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 Salon, thé et chocolat

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Abelio
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MessageSujet: Salon, thé et chocolat   Mar 9 Aoû - 14:24

Leur hôtesse ne cessa pas de parler, prenant à peine le temps de respirer. Après avoir parlé de Rommard, la sidhe commença à lui relater, mot pour mot ce qu’avait dit le nain au sujet des accords que le centaure avait négocié, avant de se stopper brusquement, comme si elle venait de se rappeler de quelque chose qu’elle s’était promit de ne surtout pas oublier. Elle eut un air attristé.

-J’ai appris pour la perte que tu as subis, toutes mes condoléances. Je me suis demandé chaque jour comment tu pouvais bien te porter. En apprenant que tu avais accepté quelques demandes de négociation, notamment pour la guilde des Fourreurs et celle des Joailliers j’ai été soulagée de constater que tu avais fait ton deuil.

Abelio la remercia simplement, sans s’étaler sur ce qu’il avait pu ressentir ou autre. La mort de sa gouvernante et nourrice remontait à plusieurs mois à présent.

-Enfin je n’ai eu d’échos que sur celle de Rommard, mais je n’ai aucune idée de ce qui a pu se passer vis-à-vis des autres ? Comment t’y es-tu pris ? Je suis certaine que tu dois y aller à mi-chemin entre la demande directe et celle plus en douceur ? Ou tu as une méthode bien à toi et secrète ?

Le centaure eut un léger sourire en voyant la grimace de Lillie. Il s’empêcha d’en avoir un plus large, comprenant que la Sidhe semblait sûrement trop démonstrative. Et elle l’était, Dona avait tendance à faire des ronds de jambes à toutes personnes possédant des titres, des biens et un portefeuille assez garni, les traitant comme s’ils étaient les privilégiés des privilégiés.
Depuis un long moment Abelio avait bien sûr comprit que ce n’était que poudre aux yeux, et que chouchouter ses meilleurs clients étaient une excellente façon de les fidéliser. Lui-même usait des mêmes méthodes quelques fois.
Il tempéra le débit de parole de la sidhe d’un geste de la main, avec un air aimable.

-Ah Dona, je me doute que vu que je ne suis pas venu depuis un long moment tu souhaiterais que l’on discute ensemble afin que je te donne les dernières nouvelles me concernant et concernant mes affaires, notamment sur les méthodes que j’ai utilisées pour faire plier ce vieux Rommard, mais vois-tu.

Abelio désigna d’un élégant mouvement de bras Lillie à côté de lui, souriant avec douceur. Dona la regarda comme si la jeune femme venait d’apparaitre à l’endroit désigné par le centaure. Il fronça légèrement les sourcils devant cette réaction, mais ne montra pas plus d’agacement que cela, ne souhaitant en aucun cas froisser la propriétaire du salon de thé.

-Je suis accompagné par cette charmante amie aujourd’hui, et c’est à elle que je souhaite me consacrer.

S’il avait senti Lillie détendue en arrivant, il l’avait senti se raidir un peu quand Dona était arrivée, avec ses grands mouvements, ses grands airs, sa voix et sa démarche assurée. Dona pouvait s’avérer aussi redoutable en affaire que lui, elle était impressionnante tant par sa posture que par l’assurance qu’elle dégageait à chaque mouvements et à chaque parole. Lillie, elle, était plus douce, plus effacée, timide et quelques fois elle semblait un peu maladroite. Mais elle avait tout de même un certain caractère, des convictions et des valeurs qui lui tenaient à cœur et qu’elle défendait. Et un magnifique sourire communicatif.
Dona eut un large sourire juste après qu’Abelio ait expliqué qu’il était accompagné et donc qu’il ne pouvait pas rester à discuter trop longtemps avec elle. Elle ne sembla pas mal prendre qu’il ne lui consacre pas plus de temps que cela.

-Bien sûr ! Où avais-je la tête. Veuillez m’excuser mademoiselle, cela fait si longtemps que je n’ai pas revu ce cher Abelio que je n’ai eu que lui à l’esprit. Soyez la bienvenue dans mon établissement ! Je suis Dona Aengwith.

La sidhe inclina légèrement la tête pour saluer Lillie, puis joignit les mains devant elle, comme enthousiasmée par la situation.

-Bien ! Je vais vous mener à une table, et promis je vous laisse tranquille après cela Abelio.

