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 Eshan Saam Kulap

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Eshan
Artisan
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Peuple : Métissé Ai-Esu
Nombre de messages : 33
Localisation : Le Jardin
Date d'inscription : 30/11/2008

MessageSujet: Eshan Saam Kulap   Mer 28 Sep - 10:37

I - Identité :

Nom, prénom : Eshan Saam Kulap

*Age : 26 ans

*Caste (métier) : Jardinier

*Peuple : Ai-Esu

*Sexe : Masculin et féminin, mais il se définit comme un garçon.



II - Physique :

Eshan n'est pas très grand mais la finesse de son physique ne le tasse pas, au contraire on lui donne volontiers quelques centimètres de plus. Sa silhouette générale tend à rappeler celle d'une femme.
Sa taille est fines mettant bien en valeur ses hanches un peu larges à la courbure douce. Sa chute de rein mène à des fesses fermes et galbées témoignant de ses années à s'accroupir puis à se lever pour repiquer, arracher et récolter. Ses mains témoignent aussi de ces heures à travailler la terre, étant calleuses et aux ongles court. Il a une musculature douce et non marquée malgré les heures et les années passées à travailler dans le Jardin. Pareil pour sa peau qui n'a presque pas subit les affres du soleil et qui est juste légèrement hâlée. Il trouve ses pieds un peu petits et marche souvent pieds nus aimant le contact de sa peau avec l’herbe, les pierres et la terre.
Son visage est un ovale. Il possède une mâchoire un peu carrée, mais l’impression générale est douce. Son nez est droit, un peu long, il se termine très légèrement retroussé. Ses yeux en amandes ont un iris gris cendré cerclé par un cercle de couleur brune. Ils sont bordés de cils courts et droits, et surmontés par des sourcils un peu épais. Il a un front large et ses cheveux longs sont noirs possédant des reflets marron glacé. Ses oreilles sont légèrement pointues, signe d'une parenté elfique ou sidhe éloignée.

En général Eshan porte des vêtements un peu amples pour travailler -moins que ceux qu’il portait adolescent-. Ils ne sont jamais très travaillées et détaillés, souvent d’une couleur uni, ils sont dans les couleurs brunes, prunes, vertes foncées, quelques pièces sont d’un écru un peu passé. Ils ne sont pas non plus de première fraîcheur, un peu usés, élimé, mais il ne les ménage pas. Le jardinier ne s'occupe en fait que peu de son apparence physique lorsqu’il travaille, sachant bien qu’ils vont s’abimer au contact de la terre, des branches et de l’eau. Il a fait acheter à Thémis quelques pièces neuves et un peu plus sophistiquées depuis qu’il fréquente Ramyar, pour avoir l'air un peu plus présentable devant le troll. Il met donc quelques fois des vêtements soulignant ses courbes sans les accentuer, parfois avec un petit accessoire sous la forme d’une ceinture de cuir tressé. Il a fait cela sous les conseils d'Eire et aime bien le regard que lui porte le troll quand il a fait attention à ce qu’il porte.



III - Historique, personnalité, armement :



o Histoire :  
 

« Tu es un garçon Eshan, tu n’es rien qu’un garçon d’accord ? Rien d’autre. Tu ne dois surtout pas faire comme les petites filles. Ton père ne serait pas content du tout que tu fasses des choses de petites filles… »


J’ai vu le jour un matin de printemps. Ma mère, Iris Kulap, était une Ai-Esu, pourvue d’une très légère poitrine et de peu de courbes féminines, au visage un peu dur pour une femme. Autrefois simple couturière, travaillant pour un tailleur réputé, elle avait rencontré mon père, Mahdi Saam, lors de ses travaux.

Mahdi était marié, mais sa femme ne lui donnant pas le fils qu'il voulait, il s'était alors éloigné d'elle. Ma mère avait alors tout fait pour tomber enceinte. Elle me mit au monde dans l’appartement dans lequel mon père l’entretenait. Comme il souhaitait un garçon, elle omit volontairement de dire que je suis un Ai-Esu pourvu des deux sexes. Elle annonça donc que j’étais un garçon, soudoyant la sage-femme pour qu’elle approuve ses dires. Mon père fut transporté et nous fit emménager chez lui quand j’eus six mois.

Ce fut ma mère qui m’éleva, refusant que quelqu’un d’autre qu’elle prenne soin de moi. Mon père ne s’en formalisa pas outre mesure, ma mère lui ayant expliqué qu’elle craignait qu’il ne m’arrive quelque chose, surtout vis-à-vis de Cassiopée, la femme de mon père. Cette dernière était jalouse de ma mère et de moi. Ma mère craignait qu’elle n’essaye de nous discréditer aux yeux de mon père pour récupérer son mari. Mahdi n’était pas un père présent, il ne revenait souvent que le soir, ne passant que quelques heures avec moi. Il me gâtait par contre, m’offrant des montagnes de jouets en bois et d’animaux en peluches pour que je puisse m’occuper. Mais le fait qu’il ne soit pas souvent là a aidé ma mère à cacher mon secret sur mon véritable genre.  

Je grandissais tout à fait normalement, élevé dans l’idée que j’étais un garçon, rien qu’un garçon. Mes cheveux n’étaient pas d’un noir aussi profond que ceux de mon père, prenant des reflets d’un brun glacé que j’ai hérité de ma mère. Selon elle j’étais un bébé gazouillant et curieux, mes yeux grands ouverts suivant chaque mouvement qui passait devant moi, commentant dans la langue des bébés tout ce qui se passait autour de moi, chantonnant dans mon lit le soir. Je commençai à apprendre à me mouvoir à quatre pattes, tout en continuant de babiller à longueur de journée, ce qui faisait fondre mon père. Mes premiers pas, je les ai fait pour aller dans les bras tendus de ma mère, après m’être levé grâce au bord de la table basse. J’éclatai de rire quand elle me fit faire l’aéronef après cet exploit et je rirai aussi à chaque fois qu’elle gonflerait ses joues afin de me faire un baiser bruyant. Mon premier mot fut pour elle, un mélange entre papa et maman qui la fit rire et qui fit sourire mon père quand je le répétai en sa présence.
Je ne tombai que peu malade, sortant bien couvert et toujours en présence de ma mère. Lorsque je fus en âge, j’eus des cours de lecture et d’écriture.  

Plus je grandissais, plus je commençais à avoir des allures de petite fille. Je passais de longues heures sur le petit balcon de leur appartement, caressant doucement les fleurs et les plantes en pot, leur chuchotant des choses. Je n’avais aucun intérêt pour les jouets en bois que m’apportait mon père, des épées et boucliers, des chevaux. Ma mère essayait de me faire jouer avec, mais bien souvent les chevaux et soldat finissaient en cercle à boire le thé. Ma mère s’emportait alors, me disputant et me faisant faire des dessins au lieu de jouer dans ces cas-là. Alors que je grandissais, ma mère continuait d'être constamment auprès de moi, j'étais rarement seul. La seule exception à cette veille constante était les heures que je passai sur la tutelle de mon précepteur. Jamais elle ne laissait un domestique m’emmener aux toilettes quand je le réclamais, ou me faire prendre mon bain, ou même me changer.

Quand Cassiopée finit par attendre un enfant ma mère devint de plus en plus nerveuse. Elle agressait presque les domestiques quand l’un d’eux proposait de s’occuper de moi, même pour quelques instants.
J’allais sur mes six ans et je ne comprenais pas pourquoi les choses commençaient à changer autour de moi. Pourquoi mon père déjà peu présent l’était encore moins, pourquoi ma mère était angoissée et en détresse, pourquoi Cassiopée semblait ravie de tout cela. Je savais juste que je devais faire attention à Cassiopée, que seule ma mère devait s’occuper de moi et qu’elle me répétait sans cesse que j’étais un garçon, rien qu’un garçon.

