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 Salamandre et croissant de lune

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Maimu
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Peuple : Expérience scientomagique
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MessageSujet: Salamandre et croissant de lune   Ven 11 Déc - 19:31

Les couloirs étaient silencieux. Ils s’étendaient presque à perte de vue dans l’obscurité percée quelques fois de lumières. Il faisait nuit depuis quelques heures maintenant, il faisait un peu frais à certains endroit, et on pouvait voir les étoiles depuis les fenêtres. Les seuls bruits venaient de gardes ou de serviteur accomplissant leurs services de nuit. Des gardes et des servantes, mais aussi de ses petits pieds qui marchaient doucement dans les couloirs, sans hâte, mais pas sans entrain pour autant.
Maimu préférait la nuit au jour. Tout était plus calme, tout était plus doux la nuit. La nuit elle pouvait entendre mieux les sons léger qui étaient recouvert la journée, que ce soit ses pieds nus qui claquaient doucement sur le sol, ou le bruit des anneaux des rideaux qui cliquetaient quand elle les bougeait. Elle passait le bout de ses doigts sur les meubles en bois, tapotant parfois, pour entendre le bruit creux du bois. La petite fille soufflait aussi sur les vitres et faisait des dessins avec la buée, puis elle regardait le dessin s’effacer. Elle le faisait déjà un peu lorsqu’ils étaient tous dans le laboratoire, quand le bruit était permanent, que ce soit celui des machines, des gens, des autres. Il n’y avait jamais eu de silence dans le laboratoire, toujours des pas qui se pressaient, des plumes qui griffonnaient, des machines qui turbinaient, des fioles de verre qui se cognaient, quelqu’un qui parlait, un autre qui hurlait.

Elle avait toujours eu mal à ses oreilles là-bas, un bourdonnement sourd qui restait tout le temps.
Le jour où ils étaient sortis, il y avait eu plus de bruits que d’habitudes. Beaucoup de hurlements, de cris, de bruit de bois qui craque et de métal qui crisse. Les gens du laboratoire avaient couru partout et elle les avait regardés. Elle avait posé ses petites mains contre la paroi de verre épaisse qui la séparait du monde, pour se pencher un peu et mieux voir. La petite fille en avait vu tomber un, alors qu’il essayait de garder la porte fermée. Puis un autre, venu aider son collègue. Celui-ci avait eu une épée qui avait percé sa gorge. Après les cris et les déchirements des chaires et des os, il y avait eu une sorte de silence. Maimu n’avait pas trop comprit comment le silence était venu, et ce que c’était, mais alors qu’elle regardait les hommes armés qui étaient entrés, et que eux la regardait, il y avait eu quelques secondes de rien. Plus de bourdonnement, plus de voix, juste quelques sons légers, comme celui d’une respiration difficile, d’une fiole qui roule sur le sol, des papiers qui s’effondrent, un pied qui s’agite.
Et le bruit était revenu, des ordres lancés, des choses fouillées, et gens achevés. D’autres étaient venus, habillés comme ceux qui venaient d’entrer avec fracas. Et au milieu d’eux, il y avait eu Lycurgus. Il l’avait regardé quelques instants, avant de la faire sortir. Il l’avait prise dans ses bras pour qu’elle ne marche pas sur les gens morts et baignant dans leur sang par terre. Surtout qu’elle n’avait pas de chaussures. Et pas de vêtements non plus. Elle aima la sensation de froid qui l’avait envahie. Dans sa cellule ou dans les cuves, elle n’avait jamais eu froid, son corps étant gardé au chaud. Le froid était nouveau, comme le silence. Son frère l’avait posée à un endroit propre, dans une pièce où il y avait ses autres frères et sœur. Elle n’avait pas eu besoin qu’ils le lui disent, elle avait senti qu’ils étaient tous liés, tous les même. Ils le lui avaient quand même confirmé, lui disant qu’ils étaient frères et sœurs, qu’ils avaient tous la même mère.
Leur mère.

Ce mot éveilla un désir profond en Maimu, une envie viscéral de voir cette mère, de la toucher, de la sentir, et de la serrer contre elle pour partager leur chaleur. Elle voulait voir sa mère, et être avec elle. Les autres avaient été étonnés qu’elle ne l’ait jamais vue. Mais eux même l’avait vu que plus tard, quand leurs corps étaient plus âgés, quand on avait commencé à leur bourrer le crâne de connaissances. Elle on l’avait fait sortir depuis deux mois des cuves, pour tester les pouvoirs qu’elle avait, tester sa résistance à la douleur. Ceux qui étaient morts maintenant pensaient qu’elle était très résistante, parce qu’elle n’avait presque jamais crié quand ils perçaient sa peau ou ses écailles, mais en vérité elle avait très mal, mais elle ne voulait pas rajouter plus de bruit au bourdonnement de ses oreilles. Ils avaient même sciés ses cornes avec un outil qui avait causés des vibrations partout dans son corps et dans sa tête. Heureusement,  elles avaient repoussées ses cornes.

Ses frères et sœurs cherchèrent leur mère, tandis qu’elle se voyait prise en charge par des gens ressemblant à ceux qui faisaient des expériences sur elle, sans être aussi méchants qu’eux. Ils lui avaient demandé son nom, et avait dû lire sa fiche pour le savoir. ils avaient retirés les aiguilles et les cathéters qu’elle avait un peu partout sur elle. Ils lui avaient mis des vêtements, et trouvés des chaussures un peu grandes pour qu’elle ne se fasse pas mal au pied. Elle avait été amenée à quelqu’un comme elle, mais qui n’était pas son frère, Moi. Mais leur mère n’était nulle part, et là où elle aurait sûrement dû se trouver, la cellule où elle aurait dû être, il n’y avait rien ni personne. Lycurgus avait vu qu’elle s’inquiétait de ne jamais voir leur mère, et il lui avait dit qu’il la trouverait, il en était sûr.

