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 Araal Nerevar Vanarden, général des Griffons d'Argent de Fainros

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Araal Nerevar Vanarden
Officier
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Peuple : Drow, Galaedoran, mais Falastois d'adoption
Second(s) Métier(s) : Soldat de carrière
Grade : Général
Armée/Guilde/Institution : Griffons d'Argent de Fainros
Nombre de messages : 40
Localisation : Veillant sur Densham
Date d'inscription : 24/08/2007

MessageSujet: Araal Nerevar Vanarden, général des Griffons d'Argent de Fainros   Mar 11 Aoû - 11:26

I - Identité

Nom, Prénoms, surnoms : Araal Nerevar Vanarden.

Âge : Environ 328 ans.
Caste/Métiers : Général des Griffons d'Argent de Fainros, soldat de métier.
Peuple : Elfe Noir, Galaedoran.
Sexe : Masculin.

II - Description

Physique :
Comme la plupart des Drows, Araal est doté d'une peau à la couleur anthracite et d'une chevelure claire. Il est également d'une taille moyenne pour quelqu'un de son peuple, à savoir qu'il ne lui manque que deux centimètres pour atteindre le mètre quatre vingt. Taillé en V, Araal a de larges épaules et des hanches plutôt étroites. Sa musculature est développée, n'ayant cessée d'augmenter tout au long de sa carrière militaire. Aujourd'hui encore, il continue d'entretenir sa forme. Quelques cicatrices et tatouages blancs aux motifs tribaux galaedorans marquent sa peau sombre. Ses tatouages ressemblent aux glyphes que l'on peut trouver sur les murs des temples de l'île d'Urdor. Araal en possède un nombre assez conséquent, un sur le pectoral gauche, deux sur le haut de ses bras, un sur le bas ventre, et deux autres sur le côté de la cuisse gauche. Pour ce qui est des cicatrices, les plus visibles sont celles qui marquent l'emplacement de son oeil droit. Sa paupière est totalement close, et ressemble plus à un amas de tissus cicatriciels qu'à une véritable paupière. Trois lignes courent du haut de son front, passent sur sa tempe droite, et glissent jusqu'à sa pommette, souvenir d'un coup de trident, d'un adversaire ayant cherché à profiter de son point faible. Il n'a également plus aucun sourcil au dessus de son oeil manquant. L’œil restant est d'un bleu intense, dont la couleur s'éclaircit peu à peu en allant du bord de l'iris cerclé de noir, jusqu'à la pupille. Il est couronné de cils blancs et surmontés d'un fin sourcil blanc. Le restant de son visage a été épargné. Ses traits sont ciselés, avec des joues marquées, creusées, des pommettes hautes et prononcées, et un nez parfaitement droit à l'arrête plate. Son menton et sa mâchoire sont assez larges. Sa bouche est, elle aussi, plutôt large, avec des lèvres assez fines. Des rides ont commencé à apparaître, creusant de petits sillons au coins de ses yeux et quelques lignes sur son front. Ses oreilles se terminent bien évidemment en pointe, et elles dépassent légèrement de sa chevelure argentée lorsqu'il la porte simplement lâchée sur ses épaules. Araal portera volontiers ses cheveux de cette façon lorsqu'il n'est pas en service. Dans le cas contraire, il les portera parfaitement tirés en arrière, en une queue de cheval haute d'où ne s'échappera aucune mèche.  

Depuis qu'il est général, Araal se permet d'être moins militaire sans ses tenues, à savoir qu'il ne porte pas toujours l'uniforme ou l'armure, contrairement au temps où il était encore simple soldat ou lieutenant. Il n'y aura que ses chaussures qui ne changeront jamais. Araal ne porte que des bottes de cavalier, généralement des paires faites et confortables, puisqu'il pourrait avoir besoin de monter sur Tëhernëtar, son Griffon, à tout moment. L'uniforme de général des Griffons d'Argent, se compose d'un costume complet de couleurs, blanc, gris et argent : tunique blanche, avec pardessus, un long gilet au col droit gris et argent, puis un manteau long tombant à mi-cuisse, plus court au niveau de la taille, gris sombre pourvu d'épaulettes, un pantalon gris sombre parfaitement ajusté, maintenu par une ceinture de tissus gris et argent enserrant complétement la taille, et enfoncé dans des bottes de cuir anthracite et aux boucles argentées rutilantes. L'armure possède les mêmes couleurs. Elle est un savant mélange de cuir et de métal de nargoryth, pour être légère tout en protégeant efficacement le cavalier sur le dos de son griffon. Gambison et pantalon de cuir, renforcés par un plastron, épaulettes et des jambières de métal. A cela s'ajoutent gantelets et coudières métaliques, ainsi qu'un casque dépourvu de visière en forme de tête de griffon. Le casque de général d'Araal étant pourvu d'un cimier rappelant une queue de cheval de couleur bleue. Une armure pratique, permettant une grande liberté de mouvements.  
Quant aux tenues personnelles d'Araal, elles peuvent être assez surprenantes. S'il ne changera jamais de types de bottes, il lui arrive pourtant de se promener pieds nus. Il portera toujours des pantalons sombres, le plus souvent, noir, brun ou gris. En haut, sa préférence va aux chemises et tuniques à col ample, de couleurs généralement sombres elles aussi, bordeaux, rouge sang, bleu, vert, ou encore vert-bleu. Il y aura parfois des motifs, généralement petits, souvent ton sur ton, ou bien un ton plus foncé ou plus clair, restant assez discret. Coté matière, si Araal est exigeant pour ses pantalons, ces derniers doivent pouvoir résister à une chevauchée à dos de griffon, il l'est moins sur la matière de ses tuniques, même s'il a tendance à choisir celles qui sont en soie. Par dessus, il portera des vestes courtes, ajustées, mettant en valeur ses hanches, et ne le gênant pas dans ses mouvements, la coupe est assez militaire mais élégante. Lorsqu'il regagne le nord du Falast, il portera surtout des vêtements chauds et pratiques, doublés ou faits de fourrures.

Tëhernëtar, le griffon d'Araal, est lui aussi dans la moyenne pour un griffon. Mesurant un mètre trente au garrot, Tëhernëtar est un griffon puissant et dans la fleur de l'âge. Ses ailes ont une envergure de quatre mètres, et sont de couleurs fauves, légèrement mouchetées, et plus sombres à leurs extrémités. Son pelage et les plumes de sa tête sont d'un brun chaud, mouchetés de couleurs plus chaudes, parcouru ça et là de striures irrégulières plus claires qui sont en fait des cicatrices. Vers ses pattes, la fourrure prend également une teinte plus claire. Sa tête est assez fine, doté d'un bec puissant, recourbé et de couleur grise, fonçant vers l'extrémité également. Ses griffes sont de la même couleur que son bec. Ses oreilles sont longues, et sont généralement dressées de part et d'autre de sa tête. Ses yeux sont d'un gris très clair, tirant parfois sur le blanc, lui donnant un regard pénétrant. Lorsqu'il est avec Araal, et que tous deux sont en service, Tëhernëtar portera sa selle. Celle-ci couvre son dos de la base de son encolure jusqu'au dessus de sa queue. S'ils doivent se battre, un casque, ainsi que des jambières, une plaque ventrale, et deux protections articulées pour la base de ses ailes seront ajoutées. Lorsque Araal n'est pas en service, ni sur le terrain, Tëhernëtar ne portera rien, puisque Araal sait le monter à cru. Il a bien sûr le droit à sa propre couverture, et il en possède tout une collection.


Caractère :
Issu d'un milieu plus que modeste, Araal a gardé certaines des valeurs simples inculquées dans son enfance. Le première de toute étant le respect de chacun et de toute chose. Araal ne se revendique pas comme un fervent religieux, mais cette notion de respect mutuel est au centre de son monde. La droiture et la loyauté viennent en second. Araal a des principes, et il se laisse rarement détourner de ceux-ci, surtout si sa morale et sa conscience sont en jeu. En tant que soldat, Araal a appris à obéir, mais il n'a jamais été aveugle, même en étant borgne. Lorsqu'il est devenu officier, son sens du discernement est devenu plus important. Il l'est aujourd'hui d'autant plus qu'il occupe la position la plus haute dans la hiérarchie. Loyal, Araal l'est jusqu'à la mort, la moindre petite trahison peut peser sur son esprit aussi lourdement que tout le poids du monde. Sa loyauté le pousse également à défendre avec ferveur ce en quoi ou ce en qui il croit. Cependant, sa confiance est dure à obtenir, et il est encore plus difficile de le faire s'ouvrir. Sous des dehors assurés, affables, et sous ses traits d'humour et ses remarques sarcastiques, Araal cache une certaine sensibilité, une certaine fragilité. Si tout le monde le croit en pleine maîtrise de lui même, sûr de lui, alors ce qu'il donne très bien le change. En son fort intérieur, Araal doute toujours un peu de lui-même. Sa prise de pouvoir en tant qu'officier s'est faite dans des circonstances particulières, et il est souvent à se demander s'il sera à la hauteur. Sa plus grande crainte serait de causer la mort des soldats sous ses ordres suite à une mauvaise prise de décision. La mort hante la vie d'Araal, et sa présence lui rappelle toujours que la vie est fragile. Avec les années, il est devenu difficile pour Araal de s'attacher et d'avoir des relations qui ne se limitent pas à des relations professionnelles cordiales ou amicales. Sa loyauté le dessert alors, puisqu'il aura tendance à s'accrocher aux souvenirs des morts, construisant des murs autour de lui avec ses souvenirs, refusant souvent d'aller de l'avant pour ce qui est du plan personnel. En tant que professionnel, Araal sait mettre ses états d'âmes de côté, agir et réagir avec efficacité et rapidité. Plus jeune, il était très impulsif, et cette impulsivité, si elle a été atténuée avec le passage des ans et la discipline militaire refait parfois surface. Araal a encore parfois des résurgences du jeune Galaedoran audacieux venus s'enrôler dans l'armée du Falast, voulant vivre autre chose que la vie d'insulaire. Cette impulsivité se couple à l'audace, une certaine malice et une grande propension à la moquerie, à la taquinerie. Qui aime bien châtie bien. Son impulsivité le pousse encore parfois à prendre des décisions sur un coup de tête, notamment lorsqu'il désire trouver un peu de tranquillité et d'être injoignable et introuvable, pour échapper un peu aux responsabilités de son quotidien. C'est cette même impulsivité qui lui donne aussi un petit côté autoritaire, lorsque les choses ne vont pas assez vite à son goût. Il n'est pourtant pas prompt à la colère, et pour qu'il sorte de ses gonds, il en faut beaucoup, ou bien il suffit se savoir où frapper. Araal ne cherchera jamais la vengeance, à laquelle il préfèrera l'indifférence, qui est une attitude bien pire selon lui que de vouloir rendre la monnaie de sa pièce à quelqu'un.

Armement :
Araal manie impeccablement la lance, la hallebarde, et généralement tout type d'armes longues. Il est aussi capable de manier l'épée, préférant bien souvent les lames à deux mains. Son éducation de futur chasseur-trappeur et sa formation de soldat lui ont également donné de solides compétences en archerie. Sur lui, lorsqu'il n'est pas sur le terrain, Araal portera simplement une épée de type espadon dans son dos, ou bien une paire de dagues arrochées à sa ceinture, et un couteau supplémentaire dans une de ses bottes. Le métier de soldat rend quelque peu prudent.

Pouvoirs :
Araal est très loin d'être un mage, mais il s'y connait un peu en glyphes. Il ne saura rien faire de spectaculaire, étant plutôt porté sur une magie pratique. En dehors de cela, il n'a aucun pouvoir particulier.

Passions & Phobies :
Araal aime avoir ses moments de vie privée, ces moments de calme, qu'il ne partage qu'avec lui même, ou bien en présence de Tëhernëtar. Ces moments là sont un moyen de se recentrer sur lui-même, et de pouvoir être plus serein. Les vols sur le dos de Tëhernëtar et les étendues neigeuses du nord du Falast sont chers à son coeur. Araal aime se retirer dans le petit village d'Ynis, sur la côte nord du Falast, passer du temps dans son petit chalet, à voler et trainer dans les fjords, s'arrêtant parfois pour pêcher. La chasse et la pêche ont pour lui un petit goût de nostalgie, tout comme la viande grillée simplement sur le feu, qui lui rappellent son enfance sur les îles de Galaedor. S'occuper de Tëhernëtar, le brosser, prendre soin de ses ailes, est un rituel qu'il ne manquerait pour rien au monde. Araal n'est jamais bien loin de son griffon, et l'inverse est également vrai. On peut dire qu'Araal aime la solitude et avoir son intimité, tout comme il aime aussi être entouré. Araal aime passer du temps parmi ses soldats, et il perpétue avec dévouement la tradition des Griffons d'Argent, qui veut qu'au moins une fois par mois, les soldats se réunissent et fassent une fête, sans véritable raison. C'est là l'occasion de jouer, manger et boire jusqu'à n'en plus pouvoir, et d'intégrer les nouvelles recrues ou les soldats tout juste affectés à un nouveau poste. Araal avoue volontiers qu'il est un joueur invétéré. Son jeu préféré étant le rùl, dont il a appris toutes les ficelles auprès de son ancienne supérieure hiérarchique. Il participe parfois aux courses de vitesse entre griffons d'Argent, sachant qu'aucun d'entre eux ne laissera gagner parce qu'il est leur supérieur.  Il n'est pas mauvais perdant, et sait se montrer gracieux. Araal apprécie aussi une bonne séance d'entrainement, le genre épuisante mais qui laisse un profond sentiment de satisfaction. Il mène globalement une vie plutôt saine, mais il lui arrive de faire quelques excès, exceptionnellement. Araal redoute les bals, et de devoir danser. Il a toujours le sentiment d'être gauche, si bien qu'il s'arrange pour ne pas avoir à subir les danses lors des banquets et fêtes auxquels il assiste quand la couronne du Falast l'invite. Il n'aime pas particulièrement les réunions d'état-major, surtout lorsqu'il pressent qu'elles risquent de s'éterniser.

III - Histoire


Le vent venu de la mer de Fordaëtha balayait le port et la cité aux maisons majoritairement bâties en bois, avec leurs cheminées de granit. La plupart des cheminées fumaient. Elles fumaient souvent aussi loin au Nord du Falast. Elles ne s'éteignaient qu'au coeur de l'été. A la fin de l'hiver, la plupart des habitants ne refusaient pas une bonne flambée, une tasse de thé chaud au miel sauvage ou de vin chaud épicé venus du Sud par caravanes ou par bateaux. Serelval était encore couverte de neige. Les rues et les places avaient été dégagées, la neige repoussée sur les bords, pour que chariots et passants puissent se frayer un passage. La neige s'était parfois changée en boue brunâtre sur les pavés ou les planches qui recouvraient le sol des rues. Les ruelles les plus petites n'étaient plus que des sentiers boueux, qui crottaient les bottes et le bas des manteaux. Le vent portait l'odeur iodée de la mer, celle plus entêtant du port, avec cette odeur de poisson et d'algues persistante, mais il portait aussi celles des étals de poissons en train de griller. Son estomac faillit gronder à l'idée d'un bon morceau de poisson juteux, à la peau craquante et à la chair ferme mais fondante, saupoudré de gros sel. Au lieu de ça, le jeune Drow se balança d'un pied sur l'autre, changeant d'appui. Il jeta un coup nerveux aux alentours, cherchant un visage familier dans les passants, craignant d'être découvert. Derrière lui, une dizaine de personnes attendaient patiemment leur tour. Une sorte de guérite avait été installée sur la place. Une tente de toile avait été tendue, solidement arrimée par des piquets, à son sommet claquait l'étendard de la couronne Falastoise, et devant son ouverture, était placée une longue table en bois, marquée par le passage du temps. A l'intérieur, il pouvait voir des coffres rectangulaires, sans la moindre fioritures, deux gros braseros qui dégageaient de la chaleur jusqu'ici, une table ronde, une paire de chaises pliantes, une cruche, deux gobelets, et les reliefs d'un repas.
La couverture en cuir épais du registre se referma dans un claquement sec. L'officier, assis à la table barrant l'entrée de la tente, leva à nouveau les yeux vers l'adolescent nerveux qui se tenait devant lui. Le gamin était élancé, peut être un peu trop maigrichon, même sous les fourrures qu'il portait pour se préserver du froid. L'adolescent se dandina d'un pied sur l'autre, incertain. L'officier jeta un coup d’œil au soldat qui l'accompagnait. Ce dernier fit la moue et haussa les épaules. Ce n'était pas lui qui décidait. Le gradé soupira. Il souleva le morceau de granit qui lui servait de presse papier, et prit un des plis pré-imprimés qui se trouvaient en dessous. Il reposa vivement le presse papier, avant que les feuillets ne s'envole avec le vent venant de la mer, et que la guérite ne coupait pas. La toile claquait à chaque bourrasque, apportant le froid de la mer de Fordaëtha, des glaciers du Nord, de l'Archipel. Le Drow sous ses fourrures ne semblaient pas indisposé par le froid.