Ma mère me disait ça presque tous les soirs. Et je me demandai pourquoi elle insistait sur le "rien qu’un garçon". Ca me laissait entendre que je ne l’étais peut-être pas en fait. Je me posai d’autant plus la question lorsque Cassiopée accoucha d’un garçon. Je voulus savoir ce qui caractérisait réellement un garçon, ce qui faisait qu’on en était un.
Le seul moment où ma mère n’était pas avec moi, c’était lors de mes cours de lecture avec maître Thayos. Je lui ai donc demandé lors d’un cours quelles étaient les différences entre les filles et les garçons. Il m’a alors expliqué les différences anatomiques qu’avaient les femmes et les hommes, mettant de côté mon apprentissage de la lecture pour ce cours.
Le soir même, quand ma mère se lavait et me laissait donc seul dans notre chambre, je me suis déshabillé. Maintenant que je savais ce qu’était censé avoir un garçon entre les jambes, je voulais vérifier, sachant très bien ce que je trouverais. Je pensais que j’avais peut-être mal vu, après tout je n’avais jamais détaillé mon entre jambe quand venait l’heure du bain. Il y avait bien une petite chose qui ressortait, mais il y avait aussi cette fente. Si je n’étais qu’un garçon, je savais qu’il n’aurait dû y avoir que ce que j’identifiais par "le petit truc qui ressortait". J’ai alors compris qu’il y avait quelque chose de différent chez moi.
Sa mère me surprit et se précipita vers moi. Elle me gifla avant de me remettre rapidement mon pantalon, dans une série de gestes saccadés. Les larmes aux yeux, je n’avais pas compris ce que j’avais fait de mal. Je me mis à pleurer. Ma mère se radoucit immédiatement et me prit dans ses bras, posant sa joue dans mes cheveux.


« Pardon mon chéri. Maman fait ça pour notre bien tu sais, il ne faut jamais que ton papa ou Cassiopée te voit nu, jamais. Il ne faut jamais montrer ce que tu as entre tes jambes ou on perdra ton papa… »

Quelques jours plus tard, Cassiopée réussit à me prendre à part à un moment où ma mère n’étais pas auprès de moi. Elle profita d’une leçon où j’avais demandé à me rendre aux cabinets à maître Thayos. Elle avait alors surgi lorsque je retournais vers la salle de cours, me saisissant par le bras. Elle m’emmena un peu plus loin, m’expliquant qu’elle voulait simplement me parler de quelque chose d’important. Je l’ai suivi parce qu’elle me tenait, geignant que je voulais retourner voir mon professeur, que ma mère ne voulait pas que j’aille avec elle, qu’elle me faisait mal au bras. Elle ne desserra un peu sa prise qu’une fois arrivé dans sa chambre. Je me sentais mal, car ma mère m’avait bien dit de ne surtout pas être seul avec Cassiopée. Elle s'est accroupie devant moi avant de baisser mon pantalon. J’ai mis quelques secondes à comprendre et quelques autres à essayer de cacher mon intimité. Ma mère m’avait dit qu’il ne fallait surtout pas que Cassiopée voit ce que j’avais entre les jambes, j’avais très peur des conséquences, surtout qu’elle avait dit qu’on perdrait mon père si jamais quelqu’un voyait ça. Cassiopée eut un sourire qui me fit peur, elle se releva et attrapa mon bras avec encore plus de force qu’avant. Quand on est sorti, ma mère était dans le couloir à me chercher. Quand je l’ai vue je lui ai demandé pardon immédiatement. Elle hurla à Cassiopée de me lâcher et Cassiopée hurla à son tour, disant qu’elle allait me montrer à Mahdi, lui montrer qu’elle n’était qu’une catin menteuse et manipulatrice. Elles se criaient l’une sur l’autre, la main de Cassiopée me broyant le bras, mon pantalon trainant derrière moi et me faisant trébucher quand on avançait. Je me mis à pleurer, j’avais fait une bêtise ; je n’avais pas empêché Cassiopée de voir mon intimité, j’étais à demi nu dans le couloir et j’avais mal. Ma mère s’énerva encore plus quand j’éclatais en sanglot, elle essaya de m’arracher à la poigne de Cassiopée mais celle-ci ne me lâcha pas. Cette dernière prit un vase qu’elle brisa dans le visage de ma mère.
J’hurlais en voyant ma mère les mains sur le visage, du sang coulant entre ses doigts. Je me souviens encore clairement de ce moment, les pas précipités des gens de la maisonnée, mon demi-frère pleurant au loin... En peu de temps des domestiques arrivèrent ainsi que mon père qui semblait perdu.

Je l’appelai en le voyant. J’avais besoin qu’il me sorte de là, qu’il demande à Cassiopée de me lâcher, qu’il me prenne dans ses bras pour me dire que tout allait bien, comme il le faisait quand je me blessais en tombant.

Cassiopée me souleva d’un geste et montra alors mon entrejambe à mon père. L’expression sur son visage passa de la parfaite incompréhension, au dégoût. Mes pleurs se calmèrent, remplacés par une horrible sensation. Je n’avais jamais vu mon père me regarder avec cet air-là et quand j’essayais de tendre les bras vers lui pour qu’il me réconforte, son écœurement se mêla à de la colère. Il repoussa mon bras et ne m’accorda plus un regard. Il demanda d’un ton froid qu’on nous ramène dans notre chambre et repartit avec Cassiopée

Ma mère soigna elle-même son visage, nettoyant le sang d’une main tremblante, désinfectant les plaies. J’attendais sur le lit, mes larmes coulant seules, je me sentais perdu et blessé. Ma mère ne m’avait pas parlé en retournant dans notre chambre, personne ne l’avait fait. Un domestique vint alors qu’elle terminait d’apposer quelques pansements. Nous étions sommés de partir immédiatement. Ma mère essaya de demander à ce que mon père vienne nous voir, elle voulait s’expliquer, s’excuser. Le domestique prit nos quelques affaires et les jeta dans les bras de ma mère. Si je ne pleurais pas, ma mère le fit.

Nous avons donc été jetés dehors, ma mère portant encore sa robe ensanglantée et tenant nos valises dans ses bras. Cassiopée nous avait regardés partir depuis une fenêtre, mon demi-frère dans les bras. J’avais mal au cœur, peur, je ne comprenais pas ce qui se passait. Il y avait à peine une heure j’étais avec mon précepteur et mon père m’aimait, à présent nous étions dehors avec à quelques vêtements sans que je ne sache vraiment pourquoi. Enfin, si, je savais que c’était pour ce que je suis.

Ma mère nous prit une chambre dans une petite auberge avec l’argent d’une bourse qu’elle avait eu le temps de prendre dans notre chambre, à l’insu du domestique. Elle avait tout laissé pour venir à Ylleros elle n’avait plus rien aujourd’hui, à part moi. Avant elle avait vécu un peu en dehors de la ville, dans un village à une demi-heure de route, mais elle n’avait plus rien là-bas. Elle me parla longuement quand nous étions à l’auberge, sans que je ne saisisse vraiment tout à l’époque, et sans attendre de réponses de ma part. Mes grands-parents vivaient encore près des rives de Peiros, mais elle avait un peu coupé les ponts avec eux dès qu’elle avait commencé sa relation avec mon père. Elle ne voulait pas revenir tête basse, surtout qu’elle ne leur avait jamais dit pour moi. Nous avions aussi de la famille qui résidait à Aetides, des cousins à elle, mais c’était bien trop loin.

Un soir elle se souvint de cet homme que tout le monde appelait Grand-père dans la famille. Ma grand-mère, Diantha, l’appelait déjà comme ça, et mes arrières grands-parents. Il était en fait son arrière-arrière-grand-père, mais ne semblait pas vieux du tout. Ma mère m’a expliqué qu’elle-même l’avait rencontré lorsqu’elle était plus jeune que moi. Ce Grand-père habitait dans la capitale, et ma mère lui écrivit, lui demandant si nous pouvions venir le voir, décrivant notre situation actuelle.
Nous avons attendu une semaine la réponse de ce Grand-père, sans vraiment savoir que faire de nos journées. Ma mère m’emmenait au parc où je parlais aux fleurs qui me répondaient. J’ignorais encore de quoi j’étais vraiment capable à cette époque, mais rien que de pouvoir être en leur présence me faisait du bien. Je n’aimais pas quand les gens me regardaient en passant, j’avais l’impression qu’eux aussi me jugeaient et qu’ils étaient tout aussi écœurés que mon père l’avait été.
J’avais d’ailleurs cessé de le réclamer, de vouloir le voir, quand j’avais compris que mentionner mon père faisait pleurer ma mère, ce qui me rendait mal moi aussi. Il ne serait plus là pour moi, de toute manière je l’avais un peu compris lorsque j’avais vu son regard.

Quand la lettre de réponse nous parvint elle fut positive, ma mère m’expliqua alors ce que nous allions faire. Elle me décrivit Grand-père, ce qu’elle se rappelait de lui et ce qu’il nous avait dit dans sa lettre. Lorsqu’elle me demanda après ces explications, si j’avais compris et si ça me convenait d’aller chez lui, j’avais acquiescé. Je ne savais pas vraiment si j’avais envie d’aller là-bas et de rencontrer cet homme que je ne connaissais pas, mais j’avais bien vu le visage de ma mère reprendre quelques couleurs quand elle avait lu le contenu de la lettre et j’avais compris que c’était bien pour elle. Nous sommes partis après avoir répondu à la lettre de Grand-père -et j’appris en lisant l’enveloppe qu’il s’appelait Thémis-, lui indiquant que nous arrivions dès que possible.

