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 Tale, ou numéro 11.

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Tale
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Peuple : Être Artificiel
Nombre de messages : 46
Date d'inscription : 29/05/2009

MessageSujet: Tale, ou numéro 11.   Lun 11 Avr - 12:30

I - Identité :

Nom, prénom : Tale, ou n°11.
*Age : Un peu plus de dix-sept ans.
*Caste (métier) : Expérience et scientomage.
*Peuple : Il a l’air d’un Ethérie ou d’un ai-esu, mais il n’est pas réellement naturel, fabriqué à partir de cellule des Gardiens de Meadharan ce n’est pas du sang qui coule dans ses veines.
*Sexe : Il n’a aucune organe sexuel, mais on a toujours parlé de lui en disant : il.


II - Physique :

Tale est de taille moyenne, mesurant près d’un mètre cinquante. Il a une peau très pâle, blanche même. Lorsqu’on la regarde un peu plus longuement, on peut voir que cette peau pâle est légèrement transparente, et qu’en dessous circule ce qui semble être un liquide dorée, donnant à la peau une légère brillance et surtout un fin mouvement sous cutané. Tale possède de grands yeux d’un vert jade clair, pailletés de doré sur les bords des iris, dans un visage délicat aux traits fins.
On peut voir sur ses pommettes deux plaques de métal, épousant leur forme, de couleur bleue avec un liseré doré. Reliées à ces plaques à l’arrière de ses oreilles, il a ce qui ressemble à deux sortes de demi-auréoles, qui ressortent de ses cheveux. Les deux plaques sont les extrémités d’une plaque plus grande passant sur le bas de son crâne, entourant la base de son oreille, pour protéger le cervelet et sa nuque. Cette partie est plus fragile à cause des modifications qu’il a subit. Les deux tiges dorées et recourbées sont, quant à elle, ce qu’il reste d’une installation plus complexe destinée à maintenir sa tête dans la cuve de maturation, et qui servaient aussi à la maintenir sur une chaise spécifique, faite pour les injections.

On remarque également une petite plaque dorée, plate et ronde, situé sur son sternum. Il s’agit d’un genre de compartiment, contenant en son sein un gros cristal de quartz jaune. Cette pierre est destinée à absorber le trop plein de mana de Tale, lorsque son corps n’arrive pas à assimiler du premier coup les doses de mana injectées. Grâce à ce système, il ne peut pas être en surdosage de mana. Dans le même genre, il a aussi une collerette dorée qui prend la forme de son cou. Cette collerette dissimule une sorte de valve implantée directement dans la nuque de Tale, servant aux transfusions importantes de mana qu’il a eu dans les cuves. Il a aussi une valve plus petite, servant pour les injections de mana qu’il recevait tous les deux jours.

Son visage est encadré de cheveux blond platine, longs, épais et soyeux. Il possède une frange s’arrêtant en dessous de ses sourcils, masquant ces derniers. Les cheveux à l’arrière de sa tête sont longs et un peu en bataille. Ceux de devant sont maintenus par des pinces, une mise au niveau de sa mâchoire, l’autre vers le bas de la mèche, pour éviter de le gêner lorsqu’il se penche.

Il n’a pas une carrure imposante comme Milligan l’avait, ses membres sont fins et le font paraître assez élancé. Ses mains sont gantées. Les gants sont faits principalement de métal bleuté, du même bleu que les plaques sur ses pommettes, les articulations étant dorées. Ils servent à l’aider à contrôler le mana coulant dans ses veines, le laissant filtrer un peu lorsqu’il fait appel aux fils de mana qu’il produit. Ils prennent naissance à la moitié de son poignet semblant presque faire partit de lui malgré la nette distinction que l’on peut faire entre eux et la couleur de sa peau. Ils n’altèrent en rien son sens du toucher et Tale ressent parfaitement les choses et la chaleur sous ses doigts.

Il a également des traces de points de sutures, gravées à jamais dans sa peau. Elles font suite aux différentes opérations qu’il a subit au cours de son développement. Ces fines cicatrices, légèrement brillantes, se trouvent : le long de sa colonne vertébrale, tout autour de la base de son cou, le long de son sternum jusque là où devrait se trouver un nombril, à la jointure des bras, sur quelques centimètres sur les aisselles, à la jointure des jambes et de son bassin et le long de ses jambes. Les plus visibles d’entre elles sont celles de la colonne et celle du cou.
Il porte une tenue que lui a offerte et créée une des assistantes du laboratoire. Elle ressemble fortement aux uniformes qu’ils avaient, avec quelques modifications que la jeune femme avait apporté, afin de ressembler, selon elle, plus à Tale.  
Elle se compose d’une tunique blanche. Le col de cette tunique est carré, laissant voir la valve contenant son cristal de quartz, et montrant sur ses épaules le haut d’une combinaison, d’un bleu approchant celui de ses gants. Il est ample au niveau du torse et du tronc, faisant quelques drapés fluides malgré la lourdeur du tissu de qualité, et s’arrêtant au niveau de ses hanches.  

Les manches de la tunique sont larges, et évasées au trois quart, il y a également un liseré doré courant le long des larges bords des manches, continuant un peu dans l’intérieur du coude pour former une petite boucle. Sur les avant-bras, il y a des plaques de métal. Dorées, striées, et ovales, elles enserrent son avant-bras grâce à un système de fermoir. Elles servent à bien maintenir le haut, pour que le tissu ne glisse pas et ne gêne pas Tale dans ses mouvements. Le fait que les manches soient évasées laisse voir le tissu bleu métallisé de la combinaison collant à sa peau, s’arrêtant en biseau au niveau de ses mains. C’est à cet endroit qu’on peut voir la subtile différence de bleu qu’il y a entre le métal de ses gants et la combinaison.

Ses jambes sont recouvertes par le reste de la combinaison. Si sur les bras et le haut du corps, elles sont entièrement d’un bleu métallisé, au niveau des jambes, elles se parent de blanc. Le blanc commence au milieu des cuisses, couvrant l’intérieur des jambes, et un peu sur le devant, suivant les courbes de ses longues jambes. Sur ses genoux il y a des genouillères en métal doré, strié sur la longueur comme les plaques ovales des bras.  
Pour finir, il porte des bottines en cuir bleu, du même bleu que l’ensemble de sa tenue. Elles sont légèrement compensées, agrandissant sa silhouette. Toujours avec un rappel de métal doré, représenté par deux anneaux sur le haut des bottines, et un renforcement au bout du pied.



o Pouvoir :

C'est un tisseur qui peut créer des fils de mana, plus fins que des cheveux, qui donnent vie aux objets inanimés qu’il peut contrôler, comme des marionnettes. Il peut aussi se servir de ces fils comme de fils chirurgicaux, pour refermer les plaies et faire des sutures, mais également pour entrer dans le corps de quelqu’un et le sonder. Un pouvoir utile lorsqu’il assistait le professeur dans ses expériences. Mais aussi pour manier des objets dangereux à distance, même s’il ne l’utilise que peu pour cet usage, préférant ses servir de ses mains.
Il apprend de manière presque instantanée les choses qui l’intéressent et les retient parfaitement. Il peut réciter un livre sans se tromper d’une phrase, sans oublier une seule virgule. Par contre, il est incapable de ressentir deux émotions à la fois.  
Il peut ne pas réabsorber le mana en excédant qui se trouve pris dans le quartz de son sternum. Le concentrant, il peut provoquer une explosion de mana, sans danger pour lui, qui repousse tout aux alentours. C’est une capacité dont il a pris connaissance par hasard, lorsqu’il a cherché à se « défendre » contre le passe muraille.


o Caractère :

Tale est quelqu’un d’assez simple, même si de prime abord il n’est pas aisé de comprendre ce qu’il pense ou ressent.
Pragmatique et scientifique dans sa manière de réfléchir, on peut le prendre comme quelqu’un n’ayant pas de cœur, de sentiments. Il n’arrive simplement pas à les montrer et les exprimer, et surtout pas à les laisser empiéter entièrement sur sa réflexion.  
Dans des situations de grande tristesse, il est encore tout à fait capable de raisonner normalement et d’agir comme si de rien était, même s’il faut d’abord qu’il concentre un peu. Il doit attendre que l’émotion qui l’a submergé se résorbe, avant de pouvoir passer totalement outre son émotion. Il n’a pas encore réussit à ressentir deux émotions dans le même temps, de ce fait il ne peut pas non plus nuancer ses sentiments envers les gens ou des idées, sauf au prix d’une très longue réflexion et de beaucoup d’efforts.
Il ne cherche pas les conflits, mais ne cherche pas non plus à les éviter, dans le sens où il n’est pas capable de rester en colère ou sous pression longtemps, le conflit deviendra à sens unique au bout de quelques minutes ou de quelques secondes.



o Passions/Phobies :

Tale aime apprendre. Que ce soit en lisant, en écoutant, en regardant ou en imitant. Le professeur Masahiro lui a dit que ces capacités d’apprentissage fabuleuses étaient dues au mana qui baigne et fait vivre son organisme. Un peu comme pour un samildanach, mais en plus puissant, vu que Tale a dans le corps bien plus de mana pur qu’un être normal ne peut en avoir naturellement, et qu’il n’est pas vraiment naturel.  
Il parle plusieurs langues. En plus de la langue Cyriacane, il parle deux dialectes de l’Empire, un dialecte Troll venu d’Esgal, l’Esgaléen, un dialecte elfique Inwerinien, un dialecte sidhe Falastois et le Maëldanais.  
Il chérit et aime les deux bocaux qu’il a en permanence avec lui, contenant le cœur de Milligan et la main du Professeur. Il se demande s’il ne pourrait pas essayer de les cloner un jour, pour retrouver son camarade et son mentor.