Et enfin, leur mère fut retrouvée et ramenée. Elle s’appelait Eurydice, et elle n’avait pas de bras, mais Maimu la trouva très belle à peine elle la vit. Eurydice avait l’air un peu perdu, un peu effrayée, mais elle avait souri à chacun de ses enfants. Quand sa mère lui avait souri à elle, Maimu était allé vers Eurydice sans brusquerie, et avait posé sa tête contre le ventre de sa mère, lui enserrant les hanches avec ses bras. La petite fille avait fermé les yeux, et serré un peu plus fort. Elle sentait la chaleur de sa mère contre elle, elle entendait les petits gargouillis de son ventre, son souffle, son cœur. Les bruits de sa mère étaient doux, et réconfortants. Des bras faits de fils fins de mana étaient venus caresser l’arrière de sa tête, et la serrer aussi. Elle avait eu quelques petites larmes.
Leur mère était restée avec eux, et eux ils étaient resté auprès de ceux qui les avaient sorti d’en dessous.

La petite fille renifla un peu fort. Elle sentait son nez couler, signe qu’elle avait peut-être un peu trop froid finalement. Mais elle aimait ce froid la changeant du chaud qu’elle avait toujours ressentit en bas. Des pas au bout du couloir lui firent tourner la tête. Elle eut un petit sourire en voyant Denjiro, l’un de ceux qui les avait sorti des laboratoires et qui était garde dans le palais.


-Je me disais que j’entendais des petits pieds sur le sol.

Maimu attendit sans bouger, regardant Denjiro alors qu’on le reste d’elle-même était vers la fenêtre. Ce dernier s’approchait d’elle avec un sourire un peu trop tiré sur un côté. Mais Denjiro souriait toujours comme ça quand il la voyait, et elle souriait aussi quand elle le voyait. Elle aimait bien Denjiro, il était amusant, avec ses yeux noirs un peu tirés, et ses cheveux court d’un côté et presque rasés de l’autre. Il était assez grand, pas autant que le grand ami de Mio, et était toujours gentil avec elle et les autres. Une fois qu’il était près d’elle, elle se tourna vers lui.

-Mais dis-moi petite Salamandre, tu ne devrais pas être dans un lit entrain de dormir ?

La réponse de Maimu fut juste un léger hochement de tête. Puis un nouveau reniflement qui tira un léger rire à Denjiro, qui l’instant d’après prit un air sérieux et regarda la fillette de bas en haut.

-Dis donc, où sont tes chaussons ? Tu sais que tu vas finir par attraper froid à te promener pieds nus sur le carrelage. Tiens.

Le garde mit la main dans sa poche et sortit un morceau de tissus propre et soigneusement plié. Il le déplia et lui mit devant le nez. Maimu le regarda de ses grand yeux chaud, avec un air d’interrogation quand à ce qu’il faisait.

-Souffle fort uniquement par le nez. Ca va faire sortir ce qui coule. Voilà, comme ça.

La fillette souffla comme il le disait. Il pinça un peu le bout de son nez ce qui tira un son inédit. Maimu s’arrêta, et prit elle-même le tissu, pour le refaire. Le son était très amusant, à faire, et elle ne s’arrêta que parce que la tête commençait à lui tourner. Denjiro guida alors la main de Maimu pour qu’elle repli un peu le tissus et s’essuie le dessous du nez avec.

-Voilà, tu viens de te moucher. Il ne faut pas souffler longtemps tu as vu ? Sinon la tête tourne. Et ne le fait pas trop souvent sinon tu risques de saigner du nez. Je te donne ce mouchoir, j’en ai un autre, mets le dans ta poche.

La petite fille plia encore une fois le mouchoir de ses deux mains, le regardant pendant qu’elle le pliait, et le mit avec douceur dans la poche de sa robe de nuit blanche, toujours en le suivant des yeux. Une fois cela fait, elle reporta son regard sur le garde.

-Maintenant petite Salamandre, tu vas me faire le plaisir de retourner dans tes appartements, remettre des chaussettes et des chaussons si tu veux sortir. Mais je te conseille d’aller dormir, il se faire tard pour les petites filles. Moi je dois retourner à ma ronde.

Elle hocha la tête, ses petites mains toujours sur sa robe, mais ne bougea pas immédiatement. Denjiro s’éloigna de quelques pas, puis se retourna une fois revenu à l’angle du couloir dans lequel il était avant de venir la voir. Il prit une moue contrarié, pinçant ses lèvres et fronçant les sourcils et fit mine de la gronder du doigt.
Un rire très bref, s’échappa de la gorge de la fillette, qui se retourna et se mit à sautiller vers ses appartements, qui n’étaient pas que les siens. Elle profita de chaque claquement de ses pieds sur le sol. Il y avait un léger écho quand elle retombait doucement sur un pied, et elle sautilla sur place quelques secondes pour en profiter un peu. La jupe de sa robe faisait un bruit de tissu se plissant en s’envolant quand elle se soulevait. Elle s’arrêta de sautiller quand une chouette passa près d’une fenêtre, un bruit feutré et un petit cri doux. Maimu resta à regarder dehors, prêtant l’oreille aux bruits qu’il y avait là-bas. Elle aurait bien aimé aller dehors, juste pour mieux les entendre, juste pour faire de nouveaux petits bruits elle aussi. La petite fille posa ses mains sur la vitre et approcha ses oreilles autant que ses cornes le lui permettaient, pour entendre un peu plus. Le verre était froid, alors elle posa sa joue contre lui, inclinant sa tête pour pouvoir le faire et fermant les yeux pour apprécier plus. C’était agréable, c’était frais, doux, un peu mordant sur la joue. Un bruit presque imperceptible lui fit ouvrir les yeux et bouger la tête pour la tourner. Une de ses cornes racla contre le verre, faisant un crissement aigue et désagréable qui la fit s’éloigner d’un bond, les mains sur les oreilles.
L’origine du bruit s’avança un peu plus, et Maimu eu un sourire malgré le bruit qui venait de lui faire mal aux oreilles. C’était Lycurgus qui arrivait, peut-être parce qu’elle n’était pas dans son lit et qu’il la cherchait, ou peut-être que lui aussi ne voulait pas dormir.
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Lycurgus
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MessageSujet: Re: Salamandre et croissant de lune   Mer 30 Déc - 0:42

