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 Sous le manteau neigeux de Fordaëtha

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Magnus Flint
Capitaine Pirate
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Peuple : Sluagh
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MessageSujet: Sous le manteau neigeux de Fordaëtha   Lun 6 Oct - 16:22

-Par les couilles poilues de Cùan ! On se les gèle !

-Pour te les geler, faudrait déjà que t'en ai Thalia, et aux dernières nouvelles, c'pas l'cas, ricana Alcaeus.

La rouquine jeta un regard noir au pilote, et lui envoya un coup de poing dans le bras, boudeuse, avant de resserrer les pans de son manteau doublé de fourrure. Le Sluagh qu'elle venait de frapper, fit semblant d'avoir mal, avant de ricaner de plus belle. Lui aussi portait un manteau doublé et des bottes fourrées, comme le restant de l'équipage, même les habituels réchauffés portaient leurs fourrures. Sur le pont et sur les quais, les marins avaient allumés des braseros, tentant de se réchauffer et de réchauffer l'atmosphère. Certains partageaient un repas chaud assis sur des caisses ou bien appuyés contre elles. De là où il était Flint pouvait voir que la plupart des hommes ajoutait une lichette d'alcool local dans leur thé chaud, histoire de bien se réchauffer les membres, et d'oublier quel temps de chien il faisait sur Hirador, et sans doute dans l'Archipel Galaedor. La neige s'était mise à tomber au milieu de la nuit précédente, et elle tombait plus ou moins drue selon l'heure depuis le petit jour. Le ciel comme la mer étaient uniformément gris, et la ville d'Hirador avait l'air grise aussi. Les toits des maisons de bois et pierres étaient recouverts de neige blanche, et dans les rues, on avait poussé la neige sur les bords, et là où des pieds, chariots et animaux avaient marché, la neige blanche avait pris une vilaine teinte boueuse, presque noire. Le vent était retombé, mais il avait fallu déblayer le pont du Corbeau et jeter du sable dessus pour éviter que sa surface devienne aussi glissante que celle d'un lac gelé. L'influence de Fordaëtha était partout ici, ainsi qu'en mer. Flint et son équipage avaient côtoyé les vents glacés, la neige et les morceaux de glaces plus nombreux à mesure qu'ils s'étaient approchés des îles. La mer de Fordaëtha et Galaedor étaient de ces rares endroits où Flint ne s'adonnait pas à son métier avec passion, et ceci pour une raison très simple : on se les gelait. Véritablement. En hiver, de nombreux navires se retrouvaient prisonniers de la glace, et que les marins du coin vous ait à la bonne, était une question de survie. L'archipel du grand nord était donc un de ces rares endroits où la tête du Sluagh n'était pas mise à prix -peut-être même le seul. Les insulaires n'avaient pas grand chose à faire que les marines des autres royaumes lui courent après, ils profitaient de ce que Flint transportait dans ses cales, et lui bénéficiait de l'hospitalité et de la chaleur des feux, en plus de faire des affaires. Les produits des chasses aux phoques et à la baleine des Galaedorans faisaient souvent fureur à Tolceleg, tout comme la viande d'élan, qui même salée, changeait du poisson qu'on servait à toutes les sauces chez les hors la loi.

Flint remonta son écharpe sur le bas de son visage, et vérifia que son chapeau à larges bords était bien vissé sur son crâne. Il renfonça ses mains gantées dans les poches de son manteau doublé, pestant contre le temps, contre cette foutue neige. Naviguer dans le blizzard était un casse tête, une chiantise sans nom. Flint préférait largement les tempêtes de la Mer du Milieu, plutôt que celles de la Mer de Fordaëtha. Perdre son cap dans cette mer pouvait être fatal, sans compter que la visibilité quasi-nulle rendait la navigation dangereuse entre les blocs de glaces qui flottaient, et qui faisaient comme une barrière de rochers autour des différentes îles et petits îlots. Pourtant, malgré tout ça, Flint n'était pas mécontent d'être ici. Le Sluagh n'avait pas à coller aux basques de son second Sholto. Ce dernier n'avait pas à user de son Glamour pour changer l'apparence de Flint, qui avait un visage que l'on oubliait que rarement. Il fallait dire aussi, qu'il n'avait pas franchement une gueule d'amour, ni une tronche de gentilhomme. Autrement dit, même en faisant abstraction de ses dents en or, Flint avait une gueule de hors la loi. Il avait choisi la piraterie parce qu'il aimait la mer, et parce qu'il était juste sacrément bon dans ce qu'il faisait. Pour sûr, il aurait pu finir corsaire, ça payait bien, et on avait au moins un port d'ancrage, mais obéir à quelqu'un lui foutait la gerbe. Impossible pour lui de respecter une autre autorité que la sienne, comme c'était le cas des trois quarts de ceux qui siégeaient au Bastion. Il s'approcha du brasero devant lequel s'était planté sa technomage rousse, dont les boucles de feu étaient agitées par le vent. Un bonnet de fourrure était enfoncé sur sa tête, et son visage semblait disparaitre dans la fourrure du col de son manteau, qu'elle avait remonté jusqu'à ce qu'on ne lui voit plus que les yeux.