-Merci, je te promets de repasser au plus tôt afin de discuter avec toi de tout ce temps passé entre aujourd’hui et ma dernière visite.

Dona prit les devant et Abelio invita Lillie à passer devant lui. Il prit grand soin de slalomer entre les tables, un exercice qu’il maitrisait à la perfection. Dona les mena vers le fond du salon de thé, à une table qui était logée dans une alcôve profonde donnant directement sur le jardin intérieur de l’établissement, d’où elle retira la chaise pour qu’Abelio puisse s’installer. Il y allongea son corps équin, et ne prit pas de place.
Sur la table était posé un sucrier rempli de pierre de sucres bruns et blancs, pourvu d’une pincette argentée, le tout présenté sur un napperon en dentelle. Dona déposa deux cartes devant eux, reliées dans un cuir légèrement usé de couleur écru avec le nom de l’établissement écris en lettres dorées dans une écriture élégante. Il y avait une cartes pour les boissons : thés, chocolat, café et jus de fruits frais, les cidres et poirés ; l’autre carte servait pour la nourriture : les gâteaux fait maison, les biscuits tout aussi artisanaux, les tartes. Le tout sucré ou même salé pour l’heure du midi. Sur une ardoise étaient notées les desserts et boissons du moment.

-Evelynn va venir prendre votre commande dans quelques minutes. Passez un bon moment.

Une fois leur hôtesse partit s’enquérir si une autre table n’avait besoin de rien, Abelio se pencha légèrement vers Lillie, avec un petit air désolé.

-Navré pour l’accueil. Cet endroit est très spécial pour moi, j’avais l’habitude de venir ici régulièrement avec ma gouvernante et Dona, la propriétaire, a toujours veillé à ce que je sois reçu de cette manière. J’espère que cela ne vous empêchera pas d’apprécier ce lieu. Ils font des gâteaux succulents, et les parts sont généreuses. Ils ont aussi une grande variété de thé et de chocolat. Et leur chocolat est sans grumeaux et peu se boire chaud.

Le centaure eut un léger rire en s’entendant parler ainsi, on aurait dit qu'il lui proposait une collation.

-Enfin, nous sommes venu déjeuner, le chocolat ne sera pas avant le dessert si nous choisissons d’en prendre un !


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Lillie
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MessageSujet: Re: Salon, thé et chocolat   Jeu 23 Fév - 21:00

Le sourire de Dona n'atteignit pas ses yeux. Au contraire, son regard glissa sur Lillie, l'examinant rapidement, de haut en bas. Une moue désapprobatrice fugace passa sur son visage, alors que la jeune femme soutenait son regard, lui rendant la pareille. Cela ne dura que quelques secondes, et la Sidhe reprit son masque jovial, se présentant, semblant même s'enthousiasmer sur sa présence. Le malaise qui l'avait saisie en rentrant s'intensifia et elle n'osa demander de l'aide à Abelio, ne serait-ce qu'en échangeant un regard avec lui. Elle savait que si elle montrait sa gêne, la Sidhe s'en donnerait à cœur joie. Elle inspira doucement, pour se calmer. Lillie n'avait pas l'habitude de se rendre dans un lieu aussi luxueux. Ici tout respirait la prospérité. La qualité du bois et des tissus, la propreté de la pièce - Lillie était persuadée qu'elle pouvait voir son reflet si elle se regardait dans les carreaux du sol - et les tenues des serveuses, toutes en uniforme, robe crème et cotte rouge ocre, et surtout la clientèle. Ici, pas de paysans, pas de fermiers, pas d'artisan ni même de gardes. Elle ne serait pas surprise de tomber sur des Elfes d'une des grandes maisons. Elle avait l'impression que tous la dévisageait, elle et sa petite robe bon marché, ses cheveux aux boucles folles, son écharpe multicolore un peu distendue, et son épais manteau. Elle regarda le bout de ses pieds, et se dit que même ses souliers ne valaient pas ceux des serveuses.
S’asseoir sur sa chaise, moelleuse, dans l'alcôve qui la cachait des regards, fut un soulagement. Elle avait soigneusement posé ses affaires et s'était assise un peu raide. Elle offrit un pauvre sourire à Dona, avant de se fustiger intérieurement. La Sidhe savait qu'elle était mal à l'aise. Elle sentit la panique monter, mais elle s'efforça de la contrôler. Elle ne se sentait pas à sa place ici. Elle avait envie de partir. Ses mains serrèrent le rembourrage de son siège. Elle saisit le menu tendu par Dona, un peu crispée. Son merci sonna comme un croassement à ses oreilles. Silencieuse, elle attendit, enfin, Abelio, qui ne semblait n'avoir rien remarquer se pencha vers elle. Elle tenta de sourire, mais se dit qu'une grimace devait lui barrer le visage.