La Capitale était très grande, pleine de monde et surtout elle nous était totalement inconnue. J’eus peur de la foule quand nous sommes arrivés, mais il fallait avancer pour aller là où Grand-père avait dit à ma mère de se rendre. C’était au palais des Arches Blanches, lieu où travaillait Grand-père. Le bâtiment était immense, je n’en avais jamais vu d’aussi grands. Il y avait autant d’activité à l’intérieur qu’à l’extérieur. Je restai derrière ma mère, intimidé par toutes ces personnes qui me jetaient quelques regards rapides. Ma mère demanda à voir Thémis qui arriva quelques minutes plus tard.

Je me souviendrai toujours de la première fois que j’ai vu Grand-père : Il était grand, à la peau aussi brune que de la terre, ses cheveux bruns attachés avec du gris qui naissait sur ses tempes et le dessus du crâne. Il avait quelques rides aux coins des yeux, des vêtements terreux et un sourire tendre entouré d’une légère barbe. Alors que ma mère lui tendait simplement la main, Grand-père la prit contre lui, la serrant dans ses bras comme s’ils se connaissaient bien. Quand ma mère me présenta à Grand-père, je ne savais pas si je devais lui serrer la main, ou s’il voudrait un câlin aussi.  
Thémis s’était alors accroupi et m’avait tendu une main calleuse.


« Ravi de te connaître Eshan. Je m’appelle Thémis, ta maman a déjà du te le dire, mais tu peux m’appeler Grand-père si tu veux.    

-B-Bonjour… monsieur Grand-père. »

J’avais aussi tendu la main et serré quelques doigts de mon Grand-père qui avait eu un plus large sourire en l’entendant dire "monsieur". J’ai regardé ma mère rapidement, ne sachant pas quoi faire ensuite, elle m’encouragea d’un regard à continuer, mais ce fut Grand-père qui continua.

« Ta maman et toi allez venir vivre chez moi, ça n’est pas très grand, mais j’ai une chambre pour ta maman et une petite chambre rien que pour toi si tu veux, tu pourras y mettre ce que tu as envie. Qu’est-ce que tu aimes ?

-Les fleurs…

-Ah, moi aussi j’adore les fleurs. Elles sont toutes différentes, toutes uniques, mais toutes belles et étonnante à leur manière. Tu as une espèce en particulier que tu aimes bien ?

-Je… sais pas…

-Bon, ce qu’on va faire, c’est que pour aujourd’hui vous allez poser vos affaires et vous reposer. Et un peu plus tard, je t’emmènerais avec moi ici pour voir mon travail. Je suis le jardinier en chef du palais et il y a plein de fleurs. Tu me montreras celles que tu aimes et on en mettra dans ta chambre. D’accord ? »

J’avais alors hoché doucement la tête avec un léger sourire. J’étais content qu’il me demande ce que je voulais et qu’il ne dise pas non aux fleurs pour le jardin. Il nous emmena chez lui et nous laissa nous y installer par la suite

Grand-père tint parole. Il m’emmena avec lui au palais un matin, pour que je puisse passer un peu de temps avec lui et que je choisisse des plantes et des fleurs que je souhaiterais avoir dans ma chambre. Lorsqu’il me promit qu’on les planterait tous les deux et qu’il m’apprendrait à en prendre soin, j’eus un grand sourire. Il me présenta dans un premier temps, les autres membres du personnel chargés d’entretenir les jardins. Ils étaient tous différents et de différents peuples et métissages. C’était nouveau pour moi de voir autant de personnes d’un coup, mais surtout avec tant de différences. J’appris alors qu’il y avait tant d’espèce dans ce monde, qu’il était possible de trouver des êtres vivants de toutes sortes. Je leur aie dit bonjour alors que mon grand-père me présentait, mais je n’en menais pas large. Je fus soulagé au moment d’aller aux jardins. Il y en avait plusieurs, dont un spécial dans lequel mon Grand-père n’avait pas eu l’autorisation de m’emmener pour le moment.

Dès le premier Jardin, j’eus l’impression d’être chez moi. Les odeurs d’herbe fraîche, de terre humide et de fleurs me mirent en confiance. L’endroit était immense et verdoyant. Mon Grand-père me fit un sourire en voyant mon changement d'attitude.
Mon Grand-père m’autorisa alors à partir en exploration, non loin de lui, pendant qu’il travaillait. J’allais immédiatement vers un arbuste pour en toucher le feuillage. Je caressai quelques feuilles de la plante du bout des doigts, appréciant leur douceur et l’écoutais, comme je le faisais avec les plantes qu’il y avait chez mon père, ou celles du parc. Mon compagnon végétal était là depuis longtemps, il se plaisait ici, il n’avait ni trop de soleil ni pas assez, il avait un peu soif par contre, la rosée du matin n’avait pas suffi. Je murmurai alors pour me présenter à l’arbuste : Je m’appelais Eshan, j’avais six ans et venais pour la première fois. C’était Thémis, mon Grand-père, qui m’avait fait venir ici. La plante réagit au nom de Thémis, elle l’aimait, il était doux avec elle, leur donnait à boire et des nutriments, il les taillait quand il fallait, les débarrassait des parasites… Je demandais alors à la plante si elle pensait qu’elle pourrait se plaire dans un pot ? J’étais aussi là pour choisir des plantes pour aller dans ma chambre après tout. L’arbuste me répondit qu’il ne pensait pas qu’il aimerait, ses racines avaient besoin de beaucoup d’espace pour grandir profondément dans le sol. Je compris que cette plante ne pourrait pas aller dans ma chambre, alors je m’excusai et lui souhaitai de profiter du soleil. Je lui promis d’essayer de revenir lui parler.

Je passai le reste de la matinée à passer joyeusement de plantes en plantes, leur parlant, les écoutants, les caressant du bout des doigts. Je faisais attention à ne pas être loin de mon Grand-père, regardant où il se trouvait de temps en temps. Le midi nous avons mangé ensemble, toujours dans les jardins.  


« J’ai vu que tu avais été un peu partout dans le jardin, tu t’es bien amusé ?

-Oui monsieur Grand-père, c’est grand aussi, c’est que toi qui t’occupe de tout ?

-Non, bien sûr que non, il y a trois grands jardins et trois plus petits, sans compter les différentes plantes en pot qu’il y a partout dans le palais, et le jardin spécial du roi, c’est beaucoup de travail pour une seule personne.

-Ah, alors les autres personnes qu’on a vues elles t’aident, c’est ça ?

-Exactement. »

Je rentrai pour l’après midi et ma mère décida qu’elle me donnerait des leçons pour que je continue à apprendre à lire et à écrire. Bientôt mon quotidien ressembla à cette journée : J’allais avec mon grand-père aux Jardins le matin, et ma mère s’occupait de moi l’après-midi.
Au fur et à mesure je me sentais de mieux en mieux. L’absence de mon père se fit moins ressentir, j’étais plus spontané avec mon Grand-père, plus rieur. Je me sentais de moins en moins coupable de ce qui nous était arrivé. J’oubliais presque que c’était mon genre qui nous avait mis à la rue et que si j’avais été un garçon nous serions toujours chez mon père. Ma mère avait l’air d’aller mieux elle aussi, riant avec nous le soir aux repas. Nous nous reconstruisions un univers calme et stable. Le visage de maman aurait toujours des traces, et nos cœurs aussi, mais nous nous sortions la tête de l’eau. J’osai même avouer un jour à mon grand-père que je parlais aux plantes.


« Je leur parle aussi tu sais, elles aiment quand on prend le temps de leur dire un mot gentil.

-Oui mais moi je… Je les entends aussi les plantes, elles me répondent…

-Oh.