-Vanarden c'est ça ?


-Oui monsieur.

La voix du gamin ne tremblait pas et son regard était assuré. L'officier s'empara du sceau officiel, le trempa dans l'encrier, l'apposa au bas du feuillet d'un coup énergique, avant de signer. Il jeta du sable pour absorber le surplus d'encre, secoua le feuillet pour le débarrasser du sable, avant de le tendre. Un sourire illumina le visage du jeune Drow alors qu'il prenait le papier, le pliait et le glissait sous ses fourrures.

-Après le temps des moissons, tu te rendras à Valin, aux baraquements de l'armée, ils sont pas difficiles à trouver. Tu seras intégré comme nouvelle recrue. Le reste dépendra de toi.


-Oui monsieur

Le recruteur lui jeta un nouveau coup d’œil, avant de lui signifier de partir d'un signe de la main. Le Drow inclina légèrement le buste, avant de s'en aller. Le soldat renifla, se moucha dans ses doigts, avant de s'essuyer le nez d'un revers de manche. Le prochain candidat au recrutement s'avança, prenant la place du Drow devant le pavillon que l'armée royale installait tous les ans, juste avant le début du printemps, pour recruter de nouveaux membres. Des installations semblables fleurissaient partout dans les duchés du Falast, et à l'automne, des centaines de jeunes gens prenaient la route pour se rendre à Valin et devenir soldats. A Valin, ils seraient logés et nourris, mais aussi entrainés, d'abord communément, sans distinction, pendant trois années, avant d'être répartis dans les différents corps d'armées, et entrainés dans cette spécialisation pendant deux années supplémentaires. Tous les plus ambitieux aspiraient à devenir Griffon d'Argent, seuls une poignée d'élus intégraient les rangs de cette élite militaire prestigieuse.
Les aspirations d'Araal, elles, étaient simples : quitter les îles de la mer de glace, ne pas suivre la même voie que ses parents ni celle que son frère avait prise. L'armée lui offrait une porte de sortie, un moyen d'échapper à la vie insulaire. Lorsque l'armée Falastoise recrutait, elle acceptait les Galaedorans, comme elle acceptait les jeunes Norrois de la Grande du Nord ou les jeunes Centaures. L'armée le logerait et le nourrirait, oh certes en échange il devrait travailler, mais cela ne lui faisait pas peur. Travailler, il le faisait déjà, avec son père ou bien son frère, ou encore avec sa mère quand il s'agissait de transformer les peaux d'animaux fraîchement dépecés en fourrures prêtes à être cousues et portées. Le feuillet confirmant qu'il s'était engagé et qu'il était attendu à Valin, il le garderait précieusement sur lui, et ne dirait rien jusqu'au moment de partir. Peut-être même ne dirait-il rien, se rendrait-il sur le continent profitant de la traversée d'un bateau de pêche comme aujourd'hui, et ne reviendrait pas. Il leur laisserait un petit mot, de son écriture mal assurée aux mots maladroits. Il pensait qu'il aurait pu mieux se débrouiller s'il avait continué à se rendre à l'école du temple de Nëmen. Mais quand il eut onze ans, son père avait décrété que cela suffisait. Araal avait alors commencé à passer ses journées, parfois ses nuits, dans les hauteurs, forêts et montagnes des différentes îles, à traquer le gibier, poser des pièges, tirer à l'arc, dépecer les animaux, récupérer la peau, la viande, et les os, à tanner les peaux, mettre la viande en saumure, la cuisiner. Monter un camp, faire un feu, trouver de l'eau, de quoi se nourrir en l'absence de gibier... Il avait aussi appris la patience, la rigueur. L'endurance et la persévérance lui étaient venues, et avec elles, l'esprit d'initiative et l'ingéniosité. Son père disait qu'on pouvait chasser avec pratiquement rien si l'on savait s'y prendre. Araal avait dit tout cela au recruteur de l'armée du Falast, et le soldat derrière lui, affublé d'un nez rouge à cause d'un rhume, avait dit qu'il intégrerait très certainement les éclaireurs. L'officier lui avait jeté un regard noir, mais avait convenu que des talents comme les siens pouvaient en effet, lui assurer un place d'éclaireur. Sous conditions qu'il devienne en effet un soldat.



***


Le geste lui était devenu familier depuis maintenant près de quatre ans. Tenant son épée par la poignée, alors qu'elle était posée sur ses genoux, Araal faisait doucement glisser le morceau de tissus huilé pour faire briller la lame et faciliter son extraction du fourreau dorsal qu'il commençait à utiliser. Un petit couinement lui fit détourner le regard. La grosse boule de poils qui lui servait de griffon dormait à côté de lui, prenant toute la place et rêvant bruyamment. Tëhernëtar avait été son cadeau d'intégration au sein des Griffons d'Argent au début de l'année, après avoir passé trois ans en tant que nouvelle recrue. Tyrri, la Galaedoranne avec qui il avait fait le trajet depuis les îles jusqu'à Valin, l'avait félicité et s'était extasiée sur le petit griffon qu'il tenait entre ses doigts, oubliant sa propre déception. La blondinette était partie de l'archipel en souhaitant intégrer les rangs prestigieux des Griffons, et durant leur voyage jusqu'à Valin, elle n'avait cessé de parler des exploits des cavaliers. Araal avait écouté patiemment, se disant qu'il aurait de la chance s'ils intégraient véritablement l'armée. Tyrri n'avait pas été la seule à vouloir intégrer les Griffons d'Argent, même si d'autres disaient vouloir devenir dragonniers, d'autres encore, avaient déjà un frère, une soeur, ou un membre de leur famille dans l'armée, et voulaient se contenter d'une carrière militaire décente. D'autres avaient envie de postes de planqués, dans l'administration ou dans les gardes des cités du Falast. Les baraquements n'avaient pas été difficiles à trouver, les étendards qui flottaient au vent au dessus des bâtiments avaient été un aussi bon indicateur que la foule de jeunes gens se présentant aux portes avec leur convocation. Araal avait conservé le précieux feuillet que lui avait donné le recruteur de Serelval, il l'avait habilement caché à sa famille, l'avait préservé jusqu'à la fin de l'été. Puis, il était parti. Il avait quitté son île pour gagner le continent. Là, il avait pris la route le plus vite possible, avant que son père ou son frère ne puisse le rattraper. Il avait rencontré Tyrri sur le chemin, après avoir gagné le duché de Fainros. Ils avaient descendu le Duinfain ensemble atteignant finalement Valin.
Ils avaient souffert les premiers mois, les officiers formateurs n'étaient pas tendres, et les rangs des nouvelles recrues avaient commencé à s'éclaircir au bout de trois mois. Un tiers ne termina pas l'année, mais après cela, les départs furent plus rares. Durant trois ans, l'armée leur mena la vie dure, les formant durement. Un traitement qu'Araal n'eut pas trop de mal à supporter, dormir dehors ne le gênait pas, escalader des falaises non plus. Tyrri s'en sortait bien elle aussi, et ils se soutinrent mutuellement, quitte à être la cible de rumeurs. Araal ne lui aurait jamais avoué, qu'elle lui plaisait, si elle n'avait pas fait le premier pas. La douceur du corps de Tyrri contrastait avec son apparente rudesse et ses muscles durs façonnés par les nombreux exercices. Leur relation, ils la vivaient le plus discrètement possible, évitant que leurs supérieurs l'apprennent. Comme ils avaient été proches dès le début, personne n'y trouvait rien à redire. Et ils n'avaient pas vraiment le temps d'approfondir le sujet. Les journées étaient longues, les nuits souvent courtes. Araal apprit à manier les différentes armes de base du soldat, l'épée ou le glaive, la lance, l'arc ou l'arbalète ; à parer avec un bouclier, à supporter le poids de l'équipement, à marcher sur de longues distances, à bivouaquer... Et à obéir aux ordres, à respecter la hiérarchie, sous peine de passer de très longues heures à briquer les latrines ou à en creuser. Araal vit son corps changer, il avait encore grandi, mais il s'était aussi épaissi, prenant de la masse musculaire. Son visage perdit les dernières rondeurs de l'enfance, devenant peu à peu celui d'un homme. Sa longue chevelure qu'il avait coupée avant de venir, commençait à peine à repousser. Ses mains étaient devenues encore plus calleuses, et ses mains et ses avant-bras étaient parcourus de cicatrices plus ou moins grosses.
Durant la troisième année, les entrainements furent couplés au véritable premières heures de service au sein de la garde du Valin, ou bien en patrouille le long des Falaises Blanches. Araal connut alors ses premières échauffourées avec des contrebandiers et des rafleurs. Ces derniers étaient de véritables raclures aux yeux du Drow, puisqu'ils s'en prenaient à des gens désarmés, souvent des enfants, qu'ils capturaient pour revendre sur le continent Sud. Si les contrebandiers avaient plus de chance de s'en sortir face à la justice Falastoise, les rafleurs finissaient généralement au bout d'une corde ou bien la tête tranchée. Araal tua son premier homme lors d'une ses échauffourées. Ce fut aussi la première fois qu'il vomit sur un cadavre. Tuer un homme était très différent que de traquer et chasser du gibier. Le visage du mort le hanta longtemps. Il ignorait s'il devait se sentir coupable, ou bien fier d'avoir accompli son devoir de soldat. Son officier supérieur lui apporta la réponse en disant que peu importait. Il n'y avait pas de quoi se réjouir de la mort d'un autre, encore moins d'avoir versé le sang, mais la demi-douzaine d'enfants et les trois adolescents retrouvés dans des cages pourraient rentrer chez eux sains et saufs.
A l'issue de cette troisième année éprouvante, les jeunes recrues obtinrent le grade de soldat, et furent réparties dans les différents corps de l'armée Falastoise. Certains furent envoyé dans d'autres duchés pour y servir directement, et d'autres comme Araal restèrent à Valin pour y être formés pendant deux ans supplémentaires. Araal fut intégré aux futures Griffons d'Argent, bien qu'il n'ait rien fait de particulier pour avoir un tel honneur. Il n'en avait même jamais tant espéré. Il aurait pensé qu'on l'aurait envoyé dans un régiment quelconque, au sein des éclaireurs, et qu'il aurait gagné sa solde comme n'importe quel autre soldat. Au lieu de ça, on lui remit un jeune griffon, pouvant à peine voler, et on l'assigna à de nouveaux quartiers, non plus dans les baraquements qu'il avait toujours connu, mais dans ceux réservés aux cavaliers griffons, au Collège de Valin, perché au dessus de la cité et des falaises.


***


-Par le fondement Morjurn ! On se les gèle ici ! Et arrête de ricaner môssieur l'Galaedoran, ou j't'y renvoie d'un bon coup de pied au cul moi dans tes îles !

Tëhernëtar jeta un regard consterné à son cavalier. Le griffon était devenu une créature majestueuse, au pelage brun et fauve, au bec sombre et aux yeux d'un gris argent limpide. Il était devenu suffisamment grand et fort pour pouvoir porter un cavalier et son équipement. Araal le montait depuis sa seconde affection, lorsqu'il avait quitté le Duché d'Olmbryn pour les Marquisats des frontières avec l'Inwerin et le Maëldan. Sa troisième affectation l'avait ramené dans le Duché de Serelval où tout avait commencé pour lui. Tëhernëtar l'avait alors porté durant la majeure partie du voyage, les conduisant à travers les forêts d'épineux et les flancs de la Grande du Nord jusqu'à Serelval, où ils avaient en suite été envoyé jusqu'à un fort perdu sur les hauteurs de falaises, un peu comme à Valin, mais sans le beau temps, pour surveiller la côte. Le trajet avait été éprouvant pour Tëhernëtar comme pour Araal, mais aussi pour les autres jeunes Griffons. Les plus anciens qui avaient voyagé avec eux s'étaient moqués de leur manque d'endurance. Aujourd'hui, s'était à son tour de se moquer. Tëhernëtar avait développé une épaisse fourrure qui le protégeait du froid. Quand à Araal, il ne lui avait pas fallu longtemps pour que son corps se réadapte au climat local, y ayant vécu jusqu'à ses quinze ans. Et quand un de ses camarades se plaignaient un peu trop, il lui rappelait gentiment qu'il avait plus de chance de se peler les miches sur le continent que sur les ponts des navires de patrouille qui poussaient parfois jusque dans les eaux de Galaedor. Et quand on lui demandait comment il faisait pour supporter ce froid, cette neige, il répondait qu'il était né dans le coin, et qu'il avait l'habitude. Il ne se passait pas un jour sans que quelqu'un ne se plaigne du froid. Lui aussi, au début, avait participé à la litanie de plaintes qui s'élevaient des bouches des soldats natifs du sud ou du centre du royaume. Puis il avait rejoint les rangs des natifs du Nord, qui se contentaient de hausser les épaules quand on leur demandait s'ils avaient froids. Le fort qu'occupait la garnison était bâti en pierre et en bois, et si à l'extérieur la neige régnait en maîtresse cruelle une partie de l'année, à l'intérieur, il faisait chaud et sec. Une grappe d'aide de camp monta sur les remparts, trainant avec eux un lourd chaudron, une louche, des écuelles et des tasses - toutes de taille réglementaire.

-Pas trop tôt ! commenta son compagnon en les voyant arriver.

Toutes les heures, une nouvelle grappe montait sur les remparts, et distribuaient des boissons chaudes ou de la soupe avec morceaux aux hommes et aux griffons qui stationnaient sur les murs. Ceux qui étaient de service se les gelaient dehors, scrutant l'horizon. Parfois une paire de cavaliers décollaient, permettant à leurs griffons de se réchauffer en volant pendant une petite heure, avant de redescendre. Les autres attendaient le retour des patrouilles en sortie, ou bien qu'on les appelle pour effectuer une sortie en cas de problème, aussi bien sur la côte que dans les terres. Araal avait eu l'occasion d'expérimenter différentes vies au cours de ses différentes affectations. A Olmbryn, il avait surtout vécu comme un simple fantassin, Tëhernëtar n'étant pas assez grand pour être sa monture, si bien qu'il avait surtout fait partie des patrouilles à pieds ou bien de la garde de la cité ou du palais ducale. Il y avait passé deux ans, avant d'être envoyé dans les Marquisats, durant quatre années où il avait pu commencer à entrainer Tëhernëtar au vol, et à supporter son poids, en compagnie d'autres Griffons d'Argent, et à arpenter les frontières sur le dos de son griffon. De ce qu'il avait pu constater, les contrebandiers préféraient la côte d'Olmbryn, les hors la loi adoraient passer par les Marquisats, et les rafleurs ne faisaient aucune distinction. Ici, aussi loin au Nord, les seuls véritables problèmes étaient quelques Norrois braconnant sur les terres du Duc, et des pêcheurs un peu trop zélés qui continuaient même après la fermeture de la pêche. Jusqu'ici, Araal n'avait jamais participé à des patrouilles qui se terminaient dans le sang, sans quand il s'agissait de chasser les orvökki, ou d'autres créatures de ce genre qui finissait toujours par s'approcher des villages ou des scieries. Le Sud devait être trop loin pour les Rafleurs, et ils étaient trop loin de la Côte Déchiquetée pour être pris dans le conflit entre Norfendre et Tiërn. Serelval leur offrait à lui et à son griffon l'opportunité de développer le lien qui les unissaient, d'être plus endurants, plus vifs, plus forts aussi. Parfois, le regard d'Araal se portait sur la mer, vers le Nord. Il se demandait comment vivait sa famille, si son frère s'était marié, et si son père continuait de chasser pendant que sa mère s'occupait de vendre la viande et les peaux... Araal n'avait jamais reçu de réponse à la seule lettre qu'il avait envoyée après avoir atteint Valin.