-Pour le prix... il peut bien être sans grumeaux, marmonna-t-elle en voyant les tarifs pratiqués.

Elle songea à son pauvre porte monnaie lapin qui crierait famine, ses oreilles pendouillant lamentablement. Elle releva alors vivement la tête, se rendant compte de ce qu'elle venait de dire.

-Pardon. C'est juste que... Je n'ai pas l'habitude de ce genre d'endroit.

Cette fois, ce fut un sourire maladroit qui apparut sur son visage.

-Je ne sais pas si... Enfin j'ai l'impression que je suis plus à ma place dehors.

D'ailleurs, elle trouvait étrange pour un centaure qu'il aime autant les... intérieurs. De ce qu'elle en savait, les centaures vivaient généralement en hardes, dans la vallée, et se déplaçaient. Ils pouvaient se montrer rudes. Elle avait parfois vu des centaures à l'occasion des foires. Et elle savait aussi que certains s'étaient engagés dans l'armée. Peut-être que Abelio aimait autant la ville parce qu'il était marchand. Et un marchand prospère avec ça. Il avait même des gens à son service. Elle, elle ne faisait même pas le service, elle préparait la nourriture.

-Ou à ma place avec un plateau. Encore que, une fille de cuisine, ça ne sert pas en salle.

Avant que Abelio ait eu le temps de lui répondre, une serveuse, qui devait être Evelynn, grande, mince et blonde à l'image de sa patronne, vint s'enquérir de leurs choix. Lillie jugea que c'était un peu trop rapide pour lui avoir laissé le temps de choisir. Et elle se demanda pourquoi elle était soudainement aussi maussade. Cela ne lui ressemblait pas. Elle se rendit compte avec un embarras soudain qu'elle était jalouse parce que Dona connaissait bien Abelio. Elle leva vivement les yeux sur le centaure et se sentit devenir rouge comme une pivoine. La réalisation l'avait frappée de plein fouet. Elle aimait beaucoup Abelio. Elle aimait ses mimiques lorsqu'il fronçait le nez quand quelque chose ne lui plaisait pas, quand il se mettait à rire et que de petites rides apparaissaient au coin de ses yeux. Et quand Dona s'était avancée, assurée, belle, vêtue de vêtements de qualité à coté desquels les siens faisaient souillon, Lillie avait... elle avait quoi ? Abelio était ami avec elle. Cela n'irait probablement jamais plus loin. Elle n'avait rien à lui offrir à part un cube stupide et c'était déjà fait. Elle plongea le nez dans la carte, tâchant de gagner du temps.


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Abelio
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MessageSujet: Re: Salon, thé et chocolat   Mer 1 Mar - 19:54

Abelio regardait lui aussi la carte quand la réflexion de Lillie parvint à ses oreilles malgré qu’elle soit marmonnée. Le centaure arrêta sa lecture et son menu descendit doucement alors que ses bras se baissaient un peu. Son enthousiasme premier s’envola un peu, il n’était pas refroidit mais plutôt inquiet. La jeune femme sembla le remarquer et s’empressa de rajouter quelque chose, sûrement pour s’excuser ou justifier ce qu’elle venait de dire, mais en fait elle lui avouait surtout qu’il avait mal choisi l’endroit, enfin à son goût. Elle n’avait pas l’habitude d’aller dans ce genre de lieu. Et ce qui peina le centaure s’était de l’entendre dire qu’elle n’avait pas du tout l’impression d’être à sa place ici. Elle lui parla d’être mieux dehors, ou à servir les gens plutôt que d’être servie.