-Est-ce que je suis bizarre ? »

Thémis rit puis m’entraina contre lui et me serra simplement dans ses bras, m’embrassant dans les cheveux, avant de me chuchoter à l’oreille que lui aussi les entendait, il savait aussi ce qu’elles ressentaient et il savait faire plein d’autres choses avec elles, comme les faire pousser, les guérir...
Je n’en crus pas mes oreilles, alors Grand-père me proposa de me faire une démonstration de ses pouvoirs. Il m’expliqua qu’il préférait s’occuper des plantes "normalement" le plus souvent, car c’était plus gratifiant, mais que quelques fois, notamment lorsqu’il y avait des épidémies, il les utilisait pour entretenir le jardin. Nous avons mis en terre des bulbes de fleurs et Grand-père les a faites pousser sous mes yeux. Il avait mis ses mains sur la terre et avait respiré doucement avant que ses mains n’émettent une lueur vert-doré. Les tulipes étaient alors sorties de terres, au départ petites pousses, puis grandes feuilles et enfin les fleurs s’épanouirent comme si elles avaient été là depuis des jours et des jours. J’avais applaudi et demandé à mon Grand-père s’il pensait que je pourrai faire la même chose moi aussi. Mon Grand-père m’avait répondu que si j’avais hérité des mêmes pouvoirs que lui, s’était tout à fait possible. Il me fit une nouvelle promesse, celle de m’apprendre à développer mes pouvoirs. Je savais que je pouvais lui faire confiance, il avait tenu sa première promesse. J’avais tout de même essayé de faire pousser des choses rien qu’en tendant les mains, mais ça n’était pas comme ça que ça marchait.
En rentrant j’expliquai à mon Grand-père qu’il fallait qu’il dise à ma mère que lui aussi parlait et entendait les plantes, parce qu’elle trouvait ça bizarre que je le fasse.

Une fois revenu chez mon Grand-père, j’appelais ma mère, voulant lui expliquer ce qui s’était passé, lui annoncer que Grand-père était comme moi, qu’il fallait qu’elle vienne voir ce qu’il savait faire avec les plantes.
Mais personne ne me répondit. Grand-père eut l’air inquiet, je cherchais ma mère dans sa chambre, la mienne, celle de Thémis. Il me dit alors qu’elle était peut-être sortie faire quelques courses. Je trouvais tout étrange, ma mère n’était pas là, son lit était rangé, sans couverture, les oreillers étaient dans le placard. Il y avait toujours ses affaires par contre. Regardant sur sa commode, je vis un morceau de papier sur lequel il y avait le prénom de mon Grand-père. Il se dépêcha de le prendre avant que je puisse le faire et lut.

J’ai bien vu à son expression que la lettre était grave et importante. Et aussi qu’elle ne contenait pas un message joyeux. De mon côté j’avais une boule au ventre, je ne savais pas ce qu’allait m’annoncer mon Grand-père, mais je sentais que je n’aimerais pas du tout. Je regardai furtivement autour de moi, espérant voir ma mère arriver et ne plus sentir cette atmosphère oppressante. Je demandai d’une voix étranglée et un peu basse ce qui était écrit. Mon Grand-père me regarda avec un air attristé mais aussi incertain. Ma mère était partie, elle ne reviendrait pas et me confiait à lui. Elle s’excusait pour ce qu’elle faisait, elle expliquait que ce n’était pas de ma faute et qu’elle m’aimait.
Je me suis assis, les larmes aux yeux et j’ai pleuré silencieusement en serrant mes genoux contre moi. On m’abandonnait encore une fois, je n’avais plus mon père, je n’avais plus ma mère, celle qui avait toujours été là à tous les moments de ma vie.


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Eshan
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MessageSujet: Re: Eshan Saam Kulap   Mer 28 Sep - 10:40

Durant les jours qui suivirent le départ de ma mère, Thémis du m’emmener avec lui pour la journée entière et non plus uniquement le matin. Mon grand-père avait essayé par trois fois de me faire garder, mais je refusais d’être laissé seul loin de lui. Je m’étais enfui par deux fois pour aller au palais et la troisième je m’étais enfermé en hurlant que je voulais voir mon Grand-père, que je voulais qu’il revienne. J’étais terrifié à l’idée qu’il ne rentre pas un jour et je le lui expliquai quand il me demanda pourquoi je faisais tout ça.
Alors Grand-père m’emmena avec lui, ne cherchant pas à trouver d'autres solutions pour me faire garder l’après-midi. Je m'ouvris encore plus aux plantes et au jardin et elles me réconfortèrent. Mon Grand-père aussi n'avait de cesse de me montrer qu'il ne me laisserait pas seul, qu'il prendrait toujours soin de moi et qu’il ne comptait pas m’abandonner. Les jardins appuyèrent ses dires, me parlant, m’expliquant qui était Thémis.
J’appris que mon Grand-père était vieux, très vieux, si vieux que personne ne se souvenait de son nom de famille ou de sa date de naissance. Il était en fait le fils de la déesse Telleris, celle dont il avait un autel chez lui. C'était d'elle qu'il tenait ses pouvoirs sur la Nature et ses connaissances sur les différentes plantes. Il était un Andain et un ami de longue date du roi immortel qui régnait ici. J’avais apparemment des pouvoirs très similaires à ceux de mon grand-père, peut-être même des pouvoirs identiques. Mon Grand-père aimait le monde des êtres ayant du sang dans les veines tout autant que celui des êtres en qui coule de la sève. Il s’était déjà abandonné à la Nature, mais avait rencontré Anjula –feu sa femme- et était revenu dans le monde des hommes par amour pour elle.

Pour ma part, je m’abandonnais de plus en plus dans ce monde végétal. Je trouvais du réconfort auprès des plantes, des amies prodiguant leurs conseils, me racontant ce qu'elles avaient vu et entendu au fil des ans dans le palais, me faisant sentir l’amour qu’elles avaient pour moi.  

J’ai grandis bercé par les anecdotes, les saisons, les conseils de mon Grand-père, ses plats exclusivement végétariens auxquels je pris goût très rapidement. Le vide que je ressentais vis-à-vis de ma mère se résorba lentement. Je dormais quelque fois avec mon Grand-père quand la nuit elle me manquait beaucoup trop. Il ne fut plus une seule fois question de ma nature d'Ai-Esu durant de longues années. Mon Grand-père n’en parla pas, moi non plus même si j’avais toujours la réalité en face lorsque j’allais aux toilettes, que je me changeais ou me lavais. J’avais presque réussi à passer outre le fait de ne pas être le garçon qui aurait fait que mon père soit fier de moi et toujours avec moi. Tout comme ma mère. Plus vieux, j’eus le droit de suivre mon Andain de Grand-père jusque dans le Jardin Privé du roi.

Mon Grand-père m’avait alors décrit le jardin alors que nous étions en train de nous y rendre.  
C'était un endroit spécial que le Roi Immortel lui avait commandé pour sa douce Reine et que lui, fils de Telleris, avait conçu et fait grandir. Le jardin n'était réservé qu'aux souverains, à leurs enfants et à quelques autres personnes qui y étaient autorisées. Il était en fait situé dans une verrière immense de deux hectares faisant vingt mètres de haut, sur les parois de laquelle un sort reflétait exactement le temps extérieur. De l'extérieur il est impossible de voir à l'intérieur du Jardin. D'ailleurs on ne voit même pas la verrière qui est enchantée pour que nul ne puisse la voir ou même la toucher. Les oiseaux et les insectes la contournent sans s'en rendre compte et ni l’eau de pluie ni la neige ne peuvent s'accumuler dessus.

Pour y accéder une seule porte discrète, aucun ornement, si ce n'étaient que quelques discrètes gravures de lierre sur les ferronneries l'ornant. Il y avait également des runes gravées dans la porte, empêchant quiconque n'aurait pas été approuvé d'entrer. Et à l'intérieur, se trouvaient sept allées, toutes sur un thème, que ce soit l'odeur ou la couleur, et menant à sept ambiances, toutes liées les unes aux autres. En fonction de la saison, du temps extérieur, chacune de ces ambiances étaient différente d'un jour à l'autre. Le roi l'avait voulu pour que chaque Eire vivant au palais puisse trouver un havre de paix, une ambiance qui lui correspondrait. La reine actuelle avait tendance à apprécier le début du jardin, qui ressemblait à un Jardin de cloître.
J’avais été impressionné par ce récit, par cette description. Le Jardin semblait être encore plus impressionnant que le palais en lui-même. Et tout cela, mon Grand-père l’avait réalisé avec l’aide de ses pouvoirs.