-Bah alors, t'en prends pas ?


-Ah ? Si. Merci.

Un coup de coude venait de le tirer de ses pensées, et il prit respectueusement la tasse métallique emplie de soupe chaude qu'on lui tendait. Une écuelle fut déposée pour Tëhernëtar qui émit un petit cri de remerciement. Le liquide chaud lui réchauffait les paumes. Araal but un peu, prenant le temps de mâcher les morceaux de blé, de légumes  et de viandes qui composaient l'épaisse soupe. Le regard de son compagnon d'armes était toujours posé sur lui. Araal tiqua, retroussant légèrement la lèvre supérieure.

-Quoi ?

-Tu sais si tu t'inquiètes pour Brelvos, faut pas, il connaît la région comme sa poche. Lui aussi il a grandi ici.

Araal pencha la tête sur le côté, surpris. Il ne s'attendait pas à ce genre de réflexion venant de Tolvar, qui deux minutes avant jurait comme un charretier, pestant contre le climat, surtout pour le plaisir, puisque lui aussi était originaire du coin. Finalement, le Norrois n'était peut-être pas simplement qu'une grande brute à grande gueule. Araal le regarda comme s'il le voyait pour la première fois, se demandant ce qu'il savait vraiment. Tëhernëtar s'était arrêté de manger à la mention du nom de Brelvos, en voyant l'attitude de son cavalier. Araal finit par secouer doucement la tête, un sourire s'épanouissant sur ses lèvres.


-Je le sais. Mais ce n'était pas à ça que je pensais. Je sais qu'il reviendra, et que les deux gamins tombés dans la crevasse en sortiront vivants grâce à lui.

Tolvar plissa ses yeux d'un bleu limpide, lissa sa barbe blonde d'une main. Comme la plupart des Norrois de l'Ouest, il portait les cheveux longs et la barbe, parfois agrémentés de tresses et de perles en ivoire ou en os.

-Là dessus y'a pas de doute, finit-il par lâcher, c'est que Brelvos, c'est le meilleur éclaireur du coin.

Araal ne put s'empêcher de sourire à nouveau, hochant la tête. Tëhernëtar se remit à manger et son cavalier à boire. Le regard du Griffon d'Argent se porta vers l'Est, vers les cimes de la Grande du Nord, vers ses flancs couverts d'épineux et de neige. Brelvos était quelque part là dedans, avec un détachement d'une dizaine de soldats pour secourir deux gamins pris dans les glaces. Le sol s'était effondré sous leurs pieds, et s'était un troisième larron, ayant réussi à ne pas tomber, qui était venu les chercher. A cette période l'année et à l'endroit où ils étaient situés, la garnison pouvait largement se passer de dix hommes. Araal ne s'inquiétait pas vraiment pour l'éclaireur Norrois. Brelvos connaissait son métier et la région. C'était même lui qui avait guidé cavalier et griffon à leur arrivée, pour les mener jusqu'au fort que la garnison occupait. Pour les griffons d'Argent nouvellement arrivés et nouvellement formés - Araal savait que ses six années de service actif n'était rien comparée à l'expérience accumulée pendant des dizaines, parfois des centaines d'années, d'autres soldats - c'était lui aussi qui leur avait montré les différentes zones où ils pouvaient s'entrainer au vol, au combat, à dos de griffon. L'espace ne manquant pas ici Autour de fort, il y avait bien quelques villages, des hameaux disséminés ça et là, mais le reste n'était que vastes étendues plates, jusqu'à la lisère de la forêt boréale, et la base des montagnes. Là, il y avait plus de villages, Falastois se mêlant aux Norrois. Les flancs de la Grande du Nord offraient des terrains d'entrainement particuliers et très plaisant. Tëhernëtar était lui aussi très jeune, et la vue de la neige l'avait rendu fou. Roulades, sauts et ébrouements avaient suivi cette découverte. Le griffon avait fini par se calmer depuis maintenant trois ans qu'ils vivaient là. Trois années dans une région plutôt calme, surtout faite pour que les jeunes cavaliers et griffons prennent du muscle, de l'endurance... soient rodés à ce qu'on attendaient d'eux. Araal ne s'en plaignait pas, il aimait les étendues neigeuses, la sensation de liberté sauvage quand il lâchait la bride à Tëhernëtar, laissant le griffon voler comme il en avait envie.


-Ca aussi je le sais, finit-il par répondre après un instant de silence.

-Oh mais je n'en doute pas. Et tu dois aussi savoir bien d'autres choses.

Araal éclata d'un rire franc, donnant un petit coup de coude à Tolvar. C'était de notoriété publique que le Drow entretenait une relation sérieuse avec le meilleur éclaireur de la garnison. Brelvos, en dépit de sa rude apparence, était un grand timide et la personne la plus douce qu'il ait connue. Rouge comme une pivoine, il lui avait demandé un soir, si prendre une tasse de thé chaud, avec du miel produit par son village natal, lui disait. Il devrait toujours se souvenir de sa touchante maladresse. Il avait en suite précipitamment ajouté qu'ils ne seraient que tous les deux, mais qui si ça ne lui disait rien, ce n'était pas grave. Araal avait accepté, et par la suite, ce fut presque comme un rituel pour eux de se retrouver à la fin de leur service. Parfois dans le fort, dans une pièce qu'ils savaient tranquille, ou bien dehors, et ils étaient alors accompagnés de Tëhernëtar qui était toujours enthousiaste à l'idée de faire un peu d'exercice en plein air. Brelvos était comme un roc au milieu de la tempête, toujours solide et calme. Une sagesse qu'Araal ne possédait pas. N'ayant même pas trente ans, il se savait être encore un jeunot, et il avait parfois l'impulsivité et la fougue de la jeunesse, s'enflammant et se passionnant pour beaucoup de chose. Brelvos souriait souvent lorsqu'il l'écoutait parler, et Araal avait l'impression de pouvoir tout lui dire. Depuis maintenant un an, ils étaient devenus amants, après une escapade durant la belle saison. La garnison était au courant, mais personne n'y trouvait à y redire. Brelvos comme Araal savaient mettre de côté leurs sentiments lorsqu'il le fallait. Si Araal était encore jeune, la discipline militaire lui avait appris à se maîtriser et à obéir aux ordres. Tout comme aujourd'hui il ne s'inquiétait pas du sort de son compagnon, ce dernier ne l'empêcherait pas d'aller en patrouille par peur qu'il soit blessé.

-A quoi tu pensais alors ? poursuivit Tolvar, si ce n'était pas à Brelvos.


-Jaloux et curieux hein ? A ma famille, dans les îles. Je ne les ai pas revu depuis que je suis parti pour Valin.

-Ah.

Une fois de plus le Norrois lissa sa barbe, ne sachant pas vraiment quoi répondre. Araal se pencha pour déposer sa tasse vide au sol, contre le rempart, avant de se redresser. Tëhernëtar se releva, en alerte, avant de glapir. Son cavalier plissa alors les yeux et désigna un point mouvent à l'horizon.


-Ils sont de retour.

-Ah en fait c'est ton griffon qui fait tout le boulot.


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Araal Nerevar Vanarden
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MessageSujet: Re: Araal Nerevar Vanarden, général des Griffons d'Argent de Fainros   Mar 11 Aoû - 11:47

***

Les couverts tintèrent bruyamment contre l'assiette ouvragée encore à moitié pleine. Tous les regards se tournèrent vers le prince Densham. Il venait de se lever comme si un serpent l'avait mordu - ce qui était peut-être le cas - et s'excusant d'une manière peu convaincante, quitta la table et la salle de réception précipitamment. Araal se tenait en retrait, debout contre un pilier en bois, lance à la main, posée contre son torse. Avec cinq autres soldats des Griffons d'Argent, et leur capitaine, Ataya -qui elle, était assise à la table - ils assuraient la protection du Prince en priorité, et de sa suite en second temps. La couronne de l'Inwerin avait également détaché un petit contingent de la garde de Celebalda pour assurer la sécurité des Falastois de haute lignée. Les Griffons en faction portaient leurs armures, elles étaient plus légères que celle des fantassins ou des cavaliers classiques, puisqu'ils devaient être le plus léger possible pour que leurs griffons puissent supporter leur poids. Leur armure était un mélange de plaques de métal de Nargoryth, de maille, et de cuir, le tout dans les tons gris et argent, jusqu'à leurs bottes de cuir gris. Dessous, pantalons, gilets matelassés et tuniques étaient eux aussi gris. Ils portaient également un casque qui n'était pas sans rappeler la tête d'un griffon dans la forme, avec l'arrête pointue protégeant le nez. Le casque était agrémenté d'un cimier, comme une longue queue de cheval aux crins gris et argent. A la hanche, ils portaient tous un glaive et une dague à rouelle. A l'intérieur, ils étaient dispensés de porter carquois, arcs ou arbalètes. L'équipement était assez lourd, mais la plupart des Griffons présent ici exerçait le métier de soldat d'élite depuis plusieurs années, et le poids de leurs armures ne les gênaient vraiment que lorsqu'ils les enlevaient. Araal le savait, mais son corps ne se rendait compte du poids de son armure et de ses armes qu'une fois celles-ci retirées lorsqu'il prenait ses heures de repos.
L'organisation du voyage avait permis aux Griffons de pouvoir effectuer un roulement, ne fatiguant ni les cavaliers ni leurs montures. Le Prince et sa suite avait très régulièrement fait escale pour la nuit dans les auberges bordant les routes, parfois aussi grosse que des fermes ou un petit hameau, et ceintes de murailles, dans celles des villages et villes qu'ils avaient traversé. Selon Araal, ils auraient pu prendre le bateau depuis des cités comme Alrild ou Nelmyn, qui bordaient le fleuve Duinfain, et ils se seraient arrêtés une fois en Inwerin, débarquant dans une des cités fluviales, avant de gagner Celebalda par l'Ouest, traversant éventuellement l'immense lac d'Or Blanc comme ils avaient dû le faire en venant depuis le Sud et par les terres. Cependant, il ne pouvait pas se plaindre de la durée du voyage, ce dernier était beaucoup plus court que le premier, qui avait eu pour but Galaedor, son archipel natal. A peine un an après avoir été transféré à Fainros, il avait été sélectionné pour faire partie de l'escorte du Prince pour son premier voyage. La destination ne l'avait pas surpris, et il avait compris pourquoi on l'avait choisi, et pourquoi s'était le capitaine Felreden, qui comme aujourd'hui, avait commandé le détachement des Griffons d'Argent chargé de la sécurité. Ataya était aussi originaire de Galaedor, comme en attestait son accent typique de l'île de Syrldor. Araal comme elle, parlait les différents dialectes qu'utilisaient les insulaires, en plus de la langue commune qu'ils utilisaient pour communiquer entre eux, et parfois avec les Serelvalois qui la connaissaient.
Le voyage en Galaedor s'était fait au printemps, après que les dernières traces du règne de Ùll se soient estompées. Ils avaient traversé le Falast du Sud vers le Nord, empruntant le fleuve jusqu'au lac Fenden, avant de continuer via les terres pour gagner Serelval. Là, ils avaient embarqués après plusieurs jours d'attente, pour l'archipel. Araal en avait profité pour revoir Brelvos. Malgré la distance, il continuait d'entretenir la relation qu'ils avaient eu pendant tout le temps qu'avait duré le service d'Araal dans la région. Le Norrois lui manquait parfois violemment, et lui manquait simplement le reste du temps quand il n'avait rien d'autre à penser. Tëhernëtar avait aussi été ravi de revoir le Norrois. Les quelques jours à Serelval avaient été trop courts, d'autant que contrairement à Brelvos, Araal n'avait pas eu de permission. Il avait passé ses heures de libres avec lui, mais sans pouvoir faire plus. Ils échangeaient une correspondance plus ou moins régulière, dépendant d'où l'un et l'autre se trouvait. C'était douloureux, mais Araal avait bon espoir d'être de nouveau transféré à Serelval. Sereval manquait aussi à Tëhernëtar, la neige, les grands espaces, il n'y avait rien de tout cela à Fainros, excepté la neige durant l'hiver.  Ils avaient vécus difficilement leur transfert dans la capitale, mais ils étaient soldats, et ils se devaient d'obéir aux ordres.
Le brusque retour dans le Nord lui avait fait autant plaisir que mal. Quant à son retour dans l'Archipel, il avait prié tous les dieux pour ne pas rencontrer sa famille. Les années passant, Araal avait renoncé à les contacter à nouveau, d'autant qu'il avait trouvé sa propre famille là où il s'y attendait le moins. La saison était propice à la reprise de la chasse, si bien qu'il savait que son père et son frère seraient déjà dans les terres sauvages ou dans les montagnes des îles pour chasser. Cela ne l'empêcha pas de prier. Il ne put que se sentir nostalgique en suivant le prince dans ses nombreuses visites, mais ne fut pas mécontent de regagner le continent. La vie insulaire lui paraissait presque étrangère maintenant. Le prince séjourna près d'une année entière dans l'Archipel, avant de regagner son royaume. Araal devrait alors rester en poste à Fainros pour les trente ans qui suivirent ce premier voyage. Il se débrouilla comme il le pouvait pour avoir de longues permissions et regagner Serelval, passant tout son temps avec Brelvos. Ils finirent par se marier, chacun portant son anneau pendu à un cordon autour de son cou pour la préserver. A Fainros, Araal était tantôt affecté à la garde du prince Méliès, tantôt à celle de son frère, ou bien à celle d'un membre de la famille royale, tantôt à la garde du palais, notamment dans les appartements royaux, où il s'agissait surtout de faire le pied de grue en attendant la relève. Ils ne sortaient que rarement, seulement lors de partie de chasse, ou lorsque la cour se déplaçait jusqu'à Olmbryn à la fin de l'Automne pour y passer l'hiver - le temps étant meilleur dans le Sud du pays. Son temps libre, Araal le passait surtout à faire en sorte que Tëhernëtar ne s'empâte pas, et pendant les premières années à arpenter la capitale. Il avait renoué avec Tyrri, sa camarade lors de ses débuts de nouvelle recrue. Elle faisait partie de l'armée régulière, affectée à la cavalerie, à défaut de faire partie des Griffons. Tyrri tenait des Norrois, et dépassait Araal d'une tête, mais aussi de quelques centimètres en largeur. Araal passa beaucoup de temps avec elle, et avec d'autres Griffons et soldats des garnisons de Fainros, lorsqu'ils étaient en permission. Tyrri faisait elle aussi partie de l'escorte de ce second voyage princier, mais elle n'était pas invitée à faire partie de la garde qui veillait sur les invités.
Le Prince Densham était considéré comme excentrique par les Griffons d'Argent, très loin d'être un soldat contrairement à son frère ainé, le prince héritier, Méliès, mais ayant bon coeur. Aucun des soldats de l'escorte ne s'était jamais plaint du prince, qui semblait surtout perdu dans son propre monde. N'ayant probablement jamais à monter sur le trône, il hériterait sans doute du duché d'Olmbryn, et il pouvait se permettre de consacrer son temps aux voyages, mais aussi à ses passions. Il était de notoriété publique que le prince aimait les jardins, les arts, et la coquetterie. Pour ce dernier point, Araal en avait été témoins, les tenues du Prince était toujours parfaitement coupées, luxueuses, et à la dernière mode. Cela dit, Araal voulait bien concéder que leurs propres uniformes étaient aussi clinquants. Et le Prince était aussi connu pour sa réserve et son calme. Rien qui ne soit en adéquat avec ce qui venait de se produire. Araal capta le regard d'Ataya, qui d'un signe de tête un peu sec, lui ordonna de suivre le prince. Quoi qu'il arrive, ce dernier ne devait jamais être vraiment seul. Les Griffons devaient faire en sorte de faire partie du décor, et ne rien ébruiter de ce qu'ils pourraient voir et entendre. Araal eut un hochement de tête tout aussi sec. Il quitta la salle du banquet de la somptueuse résidence mise à disposition par la couronne Inwerienne, creusée dans un ensemble de Géants Gris, s'engageant dans un couloir tout aussi grandiose que la salle qu'il venait de quitter. Le prince filait comme s'il avait Sëke aux trousses, ses cheveux roses dansaient au rythme de ses pas précipités. Araal pressa le pas lui aussi, comblant la distance rapidement. Le prince finit par sortir presque en trombe par l'une des nombreuses baies qui donnaient sur les jardins suspendus qui entouraient la résidence. Il s'arrêta pour se tenir à une balustrade. Araal s'arrêta lui aussi, à quelques pas derrière le prince. Après de longues secondes à regarder la ville en dessous d’eux, le prince Densham eut un soupir. Araal était certain qu'il l'avait entendu, et il ne pouvait s'empêcher de penser que même s'il était habitué à être suivi silencieusement, le prince avait peut-être envie de se sentir seul. Araal en éprouvait souvent le besoin, et Tëhernëtar lui permettait de s'envoler et de pouvoir mettre de l'ordre dans ses pensées, ou surmonter la terrible sensation de manque quand il pensait à Brelvos. Mais Ataya avait été formelle, le Prince ne devait jamais être seul. Non pas que la couronne Falastoise ne craigne un enlèvement ou un assassinat en Inwerin, un royaume allié, mais d'autres factions pourraient toujours profiter d'un moment d'inattention, même bref. Araal fut surpris quand le prince Densham se mit à parler. Il ne se retourna pas, continuant de contempler Celebalda et ses arbres aux milles lumières. Les bruits de la cité étaient étouffés à cette hauteur, et l'ouïe fine d'Araal lui permit d'entendre ce que le prince disait.