III - Historique, personnalité, armement :

o Histoire :


Nombres de projets de scientomagie ont vu le jour afin d’améliorer des êtres: que ce soit pour remplacer des membres disparus par des prothèses de plus en plus complexes, ou de greffer de nouveaux organes prélevés sur un mort. Certains projets ont pour but de créer la perfection, l’être parfait, dans le corps parfait, afin qu’il accomplisse une tâche précise.

Le projet Synthéien avait la vocation de fabriquer des êtres dont le corps et les fonctions seraient uniquement là pour répondre à un besoin. Il avait pour objectif de créer des êtres conçus pour n’être que magie, d’être tout de même fait de matière organique afin d’être modifiables. Des êtres créés dans le seul but d’être changés, lorsqu’ils seraient prêts, en Gardien de Meadharan. Ce projet a été imaginé, réfléchi, puis présenté au seigneur Meadharan par les Scientomages Hatori Masahiro et Akhara Dhritarash.  

Novateur par rapport aux autres expériences menées par d’autres groupe de recherche, le projet Synthéien avait pour objectif non pas de modifier des sujets ordinaires afin de les faire coller aux conditions requises afin de devenir un Gardien, mais d’utiliser les cellules de Gardiens, de les mélanger entre elles, afin de créer de toutes pièces les sujets qui pourraient être changés en Gardien.

Ils seraient ensuite optimisés pour que leurs corps soient le plus apte possible à emmagasiner en grandes quantités le mana indispensable à leur transformation en Gardien. Une fois leurs cellules presque à saturations, ils seraient prêts pour leur transformation.
Le projet portera sur 30 sujets. Chacun sera modifié pour être un être à l’organisme simple, le sang sera remplacé par du mana pur, source suffisante d’énergie. Les pertes des sujets ont été estimées à au moins 60% par le professeur Masahiro, les embryons crées et modifiés n’étant pas connus comme étant les plus viables, d’où le nombre important de sujets.



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Projet Synthéien, 1an, 12 mois, 30 jours:
Sujets en cuve de maturation :


Sur les trente sujets, seuls deux ont survécu, nous avons perdu les autres au fur et à mesure du développement, mais nous nous attendions bien sûr à ce genre de perte. La création d’Êtres totalement artificiels est quelque chose de délicat, et encore plus lorsqu’il faut modifier les êtres en question.

Les sujets n°2, 4, 9, 14, 16, 18 et 21 ont été les premiers à péricliter, ne se développant au bout d’une semaine, faisant partit du pourcentage de perte naturelle. Tous les embryons ne prennent pas dans l’utérus maternel, et l'arrêt du développement de ces sujets n’est pas anormal.  

Les sujets n°1, 13, 15, 19 et 24 ont cessés subitement leurs développements alors qu’ils atteignaient la maturité d’un embryon de deux mois. Leurs autopsies ont démontrées des malformations graves de leurs organes internes, dans un environnement naturel ces embryons ne seraient pas arrivés à terme non plus.

Les sujets n°3, 5, 6, 8, 12, 17, 22 et 25 sont morts pendant, ou peu de temps après, les opérations menées sur les sujets pour les modifier. Leur système lymphatique et leurs organismes n'ont pas tenus le choc.
Nous avons pratiqué une ablation de leurs glandes hormonales et du système digestif, et leur sang a été remplacé par du mana liquide. Nous savions que les pertes seraient conséquentes lors de cette étape, qui est composée de lourdes opérations et de changement conséquents.
 
Trois sujets sont donc viables, nous attendront que leur développement atteigne l'âge corporel voulu.

Le sujet n°7 est décédé suite à la négligence de l’un des assistants qui a été immédiatement renvoyé du laboratoire. Ce dernier a injecté une trop forte dose d’hormone de croissance et d’adrénaline, provoquant des palpitations et l’arrêt cardiaque du sujet. Nous n'avons pas pu réanimer le sujet malgré nos tentatives de réanimation. L’assistant, Ithrisha, a été remis au Qillaq.

Nous allons redoubler de vigilance afin de mener à terme le projet avec les sujets 10 et 11. Le professeur Dhritarash et moi-même avons pris la décision d'avancer ce que nous appelons leur naissance. Dès demain, exactement deux ans après le début de leur développement, nous les sortiront de leurs cuves.  

J'ai hâte de pouvoir procéder à la suite de l'expérience.  



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Projet Synthéien,  3 ans, 6 mois, 7 jours :
Âge des sujets, un an, six mois, sept jours :


Leurs fonctions vitales sont bonnes, leur cœur pompe et renvoie bien le mana liquide qui leur sert de sang dans leur organisme. Il semblerait que ce mana décuple leurs capacités innées et fonctionne réellement comme notre sang, et même mieux. Nous avons volontairement fait une entaille sur le doigt des deux sujets, et ce matin cette entaille était refermée et était invisible.

Numéro 10 et 11 sont enfin capables de communiquer. L’apprentissage de la langue Cyriacane ne fut pas une chose difficile, leur capacité d’assimilation semble s’approcher de celles des samildanach. Numéro 11 commence même à montrer de l’intérêt pour la  langue de l’Empire. Je commence d’ailleurs à lui apprendre cette dernière, je suis assez fasciné par l’aisance avec laquelle Numéro 11 a l’air de comprendre les nuances de cette langue complexe.  

Numéro 10 quant à lui, sait parler, mais ses capacités d'apprentissage semblent commencer à lui faire défaut sur ce point. En revanche, ses capacités motrices sont plus avancées. Ses gestes sont plus fluides que ceux de Numéro 11, et sa coordination et son équilibre sont parfaits. Numéro 11 sait marcher, mais a plus de difficulté que son frère a bien tenir en équilibre.

Leur apprentissage de la lecture et des mathématiques est également terminé, depuis environ un mois et demi à présent. Il fut plus aisé pour Numéro 11 que pour Numéro 10. Cela explique certainement les propensions de ce dernier à parler plus facilement et plus aisément que Numéro 10.

Ils ignorent encore qu’ils sont deux et que l’autre sujet ne se trouve pas loin. Je pense que lorsqu’ils seront plus âgés, les faire se rencontrer serait une bonne idée.


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Projet Synthéien, 3 ans, 7 mois, 25 jours :
Âge des sujets, un an, sept mois, vingt-cinq jours :


Aujourd’hui nous nous sommes rassemblés afin de trouver un nom pour Numéro 10 et Numéro 11. Nous pensons que leur attribuer une identité n'est pas incompatible avec le projet, cela leur permettra de se situer dans leur environnement.
Nous nous sommes inspirés des résultats de tests moteurs et intellectuels.

Nous avons mis en place depuis deux semaines un programme plus physique pour les tests des deux sujets. Numéro 10 démontre de fortes aptitudes physiques. Il possède une coordination parfaite, ses réflexes aussi sont impressionnants. Nous pouvons être sûrs qu’il sera fort, rapide et endurant. Les dispositions ont déjà été prises pour aménager sa cellule en conséquence de ses aptitudes.
Son apparence et ses prédispositions ont rappelé le héros d’une série de livres à l’un des assistants.

Les capacités de  numéro 11 sont clairement intellectuelles, nous le supposions déjà vu qu’il a appris des mais les tests l'ont confirmé. Ses tests d’intelligence et de logique dépassent de loin ceux de Numéro 10, ou même de certains d’entre nous. Il est capable de lire trois thèses scientifiques en un jour et de les comprendre. Il se rappelle clairement de conversations qu’il a eues ou entendues il y a plusieurs mois. Il a également démontré qu’il pouvait apprendre les choses à l’oreille. Il a su répondre à Mashna dans le dialecte de sa tribu sans qu’elle ne lui ait appris de mots. Il est capable de tenir une conversation polie dans le dialecte de la région de l’Empire que je lui enseigne. Je pense qu'il serait intéressant de tester ses limites en lui faisant apprendre d'autres langues.

Selon ces critères nous avons appelé le sujet Numéro 10 « Milligan », comme le héros de la série de livres « Le Glaive du Mensonge ».
Numéro 11 sera nommé  « Tale », par rapport à son goût pour la lecture et aux langues qu’il semble apprendre facilement

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Projet Synthéien, 5 ans, 9 mois, 3 jours :
Âge des sujets, trois ans, neuf mois, trois jours :


Les progrès de Tale et de Milligan sont aussi impressionnants que l’on s’y attendait.