-Eh bien, eh bien...

La silhouette longiligne de Lycurgus avançait dans les ombres du long couloir presque désert du palais impérial. Les longs pans de ses vêtements trainaient au sol, donnant l'impression qu'il flottait plutôt que de marcher. En dépit de l'air frai, Lycurgus ne portait que ses étranges jupes, qui montaient jusqu'à enserrer la moitié de son ventre, et une simple veste de kimono ouverte. Il ne couvrait jamais son torse, et l’œil enchâssé au niveau de sa gorge bougeait et clignait de la paupière de temps à autre, tandis que l'étrange balafre en forme de croix semblait respirer parfois. Il avait acquis, unique coquetterie, une boucle d'oreille ayant un dès à jouer pour pendant. Il avançait l'échine légèrement courbée, comme s'il prenait garde à ne pas toucher le plafond avec sa haute taille. Ses longs membres accentuaient cette impression de silhouette longue et étirée. Son bras gauche, celui qui était difforme, était enfoui dans la manche de sa veste mornienne. C'était là un luxe. Qu'ils aient tous des vêtements. Enfin tous. Les Jumeaux n'avaient aucune utilité à en porter, puisqu'ils n'avaient jamais la même forme bien longtemps, quant à Chrysaor, elle ne semblait pas vouloir en porter, et n'en avait pas non plus l'utilité. Ils vêtaient tous très simplement, comme s'ils n'avaient pas encore pleinement appréhendé le concept même des vêtements, ni même perçu toutes les extravagances possibles... Ah. Cela venait sans doute de leur vie en captivité, qu'ils avaient tous passé vêtu de blouse grisâtre, ou bien nu comme des vers, dans leurs cellules. Ceci expliquait sans doute cela. Que de liberté dans le choix de pouvoir se vêtir ! Oh joie !  Tout comme la liberté d'aller et venir à sa guise, une liberté restreinte à l'enceinte du palais impérial - palais qui avait des allures de forteresse imprenable - mais qui était encore, par endroit, marquée par les combats qui s'y étaient déroulés. Bien sûr, les cadavres avaient tous disparus, ne restaient que des salles dévastées et des meubles brisés. Quoi que ces derniers fussent de plus en plus rare, comme il avait pu le constater lors de ses longues heures d'exploration.
Ah. Liberté. Douce, douce liberté. Qu'en faire ? Que faire de tout ce temps ? Ils n'étaient plus soumis à des expériences, bien qu'ils aient droit à quelques examens réguliers de la part d'autres scientomages, dont la couleur des uniformes était différente. Ils n'avaient pas reçu d'ordres, et les dernières semaines, ils les avaient passé à s’apprivoiser les uns et les autres. Retrouver leur mère n'avait été qu'un premier objectif, et les enfants d'Eurydice, avaient en suite dû se trouver un autre but, une occupation, en attendant que l'Empereur ne les mande à son service. Une autre forme de servitude. Mais autrement plus plaisante. Enfin, cela pouvait ce concevoir ainsi. Ils avaient, chacun, mis à profit, ce temps libre, pour se découvrir, et découvrir le lieu où ils vivraient. Aucun d'entre eux n'avait le droit de sortir dans la cité, sans y avoir été autorisé, et cela ne les intéressaient pas vraiment. Leur dernière sortie avait été pour chercher mère, et ils avaient découvert plus de cadavres et un monstre, pas du même genre qu'eux, un monstre plus naturel. Moins intelligent aussi. Ils l'avaient tous regardé partir. Leur mère avait choisi de rester. La douce Eurydice, à la peau pâle et brillante comme la vision de la Lune. Mizuki, c'est ainsi que les Morniens nommaient l'Astre. Fascinante conception pour Lycurgus, que celle des dieux et des déesses. Et dire que celui qu'il avait accepté de servir était le fils du Dieu incarnant les ténèbres et la Peur... Fascinant. Mais bien moins que la nourriture. Oh les plaisirs de la chair, la gourmandise. Et l'art de manier les baguettes... Aussi intéressant que l'art de la vêture.