-J’ai dû avoir l’air d’un parfait imbécile, ou d’une sorte de fou ayant des sautes d’humeurs. Mais je dois dire que je ne m’attendais pas à ce qui vient de se produire, et que cela m’a mis assez mal à l’aise malgré que, le geste en lui-même n’ai pas été fait avec l’idée de me déplaire. Le seigneur Lioren n’est pas quelqu’un de désagréable en soit, que ça soit par sa conversation ou même son apparence, mais je crois qu’il se méprend sur l’attention que je lui porte. Elle n’a rien à voir avec ce que lui souhaiterait, ou celle qu’il me porte.

Ah. Araal nota qu'ils devraient tous avoir le seigneur Lioren à l'oeil à l'avenir. Il ne grimaça pas, mais presque en entendant cela. Il n'y avait rien de pire que d'être le centre d'une attention dont on ne veut pas. Ne sachant pas vraiment si le prince attendait une réponse, il préféra rester silencieux, et se mettre dans une position plus confortable. Son regard croisa celui du prince qui remettait en place quelques mèches de cheveux volant au vent, et qui s'était légèrement tourné pour voir lequel des gardes il était. Araal préféra là encore, se contenter de rester silencieux, tout en ayant maintenant un oeil sur la porte derrière lui.

-J’ai beau savoir m’exprimer, je suis incapable de formuler clairement mes idées et envies lorsqu’il s’agit de sentiments. Éconduire quelqu’un n’est pas un exercice que je manie avec aisance, et jusqu’à présent j’avais la cour pour m’entourer, et de très bonnes amies qui se chargeaient bien souvent de faire comprendre quand la personne ne m’intéressait aucunement. Mais là, je ne vois pas comment l’éconduire sans le froisser, afin que le reste du voyage se passe sans scandale, il nous reste encore quelques mois à profiter de l’Inwerin, et je n’aimerais pas que la fin de ce voyage ai des allures de glacier.

Araal changea de pied d'appui, faisant claquer la hampe de sa lance sur le sol de bois. Il fit la moue, indiquant qu'il réfléchissait en émettant un petit : hmmm.


-Si la paix de notre expédition ne tient qu'à cela, nous pouvons toujours nous charger du Seigneur Lioren, finit-il par lâcher le plus sérieusement du monde et sans la moindre expression, nous pouvons nous charger de le dissuader d'approcher, ou tout simplement le plaquer au sol en appliquant le protocole, lorsqu'il s'approchera de vous. Si cela convient à votre altesse.

Le regard surpris et les quelques secondes de silence lui laissèrent penser qu’effectivement, le prince n'attendait aucune réponse de sa part. Les Griffons disaient souvent le prince parlait à voix haute, exposant ses pensées, réfléchissant, mais aucun d'eux ne répondaient, se contentant de monter la garde et de veiller sur lui. L'idée sembla faire son chemin dans la tête du prince, et la bouche de se dernier se fendit en un petit sourire avant qu'il n'éclate franchement de rire.

-Même si je dois concéder que le voir se faire plaquer au sol doit être un spectacle assez amusant, lui répondit-il en écrasant une larme au coin de son oeil, je crois que le tenir simplement éloigné par mesure de précaution suffira. Je ne voudrais pas qu'il se plaigne d'un bleu aux genoux.

Araal songea que Lioren n'aura pas seulement mal aux genoux. Le prince se remit à rire, concédant finalement :

-Bon, si il insiste malgré la dissuasion, vous aurez carte blanche pour ce qui est de l'empêcher d'approcher. Il n'est pas méchant dans le fond, ni profondément idiot, mais je crains qu'il ne soit pas très facile pour lui de comprendre du premier coup.

Araal fit à nouveau la moue, penchant légèrement la tête, finissant par hausser les épaules, en dépit du poids de l'armure sur ses épaules. Sa proposition n'était pas entièrement sérieuse, mais elle n'était pas entièrement irréalisable, c'était même tout le contraire. Et s'il fallait des Griffons d'Argent pour remettre à sa place le seigneur Lioren, alors ainsi soit-il. Araal ignorait quel geste avait eu le seigneur Lioren, mais cela ne se faisait certainement pas durant un diner entourés d'invités.


-Il sera fait selon vos ordres. Vous n'aurez qu'à nous faire un petit signe et nous comprendrons.

Le prince eut encore un regard pour la ville en dessous de lui avant de le regarder.

-Vanarden c'est bien ça ?

Il se contenta de hocher la tête pour signifier que oui, c'était bien là son nom. Il se rendit compte qu'il avait peut-être outrepassé les limites lui aussi, en lui parlant. Il ne pensait pas avoir fait preuve d'irrespect, mais il était possible qu'avec son rang de simple soldat, fût-il des Griffons d'Argent... Araal chassa bien vite cette idée. Si le Prince en avait pris offense, il n'aurait pas ri, et n'aurait pas poursuivit la conversation.

-Merci pour cette solution. Cela vous dérangerait-il, de rester encore quelques minutes à parler avec moi ? Je n'ai pas très envie de retourner au diner, et de les voir me regarder avec leurs yeux remplis d'interrogations auxquelles je n'ai aucun désir de donner des réponses. Après vous êtes totalement en droit de refuser, je ne vais pas m'insurger d'une réponse négative.

Ce fut au tour d'Araal de sourire de toutes ses dents, se permettant même un léger rire. Il secoua légèrement la tête.


-Si je revenais dans la salle de réception sans vous, le capitaine Felreden m'arracherait les yeux. J'ai pour mission de vous suivre, et si vous ne comptez pas sortir de l'ilmarin, je ne vois rien qui empêcherait une conversation sur ce balcon. Après tout votre altesse, vous êtes le prince, et mon devoir est de vous servir. Et j'ai vu pire comme demande qu'une simple conversation.

L'audace de sa réponse ponctuée d'un sourire le surprit un peu. Il pouvait entendre dans un coin de sa tête Brelvos le réprimander pour sa familiarité. Ataya en ferait autant tout en lui bottant les miches, mais Araal pensait qu'il pouvait se le permettre. Ce qu'ils disaient ne sortiraient pas d'ici. Le dispositif dissimulé dans le canon de son avant-bras gauche ne vibrait pas, signe que personne n'écoutait à l'aide de la magie. Et Araal était certain que personne ne se trouvait ici à part eux. La nuit était peut-être un peu fraîche, mais rien de comparable avec l'air de Serelval, et ici l'air semblait chargé de magie. Il n'en fallut pas plus au prince pour sourire et se lancer.


***

Le froid ne le dérangeait plus. Il ne le sentait plus. Appuyé, ou plutôt réfugié contre Tëhernëtar, Araal ne sentait plus rien. Le Griffon avait déployé une aile pour entourer son cavalier abattu, pour le protéger du froid. Le vent soufflait sur les dernières cendres du bûcher funéraire de Brelvos. Les flammes vives qui avaient perduré une partie de la nuit s'étaient progressivement éteintes, ne laissant que des braises, puis des cendres.  Les doigts de sa main droite faisaient tourner, dans un geste maintenant mécanique, le simple anneau d'or blanc qu'il portait à l'index gauche. Le vent soufflait apportant les odeurs de la mer, portant le son des vagues jusqu'à eux. La neige était partout, Araal et Tëhernëtar étaient même assis dessus, mais peu importait au Drow. Hagard, il ne voyait même plus ce qu'il y avait devant lui. Son corps était lourd, son coeur comme une pierre, et il n'osait même pas penser qu'il lui faudrait se lever et quitter ce qui restait de l'homme qu'il avait tant aimé. Brelvos était un Humain, et Araal l'avait vu vieillir au cours de ces cinquante six dernières années, alors que lui conservait encore sa jeunesse. Brelvos avait vécu jusqu'à l'âge honorable de quatre vingt treize ans, avant de s'éteindre. Il y avait maintenant trente ans que le Norrois avait quitté l'armée Falastoise, se retirant dans son village natal, niché au fond d'un des nombreux fjords de l'extrême Nord du Falast. Araal n'avait jamais cessé de l'aimer, malgré la vieillesse, malgré Brelvos qui avait parfois suggéré qu'ils se séparent, qu'Araal trouve quelqu'un ayant une longévité égale à la sienne. Araal avait toujours refusé, et avait su que Brelvos était aussi soulagé qu'il n'ait jamais cédé. Partir, le quitter, était inconcevable pour lui. S'il l'avait fait, peut-être que le Norrois serait parti encore plus tôt. Jusqu'à la fin, Brelvos était resté l'homme qu'il avait connu, avec cette façon de se tenir droite, ses gestes respirant l'assurance, la force et la tranquillité. Brelvos avait toujours été là quand il avait douté, quand ils s'étaient terriblement manqués, séparés par la distance. Chaque permission de l'un et de l'autre, étaient synonymes de retrouvailles enfiévrées, de longues discussions jusqu'à l'aube, et de longues nuits silencieuses. Comme cette nuit là. Araal l'avait passée près de lui, jusqu'au bout, jusqu'à que le feu meurt et que l'aube pointe, comme le voulait la tradition norroise. La famille de Brelvos l'avait accompagné, pleurant elle aussi défunt, célébrant les rites funéraires avec lui. A présent, il était seul, et seules les traces de pas dans la neige autour attestaient de la présence d'autres êtres vivants. Il n'y avait que le bruit lointain des vagues et celui du vent. Sa propre respiration était à peine perceptible, comme s'il avait peur de briser ce moment. Comme si respirer l'aurait fait se briser. Un seul geste et Araal savait qu'il s'écroulerait. La moindre de ses pensées le ramenait vers Brelvos. Ses larmes coulaient de plus belle, ses sanglots déchirant sa poitrine. Tëhernëtar le consolait comme il le pouvait, tentant d'apaiser un peu sa peine. Le Griffon lui donnait régulièrement de petits coups de tête, pour s'assurer qu'il était encore en mesure de bouger.
La mort de Brelvos avait été comme un coup de massue, et son monde s'était écroulé. Il avait volé jusqu'à épuiser son griffon, jusqu'à atteindre Ynis, le petit village de Brelvos. Un village dans lequel ils avaient passé du temps. Surplombé par un petit temple en bois, où ils avaient célébré leur union devant Unnr, ou Mirruntur comme l'appelaient les ancêtres d'Araal. Il avait demandé une permission, qu'il aurait prise même si on ne le lui avait pas accordée, peu importait ses serments de loyauté et d'obéissance, Brelvos passait avant tout. Depuis sa retraite à Ynis, le Norrois était douillettement installé dans un chalet typique, et c'était Araal qui se déplaçait jusqu'à lui chaque fois qu'il en avait l'occasion. Chaque fois il avait eu l'impression de rentrer chez lui. Aujourd'hui, il se rendait aussi compte du vide que laissait Brelvos dans son coeur, mais aussi dans sa vie. Il se sentait perdu. Brelvos ne l'attendrait plus devant un feu ronflant avec de l'hydromel et de le venaison, ou bien avec une boisson brûlante lorsqu'il arrivait à Ynis au coeur de la nuit. Jamais plus il n'aurait le plaisir de se glisser sous les chaudes fourrures pour se coller à Brelvos. Jamais plus il ne s’assiérait en sa compagnie, comme maintenant, pour contempler lever du soleil. Jamais. Nagadàn l'avait emporté, comme il emportait chaque chose appartenant au royaume de Dar.
Des pas dans la neige le firent se hérisser. Qui osait venir le troubler ? Sa colère enfla, pour retomber aussitôt. Ce n'était que la nièce de Brelvos, Gilfre. Emmitouflée sous une fourrure, les pieds chaussés de grosses bottes fourrées, elle avançait avec précaution dans la neige, portant de quoi le réchauffer. Elle était chargée d'une fourrure soigneusement roulée, de ce que Araal identifia comme une théière un peu particulière. Il resta silencieux jusqu'à qu'elle arrive près de lui. Il avait connu Gilfre quand elle n'était encore qu'une enfant, et à présent, elle était jeune maman. Elle se contenta de poser ses affaires, dépliant son ballot de fourrure. Une fourrure pour s'assoir à côté de lui, et l'autre, elle la déplia pour qu'ils puissent en être couvert tous les deux. Araal la regarda faire, amorphe, soudainement lasse et vide. Il se contenta de grattouiller la tête de Tëhernëtar qui regardait Gilfre s'installer. Elle s'installa confortablement, puis finit par se saisir de son étrange théière. Araal en avait déjà vu, elle conservait le liquide chaud pendant des heures, tant que l'on pensait à réactiver les glyphes gravées dans le métal. Cette théière là avait plus la forme d'une petite bonbonne, et elle était recouverte d'un cache pot en laine rouge vif. Gilfre dévissa légèrement le couvercle, et versa le contenu dans deux tasses savamment coincées dans la neige à ses pieds, qu'elle avait sorti de l'intérieur du ballot formé par les fourrures. L'odeur du thé, et celle légère, d'alcool, lui emplirent les narines. Gilfre, sans dire un mot, lui tendit une des tasses. C'est d'une main qu'il découvrit raidie par le froid qu'il essaya de s'en saisir. Araal agita les doigts, et finit par prendre la tasse entre ses deux mains. Il ne s'était pas rendu compte qu'il avait si froid. Gilfre fit de même, remontant ses genoux contre sa poitrine. Voyant qu'il ne buvait pas, Gilfre soupira.

