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 Aux croisements de trois régions [Akayel]

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Planorga
Berserker


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MessageSujet: Aux croisements de trois régions [Akayel]   Lun 12 Jan - 23:05

Son reith piaffa d'impatience, ses pattes griffues creusant des sillons dans la tête humide. L'animal secoua sa grosse tête osseuse, faisant teinter les clochettes en argent de ses rennes, avant de claquer ses mâchoires. Ses courtes oreilles s'agitèrent, bougeant de tous côtés. Le vent balayait les hautes herbes de la plaine. Une mer verte, agitée de vagues. Le paysage était sauvage, la main des Morniens ne l'avait pas changé, nulles traces de cultures, d'habitations, ou même de troupeaux et de nomades. La plaine qui s'étalait à ses pieds était vaste, s'étendant et s'étirant jusqu'à l'horizon. Au Sud-Est, derrière elle, la plaine continuait loin, jusqu'à atteindre la lisière de l'immense forêt de Vazushi. Si la cavalière faisait volte face, elle pourrait voir les hautes cimes enneigées des montagnes de Tiemeth. Au Sud, vers l'Ouest, elle savait que le paysage finissait par changer, les plaines herbeuses laissaient la place aux cultures, aux hameaux et aux villages, jusqu'à Akaash l'Ancienne. Très loin à l'Ouest, l'Eredmorn, les plateaux, le Mokosh et les rizières, greniers de l'Empire. A l'Est, près du lac Halakaï, sur le flanc de Tiemeth, il y en avait aussi, en moindre nombre. Au Nord, la plaine continuait, jusqu'à devenir les grandes steppes du Nord de l'Empire, que le fleuve Mokosh parcourait lentement mais sûrement, pour atteindre la Mer du Milieu. Le vent venait du Nord, soufflant fort et vif, s'engouffrant dans les quelques mèches de cheveux couleur ailes de corbeaux qui dépassaient de sa capuche. Sa cape claquait derrière elle. Le fond de l'air, l'odeur, lui signalait que Pamon, Seigneur de l'Hiver, descendrait bientôt du Nord pour étendre son emprise sur l'Empire. Elle savait aussi, qu'à l'Ouest, Pamon ne resterait pas bien longtemps, la magie avait détraqué l'Esgal, et l'Andanorië était peu sujet au froid, comme si Pamon en avait été banni. Le Sud de l'Empire et Cyriaca ne seraient pas affectés non plus. Un cri familier résonna dans le ciel, et au loin, réduit à l'état de point volant contre les nuages, Planorga aperçut un dragon, sans doute monté. Les dragons sauvages ne chassaient pas dans les plaines, pas quand il n'y avait rien à chasser, comme aujourd'hui. A par elle et son Reith. La face de Naran était voilée par des nuages, qui faisaient des tâches sombres sur la plaine. Le sol était détrempé, chaque pas que faisait sa monture faisait un bruit de succion, et elle savait qu'elle aurait à décrotter les pattes du Reith lorsqu'elle s'arrêterait pour bivouaquer.

Sa longue queue écailleuse se terminant par un aiguillon s'agita derrière elle. La Draemorog repoussa quelques mèches de cheveux de devant ses yeux aux pupilles fendues, d'une main aux longs doigts fins, pourvus d'ongles plus proches de griffes. Elle fronça le nez en humant l'humidité dans l'air. Elle rabattit les pans de sa cape autour d'elle, les empêchant de claquer au vent. Dessous, elle portait une tunique longue de coton, anthracite, au col Mornien, qui montait sur son cou. Un pantalon de tissus lui aussi anthracite, enfoncé dans des bottes renforcées en cuir gras. Par dessus, elle portait un genre de brigandine, très long, fendu en quatre pans à partir de sa taille, faite de cuir souple, et renforcée de métal couleur or et bronze, formant plus des décorations qu'une réelle protection. En réalité, le vêtement baigné dans la magie Draemorog, et la peau épaisse de Planorga, suffisait amplement à sa protection. Sa cape anthracite elle aussi, était fermée par une grosse broche or ornée d'une onyx sur le haut de sa poitrine. Des bracelets du même genre que la brigandine enserraient ses poignets, couvrant le dos de ses mains. Une bague longue, comme une griffe, ornait son majeur gauche. Sa ceinture, pendait à sa gauche, une dague longue et courbe, dans un fourreau assorti à sa tenue. A droite, une petite sacoche et deux petites bourses. A sa selle étaient accrochés son paquetage, ainsi que son arc souple laqué de noir, et un carquois rempli de flèches aux têtes meurtrières, certaines, à l’empennage rouge sombre, étaient plus cruelles, dotées d'une tête rendant impossible de les extraire sans déchirer les chairs, en causant plus de dommages. A l'occasion, elle les empoissonnait. Parfois. Elle n'aurait théoriquement pas besoin de tout ça. La Draemorog attendait depuis une heure déjà, perchée sur sa monture, bien en vue. Elle attendait un nouvel Orageux, elle avait reçu un message pour lui dire qu'elle devait l'accueillir et le guider jusqu'au camp, après qu'elle soit partie d'Akaash. Elle n'était pas franchement ravie, mais la Draemorog obéissait aux ordres, accordant une importance particulière à la discipline. Elle s'imposait d'ailleurs une discipline de fer, comme pouvait en témoigner son corps à la musculature vigoureuse, à peine visible sous ses vêtements. Elle entretenait sa souplesse, son endurance. Un corps sain permettait, selon elle, une meilleure concentration, une meilleure forme, et surtout, une  meilleure maitrise d'elle-même et de sa magie. Cela ne l'empêchait pas de s'accorder quelques soirées où elle se laissait aller, mais pas au point d'en faire une habitude.