J’avais beaucoup progressé dans la maitrise de mes pouvoirs, pouvant harmoniser mon esprit avec ceux de plusieurs plantes et faisant pousser et fleurir ce que je voulais. Mais réussir ce que m’expliquait mon Grand-père n'était pas encore dans mes compétences. J’avais de plus en plus hâte de rencontrer ce Jardin-ci, et ce que j’avais vu en poussant la grande porte avait dépassé mon imagination.  
Si les autres Jardins semblaient naturels, celui-ci semblait à la fois sauvage et discipliné, comme s'il pouvait se gérer seul, mais pas vraiment. Des lapins fuirent devant notre arrivé et je pouvais jurer avoir vu un plus gros animal au loin. Il y avait aussi des oiseaux qui volaient. C'était totalement inattendu pour un jardin sensé se trouver dans une serre, mais une brise légère soufflait également. Je me serais cru dans un jardin ordinaire.


«C'est vraiment toi qui a créé tout ça Grand-père ?

-Tout ce qui attrait au jardin oui. La serre en elle-même en revanche, ça n'est pas de mon fait. Nos pouvoirs touchent à la nature, pas aux illusions »

Quand mon Grand-père se mit à l'ouvrage, je l’aidais dans un premier temps, vu qu’il m’avait pris comme apprenti il fallait bien que j’apprenne. Puis je n'en puis plus d'attendre, je me posai au pied d'un arbre et entrai en contact avec les végétaux vivant ici. Je ne fus presque pas surpris de sentir un Jardin bien différent des autres, spécial, qui ne m'enveloppa pas de douceur dès notre première rencontre. Il fut méfiant, intrigué de voir que quelqu'un d'autre pouvait le ressentir et lui parler. Je l'apprivoisais donc au fur et à mesure des visites qu’on lui rendait avec Grand-père, et ce durant près de trois ans. Ce ne fut pas une tâche facile que de me faire accepter par le Jardin, mais au final, il m’accorda sa confiance et son amitié.

Ce fut également dans ce jardin que je rencontrais officiellement le roi. Je l’avais bien sur vu dans les couloirs au loin, mais jamais je ne lui avais parlé. Mon Grand-père me présenta donc à Meadharan et si le roi me parla un peu, je n’arrivais pas à aligner plus de dix mots cohérents. J’étais assez impressionné, le roi était un véritable géant et semblait froid. Mon Grand-père me taquina sur les quelques balbutiements que j’avais émis et mes pieds croisés tout le long de ma rencontre avec le roi. Je l’avais alors boudé l'après-midi entier et une partie de la soirée.

Je grandis encore un peu, ma silhouette s'allongeait doucement avec le temps, mes traits perdirent doucement la rondeur de l'enfance, ma peau se hâla un peu, sans aller jusqu'à la teinte de celle de mon Grand-père.
Mais ma croissance prit un tournant que je n’aimais pas.
Ce fut ma voix, la première, qui commença à perdre le trop aigue de l'enfance pour devenir plus posée. Mais elle ne devint pas grave, pas autant que celle d'un garçon. Ma voix devint, à mes yeux, un horrible entre deux entre une voix féminine et celle d'un garçon à la voix douce. Je vis ma taille se marquer, mes hanches s'arrondir et grandir, mes fesses se galber...
Chaque matin, j’avais l'impression de devenir de plus en plus féminin. Mon visage s'affinait, ma mâchoire devenant trop douce pour être celle d'un garçon et mes lèvres étaient un peu trop épaisses pour ne pas rappeler celles des femmes. Mes yeux en amande ne se bordèrent pas de longs cils mais ainsi incrustés dans mon visage qui était trop doux pour moi, ils me semblaient de plus en plus féminins. Je me sentais mal, très mal vis-à-vis de ces changements qui me rappelèrent ma double nature et qui semblaient en favoriser une plus que l'autre, et pas celle que je désirais.  
Je commençai à faire des cauchemars la nuit : mon père arrivait pour me reprendre, clamant qu'il les avait mal traité ma mère et moi, qu'il voulait bien de moi, son fils, même si je n’en étais pas vraiment un. Mais quand je me levais, une poitrine m’était poussée, mes courbes étaient purement féminines et je portais une robe. Mon père semblait écœuré de me voir, comme quand il avait été écœuré de voir mon intimité. Il me pointa du doigt, me traitant de fille, de bâtard impur, qu'il avait toujours eu raison d’avoir honte de moi et qu'il avait honte que moi -cette "chose" disait-il- je partage le même sang que lui.
Je me réveillais en pleur, parfois en hurlant.

L'appétit et le sommeil vinrent à me manquer alors que je voyais mon corps me devenir inconnu. J’en pleurais tous les soirs, implorant tous les dieux de ne pas avoir de règles ou de poitrine, les suppliant d'arrêter de me tourmenter. Quand je sortais, mes vêtements -aussi banals qu'ils puissent être- me mettaient mal à l'aise et chaque regard posé sur moi, me donnait l'impression d'être lourdement jugé. Je commençai alors à mettre des vêtements amples, informes, cachant comme je le pouvais cette féminité sous des couches de tissu et des cheveux à peine coiffés.

Mon Grand-père me réveillait quelque fois quand il m’entendait gémir ou crier la nuit, appelant ma mère, suppliant mon père, clamant que je n’étais pas une fille, que j’étais désolé, hurlant que je ne voulais pas être abandonné.
Grand-père me rassurait alors comme il le pouvait, me berçant contre lui et m’expliquant que tout allait bien, que je n’avais pas à craindre de nouveaux rejets car il resterait avec moi et que jamais il ne m’abandonnerait. Il essayait également de me parler, de m’expliquer qu’être une fille n’avait rien d’horrible, mais je n’étais pas prêt à l’entendre.

J’avais régulièrement des" crises" quand j’étais réveillé la semaine, durant lesquelles j’étais persuadé de sentir son bas ventre douloureux comme pour des menstrues, des seins pousser, ma voix s’éclaircir encore plus, mon cœur s’accélérer… Ma respiration se bloquait dans ma gorge et je n’entendais plus que des bourdonnements et mon propre cœur.
J’allais alors me réfugier dans le Jardin, celui du roi, lorsque ces crises me prenaient. Le Jardin m’accueillait, inquiet, et bien je me coupais du monde des hommes pour plonger dans celui de la nature, me laissant bercer, choyer, aimer par les plantes qui ne me jugeaient pas, qui n’avait que faire de ce que j’étais ou non, qui ne voyait qu’un ami, que l’un de leur en moi. Je parcourais lentement les allées, me blottissait parfois contre un lierre. Mon cœur prenait le rythme du Jardin et je me sentais mieux, bien mieux. Bientôt je ne me senti qu’en paix qu’auprès de ces plantes.
Un soir, mon Grand-père vint me retrouver et m’invita à m’assoir.  


« Je sais qu’il n’y a qu’ici que tu te sens vraiment en paix, alors j’ai décidé de venir te voir tant que tu es là pour que tu puisses m’écouter tranquillement, d’accord ?

-Je. Oui…  

-Merci. Tu es en plein dans l’adolescence et tu as peur de ce qui t’arrive par rapport à ce que tu as vécu avant, mais il faut que tu comprennes quelque chose de trèsimportant Eshan : Etre une fille ou entre les deux n’a absolument rien d’une tare ou même d’une honte. »

Ma gorge s’était serrée en entendant ces mots. Je n’avais pas eu envie de les entendre jusqu’à présent, mais depuis que je venais ici je me sentais mieux, plus confiant et mon Grand-père avait tout fait pour qu’il en soit de même chez nous. Il m’avait consolé quand je faisais des cauchemars, avait acheté les vêtements informes que je souhaitais pour me cacher, avait multiplié les gestes de tendresse envers moi : lui ébouriffant mes cheveux, m’embrassant sur le front, me prenant dans ses bras. Et moi je n’avais pas accordé de crédit à ses paroles avant aujourd’hui.
Je me sentais honteux.


« Celui qui devrait avoir honte dans cette histoire c’est ton soit disant père. S’il n’a pas pu voir quel enfant formidable tu es, s’il ne s’est borné qu’à un genre précis sans se dire une seule seconde que peu importait ce que tu es tu es son enfant et quelqu’un d’extraordinaire, de gentil, de doux. De soupe au lait et de borné mais de merveilleux : Alors c’est le plus grand con de tout le royaume et il ne mérite pas une seconde que tu souffres de ce qu’il ta fait. Tu vaux plus que lui. »

Je tordais mes orteils dans mes chaussures à chaque mot du discours de mon Grand-père. A présent que je l’écoutais vraiment, je sentais toute la sincérité qu’avait mon Grand-père, mais aussi la colère sourde que ce dernier ressentait envers mon père. Une boule dans la gorge, je déglutis et me jetai sur lui pour le serrer dans mes bras.

« Je t’aime Grand-père.