-Je. Déteste. Ces. Putains. D’îles. martela-t-elle à l'adresse de son capitaine.

Le Sluagh cligna de ses six yeux, amusé. Il eut un genre de grognement, ce qui était l'équivalent d'un rire moqueur chez lui, alors qu'il se rapprochait lui aussi des braises brûlantes pour se réchauffer un peu.

-Moi ça me dérange pas. Pour une fois, on a personne derrière notre cul. Et cette fois, je n'embarque aucun passager. Les derniers ont largement suffi pour remplir mon quota de l'année.

-Ah ? Parce qu'on a des quota de passagers ? ironisa Sholto.

Son second, s'il s'était foutu à poil, aurait pu se fondre dans le décor neigeux. Blanc comme les fesses d'une donzelle, le Sluagh n'aurait eu aucun mal à se planquer. Sa chevelure se balançait dans le vent, et les flocons qui tombaient dessus devenaient invisibles dès qu'ils touchaient ses cheveux. Les gants de son second étaient en train de sécher devant le brasero, et il évitait de sortir les mains de ses poches.

-Maintenant oui. Je tiens à éviter d'avoir un putain dragon à mon bord encore une fois. Ou un petit emmerdeur du style de l'autre tarlouze de Drow.

-Surtout s'il se trimballe avec sa batterie de cuisine toute entière, renchérit Thalia.

En effet, la dernière traversée du Corbeau vers le Nord avait été plus que mouvementée. Flint avait été forcé d'accepter deux passagers clandestins à son bord, une armure vivante cabossée, oh et un aspirant mage gros comme une crevette disparaissant sous une masse de cheveux. Un de ses passagers s'était changé en dragon, pour une putain de raison qu'il n'avait pas envie de connaitre. Par contre, si l'enfoiré redevenait humain, Flint se ferait un plaisir de l'étriper. Le dragon avait simplement essayé de rôtir le Corbeau et son équipage. La déesse des Eaux avait daigné les aider, bien que son aide n'ait pas été des plus douce. Le Corbeau avait reçu trois déferlantes énormes, et avait perdu des morceaux au passage. L'équipage avait été blessé après avoir été autant secoué, et ils avaient perdu un homme. Qu'un homme meurt lors d'un abordage ou d'une lutte contre un navire ennemi, Flint n'y voyait rien de triste. C'était une belle fin. Le genre qu'on s'attend à avoir sur un rafiot de pirates. Mais là... Et puis le restant de la traversée avait été pénible, le Drow, le clandestin restant n'avait cessé de vomir ses tripes et de faire chier son monde. Flint avait menacé plusieurs fois de lui botter l'derche et de l'envoyer par le fond, mais le bougre avait payé sa traversée et celle de son compagnon, qui avait pris la voie des airs et du feu. Impossible pour lui, selon son code d'honneur, d'virer quelqu'un qui l'avait payé. C'était comme ça. Si on ne tenait pas sa part du marché, où irait donc le monde ? A qui faire confiance. Certainement pas à lui à première vue. Il ricana à se souvenir, ce qui fit claquer sa mâchoire, produisant un bruit sinistre.

-Combien de jours encore avant le dernier convois ? redemanda Thalia, pour la quinzième fois au moins aujourd'hui.

Sholto et Flint soupirèrent à l'unisson. Ce fut le second qui répondit qu'il restait trois jours. Flint attendait pour charger à plein ses calles avant de repartir. Lelo de Valargent était déjà partie avec la Reine. La Pharazra avait filé comme le vent, fuyant l'hivernal archipel. Mist n'aimait pas beaucoup le froid non plus, ce qui était assez drôle quand on savait qu'elle était obligée de porter des couches de vêtements et un masque, pour rester anonyme quand elle officiait sur le Corbeau. Le capitaine aurait pensé qu'elle aurait aimé ce froid, mais Lelo de Valargent n'aimait pas le froid. Elle était en route pour Merialeth, où elle écoulerait ce qu'elle avait acheté à Armenelos et ici. Flint lui, se contenterait de rentrer à Tolceleg, d'y vider ses cales, avant de voguer rejoindre la Reine. Il fallait être cinglé pour s'en prendre à ce navire vivant. Quiconque convoitait la Reine devrait être bien fêlé du carafon. Le navire était un peu cinglé, et surtout capricieux. Si sa figure de proue boudait, vous pouviez être certain de finir à l'eau, ou pire. Ashtoreth communiquait régulièrement la position du bâtiment commandé par Valargent, à mesure de leur progression vers le Sud. Elle avait d'ailleurs nargué Thalia en lui disant que passé le cap du Falast, il n'y avait plus neige. Thalia détestait vraiment la neige, et son humeur ne cesserait de se détériorer s'il restait ici trop longtemps. Ce n'était pas étonnant, la technomage passait son temps à moitié dénudée sur le pont, quand le soleil des mers chaudes tapait dur.