-Cela fait trois jours maintenant... si tu ne bois ni ne manges, tu le rejoindras. Mais je ne suis pas certaine que l'accueil qu'il te réserverait alors, là bas, soit chaleureux.

Araal tourna la tête pour la regarder, d'abord incrédule. Un mince sourire finit par apparaitre sur ses traits tirés par le deuil et la fatigue. Un sourire désabusé. Il cligna des yeux, puis se mit à regarder le contenu de sa tasse. Il finit par porter la tasse à ses lèvres. Le breuvage était brûlant, mais l'air froid aurait vite fait de le refroidir. Le thé était riche, épicé, et agrémenté d'une note d'alcool fort et d'une bonne dose de miel. Gilfre avait la même façon de le préparer que Brelvos. Son coeur se serra douloureusement. Quand il eut fini de boire, la main chaude dégantée de Gilfre vint se poser contre sa joue.

-Je sais.

Araal éclata à nouveau en sanglots alors que le soleil se levait se la baie enneigée. Un bras s'enroula autour de ses épaules, et Gilfre se serra contre lui, Tëhernëtar étendit un peu plus son aile pour couvrir leurs dos, les protégeant du vent.



***

-Pouah !

-Oh bordel !

-L'odeur !

-Et t'as terminé l'voyage avec ça ?


Son ancienne armure crottée était exposée dans la salle commune des baraquements. Encore rutilante quelques mois à peine, elle était à présent maculée de ce qui restaient du sang et des entrailles de la cocatrix qu'il avait abattu durant le dernier voyage du prince du Densham en Maëldan. Araal avait fait tout son possible pour la nettoyer, mais l'odeur était persistante, tant et si bien, qu'il avait voyagé à la fin du cortège durant tout le trajet du retour, vêtu seulement de ses vêtements, l'armure enfermée dans un panier. Ataya, qui avait encore commandé l'escorte du prince, avait refusé qu'il mette l'armure au rebut, c'était la preuve de sa bravoure. Et c'était aussi une question de bizutage. L'officier avait bien fait comprendre à Araal qu'avec une prouesse comme la sienne - et celle de Tëhernëtar - il allait passer lieutenant. Alors pour la fin de sa carrière de simple soldat, elle avait le droit de le charrier, pour son plus grand déplaisir olfactif. Même Tëhernëtar avait fini par bouder, puisque le panier contenant l'amure, c'était lui qui l'avait porté. Pour avoir tué la cocatrix, Araal était monté en grade, et il avait reçu ses galons du roi Daerion lui-même, assistés des deux princes et de son épouse Nwiméa, devant les autres officiers des Griffons présents à Fainros. Une cérémonie officielle et grave, où Araal avait porté un élégant uniforme d’apparat, argent et gris sombre. Le roi avait alors laissé l'héritier au trône fixer les galons sur l'uniforme, avant de prononcer un discours dont Araal se souvenait à peine, si ce n'était qu'il avait renouvelé son serment, prononcé il y avait maintenant plus de cent ans à Valin, et il lui avait remis une épée. L'épée n'avait rien d'une épée faite pour le combat, elle était décorative, et symbolique de son nouveau rang au sein de l'armée. Araal avait passé la moitié de cette cérémonie à genoux, les yeux rivés sur sa botte droite parfaitement lustrée.
A présent, la veste de son uniforme était déboutonnée, le col de sa chemise ouvert, et la cravate de soie laissée à l'abandon sur une table, au milieu des assiettes, des verres, plats et bouteilles. Son armure venait d'être exposée au milieu de la salle, au grand dam des célébrants, qui agitaient avec force les mains devant leur nez, grimaçant violemment. Ataya était montée sur une table, et elle venait de finir de conter l'histoire du combat entre la cocatrixe et le griffon d'argent. Araal n'avait pas été le seul à se battre contre l'énorme créature mi-reptile mi-avien. Les autres Griffons étaient intervenus eux aussi, mais Araal avait été le seul à transpercer le long cou de la bête avec sa lance pou l'empêcher d'attenter à la vie du Prince Densham, que son laurëcaras avait désarçonné. Le noble animal n'était pas un destrier, ou entrainés comme les griffons à ne pas paniquer à la vue du danger. L'odeur même de la cocatrix avait affolé les montures de la noble suite du prince, la plupart était d'ailleurs partie au galop, et il avait fallu plusieurs longues minutes pour que la suite soit à nouveau réunie. Le Prince Densham s'en était sorti avec une côte cassée, deux autres fêlées, et des estafilades dues au coup de bec sur le bras et aux serres sur les jambes. Rien que le guérisseur n'ait pu soigner à l'aide de sa magie pour qu'il n'en garde aucune séquelles. Araal avait aussi récolté son lot de blessures, une longue sur le bras et une plus profonde à la jonction de son bras et de son épaule, la cocatrix ayant essayé de lui arracher un des bras qui maintenait la lance enfoncée dans sa gorge. Araal avait alors été aspergé de sang, le sien et celui de l'animal. Tëhernëtar avait lacéré les yeux de la créature de ses pattes, avant de se prendre un coup d'aile. Araal avait alors retiré sa lance pour l'enfoncer de nouveau, cette fois sous le menton de l'animal. La cocatrix avait piétiné le sol, avait failli le piétiner lui et les Griffons d'Argent qui lui perçaient les flancs. Araal s'était éloigné quand elle avait commencé à convulser, ruant, battant des ailes. Refusant de mourir. Il avait fallu qu'il y retourne, Tëhernëtar harcelant la créature, puis plaquant sa tête de coq au sol, pour qu'il abatte en suite son épée sur sa nuque, à plusieurs reprises et de toutes ses forces. La tête de la cocatrix avait continué de claquer du bec, agressive, même détachée de son cou, le crâne à moitié défoncé par les coups d'épée et de griffes. Tëhernëtar avait longtemps empesté lui aussi, mais moins que l'armure d'Araal qui continuait d'embaumer. Le sang de la créature avait rongé ça et là le métal et le cuir.
Tëhernëtar s'en était tiré avec des égratignures sans gravités. Araal avait été soigné par le guérisseur de leur détachement. Heureusement pour lui, son armure avait tout de même joué son rôle, et amortit les chocs et les lacérations. Le guérisseur avait fait en sorte que sa peau soit comme neuve, ne gâchant pas les tatouages blancs qui ornaient le haut de ses deux bras. Tatouages qu'il avait fait faire après la mort de Brelvos. La fourrure de Tëhernëtar ne portait aucune traces de l'affrontement elle aussi. Seul avait subsisté l'odeur, et cavalier comme griffon avaient dû prendre des bains à plusieurs reprises pour s'en débarrasser.


-Et encore, c'était pire quand c'était à peine séché, commenta-t-il en réponse aux exclamations lancées par des Griffons déjà légèrement imbibés d'alcool.

Ses camarades avaient préparés un véritable festin, et celui-ci était bien arrosés, avec même une caisse spéciale de vins venus de Cyriaca. La nourriture était simple mais succulente, préparés par ceux qui étaient le plus doué, épargnant aux fêtards la nourriture servies par les cuisiniers de l'armée. La soirée était à la fête. Araal avait été félicités par tous, et son épée avait le tour des mains. Il préférait de loin cette petite fête à la cérémonie rébarbative qu'il avait subi, même s'il savait qu'après ça, il irait probablement retrouver Tëhernëtar pour retrouver un peu de tranquillité. Depuis la mort de Brelvos, il lui arrivait de se retirer, et de lui parler quand il était certain que personne n'irait le prendre pour un fou, pour lui raconter ses journées ou pour lui exposer ses pensées. Chaque année, il retournait à Ynis, pour l'anniversaire de sa mort. Il devait se contenter de faire quelques offrandes au petit temple et d'allumer une bougie sur l'autel de Nagadàn. Il se demandait ce que Brelvos aurait pensé de tout ça. Le bruit se tut tout à coup dans la salle. Le Prince Densham venait d'entrer, escorté de deux Griffons en service, et qui comme d'autres dans leur cas, ne profitaient pas de la fête. Araal se demanda de quoi il devait avoir l'air, débraillé et les doigts empoissés par le morceau d'ëartheau laqué qu'il venait de manger à la main. Il s'essuya prestement, sur son écharpe en soie - un geste qu'il devrait regretter plus tard - et se leva précipitamment. Ataya descendit souplement de la table sur laquelle elle était perchée pour venir à la rencontre du prince.

-Je ne faisais que passer pour féliciter encore une fois le lieutenant Vanarden pour sa promotion.

Araal maudit brièvement sa capitaine, qui eut un haussements de sourcils évocateurs. Depuis l'incident de la cocatrix, Araal était devenu assez proche du Prince. Ce dernier, traumatisé, avait refusé de sortir de ses appartements, même si ses derniers se trouvaient derrière d'épais murs, et le bâtiment lui-même au milieu de la cité la plus fortifiée du Maëldan. Araal avait dû déployer des trésors de persuasions et faire jouer son rôle contre la cocatrix, et l'efficacité de Tëhernëtar, pour que le prince daigne enfin sortir. Araal, en dépit du fait qu'il n'ait pas été vêtu de son armure, avait accompagné le prince chaque fois qu'il avait fallu sortir. Ataya avait fini par lui dénicher une cuirasse et des canons d'avant-bras en métal, histoire qu'il ait quand même l'air d'un garde. A partir de là, ces camarades y étaient allés bon trains sur les spéculations, et sur les taquineries. Ataya étant la pire. Chacun y allait de sa remarque sur sa relation avec le Prince. Et plus Araal avait tenté de se défendre, plus la situation s'était envenimée. Ataya disait qu'il fallait être aveugle pour ne pas voir l'intérêt que lui portait le Prince Densham. S'il avait pu, à cet instant, Araal aurait répliqué d'une grimace, mais le prince se dirigeait vers lui, ne pouvant voir les mimiques puériles de la capitaine. Le Prince porta son poignet à son nez, et il ne fut pas difficile pour Araal d'imaginer que l'odeur l'indisposait. Le prince ne devait pas souvent patauger dans la fange, contrairement aux soldats qui se retrouvaient parfois dans des situations où les nez délicats n'avaient pas forcément leurs places. Araal s'inclina légèrement, un bras en travers de la taille, comme de coutumes en Falast, quand le prince fut devant lui. Il n'avait pas opté pour le salut martial, personne, sauf les deux griffons servant d'escorte, n'était de service ici.

-Nous pouvons aller dehors quelques minutes ? Je ne vous retiendrai pas longtemps, mais je crains que rester trop longtemps dans la même pièce que votre ancienne armure ne me réussisse pas.


-Bien sûr, après vous.

Araal tendit simplement le bras, invitant le Prince a faire demi-tour, avant de lui emboiter le pas. Le Prince ordonna aux deux Griffons de rester dans la pièce, tandis qu'ils sortaient dans le couloir, dont une partie était ouverte sur une petite cour intérieure. Le brouhaha reprit derrière eux. Le prince Densham cessa de porter son poignet parfumé à son nez. L'air frai fit du bien à Araal qui put respirer librement, sans avoir les narines envahies par la puanteur. La nuit était fraîche, l'air aussi. Ils s'éloignèrent de la porte, pour ne pas être entendu. Araal songea presque sombrement qu'à son retour dans la salle, ses camarades allaient encore le charrier, Ataya la première.

- Et je venais surtout vous présentez mes remerciements, commença le prince en souriant, je ne me souviens pas l’avoir fait lorsque nous étions encore au Maëldan. Bien que les quelques jours ayant suivi votre victoire sur cette bête sont assez flous pour moi.


-Vous l'avez fait. Et vous avez même remercié Tëhernëtar.

Araal eut un sourire gêné. La cérémonie officielle avait déjà bien éprouvé ses nerfs, mais là s'était sans doute pire. Le prince Densham ne devrait même pas le remercier, en tant que soldat, il avait juré de servir et par là même de protéger la couronne. Araal n'avait fait que ce pourquoi il avait été formé. Et sans doute était-il gêné d'être en la présence du Prince. Ils n'étaient plus en Maëldan, ici, à Fainros, le contexte était différent. C'était comme si la parenthèse du voyage s'était refermée, et que chacun reprenait sa place. Durant le voyage, quand Araal avait déployé des trésors de diplomatie pour faire sortir le prince de ses appartements après l'attaque de la cocatrix, il n'avait pas eu l'impression de dépasser les limites de son rang. Ici, il avait l'impression que si. Et que dire de plus ? Il toussota.

-J'imagine que vous devez être occupé, c'est... c'est gentil d'être venu jusqu'ici pour me remercier personnellement.

Le prince secoua légèrement la tête.

-Je trouve que c'est la moindre des choses que de venir vous remercier moi même. Même si c'est de nouveau. Si je peux être encore occupé à quelque chose dans ce monde, plutôt que d'errer chez Nagadàn, c'est grâce à vous lieutenant Vanarden.

Araal aurait voulu dire qu'il n'avait que son devoir, mais cette phrase sonnait comme de l'arrogance  à ses oreilles. Il n'eut pas le temps de répliquer, que le prince continuait :

-Comme promis, je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Cette soirée est votre, vos amis et camarades n'attendent que vous afin de continuer à louer vos exploits et ceux de Tëhernëtar. Je vous souhaite une agréable soirée, et une fête mémorable lieutenant.

Araal n'eut que le temps de le remercier et de le souhaiter à lui aussi une agréable soirée, que le Prince et son escorte étaient déjà repartis. Dans la salle, un long silence l'accueillit, avant que des sourires moqueurs ne s'épanouissent sur toutes les bouches. Il y eut alors du vacarmes, chacun y allant de sa petite taquinerie. Et puis pour les faire taire, Araal décida de porter un toast au prince, et quand chacun eut fini de s'enfiler le contenu de son verre, la fête bâtit à nouveau de son plein. On balança l'armure puante par une fenêtre, et quelques griffons introduisirent des cheminants dans la salle. La musique entraina bien des griffons dans des danses endiablées, tandis que d'autres se contentaient de siroter leurs verres tout en discutant. Un bras de fer ou deux eut lieu, et puis on finit aussi par sortir les dès et les cartes.

Il ne restait plus grand chose des Griffons d'Argent à la fin de la soirée, ayant roulés sous les tables, ayant montés les escaliers menant aux dortoirs d'un pas mal-assuré, ou ayant simplement décidé de terminer la soirée dans des établissements privés de la ville. Les plus raisonnables avaient pris congé plus tôt, surtout ceux dont le service était requis à la première heure le lendemain. Ne restait que quelques survivants, dont Araal et sa capitaine qui se disputaient une partie de rùl, ce jeu aux cartes où les adversaires incarnant un héro légendaire ou ayant existé d'Inwilis, se livrent une bataille acharnée avec leurs armées symbolisées par les cartes en leur possession, et aux capacités limitées par des billes de couleur au nombre de dix, utilisables à chaque tour, selon la valeur des cartes employées. Le jeu de rùl était une merveille, ayant dû coûter une fortune à la capitaine, puisque toutes les cartes avaient un dessin qui s'animait lorsqu'elles jouaient. La partie durait bientôt depuis trente minute, et c'était la troisième qu'ils se disputaient. Ataya but le reste de cidre qui trainait encore dans son gobelet, attendant qu'Araal termine son tour. Il était en mauvaise posture. Araal soupira, et coucha ses cartes.