La musculature de Milligan s’est considérablement développée et nous la jugeons équivalente à celle d’un lycanthrope transformé. Lors d’un exercice il a même cassé l’une des tiges qui servaient à immobiliser sa tête dans la cuve de maturation.

Tale continue à nous impressionner par ses capacités intellectuelles. Il est à présent capable de nous réciter le contenu des livres à la virgule près, tout en ayant parfaitement comprit le contenu de sa lecture. Il parle très bien la langue de l’Empire, la Cyriacane, et Mashna lui a appris le dialecte de sa tribu.

Si intellectuellement et physiquement, Tale et Milligan font preuve d'une grande maturité, ils ne le sont pas sur le plan relationnel. Cela s'explique probablement par le fait que nous sommes les seuls avec qui ils ont des interactions, et celles-ci restent limitées au stricte cadre de nos expérimentations.

Milligan semble apprécier lorsque que le professeur Dhritarash et moi-même venons pour faire les injections ou même les tests, mais lorsqu’on lui demande de décrire ce qu’il ressent, il se braque et perd ses moyens. Ses performances lorsqu'elles sont purement physiques donnent des résultats positifs. Cependant, lorsqu'il est confronté à un problème de complexité moyenne, ses capacités intellectuelles ne lui permettent pas de le résoudre, produisant des accès de colère.

Quant à Tale ne sommes jamais sûr de ce que ressent le sujet. Il n’est pas très expansif, les seuls moments où nous pouvons déceler une émotion s’apparentant à de la joie, c’est lorsque nous lui donnons un nouveau livre qu’il étudiera. C’est peut-être lui qui m’inquiète le plus, car une grande intelligence n’est rien sans les émotions et ce qui fait un être complet, et il semblerait que Tale n’en possède pas.

Avec le professeur Dhritarash, .nous nous sommes accordés sur le fait que nous devrions organiser une rencontre entre les deux sujets. Nous pensons que les faire se côtoyer leur apportera la maturité émotionnelle qui leur fait défaut. Il nous faudra être prudent et préparer cette rencontre, afin d'éviter un éventuel accès de colère à Milligan, dont la force prodigieuse pourrait mettre en danger la vie de Tale.



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Projet Synthéien, 6 ans, 2 mois, 10 jours :
Âge des sujets, quatre ans, deux mois, dix jours :


Nous avons préparé une cellule mitoyenne à celle de Tale. Nous avons préféré laisser la pièce vide pour cette première rencontre. Nous avons informé Tale et Milligan de l'existence de l'un et de l'autre. Milligan est curieux et impatient de rencontre un autre sujet. Il est plus difficile de savoir ce que ressent Tale, mais je pense que cette nouvelle a attisé sa curiosité, ou en tout cas, son intérêt. Nous avons fait le choix de limiter les informations que nous leur avons donné aux noms et au fait qu'ils sont tous deux issus de la même expérience.

Nous avons fait entrer Tale en premier.
Nous lui avons laissé le temps d'observer et de faire le tour de la pièce. Puis nous avons fait entrer Milligan. Tous deux se sont observés de longues minutes, sans montrer le moindre signe d'hostilité. Si Tale a fait le premier pas, Milligan a rapidement comblé la distance qui les séparaient. Ils se sont donné la main, et ce fut là leur premier contact. Chacun a ensuite pu montrer ses cicatrices à l'autre, ces dernières étant les mêmes, puisque tous les deux sont passés par la même série d'opérations.

Ils se sont alors assis sur le sol et ont commencé à discuter, en reprenant la mécanique de nos entretiens avec eux, jusqu'à la conversation prenne une tournure plus personnelle, lorsque Tale a mentionné l'origine du prénom de Milligan.

Nous avons mis fin à cette première entrevue au bout d’une heure, Tale comme Milligan ont alors exprimé de vive voix le souhait de se revoir.

Nous avons conclu que nous pourrions organiser régulièrement des rencontres, et d'en intensifier la régularité si les résultats s'avèrent positifs.


* * * * *


Lors de notre entretien d’hier, le professeur Masahiro m’avait parlé d’un autre sujet, un sujet comme moi qui venait lui aussi du laboratoire et qu’il suivait tout comme moi. C’était un sujet de mon âge qui était seul dans une cellule de confinement semblable à la mienne, qu’il rencontrait aussi lors de séances comme celles que nous avions. Il m’avait dit aussi qu’il aimerait bien que je le rencontre, pour que je me sente moins seul. Il m’avait demandé si ça me faisais plaisir. J’avais répondu que oui.
Mais il n’avait pas l’air si satisfait de ma réponse. Il avait donc retiré ses lunettes, et les avait posées devant lui, avant de me regarder quelques secondes et de me parler de nouveau.


-Tale, tu sais ce qu’implique le fait de me dire oui ?

-J’ai bien compris que dire « oui » voulais dire que j’approuvais ce qu’on me disait et d’une certaine manière m’engageait dans ma réponse.

-C’est bien ça. Mais cela signifie également que tu as compris ce que je te demande.

-Oui.

-Et est-ce que tu as bien compris ce que je te demande par « Est-ce que ça te fais plaisir » ?

-Vous me demandez si rencontrer l’autre sujet évoque en moi une sensation de plaisir et d’envie, qui sont des sensations agréables ; parce que vous vous dites qu’en restant ici toute la journée sans forcément voir quelqu’un m’évoque quelque chose de désagréable qui est la solitude. Le fait de me demander si voir l’autre sujet est un peu comme un test, pour connaître mon ressentit par rapport à la question du plaisir et de la solitude que je peux ressentir, parce que c’est un sujet qui évoque en vous le sentiment de curiosité, mais un peu de peine, parce que vous-même vous sentiriez seul en restant ici toute la journée, donc vous ne voulez pas que je ressente ça. Est-ce bien ça ?

Le professeur Masahiro avait de nouveau attendu quelques secondes avant de me répondre un simple oui. J’avais senti qu’il n’était toujours pas satisfait de ma réponse, mais que cette insatisfaction était mélangée à un peu de tristesse. Je n’avais pas compris à cause de quoi il avait eu cette réaction. Après il était repartit, notre entretien était terminé.

Le lendemain on m’avait annoncé que je rencontrerai l’autre sujet, et qu’il me fallait attendre devant la porte gris clair qu’elle s’ouvre pour entrer. Les assistants et les professeurs étaient là, tous assis. Ils n’étaient pas devant ma cellule, mais un peu sur le côté, du côté de la porte grise justement. Ils assisteraient sûrement à la rencontre, pour noter nos réactions, afin de voir d’un point de vue sociologique ce que notre mise en contact allait donner. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, je savais juste que j’allais le rencontrer, et ne savais pas ce que j’en pensais. C’était quelque chose de nouveau, et c’était quelqu’un de nouveau. J’avais toujours une légère sensation agréable quand je voyais ou recevais quelque chose de nouveau, mais là je ne savais pas trop ce que j’avais, c’était comme si j’avais quelque chose de lourd dans le ventre.
La porte s’ouvrit, et j’entrai alors dans une autre cellule. Il n’y avait personne à l’intérieur. Je regardai la pièce alors que la porte se fermait derrière moi Elle était semblable à la mienne dans sa forme, mais ne contenait rien, ni table, ni livre, ni bureau.
Une autre porte s’ouvrit pour laisser entrer l’autre sujet. Je l’ai regardé, et il m’a regardé aussi. Nous sommes restés longtemps comme ça. Je ne savais pas ce qu’il fallait que je fasse en fait. Au début, j’ai eu envie de retourner dans ma cellule, parce que je ne savais pas quoi faire et que j’aurais préféré m’occuper dans ma cellule en lisant quelque chose. L’autre sujet était plus gros que moi, même si il avait ma taille, et je n’avais pas envie de m’approcher plus. Quelque chose dans mon ventre se serrait et je ne savais pas quoi faire.
J’ai analysé la situation pendant les longues minutes où ni lui ni moi n’avons bougé.
Si le Professeur Masahiro avait voulu que l’on se rencontre, c’était que même si il était plus impressionnant que moi et plus dangereux visuellement, il ne l’était pas. Les Professeurs et les assistants prenaient soin de moi, et ils n’avaient aucun intérêt à me mettre en danger. De plus, le sujet face à moi avait l’air de ne pas savoir ce qu’il devait faire, tout comme moi, il ne bougeait pas et me regardait aussi. Je me demandai si il avait le même genre de réflexion que moi, à se demander quoi faire, si j’étais dangereux ou non. Je fis un pas, il en fit plus et arriva près de moi. Je baissai les yeux sans trop savoir pourquoi je le faisais, et je vis une cicatrice sur son poignet.
Je pris sa main, et lui regarda et toucha la mienne. Nous avions la même cicatrice, au même endroit. Sur l’autre main il avait aussi une cicatrice comme la mienne. En relevant la tête j’ai vu celle du cou, puis des oreilles. Je lui montrais les miennes, il m’en montra aussi. Celle du dos, du bas ventre, des jambes. Elles étaient toutes là. Les valves et notre collerette également. Nous étions pareils. Nous avions bien subit exactement les même opérations dans le cadre du projet dont nous étions issu Je me suis assis, et l’autre s’est assis également. Je me rappelai immédiatement des entretiens avec les Professeurs et les assistants.