-Moi aussi je t’aime Eshan. Et que tu deviennes une fille, que tu restes entre deux, ou que tu te changes en loutre, je t’aimerais toujours. »

J’eus un léger rire. On est resté quelques minutes comme ça, dans les bras l’un de l’autre. La main de mon Grand-père me frottait le dos comme pour me réchauffer. Puis on se lâcha. J’allais me relever quand Grand-père me fit le regarder dans les yeux de nouveau.

« J’ai eu l’autorisation pour que tu puisse venir travailler ici, dans ce Jardin, définitivement. Tu n’as que quatorze ans, mais j’ai vanté tes mérites et tes pouvoirs à un bon ami et il n’a pas d’objections à ce que tu viennes travailler ici à plein temps. »  

Depuis cette discussion, je fis moins de cauchemars, et remis également des vêtements un peu moins amples. Je ressentais par contre souvent le besoin de me retrouver un peu seul dans le Jardin privé, encore un peu inquiet de devenir trop femme.
J’allais tous les jours dans le Jardin. J’entretenais les fleurs, leur parlait, élaguait les arbres. J’aimais tout particulièrement aller dans une des serres dans laquelle j’avais pris la liberté de m’aménager un coin où je pouvais passer du temps avec les fleurs n’étant encore que des jeunes pousses, ou les plantes malades attendant de guérir avant d’être remises en terre.

Un Akebia, un peu plus mal en point que les autres, attira mon attention et j’y fis tout particulièrement attention à lui durant plusieurs mois. J’usai de mes dons pour faire reprendre la plante, pour la soigner au mieux, pour partager de ma force vitale avec elle. Mais elle avait grand peine à reprendre malgré qu’elle soit de nouveau saine. J’eus alors l’idée de faire une greffe de cette plante sur le lierre contre lequel j’aimais me blottir lorsque j’angoissais. J’incisai soigneusement une branche du lierre, ma serpette ripa contre l’écorce plus vite que prévu et je me coupai le bout du doigt. Je terminai tout de même ma greffe et constatai que mon sang n’était pas comme avant. Plus épais et légèrement translucide, il avait certes des reflets rouges mais me rappelait plus de la sève qu’autre chose.
Etrangement ça ne m‘inquiétait pas, j’usai simplement de mes pouvoirs pour cicatriser la greffe et je revins pendant une semaine voir le résultat.
Je fus surpris de voir la plante fleurir et se mouvoir au bout de cette semaine, et passer ses branches autour de moi comme pour me serrer dans ses bras. L’esprit de la plante fut aussi différent, plus évolué et profond que celui des autres, il était aussi étonnamment jeune et infantile, comme si elle venait tout juste de naître. Cette plante était née de la greffe mais aussi de mon sang. J’avais fait d’autres greffons avant celui-là, mais jamais mon sang n’y avait été mêlé. J’ai immédiatement ressentit un amour profond pour cette plante, viscéral, et lui donnais le nom d’Œil de Fée en référence à toutes les petites fleurs à trois pétales de couleur mauve-pourpre qu’elle avait et qui se tournaient vers le soleil comme des petits yeux.

Je fis grandir et croître Œil de Fée au fil des saisons, greffant d’autre plantes grimpantes sur elle, scellant ce que je greffais d’une goutte de mon sang et utilisait ensuite mes pouvoirs. A chaque greffon, ma plante changeait un peu : Un Rosier Grimpant la pourvue d’épines qu’elle pouvait rétracter ; un Jasmin lui offrit un parfum délicat et un mélange de pétales pourpres et blanches ; un autre lierre lui permit de faire des branches plus épaisses et vigoureuses et d’avoir un large pied fort et solide ; une Clématite ‘Piilu’ fit qu’elle se pourvu de plus grosses fleurs. Au bout de trois ans l’une d’entre elles se distingua des autres, immense –plus grosse que ma propre tête-, pourvue de pétales bicolores blanches et pourpre et surtout pourvu d’un œil d’un gris semblable aux miens.
Ce fut mon premier lien physique que je développai avec le jardin, mon premier enfant. Je me fis la réflexion intérieur qu’il serait peut-être perçu comme paradoxal que quelqu’un ne souhaitant pas devenir femme et porter d’enfant créé les siens, mais la naissance –bien qu’accidentelle au départ- d’Œil de Fée me donnait envie de créer d’autres plantes de ce genre, d’avoir d’autres enfants.  

J’effectuai alors plusieurs tentatives à la fois. L’une d’elle était des croisements entre plusieurs Népenthès et une Gunnera Manicata –dit Rhubarbe Géante-. Cela prit deux ans pour que la plante devienne ce qu’elle est encore aujourd’hui. Pourvue d’un seul et immense piège ainsi que de larges feuilles de chaque côté de ce dernier. Je la nommais Péliflore, car elle me faisait penser à un oiseau. Elle n’eut pas d’attribut physique humain visible, mais elle développa une voix et fut capable d’imiter des sons d’oiseaux, des bruits que je faisais, sans savoir réellement parler.
Un autre de mes enfants, débuté en même temps que Péliflore, fut une liane. Je ne fis aucun croisement cette fois ci et me contentai simplement d’inciser la liane en plusieurs endroits afin d’y glisser quelques gouttes de mon sang. La liane pu alors de déplacer seule d’arbre en arbre, autonome. Je la baptisais Serpentale.

Au fur et à mesure, le Jardin Privé devint alors un peu plus comme moi, et moi un peu plus comme lui. Nos esprits étaient plus qu’en simple harmonie, ils commençaient à se mélanger, à se mêler l’un a l’autre. Les liens spirituels que nous avions liés se renforçaient à chaque plante que je guérissais de mes pouvoirs, mais surtout à chaque enfant que j’avais. Le Jardin commença à réagir à l’humeur que j’avais. Je n’eus plus besoin de voir les plantes pour connaître l’état dans lequel elles étaient.
Ce lien se développa de plus en plus, à tel point que je me sentais de moins en moins bien en dehors du Jardin. Mon Grand-père le remarqua bien vite et nous en avons parlé un soir. C’était quelque chose que Thémis avait connu et il savait ce que je ressentais. Il préférait bien largement cet état de manque aux crises d’angoisses que j’avais eu. Ces dernières n’étaient plus, ou étaient extrêmement rares, en cinq ans depuis qu’il m’avait parlé, je n’en avais fait que trois. C’était grâce aux paroles de mon Grand-père, mais aussi au fait que les changements de mon corps n’avaient pas été au-delà de quelques courbes supplémentaires. Je n’avais pas eu de règles ou même de poitrine et -je croisais les doigts- n’en aurais donc jamais. Mais à présent que j’étais âgé de dix-neuf ans et que mon corps me laissait tranquille, je n’aspirais qu’à rester dans le Jardin, à y vivre en compagnie de mes enfants.

Je fis moi-même la demande de vivre au sein du Jardin. Mon Grand-père plaida ma cause, expliquant alors les liens qui m’unissaient à cet endroit au roi, appuyant ma demande. Je reçus une réponse positive quelques temps plus tard et fêtais cela avec mon Grand-père. Il m’aida alors à aménager définitivement la serre dans laquelle j’avais déjà installé quelques affaires. Nous avons commencé par poser de larges dalles de pierre sur toute une moitié de la serre, érigé un mur à l’aide de palissades de bois afin de séparer un espace privé pour ma chambre. Nous avons posé deux autres palissades à l’intérieur de la chambre afin de la cacher en partie, laissant le verre à nu au niveau d'un des côtés du lit. La vue donnait sur un mur couvert d’une superbe Glycine mauve, personne ne passait par cet endroit. Quelques meubles et placards furent mis le long du mur séparant la chambre, une froidure large à côté d'eux, des plaques activées par des runes pour chauffer ma nourriture. Trois longues tables furent laissées pour pouvoir y mettre les semis et des plantes en hivernage, le bout d'une des tables laissé pour s'assoir.
J’avais un simple évier dans ma chambre, un lit, une vieille commode, les toilettes sèches étaient à l'extérieur. Le confort était spartiate, mais je ne m'étais jamais sentit aussi bien que lors de ma première nuit dans cette serre aménagée.