Lycurgus ne savait s'il était satisfait de la situation, où si tout cela le laissait de marbre. Si tout cela n'était qu'une mascarade. Lui songeait à pire. Qu’adviendrait-il d'eux lorsqu'ils auraient fait leur temps, lorsqu'ils n'auraient plus aucune utilité ? Il leur fallait trouver les moyens de survivre, encore. En bas, les scientomages n'avaient pas été les seuls à mourir. Certaines expériences avaient préféré périr sur les épées et les lances de leurs sauveurs, plutôt que de continuer à vivre ainsi. Pourtant, Lycurgus savait qu'ils n'étaient pas si différents des êtres naturels... Et pourtant. Ils étaient confinés dans cet endroit, comme s'ils risquaient de semer la terreur s'ils en sortaient.
La nuit, ce minuscule monde s'éteignait presque, les couloirs devenaient silencieux, les voix se taisaient, et les bruits s'évanouissaient, laissant place à un silence où chaque mouvement était aussi bruyant que le son des armes à feu. Le moment idéal pour eux, pour déambuler sans croiser des regards interloqués, dégoutés, curieux, ou apeurés. Certains s'y étaient faits. D'autres non. Le revers était d'autant plus brutal, qu'ils avaient tous devant eux le miroir de ce qu'ils auraient pu être s'ils n'étaient pas nés grâce à des esprits malades. Il n'était pas le seul à errer dans les corridors vides, au sol de bois lustré, où les fenêtres de verre laissaient parfois place à des panneaux de bois et de papiers, donnant sur l'extérieur. Parfois, les Jumeaux l'accompagnaient. Même au sein de leur fratrie, il était le seul à qui ils parlaient régulièrement, puisque la plupart du temps, ils restaient entre eux, amalgamés ou bien infiltrés dans un quelconque matériaux, enfermés dans leur propre monde... Ce soir là, il était donc seul, mais plus pour longtemps. La présence de sa soeur était comme un fanion, lui indiquant où il devait aller. Maimu était la dernière née. La plus petite. Les blouses blanches n'avaient pas eu le temps de la faire arriver à maturation. Il l'avait tirée de sa cuve d'incubation, où elle grandissait, poussée par la magie et la science, tandis qu'ils commençaient à lui bourrer le crâne de connaissances, comme ils l'avaient fait avec tous. Sauf avec les Jumeaux, qu'ils avaient enfermé avec leur géniteur, n'osant pas les approcher, n'osant pas les toucher.  

-On dirait que ce charmant garde croit vraiment que tu es une petite fille.

Un sourire étira le coin de la bouche de Lycurgus qui ne l'était pas déjà. Son oeil normal se plissa d'amusement. Il n'attendait aucune réponse. Maimu ne parlait presque pas. Quelques mots par-ci par là, uniquement lorsque c'était important.

-Mais il parait que dehors, il y en a avec des cornes comme les tiennes. Il y en a même qui sont capables de se changer en dragon. Étonnant n'est ce pas ? C'est à se demander pourquoi on nous a fait naitre, alors qu'il y a tant de merveilles dehors... Mais je m’apitoies peut-être un peu trop sur notre sort n'est ce pas ?

Sa soeur lui souriait, buvant ses paroles, le regardant avec ses grands yeux dorés. Elle semblait comprendre. Elle était loin d'être stupide ou même attardée, comme semblaient le penser les serviteurs ou les gardes. Son jeune âge et son quasi-mutisme, donnaient l'impression aux autres qu'elle n'avait pas toute sa tête, et qu'elle était une petite chose fragile. Lycurgus l'aurait volontiers cru s'il ne l'avait pas vue faire...

-Toi aussi, tu préfères cet endroit lorsqu'il se vide, et que la lumière change...

Il se pencha, ployant son grand corps, pour la soulever et la porter. Il la calla sur son bras difforme, attrapant de sa main aux longs doigts fins, un de ses pieds nus.

-Il n'avait pas tort en disant que des chaussons ne te feraient pas de mal. Ils sont aussi froids que le sol.

Ses doigts jouèrent avec les orteils.

-Non, les Jumeaux ne sont pas avec moi. Si non, tu aurais déjà tes chaussons. Hm ? Dehors. Oui pourquoi pas...

La haute silhouette poursuivit son chemin, déambulant dans d'autres couloirs, jusqu'à atteindre un endroit semblant oublié de tous,  jusqu'à un énième panneau de bois. Des tentacules d'ombres et de lumières sortirent de la balafre en forme de croix, faisant coulisser, dans un mouvement fluide et presque silencieux la porte. Les tentacules se rétractèrent une fois leur office accomplie. Lycurgus les avait emmenés jusque dans des quartiers encore en cours de rénovation dans le palais intérieur. Le silence y régnait. La porte s'était ouverte sur une cours encore dévastée, où des gravats de mêlaient à la végétation présente, à savoir d'épais bambous, quelques fleurs, et un sol de dalles de pierre et de sable. Il y déposa Maimu, avant de s'assoir sur le bord de l'engawa, ce couloir de bois faisant tampon entre l'extérieur et l'intérieur.

-Quand tu seras satisfaite, nous rentrerons.
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Maimu
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MessageSujet: Re: Salamandre et croissant de lune   Jeu 14 Avr - 16:44