-Par couilles velues de Cùan, tu vas pas arrêter de poser cette question ? Hier, on attendait quatre jours, aujourd'hui trois, demain ce sera deux. T'sais compter nan ? Ouais. Donc, si tu reposes encore une fois cette question, je te colle au service exclusif de Varfolomey.

Thalia émit un bruit ressemblant à celui d'un mort agonisant, faisant même la grimace à peu près équivalente de celui qui vient de se faire planter. Flint rit, de son rire au son plus proche de l'éboulement rocheux que celui d'un rire normal. Un peu comme un aboiement très rauque.

-Si t'es sage, tu n'auras qu'à demander à Ash' qu'elle ajoute de la soie Mornienne sur la liste.

Le regard de Thalia s'illumina d'une lueur intéressée. La magicienne avait un gros faible pour les vêtements, et ceux de l'Empire lui plaisaient beaucoup, presque trop. Ils étaient pratiquement introuvables sur les marchés de Tolceleg ou de Muina. Il fallait être inconscient pour aller pirater dans les eaux impériales. Ces putains d'Orientaux avaient de sacré marins et de sacré moyen. Plus encore que ces enfoirés d'Andanoréens qui étaient pourtant leur plus farouches ennemis. Sholto lâcha un commentaire peu flatteur sur la vénalité des femmes, et il manqua de se prendre un coup lui aussi. Flint songea que ses trois jours restants risquaient d'être longs.



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La Traque
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MessageSujet: Re: Sous le manteau neigeux de Fordaëtha   Lun 4 Mai - 21:44

A bord du Corbeau, l’ambiance était loin d’être calme. Ca avait une tout autre gueule qu’à l’auberge, où ils étaient plus nombreux que les sept pauvres clampins confinés des les quartiers de l’équipage, mais ils n’avaient pas à rougir de l’ambiance. Pas de véritable grosse beuverie, ils étaient de quart, ils devaient rester frais et dispo, en cas de pépin ou de pauvre bougre qui s’imaginerait pouvoir piller les pilleurs, pensant leur rafiot vide. Le pauvre, vraiment, celui qui ouvrirait les portes pour accéder aux câles et à la marchandise. Pour les septs de quart, ça signifierait un peu d’amusement en plus, un pauvre voleur suspendu au plafond par les pied à tyraniser, de quoi pimenter la partie de Gin Rummy qu’ils faisaient. Ca se jouait entre Ranos et La Traque depuis près d’une heure et demi à présent, sous les yeux d'Elkan et Sagal, Sholto, Bricius et Varfolomey, étant partit dormir. Ils avaient été de garde cette nuit, et se reposaient.

Son adversaire sursauta, comme s’il venait d’être piqué, et la pointa d’un doigt accusateur.

-Hey, j’ai vu ton bras bouger là, tu planque des cartes !

-Allons Ranos, elle a pas besoin de tricher contre toi, t’es déjà un beau branqu’ à s’jeu.

-Ta gueule Elkan.

La Traque eut un sourire tout innoncent qui ne trompait pas le moins du monde ses camarades de quart, et de de jeu. Enveloppée dans une large fourrure couvrant son tronc, son abdomen et quatre de ses bras, elle était assise à même le sol, et avait deux bras de sortis pour serrer les bord de sa fourrure, et deux autres tenant son paquet de carte. Et un autre était en effet venu glisser un as dans sa main, très discrètement. Elle s’était fait avoir au moment où son bras finissait de se glisser dans le cocon chaud de la fourrure. Malgré cette protection contre le froid, elle se gelait l’abdomen, et rien que ce petit aller retour la glaçait. Ce serait sa dernière triche sûrement, tant pis si elle perdait à la loyale, ou parce que elle, elle ne trichait pas. Plutôt perdre que se geler la filière. Enfin, elle était sûre, pour cette partie là en tout cas, de gagner.
La Traque était frilleuse, très frilleuse. Les araignées n'étaient pas connu pour leur amour du froid. C’était pour ça que dès qu’elle avait pu se caler dans un coin du navire, avec une bonne grosses fourrure autour d’elle, sans trop bouger, elle l'avait fait. Ranos s'impatientait

-Bon, tu t'décide où t'attends que l'archipel dégèle ?  

-Rha ça, ça s'rait trop bien...

Les doigts terminés de noir de La Traque s'agitèrent, elle prit une nouvelle carte sur le tas et sourit sans surprise. Elle déposa alors son tas, face vers le ciel, pour que ses camarades puissent bien les voir. Elkan eut un rire sonore bref. La voix féminine et chaude de l'Araignée se fit entendre.

-Grand Gin et Brelan d'as, perdu mon cher Ranos, ceci est à moi. Merci.