Abelio n’avait pourtant pas l’impression que le salon de thé donne une impression d’opulence, de faste et de richesse. Il faisait partit des plus anciens salons de la ville, et avait su rester relativement simple malgré son succès. Il fallait souvent attendre lorsqu’on voulait une table ou emporter l’un des gâteaux fait maison de la devanture, mais les tarifs pratiqués n’étaient pas si onéreux, la clientèle était variée et l’ambiance générale chaleureuse. Mais peut-être que ça n’était que de son propre point de vue. Il était marchand et avait une petite fortune personnelle qui, si elle ne valait rien en comparaison de celle des nobles maisons, avait le mérite de le laisser avoir un certain train de vie sans trop l’inquiéter.
Le centaure se sentit incroyablement égoïste et égocentriste d’un coup. Il n’avait pas songé que Lillie puisse se sentir mal vis-à-vis de leur différence de... classe ? Milieu ? Il avait oublié qu’elle n’était que fille de cuisine, que pour elle la vie n’était pas aussi simple que pour lui avec ses affaires. Il avait eu l’intention de l’inviter en fin de repas, comptant sur la complicité de Dona pour que cette fois-ci Lillie ne puisse pas refuser en étant mise devant le fait accompli, mais il n’avait pas eu l’intelligence de se dire que l’ambiance même du lieu mettrait la jeune femme mal à l’aise et la ferait se sentir inférieure. Cela le peinait pour Lillie autant que ça l’énervait envers lui-même de ne pas s’être imaginé qu’elle pourrait ne pas être bien.

-Est-ce que vous avez fait votre choix ?

Evelynn venait d’arriver, un peu trop rapidement parce que si lui connaissait les lieux, Lillie n’était pas une habituée et avait à peine eu le temps de lire la carte. Et ça n’était pas non plus le bon moment.

-Pas encore. Je vous ferais signe quand nous serons prêts à commander.

La blonde eut un air surpris en entendant son ton un peu sec et se retira avec un « bien sûr, comme vous voudrez » un peu forcé. Craignant que Lillie pense qu’il était en colère envers elle, il n’attendit pas qu’elle puisse parler après le départ de leur serveuse avant de s’exprimer d’un ton bien plus doux.

-Lillie, ne vous sentez pas gênée, vous êtes parfaitement à votre place ici.

Il s’était légèrement penché vers elle, afin d’être plus discret et que sa voix ne porte pas. Personne n’avait besoin d’entendre tout ça.

-Qu’est-ce qui ferait que ça n’est pas le cas ? Votre travail, le fait que vous êtes fille de cuisine au temple ? Cet endroit est fait pour toute personne qui a envie d’y être, il n’y a pas de critère à remplir, donc je me répète mais vous êtes parfaitement à votre place ici.

Il essayait d’accrocher son regard, comme elle était dissimulée derrière sa carte. Il décida de lui laisser le choix, comme elle ne se sentait pas forcément bien ici, il préférait qu’elle ne se sente pas obligée d’y rester juste pour lui faire plaisir. Il se doutait que l’arrivée envahissante de Dona y était sûrement pour quelque chose, mais ne pouvait pas mettre un sabot à couper.

-Et je ne voudrais pas être ici avec quelqu’un d’autre que toi.

Le tutoiement lui vint naturellement, il ne se rendit pas compte qu’il l’utilisait. Et il pensait ce qu’il venait de dire. Son monde tournait pas mal autour de la jeune femme en ce moment ; ses visites, leurs rendez-vous, leur discussions et leur moments de silence aussi. Il avait compris assez vite ce qu’elle représentait pour lui, mais s’abstenait de trop le montrer. Il était un centaure et même si sa race était bien intégrée, il n’en oubliait pas moins qu’il avait une partie chevaline. Il ne voulait pas qu’on jette des regards curieux et dégouttés sur Lillie à cause de ça.

-Après si tu ne te plais pas ici je peux comprendre, nous pouvons partir pour trouver un autre endroit où déjeuner ; comme l’auberge du Loup de Glace, ou même cette petite boulangerie où nous avions pris des sandwichs pour les manger sur la place, ça ne me dérange pas le moins du monde. Après tout, ce rendez-vous est sensé nous faire plaisir à tous les deux, je ne voudrais pas que tu te sentes mal à l’aise.