-Je déclare forfait.

-Aw, si vite ?

Ataya eut un sourire carnassier qui allait de paire avec le ton faussement étonné qu'elle venait d'employer.


-Tu viens de laminer mon armée, je ne compte pas te laisser une victoire écrasante.

-Comme c'est dommage. J'avais pourtant pensé à un bon moyen de te consoler après.

Araal faillit faire tomber les billes qu'il était en train de ranger leur écrin de bois. Il dévisagea sa capitaine comme s'il la voyait pour la première fois. Il haussa un sourcil, une expression moqueuse sur le reste du visage.


-Je vois qu'il n'y a pas que le prince Densham qui en pince pour moi.

Une volée de cartes lui atterrit dans la figure. Quelques minutes plus tard, s'étaient ses vêtements à elle qui volaient, les siens aussi. Araal n'avait pas connu la chaleur d'un autre depuis Brelvos, une partie de lui avait refusé, longtemps, ne serait-ce que de penser à un avenir sans lui. Il s'était pourtant rendu à l'évidence, il était encore jeune pour un Drow, et s'il vivait vieux, son existence lui paraitrait sans doute bien vide sans un partenaire avec qui la vivre. Il savait aussi qu'il n'était pas obligé de se fixer sur un seul partenaire pour le restant de ses jours. Pour l'instant, il n'en avait pas vraiment envie. Ataya état intéressée, et lui n'avait pas envie de dire non. Elle était séduisante, avec sa peau couleur café, et son épaisse chevelure brune, qu'elle gardait toujours nattée quand elle était en service. Comme lui, elle avait un corps musclé par les exercices, quelques fines cicatrices, un corps rude, mais chaud.


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Araal Nerevar Vanarden
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MessageSujet: Re: Araal Nerevar Vanarden, général des Griffons d'Argent de Fainros   Mar 11 Aoû - 11:50

***

Tëhernëtar lacéra les flancs du centaure qui s'était rué sur eux, levant une masse énorme. Cavalier et griffon manquèrent d'avoir les os broyés. Le centaure poussa un cri de rage alors que son sang giclait. Avoir les côtes exposées ne l'arrêta pas pour autant, il fit volte face, revenant à la charge, alors que Tëhernëtar reprenait de l'altitude pour se dégager de la mêlée. Araal essuya ses yeux comme il le pouvait, chassant la sueur qui le gênait. Autour de lui tout n'était que chaos. Ses oreilles bourdonnaient du fracas des armes et des corps. Les centaures avaient chargé les fantassins du roi Méliès, s'enfonçant dans le centre, piétinant ceux qui tombaient sous leurs coups, et ne s'arrêtant pas même transpercés par les lanciers ou criblés de flèches par les archers. La cavalier terrestre du Prince était venue en renfort, et les Griffons d'Argent avaient suivi leur roi quand ils avaient chargé. Il avait vu un cavalier et son griffon se faire empaler par le carreau d'une baliste. Les centaures étaient venus avec des mercenaires, des hors la loi, des renégats, tout ceux qui voulaient avoir une part après le carnage, espérant que cette partie du royaume tomberait. Où que son regard porte, il n'y avait que la guerre, les forces falastoises aux bannières du griffon s'entre choquant avec les centaures et leurs alliés. Le champ de bataille s'étendait à perte de vue. Il voyait toujours la bannière personnelle du roi, et les cimiers bleus des capitaines des Griffons, et les cimiers dorés des deux généraux qui se battaient au côté du roi. Méliès n'était pas du genre à rester à l'arrière. Les hommes l'estimaient parce qu'il était capable de se mouiller autant qu'eux, et qu'il traitait chacun, peu importait le rang ou le sang, avec le même respect. Depuis le début de la campagne contre les rebelles centaures, le roi Méliès n'avait cessé d'impressionner son armée, de part ses décisions. Il était épaulé par le sage roi Daerion, et soutenus pas les Ducs et Marquis, notamment ceux dont les terres avaient été ravagés par les Hardes.
Le conflit entre les centaures et la couronne s'était rapidement envenimé. En à peine quelques mois, le centre Nord et le Nord-Est du royaume s'était enflammé. Les Hardes s'étaient mises à revendiquer leur mode vie ancestral, et s'étaient mis à tout ravager. Ducs et Marquis avaient dépêchés leurs troupes pour leur tenir tête. La couronne était intervenue dès que la nouvelle de la mort du Marquis de Laer était parvenue jusqu'à elle. Le Marquis avait voulu arrêter les Hardes responsables des premiers ravages sur ses terres, et lui et ses hommes avaient été tués, leurs corps exposés le long des routes, en guise d'exemples. Le pays s'était embrasé, et une véritable guerre avait commencé. Elle se terminait aujourd'hui, après plusieurs années de conflits, en bataille rangée. Araal avait été mobilisé sur le front juste après la mort du Marquis de Laer. Le quotidien paisible, et même les longs voyages du prince Densham lui manquaient terriblement. Brelvos, lui manquait parfois, et Araal n'aspirait qu'à retrouver la quiétude des jours passés à Ynis, dans un petit chalet, près d'un feu ronflant. Au début, les Griffons et le reste du contingent détachés par la couronne avaient avancé prudemment dans les territoires du Nord. Les premiers mois, ils n'avaient eu aucun ennemi à affronter, puis quand les premiers champs noircis par les flammes et les premières carcasses de bétails avaient commencé à apparaître, il ne s'était pas passé une journée sans que l'armée n'affronte les Hardes. Une véritable guerre civile se jouait. Chaque jour, Araal avait vu des civils fuir le Nord, n'emportant avec eux que le strict minimum. Ce qui restaient de l'armée du Marquisat de Laer avait fait au mieux en escortant les réfugiés, tandis que les armées ducales et des Marquisats des Marches de l'Est affrontaient les Hardes. Le terrain à couvrir était immense, et les Hardes se déplaçaient plus vite que les armées. Les Griffons et les Dragonniers pouvaient repérer les centaures et leurs alliés, mais le temps que l'armée atteigne leur position, ils avaient déjà déguerpi. Finalement, l'issue de la guerre se jouait depuis une semaine. Une semaine que les deux armées ne reculaient pas, s'affrontant dans des batailles rangées, ayant pour terrain les grandes plaines du Nord du Falast. Araal savait que l'Inwerin et le Maëldan étaient sur le pied de guerre depuis que le nord du Falast était à feu et à sang, veillant sur leur frontière, prêtant parfois main forte aux troupes frontalières falastoises. Inweriens et Maëldanais coupaient toute retraite aux Centaures qui n'avaient d'autre choix que d'aller s'écraser sur l'armée Falastoise.
Chaque bataille était rude, épuisante, sanglante. L'air puait le sang, la sueur, la mort. Malgré ses trois siècles d'existence, Araal n'avait jamais été confronté à une telle violence. Depuis le début de son service, s'était là sa première guerre véritable. Et il avait découvert que s'il lui fallait se mouvoir avec son escadrille, donner des ordres en relayant ceux des capitaines, n'était pas si facile. Araal avait l'impression d'envoyer ses soldats au casse pipe, lui même était parfois plus occupé à survivre qu'à véritablement exécuter les ordres ou une manœuvre lorsque les tires de balistes fendaient l'air, ou que les lances acérées des centaures pleuvaient sur eux. Le roi avait appelé au Collège de Valin et aux Dragonniers sachant se battre. Des renforts qui permettraient de faire pencher la balance en leur faveur, définitivement. Pour Araal, le conflit s'éternisait. Chaque jour s'étirait, chaque heure semblait en durer plusieurs, sauf quand il pouvait se reposer. Les troupes se relayaient, et Araal avait rapidement appris à grappiller des heures de sommeil dès qu'il le pouvait. Son rang de lieutenant lui dépouillait pourtant de quelques heures de repos, il se devait de faire le tour des hommes sous son commandement, d'écouter les plans échafaudés par l'état-major... C'était un calvaire. Tout ceux qui se réjouissaient d'aller au combat, Araal ne le comprenait pas. Pas plus qu'il ne comprenait le massacre et le pillage.
Tëhernëtar cessa de prendre de l'altitude, et Araal porta le cor qui pendait en travers de son torse à ses lèvres. Il souffla, émettant une longue note puissante, et aussitôt, il fut rejoint par ses soldats. Des hommes et des femmes qui lui faisaient confiances s'en remettant à son jugement. Il exécuta une série de gestes, les formant avec les mains, et souffla une note brève et claire. Une nuée de Griffons s'abattit sur leurs opposants, larguant de minuscules sphères de terre cuite, qui explosèrent au contact du sol dans les rangs ennemis. Araal vit les corps fauchés par les explosions, propulsés dans les airs ou contre d'autres corps. La contre attaque ne se vit pas attendre, des sifflements retentirent et Araal eut à peine le temps de souffler à nouveau, pour signaler aux Griffons de battre en retraite, de se mettre hors de portée des redoutables carreaux de balistes. Les Griffons avaient bien tenté de détruire les engins, mais l'escouade qui avait tenté sa chance n'était pas revenue en seul morceau, et n'avait réussi qu'à en détruire une dizaine. L'ennemi avait eu le temps de se préparer. Cette guerre avait été pensée, longuement réfléchie par la partie adverse... Araal leva le nez au son du cor. Ataya levait sa lance empennée de plumes bleues, et décrivit un moulinet au dessus de sa tête. Aussitôt, les escadrilles sous son commandement allèrent épauler une charge de cavalerie. La cavalerie falastoise enfonça le flanc gauche de l'ennemi, composé principalement d'alliés à pieds des centaures. Ces derniers arrivèrent au galop, et les deux cavaleries se fracassèrent l'une contre l'autre. Araal fit plonger Tëhernëtar, qui virevolta, et se penchant sur le côté, permit à son cavalier de faucher et de lacérer avec son espadon. Araal brandissait aveuglément sa lame, fauchant l'ennemi, avant que, d'une pression des genoux, il ne signale à son griffon de remonter. Un nouveau signal sonore, différent cette fois, celui de l'ennemi, lui signala une attaque. Carreaux et volées de flèches. Tëhernëtar s'envola de justesse. Leurs armures respectives les protégèrent des tires des archers, et Araal ne dut qu'à la célérité de son griffon de ne pas se faire empaler. Il fit demi-tour, dans un grand battement d'ailes. Un glapissement de douleur lui fit tourner la tête. Un Griffon venait de tomber dans la mêlée au sol. Monture et Cavalier s'écrasèrent dans la masse grouillante, touchés. Araal avisa deux autres Griffons qui plongeaient pour lui porter secours, mais aussi les centaures armés de lance qui les prenaient pour cible. Serrant les dents, il talonna Tëhernëtar qui piqua vers le sol. Araal rasa les piques des lances brandies, tandis que les puissantes pattes de son griffon labouraient se qui se trouvaient sur leur chemin. La flèche le cueillit dans l’œil, là où son casque ne lui offrait aucune protection. Il ne dût son salut que parce que Tëhernëtar avait viré, la flèche ne put s'enfoncer plus loin. Aveuglé et le crâne manquant d'exploser sous la douleur, Araal faillit tomber. Ses mains agrippèrent le pommeau de sa selle, dans un geste convulsif, alors qu'il se pliait en deux.



***


Ses doigts se posèrent sur le cache oeil de cuir qui protégeait sa cicatrice. Une autre, fraîchement refermée, zébrait sa pommette juste sous le cache oeil. L'adversaire avait profité de son angle mort pour tenter de le transpercer pour de bon avec un genre de trident. Araal avait dévié l'arme de justesse, n'ayant pas eu le temps d'apprendre à faire avec son handicap. Il n'en avait pas eu le temps. Il avait dû retourner se battre avant même d'avoir pu être totalement guéri, et à présent, il portait une masse de tissus cicatriciels sur sa paupière droite à jamais fermée. La flèche qui lui avait fait perdre son oeil lui avait également probablement sauvé la vie. S'il n'avait pas été dans les tentes de guérison, à l'arrière, il serait mort avec les autres officiers des Griffons d'Argent. Le Roi Méliès avait lancé une charge, ses généraux l'avaient suivi. Les centaures avaient dû le prévoir, il n'était pas difficile de deviner qu'un roi qui se battait avec ses troupes, réagirait quand le général en charge avait été abattu. Méliès avait accouru, chargeant, ralliant ses troupes, évitant la débandade. Il avait été attendu. Les généraux des Griffons étaient morts, le plus souvent empalé par une lance ou un carreau, généreusement piétinés ou démembrés en suite. Quant au roi, il avait été désarçonné, puis les centaures l'avaient simplement écrasés de leurs sabots, lui passant dessus. Araal avait eu à peine le temps de réagir, il était déjà sur Tëhernëtar, ralliant ce qui restaient de Griffons d'Argent encore en vol, pour voler au secours des quelques soldats qui protégeaient ce qui restait du roi, formant une île au milieu des ennemis. Un lieutenant courageux de cavalerie terrestre lui emboita le pas, et leur charge permit aux survivants de se dégager et d'emporter avec eux ce que Araal avait pensé être la dépouille de leur suzerain. Les guérisseurs s'étaient acharnés, avaient persévéré pendant des heures, mais le souverain n'avait repris conscience que brièvement, avant de sombrer à nouveau. Aucun guérisseur ne pouvait dire si le roi s'en remettrait véritablement, s'il se réveillerait un jour. Et s'il se réveillait, s'il serait encore celui qu'il avait été. Les séquelles pouvaient être terribles.
La défaite de Méliès ne signa pourtant pas la fin de la guerre. Araal n'était pas le seul sous-officier à être encore en vie, et de fait, ils durent endosser les rôles de leur généraux, tenir, promouvant d'autres soldats, n'ayant qu'une idée en tête, tenir. Le roi Daerion avait été prévenu, et les dragonniers de Valin avaient envoyé un messager signaler qu'ils seraient sur place d'ici trois jours. Les forces en présence réunies, l'armée centaures fut écrasée. Le vieux roi se montra pourtant clément, la plupart des centaures et de leurs alliés furent fait prisonniers. Les chefs dissidents furent cependant exécutés, la couronne ne pouvait laisser passer le presque meurtre du roi Méliès. La victoire avait un goût amer pour tous. Araal n'avait jamais eu l'impression d'avoir gagné. Des supérieurs qu'il estimait et respectait étaient morts. Ataya était morte. De nombreux Griffons et soldats qu'il avait bien connu étaient morts. Le Nord du Falast avait longtemps été illuminés par les feux des bûchers funéraires, tant pour les soldats et civils que pour les ennemis tombés eux aussi. Pendant un an, Araal avait vu partir chaque jour puis chaque mois, des coursiers chargés de remettre les effets personnels des défunts à ce qui restaient de leurs familles. En un an, les espoirs que le roi Méliès reprenne conscience s'étaient peu à peu évanouis. Il faudrait encore des années avant que le Nord du Falast ne s'en remette complétement. Il fallait reconstruire les villages disparus, travailler la terre pour qu'à nouveau le nord soit couvert de champs fertiles. Il faudrait aussi du temps à la population pour revenir et pour que les esprits s'apaisent. Si la guerre était fini, Araal pouvait sentir la tension palpable qui régnait. Les Hardes qui n'avaient pas pris part à la guerre et qui avaient combattu aux côtés de l'armée Falastoise étaient vues d'un mauvais oeil. La méfiance des sujets du royaume n'avait pas cessé. La paix était fragile. L'armée Falastoise restait sur le qui vive. Une armée qui n'avait pas perdu tous ses officiers, mais qui disposait de nombreux postes vacants. Araal savait l'état major en ébullition. Il fallait combler les trous, recruter aussi massivement pour regarnir les rangs décimés des armées ducales, celles des marquisats et celle de l'armée royale. Le royaume tout entier bouillonnait encore, comme incapable de trouver le moindre apaisement. Araal ne ressentait que de la lassitude, une profonde lassitude. Son oeil le faisait parfois souffrir, et depuis son retour à Fainros, il s'entrainait pour se battre aussi efficacement qu'avec ses deux yeux. L'absence de son oeil droit avait faussé beaucoup de chose, mais il était hors de question pour lui de quitter l'armée, même ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Surtout lors d'un jour comme celui-ci. Il n'avait pas envie de se réjouir. Il n'y avait pas de quoi se réjouir. Personne n'était d'humeur à la célébration.
Araal réajusta son nouvel uniforme d’apparat. Il avait pris du muscles depuis la dernière fois, et il ne rentrait plus dans celui qui avait servi lors de sa promotion de lieutenant. Il vérifia machinalement que le sabre fin à sa ceinture coulissait dans son fourreau, alors que l'arme ne serait d'aucune utilité dans un combat. La lame était purement décorative. Sa longue cheveux neigeuse tirée en arrière, maintenue en une queue de cheval stricte, Araal contempla son reflet. Il ne se reconnaissait pas vraiment, avec cette expression, ce pli amer qui lui barrait le visage. Il se détourna, et sortit de ses nouveaux quartiers d'attributions. Dans le hall des baraquements, il fut rejoint pas d'autres soldats apprêtés comme lui, et tous se dirigèrent vers leurs griffons pareillement apprêtés pour recevoir leurs nouveaux galons. Araal, pour son courage et ses faits d'armes durant la guerre avait été promu général. Il compterait désormais parmi les hauts officiers des Griffons d'Argent, ayant maintenant en charge tout un pan de l'élite de l'armée, se partageant l'autorité des Griffons avec deux autres généraux. De nombreuses montées en grade auraient lieu aujourd'hui, dans tous les corps d'armées. Araal était certain de retrouver le lieutenant Romlyn au sein des promus, à moins que le jeune homme n'en ait eu bien assez de la vie militaire après cette guerre.
Tëhernëtar attendait au milieu de la cours, paré de son armure rutilante. Le griffon s'en était mieux sorti que son cavalier, n'ayant reçu que des blessures superficielles. C'était devenu un sujet de plaisanterie parmi les griffons d'argent. Tëhernëtar étant, à n'en pas douter, plus intelligent que son maître. A côté de son Griffon dont la posture montrait qu'il paradait, se trouvait Fiaren, un des guérisseurs qui s'était longuement occupé de l'oeil d'Araal. Métis fey et Ai-Esu, Fiaren avait une constitution délicate, qui ne laissait pas présager de la force qu'il était capable d'employer pour arriver à ses fins. Araal n'avait pas été un patient, très patient, et le guérisseur avait dû employer la manière forte parfois. Sans cela, les cicatrices qu'il portait auraient été plus monstrueuses. Ils entretenaient depuis quelques mois une relation houleuse, essentiellement basée sur les relations charnelles. Un jour ils s'aimaient passionnément, et l'autre ils se détestaient, ne s'adressant plus la parole, jusqu'à ce qu'ils tombent  nouveau dans les bras l'un de l'autre. Araal ignorait s'il avait vraiment de véritables sentiments pour Fiaren, ou si le guérisseur n'était qu'un moyen pour lui de se sentir vivant, de se perdre dans la luxure pour oublier la mort. Peut-être n'écoutait-il que ces pulsions, et qu'il n'aimerait jamais Fiaren comme il avait pu aimer Brelvos. Après trois siècles, Araal n'avait jamais pu se résoudre à s'engager. Ataya et lui avaient rompu pour cette raison, et il n'avait entretenu alors que des relations sans lendemain. Son seul réconfort, Araal le trouvait près de son griffon. Tëhernëtar était aussi âgé que lui, et peut-être même lui survivrait-il, il en serait bien capable. Avec les années, Araal avait pu constater à quel point Tëhernëtar était sensible et intelligent. Il semblait tout savoir des états d'âmes de son cavalier, et s'il paradait ainsi au côté de Fiaren s'était pour l'ennuyer. Le guérisseur et Araal s'étaient disputés la veille, et la mine renfrognée du métis laissait entendre qu'il n'avait pas encore digéré ce qu'ils s'étaient lancés à la figure.