Lycurgus parla. Une voix un peu grave, avec un fond de douceur quand il lui parlait à elle et un côté aussi piquant que du verre brisé quand ils parlaient à certains autres. Elle aimait entendre la voix de son grand frère lorsqu’il parlait doucement et calmement avec elle. Lycurgus avait beaucoup d’yeux, plus que la plupart des gens qu’elle avait vus. Maimu, elle n’avait que deux yeux, qui fascinaient beaucoup de gens et d’animaux. Elle regardait les yeux que son frère avait sur le visage, l’écoutant alors qui lui expliquait que dehors, ils y avaient des gens qui avaient l’air de lui ressembler, avec des cornes comme les siennes, pouvant eux aussi devenir des dragons.  Elle lui souriait alors qu’il lui parlait de s’apitoyer sur leur sort, sur ce qu’ils étaient.
Maimu n’avait jamais aimé quand elle était en bas. Les bruits, les gens qui parlaient fort, parfois en même temps, le crépitement des flammes sur sa peau, les pas sourds sur le sol, les instruments cognant ses cornes… Mais si elle n’avait jamais été en bas, elle n’aurait jamais été. Ses frères et sœurs non plus ne seraient pas là. Si en dehors du palais il y avait vraiment d’autres gens, qui lui ressemblait, et d’autres qui pouvaient peut-être ressembler à ses frères et sœur, ce n’étaient pas eux pour autant.  Elle se contenta simplement de regarder son frère, toujours en souriant.
Il se pencha sur elle, et elle ouvrit les bras. Il la souleva, elle l’aida en se tenant à son cou, tout en faisant attention à l’œil qu’il avait sur la poitrine. Une fois bien installée dans les bras de son grand frère, elle regarda son petit pied se faire toucher par la main de Lycurgus. Les doigts de son frère étaient chauds. Elle agita ses doigts de pieds, il joua avec quelques secondes de ses longs doigts. Elle émit un petit bruit avec sa bouche, regardant l’œil sur le torse de Lycurgus avec un air interrogateur. Son grand frère comprit comme si elle lui avait clairement parlé et lui répondit.


-Non, les Jumeaux ne sont pas avec moi. Si non, tu aurais déjà tes chaussons.

Maimu fit un petit « oh ». Elle referma la bouche. Agitant un peu un de ses pieds dans le vide, semblant réfléchir quelques secondes. La petite fille émit un léger gémissement, tout en pointant la fenêtre de la main qui ne tenait pas son frère.

-Hm ? Dehors. Oui pourquoi pas...

Son frère se mit alors à marcher. Les pas de son frère ne claquaient pas autant que ses pieds nus à elle sur le sol. Ils étaient aussi moins nombreux, comme il était grand. Elle ferma les yeux quelques secondes, ayant l’impression d’entendre le balancier d’une horloge. Il y avait d’autre pas, un peu partout, quelques voix chuchotant. Quand elle ouvrit les yeux, ils étaient déjà devant une porte. Les tentacules de son frère sortirent pour ouvrir la porte, Maimu en effleura une du bout des doigts pour la caresser pendant qu’elle retournait dans la croix.

Lycurgus la posa sur le sol, se pliant un peu pour le faire, froissant le tissu des vêtements qu’il portait dans un bruit plus marqué que quand c’était sa robe blanche à elle qui se froissait un peu. La voix de son frère s’éleva encore une fois, et Maimu hocha la tête tout en prenant d’une main le tissu de la veste de Lycurgus pour le froisser encore un peu, écoutant le bruit, sentant la fibre sous ses doigts. C’était moins doux que sa robe, ou même que les draps dans lesquels elle dormait. La main toujours sur la veste, elle regarda autour d’eaux, le jardin qui était à l’extérieur, et plein des petits bruits de la nuit.
Il y avait de l’humidité un peu partout, ça perlait sur les feuilles et les troncs des bambous, et formait de petites flaques sur certaines pierres faites pour marcher dessus. Maimu fit quelques petits pas sur les pierres. Le clapotis de l’eau, le claquement de ses pieds et le léger bruit du vent étaient de jolis sons à entendre, un gros orteil se mouilla dans une flaque, ça surpris la petite fille qui eut un léger sourire avant de tapoter du bout du pied dans la petite flaque. Plic plic plic, l’eau éclaboussa autour d’elle. Quand il n’y eu plus d’eau dans la petite flaque, elle sauta à pied joint dans le sable.

Sous ses pieds nus, le sable était frais et craquait. Elle entendait le craquement doux, les grains qui se frottaient les uns les autres tandis qu’elle marchait dessus. Elle se mit à genoux, les grains crissèrent sous eux, et posa ses petites mains dans le sable. C’était rugueux, mais pas désagréable, c’était froid et humide, mais pas mordant comme le vent pouvait l’être quand il soufflait fort. Les grains n’avaient pas la même taille sous ses doigts, et quand elle les enfonça dedans, elle sentit les plus petits se loger sous ses ongles, poussant la peau tendre qu’il y avait dessous, la piquant aussi un peu. La petite fille retira sa main et regarda le dessous de ses ongles, là où ils s’étaient mis. Avec soin, elle frotta de son autre main, et retira avec ses autres ongles, les morceaux du sable qui étaient coincés. En se levant, elle regarda ses genoux.
Eux aussi avaient du sable sur eux, des grains s’étaient incrustés un peu dans sa peau, la rougissant. Du bout des doigts, elle fit rouler les grains de sables sur sa peau, avant qu’ils retombent avec les autres par terre. Ca ne faisait presque pas de bruit, ce n’était pas très drôle.

Au moment où elle se dit ça, le vent souffla plus fort, faisant bruisser les feuilles des bambous et cogner quelques troncs. Elle se releva vivement. Un bref éclat de rire perça le silence et elle s’élança en courant vers les bambous, enfonçant ses pieds nus dans le sable, en projetant un peu partout dans un bruit ressemblant à celui de la pluie.