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Lillie
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MessageSujet: Re: Salon, thé et chocolat   Jeu 2 Mar - 22:52

Toujours cachée derrière son menu, comme si elle le lisait avec application ou que le choix était difficile, elle essayait de remettre de l'ordre dans ses pensées, en se disant qu'elle venait de faire une jolie boulette et qu'elle s'était mal comportée, quand Abelio renvoya la pauvre serveuse sur ton qu'elle ne lui avait jamais encore entendu. Elle se sentit blanchir. Elle l'avait mis en colère. Du coin de l’œil, Lillie vit la serveuse aller vers sa patronne, qui regarda vers eux, la bouche pincée. Non, décidément, elle ne s'en ferait pas une amie.
Abelio se pencha en suite vers elle, elle redoubla d'ardeur à lire la carte, encore plus gênée, plus par son propre comportement que par les paroles du centaure. Elle se sentit rougir une fois de plus et songea brièvement qu'elle devait être écarlate, comme si elle avait trop bouilli et qu'elle était sur le point d'éclater. Et dans le même temps, elle avait envie de disparaître. Sa jalousie l'avait fait se comporter comme la dernière des idiotes et maintenant Abelio s'efforçait de réparer une erreur qu'il n'avait pas commis. Pire encore, le ton bas et doux du centaure la faisait se sentir toute chose. Elle se tortilla un peu sur sa chaise. Elle ouvrit des yeux ronds en entendant qu'il voulait être avec elle ici. Elle sentit son cœur s'emballer, battant si fort qu'elle avait l'impression qu'il allait sortir de sa poitrine. Elle déglutit, la bouche soudainement sèche. Un mélange de panique et de plaisir s'était emparée d'elle. Peut-être... Peut-être que les filles avaient raison quand elles lui disaient qu'elle plaisait bien au centaure. Peut-être que la soudaine réalisation qu'elle venait d'avoir avait un petit espoir d'être réciproque ? Elle ne savait pas, elle avait peur de s'emballer. Elle était une fille de cuisine, elle vivait dans une petite chambre qui lui servait de maison, elle ne gagnait pas vraiment sa vie de la même façon qu'Abelio gagnait la sienne, autrement dit, elle payait son loyer, sa nourriture, quelques vêtements, et... c'était tout. Elle mettait de côté quand elle pouvait, mais elle savait qu'elle n'aurait jamais une grande fortune, ni une propriété aussi confortable que celle du centaure qui jouissait des privilèges de la vie de marchand, un marchand ayant du succès. Elle n'avait pas son éducation non plus. Mais, ce qu'il venait de dire...
La suite la tira du fil décousu et tempétueux de ses pensées, et affolée de l'avoir blessée, de l'avoir fait se sentir mal, elle claque presque le menu sur la table, paniquée. Elle ne voulait surtout pas qu'il se sente mal de l'avoir emmenée dans un lieu qu'il appréciait. Il fallait vivre dans un autre monde pour ne pas avoir compris qu'il était connu comme le Loup Blanc ici, qu'il avait ses habitudes, et qu'à cause d'elle, il venait de rabrouer une serveuse qui semblait pourtant tout à fait charmante.

-Non !

Elle se mordit les lèvres, elle avait parlé un peu trop fort. Elle regarda autour d'eux pour voir si sa réaction avait attiré des regards, mais le bruit des conversations, celui provenant des couverts, de la cuisine, et l'entrée tombant à pic d'un petit groupe qu'elle identifia comme des novices de Nìbi. Elle poussa un petit soupire de soulagement. Elle se demanda si Abelio ne la prenait pas pour une folle maintenant. Le regard un peu fuyant, elle se frotta le nez, geste qui trahissait la nervosité chez elle. Il fallait qu'elle répare sa bourde maintenant. Elle prit une grande inspiration pour se calmer et se donner un peu de courage. Elle se tortilla encore sur son siège et continua un peu plus bas :

-Je veux dire, vous semblez aimer cet endroit...

Elle s'interrompit. Elle le vouvoyait encore alors qu'il venait de la tutoyer. Elle dut faire un petit effort et se reprit :

-Tu sembles aimer cet endroit, et moi... je me suis comportée comme une gamine mal embouchée. Et en plus, à cause de moi, tu... Tu viens de... enfin j'espère que Evelyn ne t'en voudra pas. Je ne voudrai pas que tu sois mal reçu dans cet endroit à cause de moi.

Elle leva en suite les yeux, croisant son regard pendant quelques secondes, avant de regarder ailleurs.