-Bonjour.

-Bonjour.

-Comment vas-tu ?

-Je vais bien et toi ?

-Je vais bien aussi. Je m’appelle Tale.

-Je m’appelle Milligan.

Son nom me rappela immédiatement quelque chose, et je revis un livre, même plusieurs, que j’avais lus, qui avait un personnage portant ce nom. C’était une longue série, une série fantaisiste, de celles que j’avais lues sans lui trouver réellement d’intérêt, car les faits mentionnés n’étaient pas réels et n’avais pas vraiment d’intérêt scientifique.

-Tu t’appelles comme le héros de la série le Glaive du Mensonge. Milligan Zypher.

-A-ah ? Je ne connais pas ce livre. Il parle de quoi ?

-Ça parle de l’histoire de Milligan Zypher. Au début c’est un simple bûcheron à la force colossale, vivant dans un royaume appelé le Royaume d’Ouestmont. C’est un royaume fictif. Ce royaume a une frontière faite de montagnes immenses, qui ne doivent pas être franchies sous peine d’une malédiction, un schéma classique. Un jour, le chemin de Milligan croise celui d'une femme un peu étrange du nom de Calham. Elle prétend être originaire de Midmont, un Royaume se trouvant de l'autre côté de la Frontière, qui est aussi fictif.

Je m’installai mieux sur mon derrière, voyant que l’autre sujet, non, Milligan, m’écoutait avec un intérêt visible. Mes mains commencèrent à bouger un peu alors que je lui expliquais un peu plus l’histoire du livre.

-En lui sauvant la vie, il s'implique sans le vouloir dans une histoire qui va le dépasser : la Frontière des Montagnes s'affaiblit, et le Seigneur Dharhra, qui est le méchant de l’histoire, veut profiter de l’opportunité pour conquérir le royaume de Midmont. Comme beaucoup de méchants de livres, il a aussi pour ambition finale de soumettre le monde entier, même si ce genre d’ambitions sont souvent vouées à l’échec car un homme seul ne peut pas contrôler le monde entier, il y aura toujours des gens pour se soulever contre lui et réussir à un moment, ou un autre, à le renverser. Avec l'aide de Calham et du Prime-Sorcier Seppius Dorander, un vieil homme qu’il connait bien sur depuis longtemps sans savoir qu’il est quelqu’un d’important et de puissant, et qui s'était exilé en Ouestmont des années auparavant, Milligan, qui serait l’Assécheur de Mensonge, va devoir se lancer dans une quête initiatique dont dépendra le sort de tous les royaumes. Pour réussir il brandira une arme légendaire, le Glaive du Mensonge, qui est également le symbole de son statut et la preuve que c’est bien lui le héros. C’est toujours quelque chose d’inhérent aux romans fantaisistes l’arme légendaire puissante.

-Ça a l’air bien... Mais long… Non ?

-Il y a plusieurs livres en fait, c’est une série de plusieurs tomes qui détaillent l’histoire pour que ça dure plus longtemps, et que le lecteur se retrouve plongé dans un univers riche et qui donc lui semblera familier. C’est plus vendeur paraît-il. Mais, tu ne les as jamais lus ? Moi c’est Alexian qui me les a amenés, pour que je puisse les lire entre les tests, les entretiens et les injections. Mais je ne leur trouve pas vraiment d’intérêt, je leur préfère les livres de médecine, d’Histoire, et de science. Qu’est-ce que tu lis toi ?

-Je. Je ne lis pas.

Mes yeux s’ouvrirent un peu plus, et j’eus envie de savoir comme ça se faisait qu’il ne lisait pas. Était-il privé de ça ? Avait-il fait quelque chose de mal pour qu’on lui interdise de lire ? Cela faisait-il partie de l’expérience ? Est-ce qu’il savait lire ? Le Professeur Masahiro lui avait-il aussi appris à parler d’autres langues que la langue Cyriacane. Je n’eus pas le temps de poser mes questions, Milligan semblait en avoir anticipé certaines.

-Entre les tests, les entretiens et les injections, je préfère m’entraîner. Je fais de l’exercice, je soulève des… Des… Des…

Je le regardais chercher ses mots. Je vis qu’il peinait, ses mains se crispèrent sur ses genoux et son visage rougit sous l’effort qu’il faisait pour trouver son mot. Le souffle de Milligan se bloquait dans sa gorge, et je me demandais si il avait autant de mal que cela à trouver ce mot. J’entendis une chaise crisser un peu, comme si un assistant se levait. Je cherchai le terme que Milligan n’arrivait pas à trouver. Je savais que dans les livres, les gens soulevaient des choses lourdes afin de développer leur musculature.

-Des poids, ou des haltères ?

Milligan arrêta de chercher, les doigts serrés sur ses genoux, avant de souffler et de se décrisper. Le comportement qu’il avait eu m’échappa mais je n’en dis rien.

-Oui. Oui, c’est ça, des poids et des haltères aussi. Je travaille mes muscles. Tu, tu ne fais pas ça toi ?

Je secouai la tête. Je ne faisais aucune de ces choses. Je lui décrivis en détail ce que je faisais. Je lui parlais des livres fantaisistes que j’avais lu, même si je ne les trouvais pas aussi intéressant que les livres de biologie, de médecine, de technomagie et de scientomagie que je lisais, et qui avaient des contenus concrets. Lui m’expliqua alors que s’il savait lire, il préférait s’exercer que le faire.


Dernière édition par Tale le Jeu 11 Aoû - 17:16, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Tale, ou numéro 11.   Lun 11 Avr - 12:31

Projet Synthéien, 7 ans, 11 mois, 18 jours :
Âge des sujets, quatre ans, onze mois, dix-huit jours :


Les rencontres hebdomadaires que nous organisons entre les sujets portent leurs fruits.
Nous avons notés de nets progrès de socialisation Chez Milligan comme Tale.

Le vocabulaire de Milligan s’est enrichi. Grâce à cela, il est devenu plus loquace, et nous n’avons déploré que trois incidents liés à son incapacité à communiquer correctement. Il semble aussi s’intéresser un peu plus à la lecture, Tale ayant insisté pour que l’on lui prête les livres du Glaive du Mensonge. Pour lui lire cette série de livres permettrait à Milligan de connaître un peu ses origines.
C’est un fait intéressant, socialement parlant, de voir que Tale s’inquiète que Milligan apprenne aussi comme lui, même si ce n’est que l’origine de son prénom pour le moment.

Tale, lui, est bien plus communicatif qu’avant. Il a des réactions spontanées, et nous savons désormais quand il est content, ou peu satisfait de quelque chose, ce qui nous a aidés à améliorer un peu son cadre de vie. Nous lui avons procuré un bureau plus adapté aux petites expériences auxquelles il se livre, et nous lui avons fourni des collections complètes traitant de biologie, médecine, et sciences dures.
Nous l'avons observé en train de soulever des livres à la manière d'haltères, imitant les exercices physiques que lui décrit Milligan. Les sujets ont une influence mutuelle sur l'un et l'autre.

Je n’avais jamais douté de l’utilité et des bienfaits pour les deux de se rencontrer et de se côtoyer. Les enfants normaux se développent aux contacts d’autres, et de la société, et il ne manquait qu’un camarade à nos sujets pour qu’ils deviennent un peu plus complexes et épanouis dans leur manière de penser et d’être.

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Projet Synthéien, 7 ans, 8 mois, 15 jours :
Âge des sujets, cinq ans, huit mois, quinze jours :



Milligan, le sujet numéro 10 est mort brutalement lors de sa dernière injection.

Le sujet a commencé à ressentir des démangeaisons au niveau de la valve et nous l'a signalé dès le début du processus que nous avons immédiatement interrompu.
Nous lui avons administré un antihistaminique, dans le but de neutraliser les effets de la mana. Cela n'a pas suffi, et la mana a commencé à s'écouler par le nez du sujet. Des plaques dorées sont apparues sur sa peau, sa température et sa tension sont montées en flèche, confirmant la réaction allergique.
Les voies respiratoires du sujet se sont bloquées, engorgées par la mana. Nous avons tenté de l'intuber, mais le sujet s'est mis à vomir. Nous avons tenté une trachéotomie, mais une quantité impressionnante de mana s'est échappée suite à l'incision. Nous avons alors tenté de drainer la mana, mais sans succès. Le sujet s’est agité, et sa force prodigieuse nous a posé beaucoup de difficultés. Le mana a continué de s'écouler, par tous ses orifices, y compris les pores de sa peau. Le sujet a agonisé pendant quelques minutes, avant de mourir.

Nous devons à présent trouver les causes de la mort de Milligan, et suspendre les injections de Tale.