Les années passèrent, et je vivais dans le Jardin, à travers le Jardin. Le jardin vivant aussi à travers moi. Je  m'aménageai un petit potager à côté de ma serre, et me nourrissais de ce que je produisais. Mon Grand-père m’apportait de temps à autre les quelques choses que je ne pouvais pas produire, ou difficilement, il venait très souvent prendre de mes nouvelles.
Je lui parlais alors de mes enfants, des progrès d’Œil de Fée, la croissance de Péliflore et les nouveaux sons qu'elle apprenait, les services que me rendait Serpentale. Grand-père ne trouvait pas ça bizarre que je les considère comme mes enfants, et les appelait lui-même ses petits enfants ou ses descendants. Œil de Fée déployait d’ailleurs ses fleurs les plus parfumées pour lui. Il y eut rapidement Lion d'Epines qui s'ajouta à la liste de mes enfants. Mélange de Framboisiers, de Mûriers mais aussi d'Aconitum, il pouvait se déplacer librement durant une longue partie de la journée, mais retournait à la terre la nuit afin d'en absorber les nutriments. Lion d'Epines me suivit alors partout dans le Jardin dès qu’il en eut l’occasion.

Aux premiers pas de Lion d’Epines, je rencontrai celle qui était la nouvelle Eire. Je n’avais que peu vu la précédente et ne l’avait pas vraiment appréciée pour être honnête, elle avait fini folle et n’avait plus paru un jour. La nouvelle Eire était jeune et un peu perdue. Elle était venue dans le jardin pour y trouver un refuge, dépassée qu’elle était par les évènements qui venaient de se produire dans sa vie. Elle venait d’être nommée Reine alors qu’elle avait à peine douze ans.
Mais elle fut curieuse de savoir qui j’étais, ce qu’était que ces plantes qui se mouvaient seules, chantaient ou écrivaient, pourquoi je vivais dans le Jardin. Je n’ai pas été aussi tendu que lorsque j’avais rencontré le roi Meadharan, ou certains de ses enfants. Le roi était réellement impressionnant et je me le disais à chaque fois que je le croisais. Eire elle était plus lumineuse, plus douce, plus pétillante. Je n’avais plus vraiment l’habitude de parler avec des personnes que je ne connaissais pas vraiment et eus un peu de mal au début, mais rapidement la gentillesse de la reine et sa spontanéité me mires un peu plus à l’aise. Je comprenais parfaitement qu’elle se sente perdue, moi-même j’avais ressenti ça… Nous avons rapidement commencé à avoir de longues conversations. Œil de Fée aimait beaucoup la toucher du bout de ses branches et l’adorait, Péliflore imitait le chant d’oiseaux mélodieux dès qu’elle passait auprès d’elle, Serpentale lui offrait une balançoire pour se poser et se balancer, Lion d’Epines l’accueillait avec plaisir jouant avec elle.
Le Jardin et moi-même aimions cette nouvelle Eire et lui montrions en toute occasion.

La fraîcheur de la reine me donna l’idée de donner naissance à une plante plus humaine. Je cherchais quelques mois avec quelle plante je pourrais la faire, avec quels croisements si besoin. Si Œil de Fée était pourvu d’un Œil, Péliflore me semblait plus humanoïde avec le son de sa voix et son piège ressemblant à une bouche. La bouche qui pouvait sourire et rire. Oui, j’aimais cette idée.
Je décidai de partir sur une plante carnivore. Plus précisément une Dionée attrape mouche. Je pris un plant d’une taille déjà respectable, et déposai une fois toutes les deux semaines une goutte de mon sang dans le même piège. Je greffai aussi quelques branches de Drosera et des feuilles de Pinguicula Rita sur la tige du piège. Les effets se firent sentir au bout d’un an, le piège resta seul, les autres fanant, et grossit de plus en plus. Le piège commença à se modifier un peu, pour prendre une forme ovale pourvue de dents et non plus de piques, la tige grossit et devint plus oblongue. Les feuilles de Pinguicula et de Drosera fusionnèrent et se développèrent de chaque côté comme des bras, au bout d’une autre année. Au bout de cette année, Je fis la connaissance du général Ramyar Dariyasha.

Enfin, je l’avais déjà vu dans les allées avant. Des militaires très hauts gradés avaient le privilège de pouvoir entrer dans le Jardin, mais peu d’entre eux le faisaient ou très peu. Et j’avais eu peu d’occasions de leur parler et eux-mêmes ne cherchaient pas non plus à entretenir une quelconque conversation avec moi. Un simple "Bonjour " était de mise et chacun vaquait à ses occupations ; les militaires flânaient, lisaient ou s’étendait dans l’herbe, moi j’allais entretenir les deux hectares. Le général, venait plus souvent ces derniers temps et peut-être voulait-il se faire bien voir d'Eire en lui montrant qu’il avait aussi de l’intérêt pour ce Jardin. Je ne m’étais pas imaginé autre chose une seule seconde.


« Il fait une chaleur écrasante aujourd’hui, mais vous êtes encore en train de travailler et de charrier de la terre et des branches d’un bout à l’autre de cet immense Jardin. Je me demande quel est votre secret pour ne pas vous tuer à la tâche ? »

Je m’étais retourné en entendant la voix et quand j’eus bien compris que c’était à moi que s’adressait le général je fus bouche bée. On ne me parlait pas d’habitude… Je cherchais quoi répondre, balbutiant que la chaleur ne me dérangeait pas outre mesure, que c’était mon travail, que j’avais l’habitude et que je recevais de l’aide de mes plantes. Le troll aux cheveux noirs coiffés en dreadlocks et attachés, m’offrit un sourire éclatant mettant en valeur les défenses ornées d'anneaux dorés qu’il avait.

« Et, est-ce qu’il vous arrive de prendre quelques minutes de pause ? C’est assez important de se ménager et de prendre le temps de souffler. Cet endroit est assez bien entretenu pour ne pas souffrir de quelques instants sans que vous ne couriez dans tous les sens non ? J’ai amené du lassi, voulez-vous vous joindre à moi ? »

Péliflore avait senti ma détresse et se mit à chanter d’un son strident, le Jardin entier se tendit, entre gêne et panique. Je déglutis et voyant dans les cris de Péliflore une opportunité de m’en sortir, je refusais l’invitation en expliquant qu’il y avait ce son étrange tout en partant vers ma plante. Lion d’Epines toujours sur mes talons. Le cœur battant à toute vitesse à cause de son coup de pression, je ne m’arrêtai de courir qu’une fois à l’autre bout du jardin, près d’une cascade artificielle. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi le général était venu tout à coup me voir et me proposer de prendre un peu de temps pour boire un lassi avec lui. Personne ne venait me parler, enfin si mon Grand-père et la Reine, mais pas vraiment les autres. Tout juste me demandaient-ils si j’allais bien. Et ça me convenait parfaitement jusque lors.
Quand la reine vint au Jardin plus tard ce jour-là, j’étais toujours perturbé par ce qu’il s’était passé et elle le vit. Je lui expliquais un peu ce qui était arrivé et elle eut un sourire amusé quand je lui expliquais surtout que je ne comprenais pas pourquoi le général était venu me voir moi, me parler. Eire me répondit juste que c’étaient des choses qui arrivaient et qu’il fallait laisser les choses se faire. Le tout avec un petit sourire espiègle. Je devais avouer que je n’avais pas vraiment compris cette réponse, et encore moins ce qu’avait dit mon Grand-père quand je l’informais à son tour de l’intérêt soudain du général pour moi. La seule partie que je compris, c’était que le général souhaitait sûrement faire connaissance.  

Il se passa un petit moment sans que le général ne retourne dans le Jardin. J’avais cessé de me tourmenter durant ce laps de temps. Ma dernière plante était née. Enfin plutôt sortie de terre. Ses racines lui servaient à se déplacer, un peu à la manière des pieuvres dans le fond des mers. Je l’avais nommée Dyomée, ma petite plante carnivore et curieuse. Elle était, comme Lion d’Epine, souvent près de moi au début, pour prendre un peu d’indépendance quelque fois, allant chasser une petite grenouille ou un criquet dans son coin. Son développement depuis son pot de terre était comme celui d’une enfant, et je dus la gronder et la punir plus d’une fois pour avoir essayé de me mordre les doigts.

Lorsqu’Œil de Fée vit le général Dariyasha passer dans les allées, elle me prévint. J’étais dans le bassin des carpes Koï, en train de racler la vase du fond afin de le nettoyer. Je demandai alors à Serpentale, qui me tenait par la taille, de me tirer hors de l’eau. Une fois sur l’herbe, complètement trempé, je me rendis compte que je ne pouvais pas être vu dans cet état ; mes vêtements mouillées, tâchés de vase, mes cheveux attachés et décoiffés. J’avais une tunique de travail sèche qui m’attendait, ainsi qu’une serviette. Je me dépêchais de retirer mon haut trempé puis de me sécher pour l’enfiler. Serpentale me sécha les cheveux avec la serviette, pendant que je tordais mon pantalon, certain qu’on ne verrait rien de gênant grâce à ma tunique. Une fois relativement sec je me rhabillais et me coiffais rapidement avec les doigts et m’attachai les cheveux.
Une fois tout ça fait, je continuais tout de même à travailler. Mais au moins, si le troll venait me revoir, j’aurais l’air à peu près présentable dans mes habits de travail. Je m’étais demandé quand même pourquoi j’avais ressenti le besoin d’être présentable. Dariyasha ne vint pas à ma rencontre cette fois, ni les deux fois suivante où il se présenta dans le Jardin. Je m’étais alors dit que je l’avais peut-être vexé lorsque j’avais fuis première fois.