Agrippant un haut et large tronc de ses mains, elle secoua la tige en se laissant tourner autour, forçant le bruissement des feuilles. De l’eau tomba des feuilles, créant une pluie fine qui claqua sur le sol, les autres feuilles, des flaques. La chouette qu’elle avait entendu tout à l’heure poussa un hululement sourd et étouffé. Elle eut un nouveau rire et secoua encore un peu plus la tige et les feuilles.
Un craquement sec et net, le tronc céda à sa base, penchant. Elle le retint sans difficulté et regarda autour d’elle, comme un petit animal pris en faute. Elle n’avait pas pensé mettre tant de force pour secouer la tige de bambou, maintenant elle était cassée. En plus la tige avait fait un bruit un peu trop fort et soudain pour que Maimu l’apprécie. Elle eut une petite grimace. Le bambou dans les mains, elle le souleva un peu, pour mieux l’allonger et le poser sur le sol, sans y aller brusquement. Le tronc du bambou fit un son creux quand il rencontra le sol, ça l’intrigua un peu. Elle tapota dessus du bout des doigts, accroupie devant lui. Tonc tac tonc selon où ses petits doigts pianotaient, ça ne faisait pas le même bruit, ça sonnait plus ou moins creux sur le bambou.
Relevant la tête pendant qu’elle tapotait, ses grands yeux dorés virent la lune. Elle était toute ronde, brillant, sans faire mal aux yeux, d’une lumière blanche comme il y avait en bas. Maimu arrêta ses tapotements et émit un gémissement désapprobateur en fronçant les sourcils. Elle n’aimait pas la lune, sa lumière lui rappelait trop en bas et elle n’aimait pas ce qui s’était passé en bas. Maimu n’avait pas envie que la lune reste dehors elle aussi, elle voulait profiter des petits bruits qu’il y avait, à faire les siens. Mais elle voulait être toute seule dehors, et son grand frère aussi, et les autres si ils venaient, mais pas la lune.

Elle se demandait, si elle arrivait à attraper la lune, si elle pourrait la briser, comme elle avait cassé le bambou, juste avec ses mains, pour faire cesser sa lumière. En se transformant elle pourrait voler jusque-là bas, prendre la lune entre ses mains, et appuyer fort. Mais elle n’avait pas le droit de se transformer, elle n’avait pas le droit de sortir en dehors du palais. Mais quand elle aurait le droit, elle le ferait, oui, comme ça ses frères et sœurs et elle, ne verraient plus jamais cette lumière blanche qui ressemblait à celle d’en bas.
Elle s’était arrêtée de tapoter en regardant l’astre. La lumière ne lui avait plus donné envie d’être dehors à profiter du calme et des tous petits bruits. Depuis qu’elle avait vu la lumière blanche de la lune, Maimu avait l’impression que le vent hurlait fort maintenant, que les feuilles sifflaient de manière aigue, que les troncs se fracassaient les uns contre les autres, que la chouette poussait des cris perçants.  La petite fille n’avait plus envie d’être là, elle voulait retourner à l’intérieur où c’était plus calme, plus familier. Plus rassurant. Elle revint des bambous sans faire attention aux bruits de ses pas sur le sable ou les pierres, retournant auprès de Lycurgus.


-Mmh.


Elle ouvrit ses bras devant son frère, attendant qu’il la porte de nouveau. Elle faisait un peu la moue, mais le regardait lui avec le même amour que quand il lui parlait tout à l’heure.
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Lycurgus
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MessageSujet: Re: Salamandre et croissant de lune   Mar 3 Mai - 0:02

Le silence ne fut percé que par les bruits naturels. Des bruits qu'ils n'avaient jamais entendu avant de passer leur première nuit à la surface. Le vent qui soufflait, s'engouffrant, faisant craquer le bois, trembler les panneaux extérieur lorsqu'il était violent, le martèlement de la pluie, le grondement et le roulement de l'orage, les intenses éclats de lumière des éclairs, l'eau ruisselant des toits pentus... Mais aussi les bruits de la vie, ceux des pas, des éclats de voix, du froissement des tissus, le son rythmé du marteau frappant une enclume, les bruits feutrés des portes coulissant, les grincements des grandes portes bardées de métal... Et les odeurs. Que dire des odeurs. Tout avait paru plus vifs, plus réels, plus... Plus. L'odeur de la nourriture était un véritable luxe. L'odeur de sa mère. L'odeur de bébé que dégageait parfois l'odeur des cheveux de sa jeune soeur. Le monde n'était jamais silencieux, même au coeur d'une nuit noire, le monde n'était jamais sans odeur. A tel point que Lycurgus se demandait s'il ne finirait pas noyé dans tout cela, happé, englouti.
Là, dehors, les oiseaux nocturnes, le vent, et les jeux de sa soeur, l'instant était paisible. Presque irréel. En bas. En bas était encore trop récent. Il entendait presque les pensées des Jumeaux, presque. Il entendait, ou plutôt ressentait celles de Maimu. Sa soeur découvrait le monde avec la curiosité d'un chat, et une curiosité enthousiaste. Elle touchait à tout. Encore un peu, il se serait attendu à la voir porter le sable à ses lèvres pour gouter, avant de se rappeler qu'elle avait déjà essayé dans le petit jardin au centre des appartements de leur mère, où Maimu et lui auraient dû se trouver. Il la regarda, avec une certaine tendresse, le dos voûté, sa carcasse pliée, sauter dans une flaque, avant de s'intéresser aux bambous. Il rit quand elle en cassa un, et qu'elle se retourna vers lui, ne sachant que faire avec son bambou entre les mains. L'instant de panique passa aussi fugacement qu'un nuage devant la face du soleil par grand vent, et la tige cassée devint un nouveau jeu, musical. Et puis, sa soeur s'immobilisa. Révoltée. Il se redressa, aux aguets. Par habitude. Il était difficile pour lui de véritablement se détendre. Lycurgus avait vu trop de ses compagnons être tirés de leur sommeil et de leurs lits par ceux d'en bas, pour ne jamais réapparaitre parfois, ou bien revenir diminués. Il avait été tiré de sa cellule, avait subi de tests, des expériences. Et ce lien si particulier qu'il entretenait avec chacun de ses frères et soeurs n'avait fait qu'exacerber sa nervosité, son angoisse. Il avait toujours craint que l'un d'eux ne survive pas à une expérience. Un lien qui se développait à peine avec sa mère, dont la présence était comme une lointaine source de chaleur, dont la constance ne faiblissait plus depuis qu'ils l'avaient retrouvée.
Maimu, son corps tendu, les poings serrés, avait levé la tête. Accusatrice, elle regardait l'astre qui rayonnait plein cette nuit là. Il sentit sa révolte, puis sa prise de décision. La fermeté qui l'animait. Il sourit, manquant de rire. Finalement, elle fut comme effrayée par sa propre audace, et fit demi-tour. Elle ne se préoccupa plus du sable, des flaques ou du bambou, mais seulement de revenir près de lui. L’œil amusé, il la regarda se planter devant lui, le regard empli d'espoir, tendant ses petits bras. Au lieu de ça, il lui donna une légère pichenette sur le nez.