-Et je t'ai traîné dans tous les endroits que j'aime moi, et j'ai dit que c'était ton tour, alors je ne veux pas gâcher ça. Et il fait un peu froid pour manger un bout sur la place.

Elle eut un sourire contrit. Elle ne le dirait probablement pas et surtout pas ici, qu'elle était jalouse de Dona. Elle se racla un peu la gorge et se fit toute petite, baissant encore un peu plus la voix.

-Et moi non plus, je ne voudrais pas être ici avec quelqu'un d'autre que toi.

Et ses joues prirent de nouveau feu. C'était la pire chose qu'elle ait pu dire. Surtout si elle avait mal interprété le sens de ses paroles. Peut-être que Abelio ne le vouait qu'une amitié solide et sincère. Et c'était tellement stupide et digne du pire des ballades amoureuses qu'elle ait pu entendre, que de répéter ce qu'il venait de lui dire. Elle tomberait au fond d'un gouffre si elle s'était trompée. Elle sentit ses mains trembler et elle le resserra sur le menu qu'elle tenait toujours.


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Abelio
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MessageSujet: Re: Salon, thé et chocolat   Ven 28 Avr - 19:37

Abelio sursauta en même temps qu’une partie de la salle au « Non ! » sonore que venait de prononcer Lillie. La jeune femme semblait nerveuse et avait presque claqué la carte qu’elle avait en main lorsqu’elle l’avait posée sur la table, afin de le regarder. Mais cette interjection fut rapidement oubliée par le reste de la salle alors qu’un groupe entait et d’autres conversations reprenaient leur cours. Le regard de Lillie fut de nouveau fuyant, comme si elle se sentait honteuse de s’être exprimée ainsi. Ou de ce qu’il venait de lui dire, c’était également une possibilité. Le réflexe qu’elle eut de se frotter le nez ne lui était pas inconnu, elle l’avait déjà fait lorsqu’il l’avait surprise devant son porche avec un sachet de douceur qu’elle comptait lui laisser ainsi qu’un mot. Ça devait trahir son inconfort, ou sa réflexion dans une situation gênante.
Elle se dandina un peu sur sa chaise et inspira calmement avant de continuer de parler, d’une voix plus basse que son exclamation de tout à leur. Le centaure eut un léger sourire qui ne le quitta pas immédiatement quand elle se reprit pour le tutoyer.
Il ne pouvait pas s’empêcher de se dire qu’elle était très mignonne alors qu’elle s’excusait du comportement qu’elle avait pu avoir. Le centaure songea pour sa part qu’il aurait tout de même pu lui demander si elle voulait venir ici, que le fait que Lillie ne se sente pas à son aise devait aussi venir des lieux en eux même. Bien qu’il ait fait en sorte de ne pas choisir n’importe quelle endroit bien trop guindé ou opulent, ce salon de thé étant l’un de ceux qu’affectionnant sa vieille nourrice.
Leur regards se croisèrent quelques instants, puis les yeux de l’humaine lui échappèrent encore.
La jeune femme s’en voulait d’avoir mal réagit et elle comprenait que cet endroit était important pour lui. Elle espérait qu’à cause de ce quiproquo il n’allait pas être mal reçu, qu'il ne serait plus le bienvenue ici.
Lui il ne lui en voulait pas.


-Et moi non plus, je ne voudrais pas être ici avec quelqu'un d'autre que toi.

Il put clairement voir les joues de Lillie rougir intensément. Cette petite phrase dite à voix basse, qui pourrait paraître anodine, venait en écho à ce que lui-même venait de lui dire. Répondait-elle en ayant compris le sous-entendu qu’il avait mis dans la sienne, ou innocemment ? Il n’y avait pas tant de manières différentes de le savoir.

-Je ne peux pas le nier, j’aime beaucoup cet endroit. J’y allais souvent avec ma gouvernante.

Et il n’était pas venu depuis le décès de cette dernière, mais ne l’ajouta pas. Déjà parce que Lillie le savait surement, ou l’avait deviné, mais parce qu’il n’avait pas envie d’assombrir leur rendez-vous avec cette précision. Il avança doucement sa main pour ne pas surprendre Lillie qui continuait de rougir, serrant son menu qu’elle tenait encore même si il était contre la table, et la posa sur l’une des mains de la jeune femme.