« Vous attachez toujours vos cheveux ? Remarquez, ils vous gêneraient dans votre travail s’ils étaient détachés, c’est une question un peu idiote. »  

Encore une fois je ne l’avais pas entendu arriver. Je savais qu’il se trouvait dans le Jardin, ma chère Œil de Fée m’en avait averti, mais pas derrière moi alors que j’étais en train de repiquer des pensées. Je me retournais assez vivement, surpris, puis je décidais que je ne fuirais pas cette fois. Enfin, j’allais essayer.

«Oui. Enfin non, enfin. C’est bien parce que sinon ils me cacheraient la vue ou s’emmêleraient dans les branches si je les attachais pas. Et ce n’est pas une question si idiote, je ne fais pas que travailler…

-Ah, alors vous prenez du temps pour souffler de temps à autre, ça me rassure, je ne vous ai jamais vu vous arrêter. Mais je ne suis pas derrière vous en permanence.  

-En ce moment vous y êtes souvent je trouve…»

En voyant l’expression du visage du général, j’ai compris que ma réflexion était plus brutale que ce que j’avais imaginé. C’est vrai que ça pouvait passer pour quelque chose de péjoratif et de froid, mais en fait c’était sorti tout seul, je ne l’avais pas vraiment contrôlé, ou fais attention à mieux le formuler. Peut-être que je disais bien trop souvent ce qui me passait derrière la tête. Je me levais un peu vite, me reprenant tout aussi rapidement.

« Ce, c’est juste que, les deux fois où vous êtes venu me parler, vous êtes arrivé dans mon dos, c’est pour ça. Que je-

-Oui, c’est vrai, et je vous aie surpris aussi, c’est pour ça que vous êtes sur la défensive. Je m’en excuse, les prochaines fois je ferais en sorte que vous m’entendiez arriver. Je me suis dit que vous n’aimiez peut-être pas le lassi, donc je me suis permis de prendre un thé glacé au citron cette fois. Vous aimez ?

-Oh, euh, oui, j’aime bien. Le lassi aussi j’aime bien, juste qu’il y avait ce-ce bruit la dernière fois…»

Cette fois-ci je suivis le général Dariyasha jusqu’au banc où ce dernier avait laissé ses affaires. Le troll me servit un verre de thé que je pris et la discussion fut surtout à sens unique. Le général me parla principalement du Jardin, du fait qu’il était bien entretenu, superbe et qu’il dégageait une certaine aura presque magique. Je me contentais de réponses courtes, de oui et de non, n’étant pas à l’aise avec les relations sociales. J’eus mal au dos au bout d’une demi-heure tant j’étais tendu sur mon banc. Quand le général finit par repartir, je soupirais longuement avant de me relever. Je n’avais vraiment pas l’habitude de ce genre de socialisation. Pas avec des hommes. Pas des hommes comme lui.
Le général avait en plus une voix assez suave qui me faisait frissonner sans réelle raison, une carrure assez impressionnante, une présence imposante qui me rappelait un peu celle du roi, en plus chaleureux. Sans compter son visage à la mâchoire carrée, ses défenses ornées d’anneaux dorés et son sourire étincelant. Le fait que quelqu’un comme lui veuille mieux me connaître, ça me faisais drôle.
Il y eut d’autres "pauses" comme celle-ci pendant plusieurs mois. A chacune d’entre elle, je me détendais un peu plus et fit plus attention à mon apparence. J’appris à garder mes cheveux détachés un peu plus souvent, ou à les coiffer d’une manière plus sophistiquée qu’une simple queue de cheval.


« Cette coiffure te va plutôt bien, elle met les lignes de ton visage en valeur.»

Le général se penchait sur moi pour remettre une mèche rebelle derrière mon oreille. J’avais fait une tresse basse, plutôt lâche et en épi, quelque chose que la reine m’avait appris un jour où je lui avais demandé si elle connaissait des coiffures peu complexes et où mes cheveux ne seraient pas gênant. J’étais flatté qu’il le remarque et rougi légèrement, Ramyar était près de moi, nous étions installés simplement sur l'herbe côte à côte.

« Merci, j'avais envie de l'essayer aujourd'hui, ce genre de tresse n'est pas facile mais avec un peu d'entrainement j'y suis arrivé.

-Tu es plein de surprise tu sais ? Il y a, quoi, huit mois ? Tu me fuyais alors que je te proposais un simple lassi, et maintenant je peux te complimenter et te toucher sans que tu songes à fuir.»

La voix du général avait baissé sur la fin et il s'était rapproché de moi pour m'embrasser. Je reculais un peu, pas très sûr de moi sur ce coup, Ramyar s'arrêta alors, me lançant un regard interrogateur.

« Je sais pas... Je n'ai jamais... Embrassé quelqu'un... C'est peut-être idiot à plus de vingt-six-

-Ca n'est pas idiot, c'est adorable.»  

Caressant ma joue, le troll avait plongé son regard dans le mien et s'approchait de nouveau. Je ne reculais pas cette fois, je fermais les yeux et se laissais alors le général me guider.


o Caractère :

Eshan est quelqu’un de timide et de très peu social. Peu habitué à avoir de réels contact avec les êtres humains, et ayant été élevé dans un environnement aux nouveautés restreintes, il ne sait pas vraiment quoi faire quand quelqu’un vient pour lui parler. Surtout quand on vient lui parler de lui. Il est méfiant vis-à-vis des autres, ayant été rejeté, abandonné ou trahi par deux fois par des personnes qui étaient importantes à ses yeux. Il a une confiance aveugle est son Grand-père Thémis. Il a aussi une pleine et entière confiance en la Eire actuelle, la considérant comme une amie.
Il est un peu soupe au lait, se vexant pour pas grand-chose, et a tendance à être impulsif sur certaines choses. Il apporte quelques modifications au Jardin sans en demander l'autorisation. C’est quelqu’un de passionné et de généreux, qui donne sans compter à ceux qu’il aime et qui lui rende son amour.


o Passions, phobies :  

Le métissé Ai-Esu a pour passion son Jardin et ses plantes. Il les aime, viscéralement et spirituellement et leur est entièrement dévoué. Il est capable de faire passer leur besoin avant le sien. Il aime son Grand-père qui est toujours là pour lui. Il aime aussi le général Dariyasha qui lui fait ressentir quelque chose qu’il n’aurait jamais cru ressentir un jour. Il  pense de temps à autre à sa mère. Il a des sentiments pour elle partagés entre l’amour et la colère d’avoir été abandonné sans avertissement. Il hait son père.  

o Armes :  

Il n’a pas d’armes à proprement dit. Il a ses outils de jardinage, mais surtout ses plantes pour se défendre s’il en avait besoin.

o Pouvoirs :  

Il peut comprendre et ressentir les émotions des plantes et de la nature. En parfaite harmonie avec le Jardin Royal, ce dernier reflète les émotions fortes et l’état d’esprit général du jardinier qui l’entretien et le protège. Eshan a aussi le pouvoir de guérir les plantes et d’accélérer leur cicatrisation. Et surtout c’est son sang le plus extraordinaire de tous car il lui a permis de créer ses enfants.

*Choses particulières à votre personnage :  

Il a horreur quand on le prend au premier abord pour une jeune fille, ou qu’on lui dise mademoiselle.
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Isil
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MessageSujet: Re: Eshan Saam Kulap   Mer 28 Sep - 20:46

(Re)Bienvenue Eshan !

Une présentation qui finalement, n'a pas été si longue à faire, mais qui obtient la palme de la présa la plus longue je crois...

Bonne continuation sur Inwilis !



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MessageSujet: Re: Eshan Saam Kulap   Ven 30 Sep - 9:42

Bienvenue de nouveau Eshan !

Pas mal en effet niveau longueur.
Mais où sont passées nos petites présa qui faisaient à peine une page et demi de word ? Lol.

Bon RP !


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Eshan Saam Kulap

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