Sa main gauche sortit de sous sa cape pour aller détacher la gourde qui pendait à sa selle ouvragée. Du pouce, elle fit sauter le bouchon, et but deux longues gorgées d'eau, chassant les dernières traces de sel de la viande séchée et les derniers morceaux de fruits secs qui avaient constitués une partie de son repas. Sa monture piaffa encore, claquant ses mâchoires pourvues de dents faites pour déchiqueter des proies. Elle flatta l'encolure de l'animal, après avoir rebouché sa gourde et l'avoir raccrochée. Le pelage du Reith était plutôt un plumage, gris et noir, avec quelques tâches de blancs. Épais et doux, il était aussi chaud et imperméable. Elle l'enviait un peu. Sa cape était encore lourde de pluie. Il ne pleuvait plus, mais elle gardait sa capuche relevée, empêchant son épaisse crinière noire de s'envoler au vent et de la gêner. Elle aurait pu natter ses cheveux en une tresse sévère, mais elle ne le faisait que rarement. De sa ceinture, elle prit un petit objet  couverte de runes. D'un geste sec, le petit tube entre ses doigts s'allongea, se dépliant pour former une petite longue vue. Elle porta l'objet à son oeil, scrutant l'horizon d'un mouvement circulaire assez lent, lui permettant d'englober tout le paysage. Perchée en haut d'une butte, là, à la lisière entre la région d'Akaash et de celle d'Hitokage, non loin de celle de Zulbajin, Planorga attendait un ancien capitaine des légions impériales. L'Orage l'avait prévenue, l 'individu qu'elle devait rejoindre était du genre susceptible, arrogant -parfois - et prompt à se mettre en colère, mais il respectait l'ordre militaire, dont il avait conservé la discipline, et il avait aussi une certaine éthique. Planorga s'en souciait peu, elle n'était pas entrée sous les ordres d'Uranach pour se faire des amis. Pas plus que des ennemis. Les runes  sur la longue vue luisirent brièvement, lui permettant de voir plus loin. Un point avançait doucement vers elle. Le Reith piaffa une troisième fois, émettant une sorte de petit cri, mélange de ronronnement et de hululement. Les runes brillèrent encore, et sa vision s'ajusta. Le cavalier était monté sur un Reith semblable au sien. Un petit sourire étira ses lèvres charnues. Planorga rangea son instrument, le raccrochant à sa ceinture. Elle se demanda si elle devait le rejoindre, ou attendre qu'il soit plus près. Elle fit faire quelques pas à sa monture, la faisant tourner en rond, détendant l'animal qui s'impatientait après une heure d'attente. Elle ignorait comment l'Orage faisait pour savoir où le homme allait passer, mais les coordonnées de son message étaient exactes. A quelques lieues près. Planorga opta pour la seconde option, à savoir attendre que le cavalier soit plus près avant de descendre le rejoindre. Inutile de parcourir plus de lieues qu'elle n'en avait déjà fait, et d'avoir en suite à revenir sur ses pas. Le voyage était encore long jusqu'au camp. Pour se faire connaître du cavalier, elle sortit de sa sacoche, un petit objet rond, ressemblant à s'y méprendre à un miroir. Elle le positionna de façon à pouvoir faire des signaux de lumières. Ne pouvant utiliser les rayons de Naran, elle se servit de la magie dont l'objet était imprégné. Planorga utilisa un vieux code des légions, signalant sa position. Uranach avait dit que le Svart disposait d'un dispositif similaire dans le sac qu'il lui avait été fourni. Mais il ignorait s'il avait pris le temps de recenser ses nouvelles possessions, ou même s'il avait pris possession de l'équipement. En tout cas, l'ancien capitaine devrait pouvoir la repérer et comprendre sans mal.




Dernière édition par Planorga le Lun 2 Mai - 15:27, édité 3 fois
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Akayel
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MessageSujet: Re: Aux croisements de trois régions [Akayel]   Lun 11 Avr - 17:41

Malgré les nuages qui obscurcissaient le ciel et l'éclat de Naran, la luminosité déplaisait fortement à mes yeux. Je n'avais pas vraiment d'autres choix que de me déplacer de jour dans l'espoir de retrouver le contact qu'Uranach m'aurait envoyé ; vu qu'il m'avait fait quitter Hitokage en plein après-midi, je présumais que mon mécène n'aurait pas fait dépêcher un nocturne pour me cueillir en pleine nuit et m'accueillir au sein de sa petite armée.
J'avais pris quelques heures avant le crépuscule pour me reposer, alors que j'étais, d'après la carte en ma possession, proche du lieu de rendez-vous. Je somnolais, adossé contre ma monture, le Reith tout aussi paisible et reprenant des forces. C'était après tout lui qui faisait le plus gros du travail et j'éprouvais une réelle affection pour ce compagnon de voyage. Cela faisait des lustres que je n'avais pas voyagé en compagnie d'un animal... peut-être depuis la fin du deuxième âge. J'avais énormément de respect pour les Reith, les ayant côtoyés durant ma jeunesse, et espérait pouvoir le garder aussi longtemps que possible... mais je ne me faisais que peu d'illusion. La guerre allait être à nouveau lancée et il fallait de la chance pour en sortir totalement indemne.

Je réalisais, alors que Naran teintait le ciel avant même d'apparaître, que quelques semaines auparavant je n'aurais pas accepté de me lancer dans une guerre. Au contraire, je l'aurais évité, moins pour la violence physique que pour celle de ma mémoire. Cela ne m'avait donné qu'envie de mourir, mais pas dans le feu du combat ; juste continuer dans ma frénésie, jusqu'à ce qu'on m'arrête, qu'on n'ait d'autre choix que de me mettre à mort comme un animal. Une folie destructrice, qui aurait pu se terminer comme je l'avais voulu, si je n'étais pas tombé sur Eurydice.
C'était à elle que je pensais, juché sur mon Reith, sous la lumière étouffée par les nuages encore trop vive pour mon regard. Peut-être qu'à notre prochaine rencontre, elle renoncerait à moi. Je le savais et préférais même cela, quelque part. Elle était entourée d'êtres qui ne voulaient que ma mort et protégée par Argental. Ou plutôt utilisée ; elle était l'assurance que ses petits monstres soient obéissants. Moi y compris.
Ils me l'avaient mise devant les yeux pour que je revienne à la raison et agitée comme une friandise pour que je fasse ce qu'ils voulaient.
Mais au final, c'était aussi ce que je désirais faire. Ce petit séjour en prison m'avait fait revenir à la raison et permis de me confronter à ce que je fuyais. Argental et Uranach se croyaient sans doute être malins et avoir un ascendant sur moi, mais je les aurais rejoins de toute manière. Je m'étais déjà battu pour Morna par le passé, parce que je croyais en l'idéal de Forbesii, en bonne partie parce que je vivais, à l'époque, un amour interdit.
Même si Dana était à présent morte, j'avais envie de continuer à me battre pour ces deux amants maudits. Tout ce cirque n'avait pas été indispensable, mais si ça pouvait leur faire plaisir de penser qu'ils me tenaient... c'était assez vrai, cependant. Argental et Uranach avaient chacun les moyens de m'abattre, mais contrairement à eux je ne cherchais pas réellement à être plus puissant que je ne l'étais par nature. Je me contentais d'agir dans l'ombre, de survivre et participer aux conflits tout en restant assez en retrait ; même si ma façon de me nourrir n'était pas sans me mettre sur le devant de la scène, bien que je me cantonnais aux déchets de la société.
Et quoi qu'ils en pensaient, jamais ils ne m'auraient eu si je ne m'étais pas épris d'une petite Ethérie suivie de près par une horde de monstres. J'espérais d'ailleurs pouvoir la revoir bientôt, pour avoir de vraies retrouvailles, plus posé après toutes ces péripéties.

Mon regard parcourait la lande, n'arrivant pas à vraiment discerner grand-chose. Des larmes perlaient de temps à autres, illustrant le douloureux effort que je faisais. Plus vite je trouvais mon contact, plus vite je serais à l'abri. J'avançais en observant du mieux possible mon environnement, flattant par moment l'encolure de ma monture. Le voyage allait bientôt se terminer.
J'en eu la confirmation en voyant des signaux lumineux, plus loin dans la plaine. Je mis quelques instants à comprendre, me remémorant un code que je n'avais plus utilisé depuis un siècle. On me signalait la position, en conséquence de quoi, je me mis à chercher dans mon sac le petit miroir que j'avais à peine pris le temps de considérer, ne m'y étant pas attardé par l'ancienne habitude d'en avoir un, lorsque j'étais capitaine. Je l'utilisai pour lui dire en code que j'avais reçu le message et pressai mon Reith. J'avais hâte d'arriver au camp et de me reposer.

Je gardais les yeux fermés, laissant mon Reith se diriger. L'animal était intelligent et je me doutais que mon contact ne bougerait pas ; si elle avait donné sa position, ce n'était pas pour en bouger. Je n'eus donc pas le loisir de la voir et ne savais donc pas à quoi elle ressemblait, si je devais m'attendre à un soldat ou quelqu'un de plus... spécial, comme avait suggéré Uranach. J'entrais dans un détachement particulier, qui n'aurait sans doute pas d'uniforme ou d'armes régulières, puisqu'il avait été laissé à mon soin de m'équiper comme je le souhaitais.
Pour le moment, je ne portais qu'un ensemble noir assez classique, sobre et sans fioritures, qui allait parfaitement à mon corps svelte et musculeux, juste ce qu'il fallait pour ne pas faire tape à l'œil. Une cape me protégeait du vent, noire elle aussi. Cela faisait ressortir ma peau blafarde, signe supplémentaire que je n'aimais pas le soleil, comme pouvait le suggérer mes yeux fermés et les traces de larmes. Je le précisais toutefois avec politesse, alors que je pouvais percevoir l'agitation d'une autre monture.

"Pressons, je vous prie. Les formalités devront attendre que je sois en état de ne serais-ce que voir avec qui je parle ; la lumière n'est pas faite pour mes yeux, j'en ai peur."

J'espérai malgré tout avoir fait une bonne impression et tentai d'avoir un petit sourire navré. Je me raclai la gorge, un peu gêné et essayai d'ouvrir les yeux, mais ce que je vis ne fut que flou et je versai encore quelques larmes avant de les refermer. Le bleu sombre de mes pupilles devait être entouré d'un beau rouge et je secouai la tête, faisant un peu jouer la lumière dans mes cheveux qui donna à leur noir de jais quelques reflets coloré. Je ne pouvais vraiment pas continuer à les ouvrir sous la lumière, même tamisée, de Naran.


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
Éventuellement, vous commencerez à y croire.
Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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Planorga
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MessageSujet: Re: Aux croisements de trois régions [Akayel]   Lun 2 Mai - 19:52

Calmant sa monture impatiente en murmurant dans sa langue maternelle aux sons gutturaux, elle patienta jusqu'à ce que le cavalier qui avait répondu à son signal par un autre, n'arrive à sa hauteur. Il fallut de longues minutes pour que le reith sur lequel il était monté ne gravisse la bute sur laquelle elle était juchée. Les distances étaient trompeuses sur ce genre de terrain, le plat s'étirait en réalité sur plus de lieues qu'il n'y paraissait. Elle eut le loisir de l'observer. Il tenait bien en selle, mais quelque chose semblait clocher, puisqu'il ne semblait pas diriger son reith. Finalement, lorsqu'il fut plus prêt, elle put voir sa tenue. Très simple, sans la moindre fioriture, il était pourtant équipé convenablement, pourvu d'un paquetage similaire au sien. Similaire à ceux des légionnaires. Un équipement qu'elle avait altéré selon ses goûts et préférences. Elle joua avec une de ses bagues, qu'elle fit tourner entre ses doigts. Une fois le cavalier presque à sa hauteur, le reith qui la portait décida de renâcler, tirant sur ses rennes, faisant teinter les clochettes en argent décorant sa têtière. Elle jura, laissant échapper quelques mots appris dans les mines des Gorges de Vasundhara où elle avait passé son enfance.
Les premiers que prononcèrent le cavalier lui laissèrent une impression déséagrable. Elle eut un rictus passager qu'il ne put voir, avec ses yeux fermés. Des larmes avaient creusé des sillons dans la poussière qui maculait ses joues. Celui-là voyageait depuis plus longtemps qu'elle. Elle, elle n'avait que le bas de sa cape et ses bottes maculées de boue.

-J'imagine que l'Orage ne vous a pas prévenu qu'il vous faudra faire preuve de patience. Les Orageux ne se trouvent pas à quelques heures de chevauchée, loin de là. Les Cyriacans et les Cemenwinites sont à l'affût, nous ne rencontrons personne à moins de trois jours de chevauchée.

Elle n'était cependant pas exempte de compassion. Pourtant, dans son souvenir, le personnage qu'elle accueillait n'était pas un Nocturne. A moins que le capitaine Lomas n'ait fait partie des détachements opérants seulement durant la nuit. Elle ne s'en souvenait pas. Elle avait eu ses propres ordres à suivre au sein des Capes Rouges. Elle n'avait jamais été sous ses ordres, ou même fait partie de sa centurie. En tant que Cape Rouge, garde d'élite, elle avait passé ses dernières années au sein des légions au plus près de l'Empereur et de ses proches. Elle avait été affectée à la sécurité d'Argental Tar Sùrion lors de la guerre de Lys, et cette mission s'était terminée après la chute d'Altare, où les survivants des légions avaient été traqués en Esgal et à la frontière Cyriacane. Elle s'était réfugiée à Nargoryth, comme d'autres, et s'était faite mercenaire... Se plonger dans ses souvenirs ne réglerait pas le problème du cavalier.

-Étrange qu'avec votre condition vous n'ayez pas pensé à des verres fumés, ou à un de ces baumes qu'utilisent les Nocturnes. Le mieux serait de monter le camp dans un lieu moins venteux, et de repartir de nuit.

Elle ne dit pas non plus, qu'il aurait pu se confectionner un chèche, pour protéger ses yeux, à l'instar des Esgaléens ou des Andanoréens. Pour un terrible criminel, ou même un soldat, cet individu manquait cruellement d'initiative. Elle préféra se taire. On lui avait seulement demandé de l'amener jusqu'au camp de l'Orage. Elle connaissait son identité, la plupart des Orageux étaient des vétérans, et le capitaine Lomas, qui se faisait appeler Akayel aujourd'hui, n'échappait pas au flot de légionnaires gradés ou non, ayant servi sous Forbesii Nil'Dae, qui rejoignait l'Orage. Il n'était d'ailleurs pas rare que des vétérans se reconnaissent.

-Je devrais avoir du bleuet ou de la mauve pour vous soulager, poursuivit-elle.

Sans attendre plus longtemps, elle fit faire demi-tour à son reith. Elle sentait que l'animal avait hâte de repartir. Le reith souleva des mottes de terre en se déplaçant. Elle attrapa les rennes du cavalier, impulsant la direction à suivre à l'autre reith.

-Et vous êtes avec une ancienne cape rouge, si ça peut vous donner une idée de la personne à qui vous vous adressez.


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Akayel
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MessageSujet: Re: Aux croisements de trois régions [Akayel]   Mar 7 Juin - 23:50

Mon interlocuteur resta un mystère pour moi, au moins jusqu'à ce qu'elle parle et se révèle être une interlocutrice. Je n'eus aucune réaction particulière à cela et me contentai de l'écouter. Il avait été évident pour moi que je n'allais pas tomber grâce à une simple carte sur le campement, qui n'étaient pas en rase campagne.
Figer une information sur une carte était un important risque, trop pour le prendre aussi inconsidérément ; même si un esprit pouvait être aussi lisible qu'un parchemin, l'on aurait tendance à moins laisser traîner l'un des deux. Cela me paraissait évident que ce n'était qu'un point de rendez-vous et que notre destination allait être tout autre, mais vu ma condition je ne cherchai pas à discuter ou faire le malin.
Par respect pour une probable future compagnonne d'arme, par rigueur militaire et aussi un peu pour la légère dépendance que j'allais avoir afin d'être guidé à bon port.

Elle sembla se plaindre de mon manque de précaution pour pallier à mon léger handicap, mais c'était peut-être un constat. Et vu ma situation, pouvais-je lui en tenir rigueur alors que j'avais l'air bien vulnérable ? Je tenais toutefois à ne pas paraître presser d'arriver, comme si je craignais quoi que ce soit.

"Autant ne pas traîner si ce n'est pas très proche, vous ne pensez pas ? Sans pour autant nous hâter, bien sûr."

C'était surtout ce que je pourrais faire une fois à destination qui me motivait et je fus soulagé de sentir mon Reith reprendre la marche, à la suite de ma guide. Pouvoir porter à nouveau les armes étaient une chose, mais confectionner moi-même mon matériel provoquait une certaine jubilation. Cela faisait très longtemps que je n'avais plus manié le marteau et l'enclume... plus depuis que je m'étais lancé dans l'alchimie et une vie plus citadine.
Mes pensées se portèrent avec une certaine amertume vers le peu que j'avais récupéré de mon ancien sac. Il n'avait pas été conçu pour résister à une maison s'écroulant dessus et il me restait bien peu de matériel. Seuls les flacons avaient survécus avec leurs contenus et quelques livres. Le reste avait fini en morceaux, au fond du contenant déchiré puis d'une poubelle, y comprit une monture en métal aux verres brisées...

"J'avais des lunettes enchantées, pour ça et d'autres usages. Mais mes... retrouvailles avec l'Orage ont été plutôt mouvementées." Je marquais une pause, un peu dérangé en repensant à mon petit passage en prison. "Il y avait bien quelques idées auxquels j'ai eu le temps de réfléchir en chemin, mais cela aurait été perdre un temps considérable, ou déchirer ma cape. J'ai pensé préférable d'arriver au plus vite et endurer cette petite gêne ; d'ailleurs j'apprécie votre sollicitude, mais cela ira une fois la nuit tombée."

En cherchant un peu à Hitokage j'aurais certainement pu trouver mon bonheur, mais je doutais qu'Argental aurait été satisfait de me savoir encore dans les murs de sa cité. Pas qu'il ait quelque chose à faire de moi en particulier, mais savait-on jamais, maintenant que mon identité et mes agissements avaient été mis à nu, j'avais préféré récupérer ce qu'il restait de mes affaires et me terrer quelques heures jusqu'à pouvoir partir sans demander mon reste.

Le paquetage laissé par Uranach ne contenait rien de particulièrement adapté aux Nocturnes. C'était une dotation standard et les habitués de l'obscurité avaient généralement de quoi prévenir des activités de jours avant de s'engager, ou demandaient des affectations appropriés. De plus, je n'avais aucun signe qui laissait à penser que la lumière était un problème ; et elle n'en était pas un, en réalité. Ce n'était que l'astre solaire en particulier qui me faisait cet effet, une conséquence de mon lignage, quelque chose chez Naran qui me contraignait à la cécité.

Ma compagne de route eut la prévenance, au vue de mon incapacité à le constater moi-même, de me préciser son poste, qui ne m'aurait pas échapper en d'autres circonstances. Et je me sentais plutôt impressionné, moi qui ne fut qu'un simple capitaine. Efficace et compétent, certes, mais loin d'égaler le statut d'une cape rouge.
Elle avait fait partie de l'élite, ce qui n'était pas donné à tous, et je respectais cela. Si je n'avais pas fait le choix de rester toujours en retrait tout au long des campagnes militaires morniennes, afin d'éviter que l'on remarque ma participation active à chacune d'entre elles, j'aurais sans doute pu en être aussi, donc je n'étais pas jaloux, ni admiratif. Je ne pouvais qu'acquiescer en cherchant quoi dire pour lui indiquer ma connaissance de son rang et témoigner du respect sans trop en faire.
Ce ne fut pas difficile à trouver dès lors que je repensai à qui m'avait, par le passé, le plus parlé de ce corps de leur armée.

"Ah, les capes rouges... beaucoup de mes hommes espéraient s'illustrer au combat et se faire remarquer pour vous rejoindre, à l'époque."

Mon ton devait dénoter une certaine nostalgie et peut-être un peu de tristesse. Il fallait mettre beaucoup d'emphase sur l'espoir, car ça en était resté à ce stade. Les soldats qui furent sous mes ordres étaient de bons combattants mais pas exceptionnels. J'avais fait d'une bande de recrues hétéroclites et dissipés une escouade d'infanterie exemplaires... et ils avaient fini près d'Altare, réduits comme beaucoup d'autres en cendres à cause de l'explosion dont ils étaient trop proches.
J'avais été le seul survivant, à ma constitution particulière, bien qu'il ait fallu un peu plus d'une décennie en léthargie pour encaisser et retrouver mes moyens.

Avoir mal aux yeux n'était définitivement pas grand-chose.


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Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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Planorga
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MessageSujet: Re: Aux croisements de trois régions [Akayel]   Mer 29 Juin - 0:50

-Mouvementée ? l'ancienne cape rouge se mit à rire, c'est une façon de le dire. Non, en effet, mieux vaut ne pas trainer. Nous voyagerons de nuit, à partir de ce soir, ce sera plus pratique pour vous comme pour moi.

La Draemorog serait moins alerte si elle avait à guider la monture de celui qu'elle devait escorté jusqu'au camp. Le camp se déplaçait régulièrement, même si des nombreux espions ou éclaireurs avaient été aperçus, capturés, déviés, voir éliminés pour les plus dangereux, pour éviter que Cyriacan comme Cemenwin ne tombent dessus et donne l'assaut. Planorga n'en était pas à son premier voyage d'escorte, c'était le troisième en l'espace de deux mois. Celui-ci serait moins pénible que le précédent. On lui avait assuré que l'invité saurait se tenir, et quand elle avait vu le paquetage militaire, elle avait su qu'il ferait partie des troupes, probablement des officiers... Si on pouvait appeler troupe l'espèce d'armée hétéroclites formées par des groupes de tous bords qui s'alliaient à Uranach. L'Orage. Chacun se gardait bien de prononcer son vrai nom. Uranach était sensé être mort. Sensé. Un sourire plein de dents traversa le visage fermé de Planorga, alors qu'il mentionnait un passé qui semblait encore si vif parfois. Un sourire que son compagnon ne vit pas, avec ses yeux fermés perlant encore de larmes. Elle émit un petit bruit de bouche, fit claquer sa langue pour encourager leurs montures à aller plus vite, mais se permit de répondre :

-On faisait des envieux, mais à part la paye, y'avait pas beaucoup d'avantages. Les trois quarts des capes ont été décimés à Altare ou dans les Gorges quand Forbesii est tombé. J'ai survécu à Altare, et en suite je me suis terrée à Nargoryth pendant des années. Aujourd'hui, les capes font partie du folklore impérial...

Elle fit prendre à leurs montures la direction du Sud-Est, les menant vers les monts Mokosh, qu'ils traverseraient pour gagner l'autre coté du versant. Avant cela, ils devraient s'enfoncer dans la forêt, et encore avant, s'arrêter dans un des villages forestiers pour prendre quelques vivres et trouver à Akayel un équipement plus chaud pour passer le col. Ils avaient plusieurs jours de voyage devant eux, plus de trois jours. Le camp s'était implanté dans une des régions les moins fréquentées de l'Empire, probablement près de la rive du fleuve qui la traversait, mais le fleuve faisait des kilomètres de long avant de se jeter dans les mers du Sud... Pour l'instant, traverser les montagnes étaient un premier objectif. Ils auraient pu contourner celle-ci, mais cela les aurait trop  rapprochés de Cyriaca au goût de Planorga, même si Akaash se serait dressée entre deux et la frontière. Elle ne tenait pas à tomber sur un détachement audacieux du Bahram.
Pour éviter de fatiguer leurs montures, l'allure était soutenue, mais elle prenait soin de ne pas laisser les reiths partir dans une cavalcade endiablée. La sienne, impatiente, piaffait moins, mais elle la sentait nerveuse. Elle serait moins capricieuse après plusieurs heures de chevauchées...

Juchés sur leurs montures, ils avalèrent les lieues, le sol aux herbes vertes et longues des plaines laissèrent la place à un terrain moins régulier, plus vallonnés, alors que le soleil était régulièrement voilé par de lourds nuages sombres, poussés par le vent qui s'était levé. L'humidité se sentait dans l'air, imprégnait leurs vêtements et le plumage des Reiths. Planorga jeta un regard mauvais au ciel au dessus d'eux, et accéléra un peu l'allure. Naran commença sa descente, et l'horizon se mit à s'assombrir, le ciel se colorant d'oranges et de rouges là où Naran commençait à s'éteindre. Planorga ralentit progressivement l'allure, jusqu'à ce que les reiths soient au pas. Autour d'eux, les collines s'étendaient, dans la nuit, ils atteindraient la lisière des forêts qui descendaient les pentes du Mokosh. Mais pour l'instant, l'ancienne cape rouge avait besoin de descendre, de se dégourdir les jambes et d'avaler un morceau. Ce qu'elle proposa par la suite à son compagnon de voyage :

-On s'arrêtera pour une petite heure, le temps de manger, de s'occuper de nos montures. Nous repartirons en suite. On ne s'arrêtera qu'au point du jour suivant pour dormir. Tant que vous n'aurez pour vos yeux, voyager de nuit sera plus simple. Inutile de nous fatiguer d'autant plus, le camp sera toujours là même si nous prenons plus de temps.


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Akayel
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MessageSujet: Re: Aux croisements de trois régions [Akayel]   Mer 8 Fév - 2:11

Son rire avait été à mes oreilles aussi agréable que l'idée de voyager avec quelqu'un que je pouvais traiter en semblable, mais la mention d'Altare ne fut pas sans jeter un froid sur mon humeur. Pour le reste de la journée, elle fut orageuse et le silence accompagna les cavaliers. Il n'y avait pas grand-chose que je pouvais ou voulais dire ; j'avais l'impression que ma camarade de route préférait atteindre notre destination sans perdre de temps à discuter.
Peut-être avais-je envie de le croire...

Ce fut avec un certain soulagement que je me laissais guider. Ne plus avoir à ouvrir les yeux était salvateur et je prêtais peu attention à mon environnement. Mon séjour en cellule aurait été le moment parfait s'ils avaient eu l'ambition de mettre un terme à ma vie bien trop longue.
Je me retrouvais alors à déambuler en pleine nature, à entendre la vie grouiller en silence alentours, tout en étant coupé de tout seul. Seul, dans le noir. Comment ne pas me mettre à réfléchir un peu, sur tout ce que je venais de traverser... L'excitation à l'idée de replonger dans mon élément se dissipait peu à peu.
Altare. Un souvenir désagréable. Presque autant que celui de la guerre qui avait vu les miens périr. Des guerres... toujours des guerres... et j'aimais ça. Même si elles prenaient des vies... ses vies auraient pris fin avec le temps que je voyais passer. Tout finissait en cendres et il ne restait que des idées à défendre. Une raison de faire la guerre.

Avec la nuit, je retrouvai la vue et pu profiter du décor vallonné tout autour de nous, sous un ciel qui qui se piquetait d'étoiles. J'imitais ma guide et descendit de mon Reith, après lui avoir glissé quelques mots à voix basse, dans ma langue, pour le remercier de me porter. Pour toute réponse je reçus un claquement de bec. Planorga m'expliqua la marche à suivre, pendant que je m'allongeais dans l'herbe. Elle me donnait l'impression d'être à nouveau un soldat lors de la première guerre de Morna, où j'avais fait profil bas. Et comme j'en savais encore peu sur ce que l'Orage comptait faire de moi précisément, il était dans mon intérêt de ne rester discret et m'en tenir à des ordres ; du moins, tant que serait respecté mon désir de faire les choses à ma manière.

"Serais-je indiscret si je vous demande ce que l'on attend de nous ?" demandais-je avec une réelle curiosité dans la voix. "J'ai entendu des rumeurs, vu un fantôme en chair et en os... et les survivants d'Altare sont mandés hors de leurs cachette pour remettre ça. Pourquoi ?"

C'était un peu tard pour me poser ces questions, mais elles étaient sincères. Maintenant que je n'étais plus seul ni pressé par la situation... je me demandais pourquoi nous devions reprendre les armes. Et surtout, pourquoi accepter de le faire ? Uranach avait été assez évasif, la liberté, la guerre et Eurydice avait été des motivations suffisante. Mais les autres ? J'étais curieux. Cela devait être plus que simplement poursuivre l'œuvre de Forbesii... ou peut-être pas, auquel cas j'étais intéressé de savoir.


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
Éventuellement, vous commencerez à y croire.
Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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Aux croisements de trois régions [Akayel]

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