Tale que l'agitation a attiré, j'ignore ce qu'il a vu exactement, le professeur Dritharash l'a immédiatement emmené ailleurs. J'ai pu entendre les protestations de Tale, avant que Akhara ne le ramène dans sa cellule. Inutile de dire que Tale a bien compris ce qui se passait, et qu'adoucir la vérité ou la dissimuler n'aurait fait que briser la confiance établie entre nous.
Tale s'est fermé à tout dialogue, malgré nos questions et nos inquiétudes. Je crains que le décès de Milligan ne fasse régresser Tale au stade précédent leur rencontre.

Pour l'heure, je ne puis me présenter à lui sans pouvoir lui donner les causes du décès.

De plus, selon les résultats de l'autopsie, le projet Synthéien pourrait s'arrêter prématurément.

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Projet Synthéien, 7 ans , 10 mois, 1 jour :
Âge du sujet, cinq ans, dix mois, un jour :


Tale est toujours fermé à tout dialogue. Il est redevenu le sujet inexpressif qu’il avait été avant de côtoyer Milligan lors de visites régulières. Je me doutais qu’il persisterait dans cet état d’esprit le jour même du décès de Milligan, quand Akhara avait déjà constaté un renfermement du sujet sur lui-même.

Les réponses de Tale à mes questions étaient mécaniques, comme apprises par cœur. Mais j’ai vu un changement dès que nous avons abordé la question de Milligan. Tale a eu l’air de chercher quelque chose dans les documents que je lui ai donné après les avoir lu.
Je n’ai pas su ce qu’il cherchait, et ne lui ai pas demandé. Il est facile de deviner qu’il cherchait quelque chose qui en réalité ne se trouvait pas dans les papiers.

Mais je dois le laisser venir vers nous et s’exprimer, il faut qu’il ait la démarche de le faire, comme avant la mort de numéro 10.

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J’attendais le début de mon entretien depuis quelques heures déjà, d’habitude je prenais un livre, ou l’un des cahiers contenant des problèmes et des exercices que me fournissaient les professeurs afin d’attendre. Mais quand je les prenais, je n’avais pas envie de les lires, ou les faire, alors je regardais une page pendant longtemps, avant de fermer le livre et de regarder la couverture. Puis je regardais la porte grise longtemps, plus longtemps que les pages des livres. C’était la porte blanche qui s’ouvrit, laissant entrer le professeur Masahiro, qui referma derrière lui. Il avait des papiers dans les mains, comme souvent lorsqu’il venait me voir, mais certains étaient dans une pochette bleue, ce qui n’était pas habituel.


-Bonjour Tale.

-Bonjour professeur.

-Comment te sens-tu ?

-Bien professeur.

Je n’étais pas sûr de ma réponse, mais j’avais pris l’habitude de dire que j’allais bien. Et d’une certaine manière ce n’étais pas faux, mon corps se portait bien, je n’avais pas de douleur, de maux quelconques et je ne déplorais aucuns désagréments corporels. Peut-être un, j’avais l’impression d’avoir le cœur serré et vide, et je ne dormais pas aussi bien qu’avant. Le professeur sembla contrarié de ma réponse, mais passa à autre chose.

-As-tu finis de lire et de traduire le traité de médecine du Professeur Aerendil Thilivnel ?

-Non.

-L’as-tu commencé au moins ?

-Je ne l’ai pas commencé non plus.

Je le vis griffonner quelque chose sur les feuilles sur lesquelles il écrivait à chaque fois qu’il venait me voir. C’était le rapport de l’entretien qui se déroulait actuellement, qui viendrait s’ajouter aux autres, pour avoir un suivi complet de mon évolution. Son expression était inhabituelle, comme s’il était contrarié. Le Professeur Masahiro remit bien les documents qu’il avait en main, ceux dans la pochette bleue sur la table.

-Nous avons terminé l’autopsie de Milligan hier et nous avons aussi eu les résultats des analyses, souhaites tu connaître les résultats ?

En entendant le nom de Milligan, je sentis mon cœur se serrer un peu plus, et mon esprit devenir curieux. Je me penchais un peu vers l’avant, intéressé, comme si je voulais être sûr de bien entendre le professeur. Ce dernier me tendit les papiers qu’il venait de remettre correctement.

-Regarde, voici le rapport.

Je pris les papiers tendus et ouvris la première page pour la lire. Les quelques lignes du rapport préliminaire ne m’intéressèrent pas vraiment, ce qui m’intéressait, c’était les chiffres des analyses, le rapport définitif.

- Comme tu peux le constater, il a eu une réaction allergique latente à la composite même du mana liquide.

En effet, ce que je lisais corroborait avec une allergie grave. Le choc anaphylactique avait provoqué des plaques, un gonflement de la gorge et une montée brusque de température... Milligan s’était étouffé dans la mana nous servant de sang.

-Nous devons effectuer des tests sur tes cellules afin de prévenir une allergie similaire chez toi.  

Je hochai la tête tout en lisant, pour dire que j’avais entendu et comprit. Quand j’eus fini de tout lire, je gardais les papiers dans les mains. J’avais l’impression de manquer quelque chose en lisant les documents, quelque chose qui aurait dû être important. Je cherchais ce que ça pouvait être. Je sentais mon cœur toujours serré dans ma poitrine, mais je n’y prêtais pas attention, cherchant cette chose qui semblait manquer lors de la lecture de ces papiers. Je ne trouvais pas, et les redonnais au professeur. Quand je les lâchais, j’eus une idée.

-Pourrais-je assister aux tests ?

-Comment ?

-Est-ce que je pourrais assister aux tests sur mes cellules, pour voir réellement comment ça se déroule ?

Le professeur restait là, son geste pour remettre les papiers dans la pochette bleue se déroulant au ralentit. Il devait réfléchir. Puis il eut un sourire, et referma la pochette.

-Pourquoi pas. Je pense que ça te changera des livres sur la théorie, et tu pourras apprendre le protocole pour mener de véritables tests et analyses.

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Projet Synthéien, année 8, mois 3, jour 12 :
Âge du sujet, six ans, huit mois, douze jours :



Les tests ont montrés que l’allergie latente contenue dans les cellules de Milligan n’affecte pas celles de Tale.

Ce qui a provoqué l’allergie est le mélange des manas injectés. Certains mélanges sont plus stables que d’autre et nous avons procédé à des tests plus poussés pour déterminer les manas les plus stables et compatibles avec Tale. Nous ne pouvons pas nous permettre que Tale fasse lui aussi une réaction allergique.

Les manas que nous utilisons sont extraits d’être vivants. C’est le magistère Eladris qui se charge de prélever la matière sur des sujets, que ce soit dans leur sang ou leur moelle épinière, et comme le sang, la mana est une matière organique réagissant plus ou moins bien avec un organisme dont elle n’est pas issue. Nous faisions déjà attention à ce qu’il n’y ait pas de rejet, à présent nous avons pris grand soin de repérer les manas les plus en symbioses avec l’organisme de Tale.

Ce qui a changé pour Tale est le fait que le temps de ces tests il ne soit pas continuellement confiné dans sa cellule. Il put mettre à profit ses capacités d’apprentissages et d’assimilations exceptionnelles pour nous aider dans nos recherches.

Cela a été l’occasion de voir Tale évoluer dans un environnement autre que sa cellule, un environnement qui s’il n’est pas totalement inconnu, ne lui est pas familier. Nous avons pris la décision de le laisser circuler plus librement au sein du laboratoire à l’avenir.

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Projet Synthéien, 9 ans, 6 mois, 29 jours :
Âge du sujet, sept ans, six mois, vingt-neuf jours :


Notre décision de laisser Tale évoluer en dehors de sa cellule du laboratoire, et de le faire participer à nos recherches, notamment celles portant directement sur lui en tant que dernier sujet viable du projet Synthéien ont porté leurs fruits. Le décès de Milligan avait fait régresser Tale comme nous l'avions craint. Inexpressif et réagissant peu au stimulus, je n'ai obtenu son attention que lui parlant des résultats de l'autopsie de Milligan, comme mentionné dans mes précédents rapports.

Nous avons pris l'intégration partielle de Tale dans notre équipe comme une nouvelle étape du projet. Certains assistants, en particulier Mashna, se sont pris d'affection pour lui. Elle nous a demandé la permission pour confectionner une tenue semblable aux nôtres pour Tale. Nous la lui avons accordée, Akhara et moi pensons que cela participera à la socialisation de Tale. Surmonter son deuil lui aura pris plus d'un an, bien cela n'ait jamais affecté sa participation à nos expériences ou recherches. Il a su s'acclimater rapidement, son esprit scientifique prenant rapidement le dessus. Nous avons continué de le surveiller, puisqu'en dehors de sa participation aux expériences, Tale retombait dans l'apathie.