-Je crains que tu ne puisses pas la casser comme ce pauvre bambou, commença-t-il l'amusement perçant dans sa voix, il parait même qu'elle peut prendre la forme d'un être de chair et de sang. Ils l'appellent Mizuki. Mais j'ai entendu dire qu'elle avait d'autres noms.

Il leva la tête vers la pleine Lune, qui semblait avoir dérangé sa soeur.

-Ce n'est pas sa faute s'ils ont imité sa lumière, poursuivit-il d'une voix trainante, songeur et peut-être un peu mélancolique, comme ils ont fait en sorte que nous imitions les surfaciens. Mère brille de cette lumière là aussi. Surtout quand elle fait prendre forme à ses bras... et tu aimes cette lumière là ? Alors pourquoi détester celle-ci ?

Il plongea son regard dans celui mordoré de sa soeur, qui fronçait le nez - un nez qu'elle avait frotté - et qui semblait réfléchir intensément. Il la sentait confuse. Il pensa qu'elle allait se mettre à trépigner, en dansant d'un pied sur l'autre, et en faisant des petits bruits. Il choisit de rire, un rire qui n'était pas joyeux, mais un rire quand même.

-Et tu pourrais détester ton lit, tes draps, parce que tu avais un lit et des draps en bas. Mais ce n'est pas non plus le cas ? Mais soit, tu veux rentrer. Alors rentrons. J'ai senti les Jumeaux s'agiter. Ne leur dit pas ce que tu as décidé, ils pourraient vouloir t'aider... Cela t'empêcherait d'être dans toute ta gloire si tu réussissais.

Lycurgus sourit, de ce sourire torve qui le caractérisait, et qui ne pouvait être autrement. Ses longs bras s'emparèrent de sa soeur, alors qu'il se relevait, dépliant son grand corps. Il était aperçu qu'il était grand, très grand, plus que la moyenne. Il se voûtait pour éviter se prendre des plafonds et des linteaux un peu trop bas, mais peut-être aussi pour paraître moins effrayant. Il cala à nouveau sa soeur contre son bras difforme, prenant soin de ne pas se faire éborgner par ses cornes. Il ne fit pas attention au fait qu'elle avait les jambes mouillées, et qu'elle avait éclaboussé sa robe, dont la blancheur devenait incertaine sur l'ourlet, et au niveau de ses genoux. Il leva son autre bras, et jouant avec la perspective, s'empara de la lune qu'il coinça entre le pouce et l'index.

-Et si tu t'en rapproches, tu ne pourras plus faire ça. L'attraper est facile d'ici, même si tu ne peux pas la décrocher.

Dans un geste théâtral, il agita ses cinq doigts, dans un mouvement rappelant celui d'un éventail que l'on ouvre, libérant la lune. Il rit à nouveau.

-Je te ferais grâce de la blague du voleur de nez, je crois ton garde te l'a déjà bien assez faite.

Remontant sur l'engawa, emportant sa soeur, ils quittèrent le jardin. Ses tentacules refermèrent les portes, et très vite, les sons externes furent étouffés, jusqu'à disparaitre lorsqu'ils regagnèrent les couloirs intérieurs du palais. La nuit s'étirait, mais ne serait pas éternelle. Une nouvelle journée d'ennui commencerait. Étrange cela aussi. En bas, ils avaient passé des jours entiers, des nuits, éveillés, à attendre, à n'avoir rien à faire, ni à penser. A la surface, cela n'avait pas tellement changé. Peut-être dormirait-il ? Mais à quoi bon ? Aucun d'eux n'avaient besoin de dormir aussi longtemps que les autres surfaciens.

-Oui moi aussi je me demande ce que demain apportera, murmura-t-il comme s'il avait peur de faire trop de bruit, de tirer les occupants de la forteresse de leur sommeil, peut être qu'entrer en croisade contre la Lune n'était pas une si mauvaise idée... Même si j'imagine que tu n'auras pas besoin de mon aide...


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Maimu
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MessageSujet: Re: Salamandre et croissant de lune   Jeu 30 Mar - 19:58

Sa tête se pencha sur le côté, la moue toujours aux lèvres mais le regard interrogateur, quand son frère lui expliqua que selon les autres, la lune pouvait prendre une forme normale. Lycurgus savait toujours ce qu'elle avait, c'était normal, c'était son frère Elle se demandait si elle avait parlé à la Lune, si celle-ci aurait disparut pour venir la voir sous la forme d'un être comme les autres. Ou est-ce qu'elle aurait été comme eux ? Mizuki ? Ça commençait comme son nom à elle, Maimu. Le M faisait un bruit rigolo quand il était dit, il avait un ton doux et un peu long, comme quand ses pieds collaient un peu au bois quand elle marchait. Elle aimait bien les M, et les P aussi. Le P faisait comme quand elle sautait sur les pierres pieds nus. Oui, c'étaient des jolis sons, surtout quand c'était Mère qui les disait.
Son frère lui posa alors une question, pourquoi ne pas aimer la lumière de la lune, alors que c'était la même que Mère faisait quand ses bras apparaissaient ? Et cette lumière là Maimu l'aimait beaucoup.