-Tu es venu quand même...

-J'aurai été dans la foule de toute façon.

Araal eut un triste sourire. Fiaren non plus n'était pas certain de l'aimer. Il n'était pas venu parce qu'il regrettait les mots durs et la colère, parce qu'ils s'étaient tous les deux conduits comme les derniers des idiots. Non. Araal soupira, et gratifia Tëhernëtar de caresses sur l'encolure, lissant ses douces plumes.


-C'est gentil à toi.

-Araal...

En regardant Fiaren à cet instant précis, il sut qu'ils ne seraient jamais heureux ensembles. Ils passeraient leur temps à se déchirer et à recoller en suite les morceaux, sans pour autant aller au fond du problème. Le son clair des trompettes mit fin à toute chance de conversation.

-Tu devrais y aller, je... je t'attendrais ce soir.

Araal sourit, un sourire qui n'avait pas la joie qu'il y aurait dû avoir. Il hocha simplement la tête et enfourcha Tëhernëtar, allant se mettre en rang avec les autres. Dans un même mouvement, les griffons décolèrent. Ils survoleraient la cité jusqu'au palais, et ils se poseraient dans la cours. Là, le roi Daerion et le prince Densham remettraient leurs nouveaux galons aux promus. La cérémonie promettait d'être longue. Et Araal savait qu'il n'y aurait aucune fête dans les baraquements pour célébrer cette journée.



***


-Par les couilles de Vígdís !

Araal leva un sourcil amusé, fixant de son oeil bleu le capitaine en face de lui. Le général affichait un air de triomphe, emprunt d'une certaine hilarité. Le capitaine Nogaris, avait lui, l'air désemparé du perdant, qui avait perdu sans même sans rendre compte. Il contemplait les cartes étalées entre eux, un peu abasourdi. Les camarades du capitaine lui tapotèrent le dos, compatissants. Araal se contenta de ricaner avant d'avaler une rasade de vin, buvant à l'outre qui trainait sur la table.  Deux soldats étaient penchés par dessus les épaules de Nogaris, pour mieux voir les cartes, cherchant à comprendre où leur capitaine s'était fourvoyé. Araal reposa l'outre et ramassa le pactole qui ne cessait d'augmenter depuis plusieurs parties.

-Où... où est ce que vous avez appris à jouer comme ça ?

Nogaris avait levé les yeux, toujours incrédule face à sa défaite magistrale, alors qu'il avait été si sûr de sa stratégie. Araal se mit à compter nonchalamment les pièces. Il eut un sourire un brin nostalgique.


-Avec la meilleure joueuse que les Griffons d'Argent, que dis-je, que Fainros tout entier ait jamais connu.

-Qui ?

-Le Capitaine Ataya Felreden, et crois moi quand je te dis qu'elle t'aurait plumé dès le premier tour. Je me suis montré clément.

-Mon général est trop bon, ironisa le capitaine en grimaçant.

Araal s'inclina dans une parodie de révérence, sans pour autant prendre en pitié son capitaine, qui l'avait défié devant les Griffons présents dans la salle, au grand dam du lieutenant Célène qui désapprouvait le comportement son supérieur. Au yeux du lieutenant Célène, le capitaine Nogaris ne respectait pas l'ordre établi, et il se permettait trop de familiarité avec les soldats sous ses ordres, et pire encore, avec ses supérieurs. Ce comportement un peu rebelle ne dérangerait pas Araal, Ataya avait eu un peu le même, avec sa façon d'être sans gêne. Tant que Nogaris obéissait quand même aux ordres et restait un soldat efficace, Araal, en tant que général, n'y trouvait rien à y redire. Malgré son nouveau rang, auquel il avait dû se faire tant bien que mal, le général Vanarden était resté proche de ses hommes, surtout de ceux qui l'avaient suivi presque aveuglément durant la guerre contre les centaures. Araal avait le privilège d'avoir plus d'une centaine de vétérans dans les rangs des soldats qui étaient sous ses ordres. Il les avaient soigneusement répartis dans les différents escadrons des Griffons d'Argent qu'il avait sous ses ordres. Au fil des années, les rangs de l'élite de l'armée du Falast avaient peu à peu gonflé suite à l'intégration de nouvelles recrues, fraîchement sorties de Valin. La guerre avait décimé les rangs des Griffons, comme d'une bonne partie de l'armée royale, et des armées ducales qui avaient combattu dans le Nord. La plupart de ces nouvelles recrues avaient eu la lourde de tâche de participer à la reconstruction du nord du royaume. Araal y avait passé les quatre années qui avaient suivi sa nomination en tant que général, sans jamais retourner à Fainros. L'armée royale avait la charge de veiller sur les citoyens du Falast qui rentraient chez eux,  ne trouvant bien souvent que ruines et cendres. La sécurité était le mot d'ordre, maintenir la paix était essentiel, le royaume ne pouvait se permettre une seconde guerre, et l'armée devait faire tampon entre les citoyens en colère et les Hardes vaincues qui avaient pourtant droit de passages sur les terres du royaume, après avoir été soumises à un nouveau traité avec la couronne. Et toutes les Hardes n'avaient pas combattu contre le royaume, certaines avaient combattu contre les insurgés, mais les Falastois ne faisaient parfois aucune différence, aveuglés par la colère et le chagrin. Les premières années furent difficiles, et Araal et ses hommes avaient toujours été sous tension, et plus encore quand le Prince Densham, nommé Prince Régent, avait entreprit de faire le tour des terres en pleine reconstruction. Araal se souvenait parfaitement de l'année, et du lieu. Lui et ses Griffons se trouvaient dans une ville du nom de Pern, dont il ne restait plus grand chose. Pern était un lieu stratégique, se situant près de la rive du Duinfain, il fallait passer par elle pour atteindre le pont de Pern, qui enjambait le fleuve. Le pont était le seul moyen de traverser sur des lieues, le courant étant trop vif et les berges trop traitresses à cet endroit. Pern avait été ravagée par les Hardes lorsqu'elles avaient traversé le fleuve pour continuer leur avancée. Heureusement, les Centaures n'avaient pas détruits le pont, et certains avaient même tentés d'échapper à l'armée du Falast en passant de nouveau par celui-ci pour gagner la frontière avec l'Inwerin.
Avec l'infanterie, le corps d'ingénierie et les habitants revenus sur les lieux, ils s'efforçaient de redonner à Pern un nouveau visage. Araal avait lui même mis la main à la pâte, se retroussant les manches et effectuant les travaux comme le restant des soldats présent pour aider à la reconstruction. Araal pensait qu'en se mêlant à la population, que les civils apprendraient à mieux connaitre les soldats, ce qui éviterait que le sang ne coule à la moindre petit incartade ou parole malencontreuse. Il se félicitait d'avoir en partie raison, il était toujours plus difficile de s'en prendre à quelqu'un qu'on connaissait un peu, qu'à un parfait inconnu. Et puis, il concevait difficilement que ses soldats restent à se tourner les pouces, tandis que l'infanterie et l'ingénierie se démenaient pour reconstruire Pern. Pern avait dû être une petite ville pleine de charme, avec ses bâtisses en pierre. A son arrivée, Araal n'avait vu que des moignons noircis de bâtiments et des gravats. A peine un an après, la ville avait retrouvé un semblant de son ancien visage. Des bâtiments flambants neufs étaient debout, comme l'hôtel de ville, le beffroi, et un nouveau sillo pour le grain. Le paysage urbain se composait de bâtiments encore en construction, des bâtiments en passe d'être terminés, d'autres tenant parfaitement debout, et de toiles de tentes. Les terres brulées avaient été labourées, et des prêtres de Nëta étaient venus pour redonner à la terre toute sa richesse, et bénir les nouvelles plantations. Araal avait aussi reçu, comme tant d'autres partout dans le Nord, les convois de vivres venus du Sud du royaume, mais aussi les têtes de bétails offerts par le Maëldan, ainsi que les maçons, charpentiers et autres artisans de la guilde d'Aeguishor, mais aussi les mages de la guilde d'Amaurea et les prêtres et prêtresses d'Or Blanc venus de l'Inwerin. Et il avait aussi reçu le Régent et son escorte, au début de l'Automne, quand Pern célébrait modestement le seigneur Ciòrh. Le Régent et sa suite purent apprécier les progrès en matière de travaux. Bientôt, les caravanes marchandes pourraient de nouveau emprunter le pont et transiter par Pern avant de gagner l'Inwerin. Le soir, le Régent participa aux célébrations, donnant sans compter une partie de ses propres vivres pour garnir un peu plus les tables dressées sur la grand place. Un geste qu'Araal apprécia. Il avait oublié que la générosité existait encore. Mais cela ne le surprenait pas venant de la part du Prince Densham. Ce dernier lui avait bien envoyés des présents alors qu'il était en voyage en Esgal. A l'époque, ces cadeaux avaient fait jaser tous ses camarades. Araal n'avait pu que se défendre avec maladresse, ne pouvant pas nier que le Prince l'appréciait, mais pas pour les raisons mentionnées par ses amis et collègues ou par des mauvaises langues. Araal ne put s'empêcher de faire part de son approbation au prince Densham, alors qu'ils se retrouvaient presque seuls à seuls ce soir là. Une familiarité qu'il ne se serait jamais permis avant, pour des raisons de convenances dû à son rang. Mais ce soir là, le rang n'avait pas vraiment d'importance, et le général n'était pas en train d'accomplir son devoir. Nogaris s'était parfaitement bien acquitté de la tâche que son supérieur lui avait confié cette nuit là : surveiller les alentours et veiller à la sécurité de Pern et de son invité.
Araal avait en suite passé près de sept ans dans le Nord, quittant Pern pour d'autres lieux, revenant de temps en temps à Fainros pour assister à des réunions d'état major quand le Prince Régent ne se déplaçait pas lui-même, tenant conseil dans une des villes du Nord. Il avait pu prendre la pleine mesure des talents de Densham. Si le Roi Méliès avait été apprécié, respecté et obéi par ceux qui le servaient, c'était dû à son éducation, au fait qu'il ait souvent fréquenté les baraquements, et qu'il ait été doté d'un charisme qui aurait fait que n'importe qui l'aurait suivi jusque dans les royaumes de Nuru s'il l'avait fallu, il en était autrement pour le prince Densham. Ce dernier était connu pour son désintérêt apparent des affaires de la couronne, ayant une réputation d'excentrique mondain. Pourtant, Densham s'en sortait parfaitement dans son rôle de Régent, endossé presque aussi vite et aussi désespérément que le rôle d'officier supérieur d'Araal. Araal compatissait, se surprenait même à penser que tous les deux étaient liés par le même sentiment. Tous les deux avaient reçu un titre et de lourdes responsabilités, et ils devaient faire en sorte de ne rien rater, de ne pas connaître l'échec. Et c'était pire encore pour Densham, puisque chacun était suspendu à ses lèvres dans l'attente de ses décisions. Le régent était un fin diplomate, doté d'une patience infinie, prenant le temps d'écouter tous les avis, avant de prendre une décision. Une fois la décision prise, il savait rester ferme, ce qui devrait en surprendre plus d'un. Certains vautours ne s'étaient pas gênés pour essayer de tirer avantage de la situation. Araal lui, aurait depuis longtemps pris certains membres du conseil de la régence pour taper sur certains officiers... En tant que général, il s'était efforcé d'apporter son soutien aux décisions de la couronne, d'autant que ces dernières étaient rarement mauvaises ou contradictoires avec certaines situations données. Ces sept premières années furent mouvementées, et Araal se retrouva plongé au coeur d'une incessante activité, qui ne lui laissait pas de repos. Il préférait néanmoins se salir les mains en posant des pierres avec du mortier, ou en chassant pour apporter du gibier sur les tables, plutôt que de subir les jeux de pouvoirs de la capitale. A Pern ou ailleurs, il avait eu l'impression d'être vraiment utile. Bâtir quelque chose, lui avait permis de faire son deuil, de soigner son âme pétrie de chagrin et de douleur, sans pour autant oublier ses camarades et amis tombés. Quand il lui arrivait de glisser un regard approbateur en direction de Densham, il ne pouvait s'empêcher d'imaginer les taquineries d'Ataya, qui ne se serait plus sentie en le voyant ainsi. Elle aurait aussi fait des gorges chaudes des discussions nocturnes qu'ils entretenaient depuis qu'Araal avait escorté le prince Densham jusqu'à ses appartements, après un banquet qu'il avait trouvé interminable, fêtant le printemps et le seigneur Vyr.
Araal n'avait pas eu le rôle de garde depuis longtemps, pas depuis la guerre, pas depuis sa nomination au poste de général des Griffons d'Argent de Fainros. Il s'était glissé dans la peau du simple soldat avec plaisir ce soir là, et le prince Densham l'avait invité à prendre un dernier verre, en souvenir de leur premier voyage en Inwerin, avec une liqueur de noisettes rapportée du dit voyage, où Araal et les griffons de son escorte s'étaient démenés pour empêcher le seigneur Lioren d'approcher le Prince. Le souvenir des griffons barrant constamment le passage au noble avait fait éclater de rire le général, et il avait ri de plus belle quand, un peu honteux, le prince régent, lui avait avoué avoir envoyé son poing dans la figure du noble lors de son séjour à Dhaval. Cette discussion sur les voyages du prince, sur des souvenirs communs, fut une ouverture pour d'autres entrevues similaires. Lorsqu'il était encore lieutenant, Araal avait souvent fait partie des Griffons en charge de garder les appartements royaux. Lorsqu'il avait été de services dans ceux du Prince Densham, et que ce dernier s'y trouvait, il lui était souvent arrivé d'évoquer des souvenirs à la vue d'un bibelot rapporté d'un voyage, ou bien de répondre aux interrogations qui n'attendaient pas vraiment de réponses du prince lorsque celui-c réfléchissait à voix haute. Leur relation s'était limitée à des échanges polis, teintés d'une certaine chaleur, mais souvent courts et finalement assez superficiels. Araal ne se serait jamais permis d'aller plus loin, et cela ne lui serait jamais venu à l'esprit. Il y avait eu des limites à ne pas franchir. Aujourd'hui, elles n'existaient plus vraiment, et Araal pouvait se permettre une certaine familiarité, bien qu'il s'imposa certaines limites. Il s'imaginait mal être aussi intime avec Densham comme il l'avait été avec Ataya. Araal s'était alors aperçu que le prince faisait partie des rares personnes a avoir été là tout au long de sa carrière depuis son affectation à Fainros. Araal pouvait se dire ami avec le prince, et cette amitié lui valut un intérêt soudain de la part de la Cour. Un intérêt dont il se serait bien passé. Les Griffons d'Argent s'y mirent aussi, jasant sans vergogne, devant lui quand il s'agissait d'officiers vétérans, qui rappelaient alors aux plus jeunes, que cette relation ne datait pas d'hier, et dans son dos quand il s'agissait de répandre des rumeurs infondées sur ce que faisaient le général et le régent au milieu de la nuit, dans les appartements privés de ce dernier. Ce qu'ils ignoraient tous, était que les discussions n'étaient pas que nocturne. Il arrivait en journée qu'Araal profite des jardins privés du régent, y accédant grâce à Tëhernëtar, ou bien par une petite poterne gardée par deux Griffons vétérans qui savaient la boucler. Les discussions nocturnes se changeaient en discussions diurnes, ou bien en simples moments de calme, où il regardait Densham jardiner. Le prince avait conservé cette activité, pour ne pas perdre la tête, ne pas exploser. Araal ne comprenait que trop bien ce sentiment.