Le véritable changement chez Tale s'est opéré lorsque Mashna lui offert la tenue faite de ses mains. Lorsque Tale s'est changé, notre assistante n'a pu s'empêcher de le prendre dans ses bras et de lui faire des compliments, réitérés par toute l'équipe. Je n'ai jamais vu Tale être à court de mot, mais ce fut le cas. Je crois que cet événement a marqué le début d'une nouvelle forme de sociabilité chez lui. J'émets tout de même quelques réserves, puisque le mutisme de Tale est dû à une limite de ses capacités à appréhender et comprendre les émotions qui l'agitent, comme il me l'a lui-même avoué après que je lui ai posé des questions sur sa tenue et sur Mashna.
Je le cite : « J’étais rempli de trop de choses, je ne me souviens pas vraiment ce que j’ai pensé, parce que je n’arrivais pas à penser. Mais mes vêtements sont bien. »

Akhara et moi nous interrogeons sur cette incapacité à gérer les émotions et à savoir l'exprimer. Nous pensons, et nous affirmons, que l'intégration de Tale, sa participation active, ne peut que l'aider à surmonter cet obstacle psychologique. Nous limitons tout de même les accès de Tale à certaines expériences, puisqu'il reste lui-même un sujet. Cependant, son intellect, et ses connaissances théoriques ne cessent de nous impressionner tant sa mémoire et prodigieuse.

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Projet Synthéien, année 12, mois 4, jour 13 :
Âge du sujet, dix ans, quatre mois, treize jours :


Tale a été confronté à un autre résident des laboratoires, l’un des sujets servant à  l’extraction de mana dans le secteur d’Eladris. Ces « patients » n’étant pas volontaires, ils ont tendances à être assez virulents, du moins les premiers temps de leur enfermement.

Nous avions chargé Tale d'aller chercher des fioles de mana pour de nouveaux tests sur ses cellules. Il restait un patient dans la salle d'extraction. ce dernier a ressenti la présence de son mana dans l’organisme de Tale, et lui aurait craché à la figure qu’il n’était qu’une abomination, une anomalie, une chose contre nature.

Tale est revenu au laboratoire et j’ai bien vu qu’il n’était pas dans son état normal. Après que Tale lui ait exposé les faits j’ai convoqué le professeur Dhritarash d’urgence et nous avons donc expliqué la finalité du projet Synthéien à Tale afin qu’il comprenne bien dans quel but cette expérience était menée.
Le sujet savait depuis le début qu’il était fruit d’une expérience, et le nom de cette dernière, mais jusque lors nous n’avions pas jugé utile ou nécessaire de lui expliquer le projet dans sa totalité.

Tale a bien réagit à cette annonce et demandé de lui-même à rencontrer l’un des gardiens. Cette réaction démontre une grande maturité intellectuelle de sa part, et  souligne d’autant plus la curiosité dont il fait preuve chaque jour.

La fin du projet est prévue lorsque le sujet aura dix-huit ans, date à laquelle nous pensons que son corps aura assimilé suffisamment de mana pour optimiser sa transformation.
Je suis confiant quant à la réussite du projet.

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Le laboratoire était calme. Quelques scientomages travaillaient sur de petits projets, suivaient des projets en cours, ou nettoyaient avec application les instruments. Je n’avais rien à faire, le livre que m’avait ramené Glesias, l’un des autres assistants du professeur Masahiro, je l’avais terminé depuis plusieurs minutes, et le professeur Masahiro n’était pas là. Je ne pouvais pas faire de test ou de travaux sans qu’il soit là, c’était la condition pour qu’on me laisse travailler comme les autres, donc j’aidais au nettoyage des instruments et à leur vérification. Mais ce travail n’était pas sans fin, et quand nous avions terminé les assistants avec qui j’avais travaillé sont partis, seul Alexian et Silvay sont restés, n’ayant pas terminés leur analyses. N’ayant pas besoin de manger, je suis resté à les regarder.
L’un d’entre eux, Silvay, me regardait de temps à autre, me voyant ne rien faire, il eut l’air de réfléchir à quelque chose.


-Dis-moi Tale, cela te dérangerait de remettre un peu d’ordre dans la salle 3 ?

Je le regardais quelques secondes avant de répondre. Je me remémorais les différentes salles des laboratoires, et cherchais la salle numéro trois.

-Celle où sont rangés les différents échantillons et organes prélevés dans le laboratoire ?

Silvay hocha la tête en me répondant, montrant que j’avais raison. Je le savais, connaissant les plans des laboratoires par cœur, mais j’avais remarqué que les autres autour de moi aimaient bien que je leur demande quand même avant de totalement affirmer quelque chose.

-Oui celle-là. Il était prévu qu’on y passe cette semaine pour faire le point. Il faudrait voir si les étiquettes sont encore lisibles, les changer si besoin. Il y a également l’inventaire à faire, et vérifier que des échantillons n’aient pas été mélangés par mégarde.

Je trouvais la tâche intéressante, et lui fit un sourire avant de me lever.

-Je veux bien aller le faire dans ce cas. Ce sera une tâche de moins à faire dans la semaine.

-S’il y a des choses trop dures à déplacer par contre, reviens nous voir. Le professeur nous tuerait si tu te blessais.

-Bien, je ferais appel à vos services si jamais la tâche est trop dure. Merci.

J’allais donc jusqu’à la salle avec un large sourire. J’allais pouvoir être utile, et ne pas rester immobile. Ce n’était pas la plus grande salle qu’il y avait dans le bâtiment, mais ses murs étaient assez hauts et les différentes étagères étaient pourvues d’une ou de plusieurs échelles coulissantes pour monter jusqu’en haut. On ne voyait presque plus les murs.
Je réfléchis à ce qu’il fallait faire. Les échantillons étaient classés avec beaucoup soin, il serait rapide pour moi de voir d’abord si il n’y avait pas eu quelques mélanges avant de procéder à l’inventaire et dans le même temps au contrôle des étiquettes et des bocaux.

Il y avait une fiche pour chaque groupe d’échantillons, qu’ils soient sanguin, osseux, que ce soit des tissus ou de la moelle également. Je regardai ce qui était écrit sur chaque fiche, les retenant toutes, avant de regarder les échantillons en eux même. Il n’y eut que deux échanges à déplorer, je les remis en place avant de regarder les différents bocaux
La fierté me quitta immédiatement, remplacée par de la curiosité. Dans ces bocaux il y avait de tout, des morceaux de peaux, des organes, des embryons. Je tournais un peu le bocal entre mes mains et vis deux globes oculaires de différente couleur.


-Des yeux vairons. C’est une mutation des gènes qui fait que les yeux prennent deux couleurs différentes. Les gênes de ce genre de mutation sont rarement dominant. Le bleu ressort bien, et le vert aussi.

Je regardai alors chaque bocal, et chaque étiquette, tout en me rappelant de ce que j’étais sensé trouver pour l’inventaire. Quelques étiquettes s’étaient décollées, d’autres étaient un peu vieillies. J’en écrivais de nouvelles et recollai celles qui étaient en bon état. Je vis ensuite, certains avec des étiquettes autres que « foie » « yeux » ou « fœtus de tant de semaines ». Il y avait marqué n°1, n°2, n°3 etc. En dessous des premières étiquettes, était noté « Projet Synthéien ». J’avais devant moi les embryons plus ou moins développés des autres sujets. Je les regardais longtemps. Ils n’étaient pas tous au même stade de développement, et je pus donc voir ceux qui auraient pu être dans ma situation actuelle.
Je les regardais tous avec un intérêt autre que celui que je portais aux livres ou aux autres bocaux. Certains ne ressemblaient à rien de plus qu’à des fœtus. Puis je tombai sur un cœur. Je regardais l’étiquette, et pus y lire « Projet Synthéien. Cœur. Numéro 10. ‘’Milligan’’ ». Je sentais mon propre cœur devenir froid et serré. J’essuyai avec attention et beaucoup de soin le bocal, m’asseyant sur le sol. J’ai posé le bocal devant moi quelques minutes, le regardant.
Je n’arrivai pas à savoir ce que j’avais dans le cœur, je regardai celui dans le bocal, posé doucement dans le fond.
Je me souvenais de Milligan, qui n’aimait pas lire de livre avant que j’insiste pour qu’il lise au moins le Glaive du Mensonge, qui m’avait montré comme il faisait ses exercices, avec qui j’avais beaucoup parlé. Du bruit dans le couloir me tira de mes réflexions. Je devais ranger le bocal avec les autres, mais je n’en avais pas envie. Je terminais de noter tout ce qui était dans la salle, complétant l’inventaire. Je ne notais pas le cœur de Milligan dans cette liste.
Je pris le cœur en bocal dans mes bras, et allai vers ma cellule. Je fis attention à ce que personne ne vois pendant que je passais les couloirs. Une fois dans ma cellule, je mis le bocal sur ma table de chevet. J’allais partir, avant de me dire que si on le voyait peut-être qu’on viendrait me le prendre, prendre Milligan. Je mis un livre debout devant le bocal. Après être sûr qu’on ne le voyait plus, j’eus un soupire. Moi je savais qu’il était là.

Un secret, j’avais un secret à moi et je ne savais pas pourquoi mais ça me rendait incroyablement heureux de regarder ce livre protéger mon secret.