Ses bras se détendir et prirent alors la somme d'argent, le tabac et la montre qui se trouvaient sur la table, et qui avaient été misé par son adversaire peu chanceux. Elle porta la montre à gousset à ses yeux, la tenant délicatement entre deux doigts et l'observa intensément, faisant jouer la lumière pour mieux la voir et la faire briller. Son autre bras mit l'argent dans une bourse, et alla la cacher avec le tabac sous sa fourrure. Là dessous elle avait plusieurs besaces où elle rangeait ses effets, et diverss armes tenues par des systèmes de lanière pour les abordages. Là elle n'avait qu'un poignard, un pistolet, et sa langue si besoin. Elle ouvrit la montre et regarda l'heure.

-Il commence à se faire tard. La tempête semble s'être calmée depuis un moment non ?

Sagal sembla sortir de sa torpeur, regardant fixement devant lui depuis cinq bonnes minutes.

-Euh, ouai, j'dirais depuis facile quatre, cinq heures.

-Pas trop tôt, elle s'est vraiment arrêté s'coup là. Marre d'entendre le vent hurler et d'aller déblayer le pont pour qu'on puisse sortir.

-Je pense qu'il va falloir sortir dégager vraiment toute la neige maintenant que c'est fini, pas juste pour éviter que la porte soit bloquée. On ne va pas laisser notre pauvre Corbeau tâché de blanc. Et puis le Cap' va bien finir par se ramener avec les autres, autant qu'ils puissent poser les pieds sur le pont ?

Alors qu'elle refermait la montre et la rangeait avec le reste dans une de ses besaces, Ranos lui jeta un regard entre l'amusement et le mépris.

-Du genre tu va remuer tes jolies pattes là haut dans l'froid pour nous aider ?

Ses yeux se froncèrent un peu et elle remit bien sa fourure sur ses épaules, prenant un petit air dédaigneux. Elle tira sa langue dardée et piquante, avec un petit air de dégout.

-Du genre, tu crois vraiment que je vais me geler la filière à toucher de la neige alors que je suis en hypothermie rien que d'y penser ? Donne moi un homme à éventrer, ou quelqu'un à vider je suis ta femme, mais mes mains ne toucheront pas cette amas congelé.


   
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Magnus Flint
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MessageSujet: Re: Sous le manteau neigeux de Fordaëtha   Jeu 14 Mai - 18:09

-Si jamais j'entends encore cette putain de chanson Falastoise... marmonna Alcaeus, j'étrangle ce putain de barde.

-Il fait froid, c'est mouillé, geignait Euthalia juste derrière lui, et j'l'ai dit déjà, que c'était froid ? Et mouillé ?

-Bande de fillettes, grogna Iwahara.

Un calme relatif était revenu sur l'Archipel avec le petit matin. Les rues étaient pleines de neige, mais les Hiradorans avaient déjà commencé à déblayer à peine le soleil levé. D'énormes blocs glacés reposaient en tas sur les bords des rues. Les toits des maisons de bois étaient encore couverts de neige, ruisselant d'eau. Le ciel était entièrement gris, d'un gris uniforme, laissant présager qu'il neigerait encore dans la journée. Le vent soufflait doucement, agitant l'air froid. Les respirations des membres de son équipage faisaient des volutes dans l'air glacé. Les pirates se dirigeaient vers les quais pour regagner leur navire et mettre les voiles tant que c'était encore possible, avant la prochaine chute de neige, la prochaine tempête. L'hiver était arrivé en hurlant sur l'Archipel, et Flint avait hâte de filer jusque sur la mer du Milieu, où ils auraient moins de risques d'être pris dans la glace. Le Corbeau pouvait toujours voler, mais voler par mauvais temps était presque suicidaire quand on parlait du mauvais temps de la mer de Fordaëtha. Flint avait le dos raide après sa nuit passée sur un banc. Calant lui aurait dit qu'il se faisait vieux. Il n'avait pas tort. Sa jambe, celle qu'un noble andanoréen lui avait embrochée un mois auparavant le gênait un peu. Pas trop. Les soins de Luaine, la jolie Brownie que s'était dégoté l'Calamar, avait mis fin à l'infection qui faisait que sa plaie était devenue purulente. Flint aurait détesté devoir se faire amputer parce qu'un troufion n'avait pas su le soigner correctement. Le dit troufion était d'ailleurs en train de nourrir les Virviennes. La rue était boueuse d'une neige devenue maronnasse sous les bottes des équipages Andanoréens qui étaient partis avant même que l'aube soit levée. Chacun des membres de son équipage râlait, se plaignant du froid, des chansons du barde - il avait remis le couvert avec la même chanson, par deux fois - de la gueule de bois, du froid... Flint se contenta d'enfoncer son visage dans son écharpe. Il entendit Isthios gueuler après Thane, qui à la porte de l'auberge, faisait le baise main à la jolie serveuse brune. Le maître technomage avait sans doute passé la nuit avec elle. Isthios gueula encore un peu, et Thane finit par lâcher sa conquête de la veille.
Flint aurait pu gueuler, mais il avait le ventre plein de l'excellent et copieux repas qu'on venait de lui servir, et était plutôt de bonne humeur. Saucisses, lard grillé et craquant, œufs, pommes de terre et galette fraîches aux herbes, le tout arrosé de thé brûlant, avaient eu de quoi le satisfaire pleinement. Tout comme les autres qui avaient rapidement vidé leurs assiettes. Chacun avait profité de la viande, retourner à Tolceleg leur prendrait au moins deux semaines, et ce serait le retour du poisson dans leurs écuelles. Même si Iwahara le préparait différemment, ça restait du poisson.

Le port regorgeait déjà d'activité. Des pêcheurs embarquaient leurs filets, tandis que d'autres vérifiaient leurs harpons. Les Galaedorans pêchaient le poisson, mais chassait aussi le phoque et les gros cétacés. Flint avait d'ailleurs plusieurs caisses de viandes pour lui, mais aussi pour Calant - histoire de pouvoir manger et boire à l’œil - sans compter la graisse et l'huile. Les Andanoréens n'étaient pas encore partis, et Flint songea qu'il faudrait qu'ils mettent de la distance entre eux. Il était certain d'avoir été reconnu par plusieurs personnes hier dans l'auberge, mais en Galaedor, il ne pillait pas et ne coulait pas de navire. Ce serait une autre histoire au large. Le Corbeau avait survécu à la nuit, et ils furent accueillis par Sholto qui beuglait des ordres. La passerelle était déjà baissée, et ils n'eurent à monter. Le pont n'était pas entièrement déblayé. Au pied et autour des mâts, la neige s'accumulaient en tas, signe que quelqu'un avait grimpé là haut pour la faire tomber. Prévoyant et pragmatique, Sholto avait disposé des tonneaux vides pour les remplir de neige. Une fois fondue, cela ferait des réserves d'eau douce supplémentaire. Ranos passa à côté d'eux avec une congère entre les mains.

-Par les tétons glacés de Fordaëtha ! Mais qu'est ce que vous avez branlé ?! C'est ni fait ni à faire ! s'écria Alcaeus avant de se prendre une boule de neige en pleine tronche.

L'équipage se mit à ricaner alors que chacun allait y mettre du sien. Iwahara et deux commis du jour s'engouffrèrent à l'intérieur, de même que Thalia qui prétexta avoir trempé ses bottes. Sholto s'approcha alors de son capitaine. Flint faisait le tour de son précieux navire, ses yeux inspectant chaque recoin, même ceux encore encombré de neige.

-Rien à signaler cette nuit, capitaine. La Traque n'a senti personne.

-La tempête a dû dissuader les Andanoréens de tenter quelque chose, constata le capitaine pirate.

Son second grogna son assentiment, lui aussi avait repéré le navire Andanoréens, et comme ils comptaient parmi les cibles préférées du Corbeau, l'hostilité entre eux étaient palpable.

-Ils n'ont pas encore quitté le port, j'aimerai qu'on soit parti avant eux. Direction le bercail. La Traque ?

- En bas, elle se gèle les miches avec son butin. Et à vos ordres.

Sholto le laissa, s'éloignant à grand pas, hurlant des ordres et quelques insultes bien senties. Son équipage redoubla d'efforts pour débarrasser entièrement le pont et pouvoir larguer les amarres. Thane descendit dans la cale, accompagné de Mihaita pour mettre en marche les moteurs. Flint délaissa le pont pour s'engouffrer à l'intérieur où il faisait plus chaud. Sa cabine se situait au fond, et les cuisines dégageaient déjà de la chaleur et le fumé du thé. En Galaedor, se vêtir chaudement n'était pas suffisant pour rester au chaud. Le maître coq faisait régulièrement servir du thé brûlant à l'équipage, et des biscuits aux fruits secs, parfois tellement durs qu'il fallait les tremper dans le thé. Ceux qui avaient des postes les plus exposés avaient droit à une cuiller de miel dans leur thé. Flint y avait droit parce qu'il était capitaine.

Il descendit encore dans les profondeurs du Corbeau, se découvrant un peu. Il fut satisfait en entendant les moteurs vrombirent puis ronronner. Le froid n'avait pas fait de dégâts sur la précieuse mécanique de ses petites merveilles technomagiques. Encore eux, puisqu'une des meilleures technomages capable de tout réparer avait disparu de Tolceleg, au grand damne de son maître d'apprentissage. Enfin du vieux barbon qui l’exploitait. Thane était doué, mais pas autant que le petit génie appelé Navïs. Flint se pencha pour passer l'ouverture basse qui donnait sur les quartiers de ses marins. Certains couchages étaient soigneusement rangés, d'autres pendaient, chargés de couvertures et de fourrures prêts à accueillir les membres qui ne seraient pas de quart. Des pierres de feu réchauffaient l'atmosphère - Flint payait cher ces pierres mais cela évitait l'usage du feu à bord du navire - mais ce n'était visiblement pas suffisant pour la Traque.

-On s'croirait dans la gueule d'un dragon ici.

La Sluagh croulait sur les fourrures, détestant chaque halte qu'il faisait sur l'archipel. Elle s'était calée dans un coin, contre une caisse, sur un épais matelas arrimé au sol. Les moteurs faisaient légèrement trembler le bois du navire. La Traque, tout comme Sholto, aurait pu passer inaperçue dans la neige, n'était son aversion profonde pour le froid et l'eau.

-Les Andanoréens nous ont reconnu, alors même si Fordaëtha en personne venait te geler le cul, j'aimerai que tu te tiennes prête. Et Sholto a laissé entendre que tu avais encore plumé quelqu'un. Laisse moi deviner, Ranos ?

Ranos était un Nordique, un Thuatann, et un des membres d'équipage le plus récent. Flint l'avait accueilli à bord après s'en prit à un navire d'esclaves, et avoir libérer la cargaison, après avoir massacré équipage, capitaine compris, et d'avoir envoyé l'infâme navire par le fond. Six futurs esclaves avaient demandé à le rejoindre, les autres avaient été débarqués sur la côte du Falast. Ranos et les cinq autres, dont Hajna, n'étaient pas encore tout à fait rôdé au mode de vie du Corbeau, et ne savaient donc pas qu'il ne fallait pas joué avec l'araignée, sous peine de perdre gros.





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La Traque
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MessageSujet: Re: Sous le manteau neigeux de Fordaëtha   Jeu 28 Mai - 23:57

Au final elle n'était pas allée déblayer la neige. De toutes les manières, l'araignée ne supportait pas le froid de manière physique, son corps n'était pas taillé pour supporter de telles températures, et si elle pouvait éviter de sortir elle le faisait. Bon, s'il fallait se jeter à corps perdu dans une bataille, décapiter quelques personnes et terroriser quelques marins elle le faisait quelque soit le temps, mais ça n'était que du plaisir, pas une corvée aussi basse que de déblayer de la neige à la main. La Traque était partie se réfugier dans les quartiers, le temps que tout soit finit et qu'ils décollent, s'ils décollaient. Elle pria ardemment pour que ce soit le cas, pas encore une nouvelle nuit dans ce froid horrible, elle allait réellement par se geler quelque chose et tomber malade, voir mourir de froid. Qui pouvait vivre dans ce bled à longueur d'année ?
Les pierres de feu activées, et recouverte de ses fourrures habituelles et de ses couvertures, elle était bien blottie sur son matelas et admirait ce qu'elle avait durement gagné. La montre de Ranos était très belle, il y avait quelques gravures sur le couvercle doré, et le mécanisme marchait à merveille. Elle n'avait pas réellement besoin d'une montre par contre, elle s'en fichait pas mal et se demandait si elle ne pourrait pas le revendre son propriétaire. Qui sait, c'était peut-être une sorte d'héritage familial un truc dans le genre. La blague à tabac n'était pas mal non plus, sans fioriture, le cuir qui la composait était de bonne qualité. Et elle était pleine, elle pourrait en filer à quelques amis de l'équipage, elle n'aimait pas trop ça le tabac. Elle sentit les autres arriver et revenir, tous. Ils étaient à présent à bord, et ça voulait donc dire que d'ici quelques minutes, si elle entendait les moteurs vrombir et les ordres se faire crier de la proue à la poupe, ce serait le signe irréfutable qu'ils partaient enfin. Elle croisa les nombreux doigts qui n'étaient pas occupé à tenir ses prises.
Enfin, pauvre Ranos, personne ne l'avait prévenu qu'il ne fallait pas jouer avec elle. Pas à la loyale et quand elle était en pleine possession de ses moyens. S'il avait su il n'aurait pas dit oui c'était sur. Après il aurait pu se douter de quelque chose lorsque tout le monde avait refusé de jouer contre elle cette partie de Gin Rummy. Faisant tourner une énième fois sa nouvelle et inutile montre entre ses doigts, La Traque reçu de la visite.

-Ouai, bah la réputation des gros lézards est surfaite alors, je suis sûre de sentir encore des planches glacées ici.

Sa main se referma, refermant habilement du même coup sa montre qu'elle posa soigneusement à coté d'elle. Se redressant un peu devant son capitaine, elle l'écouta sans feindre son attention. Ses yeux se plissèrent à la mention des Andanoréens. Ces rats avaient longuement regardé leur navire, elle les avait vu depuis les fenêtres de la cabine et avait pas aimé ça. Sholto non plus. Personne n'aimait qu'on dévisage leur bâtiment aussi longuement, surtout pas ces fichus mauvais perdant. Ce n'état pas la faute de l'équipage du Corbeau, si ces marins étaient des proies faciles. Heureusement que la tempête avait été là, sinon ils aurait fallu à coup sur en venir aux mains.

-Bien sur Cap', au moindre problème je serais déjà là haut entrain de réchauffer mon joli cul gelé avec un peu d'exercice physique. Tu sais bien que je sors toujours couverte.

Avec un air un peu sadique, La Traque écarta alors couvertures et fourrures exhibant l'arsenal savamment harnaché qu'elle avait contre l'abdomen. Dagues, poignards, mais aussi sabre, flingues et fusil, elle avait de quoi occuper ses six mains, voir les huit si elle décidait de rester fixe. Chaque arme avait son anecdote, et chacune était sa préférée. De celle qui avait éventré un marchand Eldarin trop récalcitrant, à celui qui avait laissé un joli trou dans un Capitaine de navire Fendasséen, elle aimait ses armes et les entretenait avec grand soin. Et elles le lui rendaient bien en faisant ce qu'elle voulait, quand elle le voulait. La sluagh albinos referma sa protection contre le froid, cachant armes et intimité aux six yeux de son capitaine et se saisit de sa prise du jour avec délicatesse alors

-Et tu devine bien, notre pauvre Ranos vient de comprendre qu'on s'amuse pas avec l'Araignée sans perdre quelques plumes. Je dirais même pour le coup, qu'il est prêt à être vidé et mit au four, et oui je commence à crever la dalle, les dieux soient loués qu'Iwahara soit revenu à bord, au moins si on se retrouve reprit dans une foutue tempête, on aura quelqu'un pour cuisiner. J'imagine pas si on avait du passer six jours coincés comme la dernière fois... Je préfère mourir de faim que de manger encore un seul truc préparé par Elkan. Réflexe ?

Elle lança la blague à tabac qu'elle avait gagné, sachant que son capitaine comprendrait qu'elle lui en donnait le contenu. Ou même la blague s'il voulait, c'était pas ce qui avait le plus de valeur dans son butin. D'ailleurs elle lui montra la montre, la mettant à hauteur de leurs yeux.

-Et, au fait, ça ne te dirais pas une jolie montre, je n'en ai pas trop d'utilité personnellement ? Je te ferais un prix d'ami, bien sur.


   
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Magnus Flint
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MessageSujet: Re: Sous le manteau neigeux de Fordaëtha   Jeu 11 Juin - 22:52

-Tant que tes miches se trouvent sur le pont si ces basanés décident de jouer les braves... Peu importe, concéda-t-il.

La Traque savait ce qu'elle faisait. Elle ne faisait pas partie de l'équipage original du Corbeau, il l'avait recrutée plus tard, quand elle cherchait à se remplir la panse, trainant sur Tolceleg. Le Sluagh l'avait engagée d'emblée. Flint avait tendance à embaucher plus facilement ses semblables. Et puis, elle respectait l'code d'honneur des hors la loi, à savoir qu'on va pas poignarder dans l'dos sa famille, mais qu'on s'permettre de botter l'cul de ses alliés tant que c'est profitable, et qu'ils ne se lanceront pas dans une vendetta en suite. L'étrange rire ressemblant à éboulement rocheux, que était celui du Sluagh, s'échappa de sa bouche. Il claqua des mâchoires, hilare.

-Ranos est encore un peu naïf. Mais on fera pas pire que Naekan qui s'est fait plumé par la moitié de l'équipage, et arnaqué par l'autre à peine le pied posé sur l'pont du Corbeau.

A peine avait-il mentionné le mousse, que la mésaventure avec ses passagers clandestins et le dragon, qu'il le regretta. S'il avait eu une bouche, elle se serait tordue en un rictus amer. Flint s'était juré de retrouver le dragon, et de le trucider comme il le fallait, et de se faire une paire de bottes avec sa peau. Le reste de la carcasse valait une fortune au marché noir, et même sur le marché normal, s'il se servait de Valargent pour la vendre. Oh oui. Ce serait plaisant. Pas sans risque, mais plaisant. Et cette fois, il ne serait pas pris au dépourvu. Mais trucider ce petit enfoiré sous sa forme humaine serait tout aussi plaisant. Surtout quand ses tripes chaudes se répandraient à ses pieds.

-Elkan change tout en bouillie infâme, peu importe ce qu'il cuisine. J'parie que Sholto a débouché plus de bouteilles quand il a fallu qu'il cuisine. Mais en une nuit, vous avez bouffé tout ce qu'avait laissé Iwahara ?

Le capitaine secoua la tête. Son équipage n'était que des abysses sur jambes, engloutissant la moindre miette de nourriture, même les pires tambouilles quand il n'avait pas le choix. De toute façon, avec un peu d'alcool, tout devenait aussi délicieux qu'un repas à la table d'un grand roi. Vrai aussi que Iwahara avait laissé un repas chaud, une timbale de soupe aux morceaux de poisson, du pain, et des biscuits.

-J'devrais retirer le montant des denrées piquées dans les réserves sur vos soldes, mais on a pas été gâté avec le temps. Et ça n'est peut-être que des cailloux glacés, mais c'est seul coin ou personne n'essaye de nous pendre ou de planter nos têtes sur des piques.

La Traque lui lança quelque chose. Flint leva le bras, réceptionnant l'objet dans sa main avec un bruit mate. Une paire d'yeux examina la blague à tabac. Le cuir était doux sous ses doigts, usé. Et le tabac craquait à l'intérieur de la blague bien pleine.

-Merci, à qui tu l'as piquée celle là ? Nan merci, les montres ça ne sert pas à grand chose par chez nous.

Les moteurs du Corbeau rugirent de plus belles, et de là où ils étaient, ils entendirent Sholto aboyer des ordres, recevant des cris en réponse. Des pas précipités retentirent au dessus d'eux.

-Revend la montre à Ranos, il râlera sûrement, mais s'il y tient, il y mettra l'prix.

Le bois du Corbeau craqua, signe que l'aéronef ne décollait pas, mais sortait de son point d'amarrage, pour gagner l'entrée du port, puis le large. Flint savait qu'il ne reviendrait pas dans l'Archipel avant la belle saison, l'hiver, même lui ne risquait pas à gagner le domaine de Fordaëtha. C'était trop dangereux. Et les meilleures proies se trouvaient au Sud.

-Et je me disais, histoire de nous remettre en jambe, pourquoi ne pas prendre les Andanoréens à leur propre jeu ? Un peu d'action te réchauffera.



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La Traque
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MessageSujet: Re: Sous le manteau neigeux de Fordaëtha   Jeu 25 Juin - 21:40

La Traque n’était pas connue pour sa grande tendresse, ou son cœur en gimauve, mais quand Flint évoqua Naekan, leur mousse naïf, elle-même s’assombri un peu. Le gamin avait été une vraie plaie. Ne jurant que par Virva, il était naïf, crédule et s’imaginait pouvoir devenir l’égal du capitaine, rien quand le suivant partout. Ils l’avaient tous arnaqué, plumé, elle la première. Il s’était vu chahutté, bousculé et raillé par tout l’équipage, et même par toute l’île. Mais le gamin avait disparu en mer, happé par une vague géante provoquée par se déesse adorée qu’il avait invoquée. Il leur avait sauvé les miches, il avait sauvé le corbeau de l’incendie qu’un foutu dragon avait provoqué. Celui là, si l’équipage le retrouvait, il allait passer les pires moments de sa vie. Naekan était un idiot, un gamin qui aurait jamais réussit à devenir la terreur des mers et le tombeur de ses dames qu’il voulait, mais c’était leur gamin idiot, et le savoir mort de cette manière la dégoûtait.
Elle reprit un visage moins sombre quand le Cap évoqua les talents dévastateurs de cuisiner d’Elkan. Elle eut un hochement de tête long et compatissant quand il évoqua la bouillie que préparait le matelot quand il devait cuisiner. Et elle fit une moue toute innocente quand il parla de sucrer leur solde des denrées qu’ils auraient pu prendre cette nuit.

-Mais Cap’… On avait faim, et pis il faisait froid…

Il examina la blague, faisait craquer le tabac. Elle le vit observer le cuir usé gonflé par les feuilles séché, et le faire rouler entre ses doigts pour tâter la marchandise à l’intérieur. Pour l’avoir sentit, elle savait que le tabac était de bonne qualité. Et puis Ranos avait du goût en matière de tabacs à fumer, le reste de l’équipage était d’accord là-dessus.

-Et bien, toujours à Ranos, je l’ai plumé jusqu’au bout, je crois bien qu’il a eu encore plus mal au cœur quand j’ai gagné ça en fait. Niveau montre il avait l’air dégoûté, mais c’est le tabac le pire. Enfin, il savait qu’il risquait de perdre. Là où ça aurait été chic c’est d’le prévenir qu’il allait perdre en fait.

Regardant la montre encore une fois, elle haussa ses épaules dépourvu de bras, haussant deux d’entre eux dans le même temps. Puis elle remit l’objet dans l’une de ses besaces, soulevant cruellement l’une des fourrures.

-Mais ouai, j’vais lui revendre sa montre, j’en ai pas grand-chose à faire. C’est joli, mais ça risque pas de me sauver la peau un jour.


En bref, rien d’utile à son goût. Même les bijoux, qui souvent font tourner les tête aux femmes, jeunes ou non, elle ne voyait en eux qu’un tas d’argent qui lui permettrait de s’acheter de meilleures armes, ou de les faire améliorer par l’un des armuriers de l’île, et aussi pour payer l’entretien de tout le barda qu’elle avait sous elle. Le reste allait dans de la nourriture, et dans l’entretien du petit logement qu’elle avait. Enfin la pièce, un truc simple, assez grand quand même où tout était à porté de ses bras, la cuisine, les livres, ses affaires. Il y avait que la salle d’eau et les toilettes qui étaient séparés du reste. Elle s’en contentait joyeusement, ayant la place de se tisser un lit assez grand, sans empiéter de trop sur le reste de ce qu’elle appelait les coins.
Une lueur intéressée et un peu malicieuse traversa ses yeux rouges quand le capitaine Flint lui parla de prendre les basanés à leur propre jeu. Elle se redressa un peu, alerte, et sentant que la suite allait lui plaire, ses fourrures et couvertures commençaient déjà à glisser de sur elle alors qu’elle souriait largement.

-Oh, