui  ? Parce que j'ai un serment à accomplir. J'ai juré de venger Forbesii Nil'Dae, et si je peux assouvir ma vengeance en même temps, ce sera encore mieux. Ce n'est ni chevaleresque, ni digne des grandes fresques historiques, mais bien des hommes ont fait la guerre par vengeance. L'Increvable lui-même a succombé à ce sentiment puissant lorsqu'il a attaqué l'Empire pendant que nous avions le dos tourné. Une fois que tout ceci sera achevé, j'aurai tout le temps de faire amende honorable et de garder Emaine près de moi, comme j'en avais eu l'intention l'année de mes quinze ans, lorsque je me rendis à Valin pour la première fois. "

Un autre rire teinté d’amertume s'échappa de ses lèvres alors qu'il reposait sa coupe de vin vide.

"Oh bien sûr que je le sais. Je le sais qu'il me cherche. Et il essaiera sans doute de me dissuader d'aller jusqu'au bout. Mais comme je suis ici, nous savons toi et moi que c'est déjà trop tard, n'est-ce pas ?"
Uranach à Neidon Skavlaten.


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