Lorsque le professeur Masahiro à découvert que j’avais pris le cœur de Milligan avec moi, j’ai cru dans un premier temps qu’il me le reprocherait et me reprendrait le bocal. Il n’a pas du tout eu cette réaction et m’a dit que je pouvais le conserver s cela me faisait plaisir.

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Je voulais lire un livre, mais celui que je voulais prendre était coincé tant j’en avais à présent. Je le connaissais comme tous les autres, par cœur, mais j’avais un certain plaisir à sentir les pages un peu rugueuses sous mes doigts, et l’odeur du papier aussi. C’était toujours quelque chose que j’appréciais, même si les mots écris à l’intérieur, je les connaissais tous, et que j’avais assimilé les concepts à l’intérieur. Je tirai d’un coup sec et le dégageai, en le faisant je faisais bouger les autres. Cela fit un effet de domino avec d’autres livres. Le bruit du verre se brisant me fit tourner la tête.


-A-Ah ! Non !

Poussé par les livres tombés, le bocal contenant le cœur de Milligan était à terre. La paroi s’était brisée, et le liquide coulait rapidement, dégageant une odeur nauséabonde dans la cellule. Le cœur de Milligan, lui, gisait sur le sol, au milieu du liquide et du verre, comme s’il était blessé et mourant.

-Non, non non non non non non !

Je m’approchai du bocal et m’arrêtai à quelques centimètres devant lui, les mains tendues et étrangement tremblantes. J’avais les pieds dans le formol, le liquide était froid, et je n’en avais rien à faire sur l’instant. Mes mains tremblaient toujours et je n’arrivai pas à savoir ce que je devais faire. Le cœur de Milligan gisait entre les morceaux de verre, humide du liquide puant, inerte sur le sol. Le mien se serrait dans ma poitrine. Je paniquais, et ne savais pas ce que je devais faire en premier, nettoyer le liquide qui commençait à partir partout dans ma cellule, retirer le verre qui pouvait me blesser si je marchais dessus, ou prendre le cœur de Milligan, pour le mettre à l’abri et le préserver encore.
On m’avait entendu, et ce fut le professeur Masahiro qui ouvrit la porte de ma cellule. Je le regardai, les mains toujours tendues devant moi sans qu’elles n’agissent. Il ne fallut que quelques secondes au professeur pour comprendre ce qu’il se passait, et surtout pour comprendre que je ne savais pas quoi faire face à cette situation. Il fit demi-tour, et je me retrouvais à regarder de nouveau les débris devant moi. J’essayai de surmonter la panique qui m’avait envahie, pour réfléchir normalement et pouvoir faire quelque chose, quand le professeur revint, avec un autre bocal, à la paroi un peu plus épaisse que l’autre, et rempli de formol. Doucement, et sans un mot, Masahiro mit le nouveau bocal sur mon bureau. Ensuite, il vint à côté de moi et dégagea doucement le cœur du verre, posant les morceaux dans ce qui avait été le socle du bocal. Il me regarda, moi qui ne bougeai toujours pas, et me tendit l’organe.


-Tiens, prend le, il n’a rien de grave. J’ai ramené un nouveau bocal, il sera plus solide, et nous replacerons une étiquette dessus une fois que nous aurons nettoyé. Tu peux mettre le cœur dedans ?

Je regardai le cœur qu’il me tendait. La panique me quitta alors, et je retrouvais mon calme habituel quelques instants, avant d’être heureux de voir le cœur intact. J’eus envie de le serrer contre moi, mais me contentais d’un large sourire.

-Oui.

Je pris le cœur avec précaution et me dirigeai vers le bocal, guidé dans sa direction par la main de Masahiro dans mon dos. Je ne lâchai pas Milligan des yeux, et regardai quand même où je mis les pieds. Je plongeai ma main avec l’organe dans le formol pour l’y déposer, et le regardai avec satisfaction reposer au fond du formol, là où sa place était. Le professeur avait mis le couvercle à côté, et je le pris pour refermer le bocal. Une fois le couvercle soigneusement tourné, et serré très fort par le professeur Masahiro, je me suis permis de serrer Milligan contre moi, certain de ne pas l’abîmer cette fois.

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Projet Synthéien, 18 ans, 9 mois, 3 jours :
Âge du sujet, dix-sept ans, neuf  mois, trois jours :


Plus que deux mois et vingt-sept jours avant que nous menions le projet à son terme.

Tale a beaucoup évolué depuis le début du projet, passant d’un garçon refermé et inexpressif, à un scientifique érudit. Ses connaissances, ses spéculations et ses compétences n’ont cessées d’évoluer et de s’accroître tout au long des années passées auprès de nous dans le laboratoire.

Il a aussi appris à simplement Être, ce qui n’était pas quelque chose qui semblait évident lorsque l’on regarde les débuts de l’expérience. Il a toujours de grandes difficultés avec la gestion de ses émotions, mais ce qu’il a accompli depuis sa « naissance » me rend déjà fier.

Mashna et Silvay pensent qu’il est dommage que le Tale que nous connaissons et que nous avons élevé, s’en aille. Mais comme l’a souligné le professeur Dhritarash, Tale n’a été créée que dans le but de devenir quelqu’un d’autre. Je garde également ça à l’esprit, mais je comprends le point de vue de nos assistants.

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Il était tard et il faisait nuit, tout le monde devait dormir.
Sauf qu’il y avait du bruit dans le laboratoire, des bruits de voix, de pas. Je me suis demandé si ça pouvait être un assistant venu chercher quelque chose, ou peut-être un voleur.  Dans les livres, il y avait souvent des voleurs venus chercher des objets de valeur, ou des secrets bien gardés. Les projets sur lesquels on travaillait avaient les deux, de la valeur et un côté secret. Est-ce que des voleurs auraient réussis à entrer pour s’emparer de ça ? J’en doutais. Si les gardes avaient des failles, les Gardiens n’auraient pas laissés entrer de simples voleurs, à moins que ces derniers n’aient des aptitudes ou des pouvoirs empêchant d’être détecté ou vu.
Les voix s’élevèrent un peu plus, comme s’il y avait une dispute entre les
personnes. L’une d’entre elles était cette du professeur Masahiro, je la reconnaissais. Ce n’était donc pas des voleurs. Je ne fis pas trop de bruit afin de ne pas les déranger, et j’ouvris légèrement la porte afin de voir le professeur, et de savoir avec qui et pourquoi il se disputait. Mais en voyant quelqu’un que je ne connaissais pas, je stoppai mon geste et laissais simplement la porte entre ouverte. J’entendais alors clairement ce qu’ils se disaient.


-Comment ça un changement de plan ? Les informations que je vous ai transmises ne suffisent pas ? Elles ne sont pas assez détaillées ou utiles ?

L’homme qui se disputait avec le professeur fit  un petit bruit qui ressemblait à un début de rire. Je me cherchais dans ma tête ce qui était drôle dans les paroles du professeur Masahiro.

-Oh, les informations étaient très précieuses, et très utiles à mon commanditaire et notre cause. Nous avons simplement décidé de reconsidérer notre part du marché.

J’observai ce qu’il se passait, me penchant légèrement pour voir. Le professeur me tournait le dos, ils devaient se trouver à six mètre, peut-être un peu plus. Assez loin pour ne pas m’avoir vu, mais assez proches pour que je vois assez bien. Mais je ne voulais pas qu’ils me voient, je ne voulais pas les déranger.

-Nous avions un accord : je vous donnais les informations et en échange votre commanditaire nous offrait sa protection et nous faisait partir d’ici. Nous n’avons plus que vingt jours pour partir, les informations vous ont plu ? Si vous ne tenez pas votre part du marché…

Le professeur passa sa main sur son visage, se tournant un peu sur le côté. Il était blanc et énervé, et semblait très soucieux. L’homme pâle qui le regardait souriait, comme si voir le professeur contrarié lui faisait plaisir. Le professeur m’avait expliqué que certaines personnes aimaient voir souffrir les autres, l’homme pâle semblait être de ces gens-là. Je n’aimais pas, mais pas du tout l’homme qui était en face du professeur.

-Ecoutez, je ne pourrais pas le faire partir d’ici sans votre aide, je n’en ai pas les moyens financiers ou logistiques. Si vous ne pouvez pas nous faire partir tous les deux, dans ce cas-là prenez le lui.

L’homme pâle eut un rire, pas un très fort, mais il suffit à me faire avoir froid dans le dos. Le professeur Masahiro ne riait pas lui et semblait contrarié et inquiet. Après avoir ri, l’homme pâle prit une pose exagérée, avec la main sur le cœur.

-Oh, comme c’est noble de votre part Professeur, sacrifier votre protection et votre carrière pour votre petite créature adorée.

L’homme changea encore de pose, mais cette fois-ci, il était plus sombre, plus sérieux, sans perdre le rictus qu’il avait au coin des lèvres.

- Mais ne vous en faites pas, vous allez partir d'ici. D'une certaine manière…

-Qu’est-ce-

-Nous avons besoin de chaos, et vous allez nous aider à le mettre en place.