-Général Vanarden ?

Araal cessa de compter les pièces, et se tourna pour voir son interlocuteur. Il s'agissait d'un jeune page, portant la livrée des serviteurs royaux. Il avait les joues rougies, et l'air mal à l'aise des gens un peu trop timide. Il avait probablement dû s'y reprendre à deux fois avant qu'Araal ne l'entende, puisqu'il capta les regards malicieux de certains Griffons.


-Lui-même, répondit-il avec un sourire.

-On m'a chargé de vous remettre ceci.

Le jeune garçon produisit un pli parfaitement cacheté à la cire rouge, avec son nom écrit en lettres dorées. Araal s'en saisit, et le décacheta sans faire plus de cérémonie, alors que derrière lui, le lieutenant Célène faisait la chasse aux curieux essayant de lire par dessus son épaule. Le lieutenant désapprouvait les soirées comme celles-ci, qui débutaient tôt, avec des jeux de Rùl et de dès, et qui terminaient bien souvent avec des griffons ronds comme des queues de pelle. Araal aimait ces soirées, qui avaient fait la légende des Griffons d'Argent, et qui étaient une tradition qu'il s'employait à conserver. Célène devait s'y faire, et il ne protestait jamais quand Araal lui-même participait. En revanche, il ne se gênait pas pour harceler Nogaris, qui venait alors s'en plaindre.
Araal parcourut rapidement la missive, qui était bien courte, puisque c'était là une invitation. En quatorze ans, et surtout depuis que des rumeurs circulaient sur sa relation avec le Régent, il avait reçu beaucoup d'invitations. Il en avait aussi déclinés beaucoup. Mais pas de ce genre là, jamais. Celle-ci émanait du Régent, elle était impersonnelle, puisque c'était le secrétariat du prince qui se chargeait des les écrire et de les envoyer. Araal, comme tous les autres officiers supérieurs étaient conviés à célébrer la nouvelle année. Araal s'y rendrait sans doute, n'ayant rien de mieux à faire. Malgré ses trois siècles passés, il n'avait jamais fondé de famille, pas depuis la mort de Brelvos qui l'avait longtemps hanté. Aujourd'hui, il possédait toujours un petit chalet de bois dans le village d'Ynis, il s'y rendait parfois avec Tëhernëtar lorsqu'il prenait ses permissions pour s'éloigner de Fainros, ayant besoin de se couper du monde, et de se retrouver seul avec son Griffon.  A leur retour définitif à Fainros, Araal avait commencé à passer de moins en moins de temps avec Tëhernëtar, étant confiné dans son bureau, au palais... jusqu'à ce qu'il prenne la décision de l'emmener partout avec lui. Il y eut bien sûr quelques protestations, des mécontents, mais depuis, tous s'étaient habitués à voir le général accompagné de son griffon, et ce presque en permanence. Présentement, Tëhernëtar l'observait. Le griffon qui se prélassait devant le foyer de la salle, s'était redressé à la première mention du nom de son cavalier. Le passage des ans n'avaient en rien affecté ses capacités, son pelage seulement marqué par des cicatrices qui se détachaient, plus claires, sur sa robe brune. Le page remit une lettre semblable au capitaine Nogaris, maigre consolation pour celui-ci.


-Je rédigerai une réponse plus tard.

-Bien monsieur.

-Avant de partir, prend toi un morceau de viande et quelque chose à boire, je sais qu'il fait froid dehors, et que ça n'a rien de plaisant de devoir courir à droite à gauche par ce temps.

Le regard du jeune page s'illumina, et un sourire sincère passa sur son visage. Araal se demanda quel âge il avait, mais il ne devait pas être plus vieux que lui quand il s'était enrôlé dans l'armée.

-Merci monsieur.

Araal plia soigneusement l'invitation, et la glissa dans son pourpoint défait. Quand il n'avait pas à jouer le général soigné et sûr de lui, il retrouvait sa véritable personnalité, un peu affable, peu portée sur l'apparence. Sa tenue se défaisait alors qu'il se mettait à l'aise. Personne en lui en tenait rigueur, pas même le lieutenant Célène, qui finissait toujours par perdre, lui aussi, de sa raideur tout au long de la soirée. Araal donna un léger coup de pied dans les bottes de son capitaine.


-Alors Nogaris, aurais-je le plaisir de voyager en ta compagnie pour célébrer la nouvelle année au palais d'Olmbryn ?

-Cela vous ferait-il plaisir mon général ? Ou bien peut-être que je ne ferais que vous déranger... vous et le régent.

-Ah mon cher Nogaris, moi qui pensais te laisser une chance de te refaire, je crois que je vais finalement me contenter d'empocher tout cet argent. Ou de le donner au lieutenant Célène.


***


La faute en revenait à Fiaren et à la discussion animée qu'ils avaient eu. Araal et le guérisseur avaient eu une relation malheureuse. Une relation qui s'était délitée après les quatre années qu'Araal avait passées dans la région de Pern. Le guérisseur avait passé plus de temps encore dans le Nord que lui. Fiaren n'était revenu qu'au printemps de l'année où Araal avait fêté le début de celle-ci au palais d'Olmbryn. Aucun d'eux n'avait écrit à l'autre durant la douzaine d'années qui s'était écoulée. Araal avait parfois pensé au guérisseur, puis s'était résigné. Ni l'un ni l'autre n'avait été heureux pendant les quelques mois où ils avaient partagé un semblant de relation. Il avait fini par accepter ce que Ataya lui avait reproché. Araal ne s'engageait jamais, pas complétement. Il y avait une retenue qui l'empêchait d'aller jusqu'au bout, d'avoir une relation pleine et entière avec l'autre. Ataya le lui avait dit, elle l'aimait, mais lui ne l'aimerait jamais comme elle le faisait. Il devait d'abord arrêter de penser au passé et de se barricader derrière des murs. Ataya était morte, et Araal aurait eu besoin de ses conseils hier après avoir revu Fiaren. Le guérisseur avait sollicité une audience avec le général Vanarden, pas avec Araal, pas à titre privé, ce qui l'avait fait tiquer. La discussion avait commencé calmement, jusqu'au moment où Fiaren se mit à lui faire des reproches. Araal était resté impassible jusqu'à ce que le guérisseur mêle le prince Densham à la conversation. Selon lui, Araal ne l'avait pas contacté parce qu'il profitait déjà du lit du prince, tout le monde le savait, et il fallait être aveugle pour ne pas voir que le prince l'adorait. Araal avait contenu sa colère brûlante, se rendant compte qu'il avait sans doute blessé Fiaren, que ce dernier lui reprochait des fautes qu'il n'avait que partiellement commises. Fiaren n'avait pas surmonté son deuil. En revanche, il lui crachait à la figure qu'Araal avait parfaitement réussi, en se réfugiant dans les bras d'une tête couronnée. Et quelle chance ! Avec l'état de Méliès, le régent finirait bien par devenir roi et lui prince consort. Araal avait donné un violent coup de poing sur le plateau de son bureau, creusant un trou dans le bois, faisant voler des échardes. La violence et le bruit firent taire Fiaren. Araal respira lentement, pour se maîtriser. Il lui avait demandé de sortir, non pas en étant Araal, mais en étant le général. Il n'avait rien ajouté de plus, et Fiaren avait sans doute réalisé qu'il était allé trop loin.
Araal avait passé la soirée seul, encore furieux. Et peut-être un peu désemparé. Il avait quitté ses quartiers avec Tëhernëtar, et avait quitté Fainros pour la nuit. Il avait fini par s'endormir, peu avant l'aube, exténué, toujours en proie à ses émotions. Il avait rêvé. Un rêve qu'il attribuait à la dispute qu'il avait eu.
Ses doigts avaient repoussé une mèche de cheveux soyeux, et ses lèvres s'étaient posées sur une nuque à la peau soyeuse, un délicieux parfum lui chatouillait alors les narines. Les cheveux et la peau chaude sentaient les huiles parfumées, et une subtile senteur d'herbes de fleurs. Ses mains avaient glissé sur un corps ferme, souple, aux hanches étroites, effeuillant délicatement ce corps, retirant avec douceur et délicatesse les vêtements opulents. Ses doigts avaient effleuré une peau aussi pâle que la sienne était d'encre. Il s'était efforcé, par ses gestes lents, de contrôler son désir qui le poussait à dévêtir son partenaire sans ménagement, pour pouvoir profiter de sa glorieuse nudité sans attendre. Mais la saveur de ce moment valait bien l'attente. Il avait pu sentir la poitrine qu'il parcourait de ses doigts se soulever sous l'effet d'une respiration qui s'accélérait. Ses mains avaient été guidées par les siennes, alors que sa bouche se répandait en baisers langoureux, descendant de la nuque jusqu'aux épaules. Finalement, ses mains furent repoussées, dans un geste fébrile. Il l'avait regardé se lever et ôter les vêtements qui le gênaient. Araal ne lui avait pas laissé le temps de finir, l'attrapant par la taille pour mieux l'attirer contre lui. Leurs bouches s'étaient rencontrées dans un baiser avide, tandis que ses mains enserraient ses fesses, elles aussi fermes et soyeuses. Le prince s'était saisi d'une ses mains, et hypnotisé, Araal l'avait regardé porter ses doigts jusqu'à sa bouche.
Les cloches de la ville de Fainros l'avaient tiré de son sommeil. Araal s'était éveillé avec un profond sentiment de frustration, et en proie au doute. Depuis des années il niait, réfutait, toute rumeur, tout argument attestant des sentiments que le prince lui portait. Lui même niait qu'il ait jamais été attiré par celui qu'il servait. Pourtant, cette nuit il avait rêvé, comme jamais. La frustration était plus forte que tout. Densham était séduisant, avec un corps désirable, un visage sculptural comme seuls les Sidhes ont...  Araal n'avait pas pu se regarder dans un miroir se matin là. Morose, indécis, confus, il avait passé une matinée exécrable, jusqu'à ce que lieutenant Célène s'en mêle. Il avait simplement commenté, en voyant le trou dans le bois du bureau de son supérieur, qu'une telle dégradation du matériel était inacceptable. Le général devrait faire réparer son bureau à ses frais. Araal avait alors ri, et avait simplement accepté les remontrances du lieutenant. Ni Célène, ni les autres Griffons sous ses ordres ne mentionnèrent l'altercation qu'il avait eu, pas même le capitaine Nogaris, qui pour une fois, fit preuve de tact.
Dans les mois qui suivirent, Araal apprit que Fiaren avait quitté l'armée et Fainros. Personne ne savait où il s'était rendu. Il n'avait pas alors su comment accueillir cette nouvelle, avec soulagement, inquiétude ou indifférence ? Dans les mois qui suivirent, Araal prit soin d'observer le prince Densham, lui qui prétendait si bien le connaître, s'était aperçu qu'il ne savait peut-être pas tout.



VI - Un petit mot ?

Reboot complet du personnage de Zephriel. Et c'est une présentation qui est beaucoup trop longue... Mais j'ai la palme non maintenant ?


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Densham
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MessageSujet: Re: Araal Nerevar Vanarden, général des Griffons d'Argent de Fainros   Mar 11 Aoû - 16:11

Et bien. Un reboot complet, long et soigné, pour un personnage profond et bien plus vivant qu'avant.
Une histoire qui nous emmène dans un florilège d'émotions, très réussie.

Bienvenue Araal, et au grand plaisir de Rp avec toi.


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Isil
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MessageSujet: Re: Araal Nerevar Vanarden, général des Griffons d'Argent de Fainros   Mar 11 Aoû - 23:36

3 pages, rien que ça. Record battu ouais. Saloperie. Et j'vais avoir du mal à arrêter de t'appeler Zeph.

J'ai aussi archivé ta précédente présa.

Bonne continuation sur le fo' Araal !  



Skalds and Shadows
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Araal Nerevar Vanarden, général des Griffons d'Argent de Fainros

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