Son petit nez se fronça un peu plus. Oui pourquoi ? C'était de la lumière blanche qui ne piquait pas les yeux pour la lune comme pour Mère, et les deux lumières ressemblaient à celles d'en bas. Mais celle de Mère ne lui avait jamais rappelé en bas, jamais. La lune oui. Mais elle ne savait pas vraiment pourquoi, même en cherchant très fort. Elle avait toujours les bras en l'air et commença à se dandiner un peu alors qu'elle ne trouvait pas pourquoi elle aimait pas la lumière de la lune alors qu'elle aimait la lumière de Mère. Lycurgus rit, un bruit qu'elle aimait aussi parce qu'il ne le faisait pas souvent. Mais il n'était pas si joli que ça ce bruit, mais c'était son frère qui le faisait, alors elle l'aimait, même si il n'était pas joli. Il lui posa une nouvelle question, en parlant de ses draps et du lit, avant d'arrêter de l'embêter.
Il finit par la soulever et la prendre dans ses bras. Maimu remit les siens contre elle et se laissa faire. Elle offrit un petit sourire à l’œil de son frère, celui qui était en bas. Elle se sentait grande là haut, Lycurgus était grand, même si il était moins grand que Chrysaor ou Sithmaith.
Elle regarda les doigts de Lycurgus s'agiter et ils attrapèrent la lune. Maimu sursauta et voulu prendre la lune des doigts de son frère. Mais il la lâcha. Elle essaya alors de faire comme lui, agitant ses doigts pour tenir la lune entre eux. Elle réussit et émis un petit bruit de triomphe, mais en fait elle se rendit compte qu'on avait juste l'impression qu'elle la tenait elle ne l'avait pas vraiment. Il fallait vraiment monter pour atteindre la lune.

Lycurgus rit encore et elle fronça le nez d'un sourire quand il lui expliqua qu'il ne ferait pas semblant de lui voler son nez.
La première fois que Denjiro lui avait fait, ça avait été comme pour la lune et Lycurgus : elle avait cru qu'il avait vraiment son nez. Elle n'avait pas été apeurée, au contraire, elle avait été curieuse et avait voulu voir son nez de plus près dans la main du garde. Mais ça n'avait été que son doigt replié, alors ça n'avait plus eu d’intérêt. Il avait recommencé plusieurs fois, et avait fini par arrêter en voyant que ça ne l'amusait plus. Son frère les emporta tout deux à l'intérieur et les bruits de dehors furent lointain en quelques enjambés. La nuit était là depuis longtemps. La lune disparaîtrait pour laisser place au soleil et les bruits de la journée reviendraient. Elle les aimait moins que ceux de la nuit. Ils étaient trop nombreux, trop fort. Les gens parlaient et avaient des voix qui souvent n'étaient pas agréables. Il y avait les coups dans les meubles quand ils ne faisaient pas attention, la cacophonie des conversation, les rires forts, les cris, les chaussures qui claquent sur le bois sans rythme ni mesure, les portes qui coulissent, claquent, grincent, couinent... Rien que d'y penser Maimu grimaça de nouveau. Mais il y aurait aussi le matin très tôt les petits pas discrets des domestiques, l'effleurement des poils des balais sur le sol, le frottement des toiles mouillées, le bruit de l'eau qui coulera quand on les essors, le claquement du linge qu'on secoue.
Et ça recommencerait après le jour, les bruits de la nuit reviendront, elle voudrait jouer encore à faire des bruits, et Denjiro serait peut-être là encore une fois. Puis le jour reviendra, la nuit, le jour... Est-ce qu'il y aurait quelque chose qui changerait demain ? Est-ce qu'elle aurait le droit avec sa famille de sortir pour découvrir les bruits en dehors du palais ? Elle voulait voir ce que les autres avaient de différent d'elle et de sa famille pour qu'ils n'aient pas le droit de sortir...

Ses réflexions furent coupées par Lycurgus qui acheva sa phrase en se demandant si aller chercher querelle à la lune n'était pas une bonne idée en fin de compte. Ca changerait de leur routine habituelle. Maimu eut un rire, ce rire très bref qu'elle faisait. Elle le savait, elle avait eu raison tout à l'heure quand elle avait eu envie d'aller casser l'astre tout rond.
Un autre bruit s'ajouta au rire quelques instants plus tard, celui d'un long bâillement qu'elle ne pu contenir et qui lui fit des petits bruits de craquements dans ses oreilles quand sa mâchoire s'étira. Ses yeux se brouillèrent un peu et le dos d'un tentacule vint essuyer une petite larme qui avait perlé au coin de son œil. La fillette savait parfaitement ce que ce bâillement allait causer. Lycurgus voudrait la mettre au lit parce qu'elle était fatiguée, de toute manière c'était vrai qu'elle était sensé y être depuis un moment. Elle regarda l’œil bas de son frère et lui fit une moue suppliante, secouant la tête. Elle voulait rester avec lui et profiter de la nuit. Elle pourrait dormir plus tard, ça n'était pas si grave, en plus il avait dit que les jumeaux s'agitaient, ils allaient donc venir eux aussi, elle voulait être avec eux...
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Salamandre et croissant de lune

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