-Evelynn ne m’en voudra pas. Je ne suis pas toujours de bonne humeur tu sais, ça m’est déjà arrivé de ne pas être très aimable lorsque je souhaitais avoir plus de temps pour choisir ou même juste lorsqu’on me demandait si tout allait bien. Personne ne peut dire honnêtement qu’il a toujours été aimable et gentleman en toute circonstance. Donc ça ira. Quand à être ici ensemble… Regarde-moi, s’il te plait ?

Le centaure attendit d’accrocher le regard un peu fuyant de la jeune femme. Lorsqu’il put plonger son regard dans les yeux bruns de l’humaine, il eut un léger soupir visant à l’aider à rassembler ses mots avant de continuer à parler.

- Je suis heureux, que tu le pense toi aussi. Pour être complètement honnête avec toi, tu es devenu le centre de mon monde depuis que tu as déposé ce cube devant ma porte. Avec lui tu m’as apporté un peu de douceur quand mon monde s’est écroulé, et quand j’ai ouvert la porte et que je t’ai vue avec ton sac de papier et l’un de tes petits mots…

Le centaure haussa un peu les épaules en signe d’évidence, sa main toujours posée sur celle de Lillie qu’il ne quittait pas des yeux un instant.

-Tu as complètement illuminé mes journées à partir de cet instant. J’ai attendu chacun de nos petits rendez-vous avec l’impatience d’un enfant, espérant que je pourrais voir ton sourire, peut-être même t’entendre rire, que ce moment te rendra heureuse et te fera plaisir. J’aime chaque conversation que nous avons eus, chaque moment de silence. J’aime tous les petits détails qui te rendent tellement adorable que j’ai eu quelque fois du mal à ne pas t’enlacer. La manière dont tu entortille le bout de tes cheveux quand tu réfléchi à ce que nous devrions faire, ta curiosité, ta gentillesse… Je suis en train de tomber amoureux de toi Lillie.


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Lillie
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MessageSujet: Re: Salon, thé et chocolat   Dim 23 Juil - 21:48

Elle regarda fixement la main d’Abelio posée sur la sienne. Son cœur était lancé dans une folle course. Elle avait les jambes en coton, et si elle avait dû se lever, elle n’était pas certaine de pouvoir marcher. Son estomac était comme noué, sa gorge aussi, et dans le même temps, elle avait une irrépressible envie de sourire comme idiote mais encore pleine d’incertitudes, elle se sentait sur le point de pleurer. Une tempête d’émotion faisait rage dans son corps, et elle tentait tant bien que mal de rassembler ses esprits, de suivre le fil de la conversation. La main d’Abelio était chaude. Elle nota que sa main à elle, avec ses longs doigts fins, était petite et pâle à côté de celle de celle du Centaure.
Il ne lui en voulait pas. Une partie d’elle-même était soulagée. Son comportement imbécile aurait pu être la fin de tout. Cela ne calma pas le tumulte de ses émotions pour autant. Abelio et elle, ne se touchaient pas vraiment, sauf quand il acceptait de la prendre sur dos, lorsqu'ils s’aventuraient dans les montagnes ou dans la vallée. Ils s’étaient parfois pressés l’un contre l’autre pour partager un abri ou une cape pour se protéger de la pluie. Il y avait eu la fois où elle s’était amusée à lui tresser des fleurs dans les cheveux lors d’une sortie, mais… cette grande main posée sur la sienne la laissait toute chose. Elle avait envie d’y glisser ses doigts. Les filles avaient raison. Elle en pinçait tellement pour lui, qu’elle paniquait, qu’elle ne savait pas où elle en était. Et cette petite phrase, ces quelques mots, elle en avait encore les oreilles qui s’en échauffaient, elle n’osait y croire. Elle était loin, très loin, du monde et des sphères dans lesquels Abelio évoluait habituellement. Si elle n’avait pas eu son travail de fille de cuisine, si les circonstances avaient été différentes, elle serait probablement devenue fabricante de jouets, ou tisseuse. Il n’y avait rien du raffinement dans lequel vivait Abelio depuis son enfance. Et puis, elle était si différente de lui. Elle pouvait voir les regards qu’on leur portait, elle savait ce qu’on pensait d’elle. La petite servante qui, sans scrupule, avait profité de deuil et de la détresse du riche marchand pour l’attraper dans ses filets. Et… Son imagination débridée fut freinée par une question.
Elle leva les yeux vers lui, se demandant quelle tête elle pouvait faire. Elle devait être cramoisie, ou très pâle, ou les deux. Elle devait être ridicule. Elle était ridicule et grotesque avec ses cheveux ébouriffés, son écharpe informe, son manteau légèrement élimé. Et… les mots qui sortirent de la bouche d’Abelio lancèrent une nouvelle tornade d’émotions dévaster ce qui restaient de ses pensées cohérentes. Lillie se mit à trembler, ses cheveux se dressèrent sur son crâne, elle se sentit rougir à nouveau, et à ce stade, elle devait pouvoir faire cuire des aliments sur sa peau tellement elle avait chaud. Et elle se fustigea pour avoir des pensées aussi ridicules. Son cœur allait probablement sortir de sa poitrine, il cognait si fort. Elle se raccrocha à la main posée sur la sienne, se rendant compte qu’elle était restée silencieuse. Elle enlaça ses doigts aux siens, et serra. Elle essayait de trouver une réponse appropriée. Elle devait lui dire qu’elle ressentait la même chose, oui. Mais devait-elle préciser qu’elle en pinçait pour lui depuis le début ? Enfin, peut-être pas depuis le début, mais pas loin. Qu’elle parlait de lui à ses camarades de cuisine, qu’elle ne faisait que ça quand elle savait qu’ils allaient sortir ensemble, ou simplement se rencontrer, qu’elle ne trépignait presque d’impatience ? Qu’elle passait des heures à essayer de choisir la bonne tenue ? Alors, plutôt que tout ça sorte en un imbroglio informe de ses lèvres, elle essaya de se calmer, mais elle ne voulait pas le blesser, pas encore une fois, alors elle avait attrapé sa main.
Lillie ouvrit la bouche.


-Vous avez choisi ?


Et la referma. Ses oreilles se débouchèrent, et les œillères qui ne lui faisait voir que Abelio disparurent. Elle se rappela où elle se trouvait. Les bruits de la salle lui parvinrent à nouveau. Evelynn était revenue, son petit calepin en main, prête à noter leurs commandes. La serveuse devait bien être incapable de lire l’atmosphère, ni même d’avoir vu la situation. Ce fut comme une douche froide pour Lillie, qui commença à retirer sa main, doucement, avant de froncer les sourcils et de regarder vers cette main. Elle décida de la laisser où elle était. Tant pis si on racontait partout qu’elle profitait de lui, de sa fortune, ça n’était pas vrai. Elle ne l’avait jamais fait. Elle avait toujours insisté pour payer sa part, ou pour amener quelque chose qu’elle avait fait. Elle avait peut-être commencé en récurant des casseroles mais elle savait cuisiner, Mijo lui avait appris, lui avait montré ses trucs. Ce n’était peut-être pas aussi succulent que ce que la cuisinière savait faire, mais elle se débrouillait. Elle n’avait fait que discuter avec Abelio, se promener, parfois même, ils étaient restés silencieux. Tout cela était nouveau pour elle. Elle avait parfois flirté avec les garçons mais ça n’était jamais allé plus loin. Elle n’avait pas eu le temps pour ça. Avec Abelio, s’était différent. Le temps, elle l’avait. Elle n’avait pas vraiment regardé le menu, ou plutôt si, mais elle n’avait rien retenu. Ses yeux parcoururent rapidement la carte, et plutôt que de renvoyer cette pauvre serveuse une seconde fois - et vu l’expression du centaure cela risquait d’arriver sous peu – elle s’empressa de répondre :

-Je vais prendre un chausson vert au chèvre.

Elle avait choisi au hasard, mais ça ne devrait pas être mauvais, et c'était servi avec une salade d'herbes, pousses et fleurs sauvages. Elle regarda encore rapidement la carte.

-Oh et des madeleines au maïs et aux fines herbes.

Elle était curieuse à présent. L’endroit proposait des plats aux noms sonnant comme ceux de desserts. Elle avait faim, et cette distraction était la bienvenue pour lui permettre de reprendre ses esprits. Elle eut un sourire pour Evelynn avant de regarder Abelio, l’incitant à choisir lui aussi. Elle savait qu’une fois Evelynn partie, leur conversation reprendrait, et qu’elle devrait prendre son courage à deux mains pour lui donner une réponse.


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Salon, thé et chocolat

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