L’homme pâle disparaissait alors qu’il parlait, semblant fondre. Je lâchais un « Oh » de surprise sans m’en rendre compte. Le professeur sursauta, et se tourna vers la porte, il me vit, et écarquilla les yeux. Mais ce n’était pas moi qui le surprit, mais l’homme pâle qui surgit du mur près du professeur, et l’attrapa. Le passe-muraille me vit aussi. Il emmena le professeur à l’intérieur du mur. Une sorte de courant électrique parcourut ma colonne vertébrale. Le professeur ne pouvait pas vivre dans un mur, il ne pourrait pas respirer à l’intérieur, est-ce qu’il serait au moins entier dedans ? Qu’est-ce que je devais faire ? Je n’avais jamais vu cette situation, je ne savais pas quoi faire pour l’aider. J’ouvris la porte en entier, mais restai figé devant les jambes qui sortaient du mur, et qui s’agitaient frénétiquement.
Il n’y avait pas d’autres bruits que le bruit des pieds qui claquaient le sol ou le mur, l’air fendu par les coups envoyés dans les airs, mon cœur qui battait très vite. Les jambes tressautèrent une dernière fois, puis le professeur ressortit du mur.
Tout son tronc était couvert de sang, sa gorge était ouverte, coupée dans la longueur de manière erratique. Le sang venait de là, mais ne coulait plus.  Son cœur avait cessé de battre, il s’était vidé de son sang, et ses yeux révulsés et un peu vitreux montraient qu’il avait aussi étouffé, tout comme ses lèvres qui étaient plus pâles. Je ne bougeais toujours pas. Qu’est-ce que je devais faire, je sentais toujours mon cœur s’emballer. L’homme n’était pas loin, il venait de tuer le professeur, il fallait que je fasse quelque chose. Je sentais le mana contenu dans mon cristal pulser lui aussi au rythme de mon cœur. Je n’avais jamais été dans un tel état et ça me paniquait encore plus. Que devais-je faire ? Comment stopper ça, ces battements incontrôlés, cette sensation glaciale dans mon dos et mes mains ? Le professeur ne pouvait pas me répondre comme il était mort, alors je cherchais à respirer plus calmement, pour détendre mes muscles, retrouver un rythme cardiaque normal et dominer l’émotion qui m’envahissait. Je sentais mon cœur se calmer un peu, quand une main attrapa mon bras.
J’eus une montée brutale de panique, le mana contenu dans mon quartz explosa et une vague d’énergie déferla dans le laboratoire. La main me lâcha aussitôt, les fioles se brisèrent, les béchers explosèrent, le bruit du verre brisé couvrit presque celui des chaises et bureaux qui s’écrasèrent sur les murs. Je n’eus pas mal non, ni aucun dégât physique. Mon cœur cessa sa course folle immédiatement après, j’eus l’esprit clair et regardait autour de moi.

Le laboratoire était sens dessus dessous autour de moi. Enfin, pas tout le laboratoire, même si ce qui avait été autour de moi avait volé causant des dégâts plus loin. Le verre avait été brisé dans un rayon d’environ deux mètres, peut-être un peu plus. Je touchai la petite trappe de métal qui contenait mon cristal. J’avais été l’épicentre d’une explosion de mana et je n’avais rien. Était-ce un nouveau pouvoir que je venais de développer ?
A qui pourrais-je en parler maintenant que le professeur était mort ? Au professeur Dhritarash ?


-Pauvre, pauvre petite créature.

Je me tournai vers le passe –muraille qui se relevait. Il avait dû être balayé aussi comme le reste du laboratoire. Ça marchait donc sur les êtres vivants ? Et donc pas sur moi. C’était un fait assez intéressant.

-Regarde ce que tu as fait ? Maintenant tout le monde va croire que c’est toi qui as mis à mort ce pauvre Masahiro. Dans un accès de fureur peut-être ? Parce que tu n’avais pas envie de devenir ce qu’ils prévoient de faire de toi ?

-C’est faux. C’est vous qui l’avez tué et vous le savez bien. Et j’ai été créé pour être un Gardien, ça ne me dérange pas de le devenir et ça ne m’a jamais dérangé. C’est ce que je dois être au final et le but de ma vie.

-Ce n’est pas moi que tu devras convaincre mon cher. Mais le Quillaq, les gardes, leurs supérieurs, le roi.

-Le Qillaq.

Le Qillaq était connu pour être implacable. Mais ils étaient là pour assurer la sécurité du royaume et pour rétablir l’ordre, donc ils s’occuperaient de cette affaire, et de toute manière l’homme lui n’avait rien à faire ici, donc ce serait lui qui serait pointé du doigt.

-Pauvre, pauvre petite chose. Tu seras sûrement exécuté, peut-être même démonté qui sait.

-Je ne serais pas inculpé. Je leur dirais que c’est vous, et ils me croiront, vous n’êtes pas d’ici et vous n’avez rien à faire dans le laboratoire.

Le rire du passe-muraille fut plus fort que tout à l’heure. Il descendit doucement dans le sol, très doucement. Je ne comprenais pas trop ce qui se passait avant qu’il ne chuchote.

-Moi ? Mais je ne suis plus là et je n’ai même jamais été là.

Puis il disparut, tout simplement. Je regardai où il était parti, puis les dégâts dans le laboratoire. Il faudrait tout remettre dans l’ordre avant demain, même si les fioles et béchers cassés ne pourraient être remplacés dans l’immédiat. Tout comme les chaises. Est-ce que je pourrais refaire ce genre de chose de manière consciente, ou me fallait-il un état émotionnel particulier. Alors que je regardais les débris, je vis le professeur.
Couvert de sang, les jambes dans une position étrange. Sa gorge ouverte. Mon cœur qui s’était emballé, se resserra, comme s’il voulait devenir tout petit. Je pris la main gauche du professeur, et la trouvait tiède. Je touchais l’artère radiale pour vérifier que son cœur était bien à l’arrêt. Rien ne vint, je ne sentis aucun pouls. Ma vision se brouilla et je sentais des larmes chaudes couler le long de mes joues. Je gardai la main du professeur dans la mienne et pleurai quelques instants.
Le professeur Masahiro m’avait presque tout appris. J’avais plus souvent affaire à lui qu’au professeur Dhritarash et ce dernier était toujours formel avec moi, contrairement au professeur Masahiro. Il m’avait appris à lire, à écrire. C’était lui qui m’avait apporté mon premier livre lorsque j’étais confiné dans ma cellule, il m’avait dit que lui-même aimait lire quand il avait du temps. Il avait fait en sorte que j’apprenne plusieurs langues, c’était lui qui m’avait appris les deux dialectes de l’Empire que je connaissais. Il avait tout fait pour moi et pour que je sois bien. Je reniflai un peu bruyamment, et essuyai mes yeux de ma main libre. Je n’avais rien fait pour empêcher sa mort. J’aurais pu essayer de le tirer hors du mur, ou libérer la vague de mana pendant que l’autre l’attrapait. Le professeur aurait pu s’enfuir chercher de l’aide auprès des gardes, et il serait en vie.

Les membres du Qillaq. Ils allaient venir. Ils allaient me voir, et ne pas voir le passe-muraille.
Ils allaient faire comme l’homme m’avait dit, ils m’accuseraient moi, parce que j’étais seul. Ce serait simple de dire que c’était moi plutôt que de me croire. Les assistants me croiraient eux, le professeur Dhritarash aussi, mais je n’étais pas sûr qu’on les croirait. Et étrangement, je ne voulais pas mourir, surtout pas pour un crime que je n’avais pas commis.
Je me relevai d’un coup, et essuyai mes yeux pour mieux voir. Il me fallait un sac, que je prenne quelques affaires, Milligan et aussi le professeur. Je voulais garder le professeur avec moi, mais bien sûr je ne pouvais pas le transporter entièrement, il était bien trop lourd et grand. Je balayai la pièce du regard, et vis alors les placards où les outils de chirurgie étaient stockés entre deux opérations. Je m’y dirigeai, et y pris une scie servant aux amputations. Je ne l’avais jamais utilisée, mais je pourrais détacher facilement une partie du professeur, pour l’emmener avec moi. Je sciai avec application sa main gauche, celle que j’avais tenue, juste au-dessous du poignet. Je la pris avec moi, et l’amenai dans une des remises. Je la plaçai dans un bocal ressemblant à celui de Milligan, et versai le formol, puis retournai dans ma cellule afin de faire mon sac, prenant quelques livres et traités, les bocaux enveloppés et une boîte pleine de fioles de mana liquide.
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Morwen Nil'Dae
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MessageSujet: Re: Tale, ou numéro 11.   Mer 13 Avr - 23:08

Bienvenue à nouveau Tale.

Voilà un reboot qui me réjouit, d'autant plus si j'en crois certaines prédictions. Et je crois que la palme de la présentation la plus longue te revient à présent.




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MessageSujet: Re: Tale, ou numéro 11.   

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Tale, ou numéro 11.

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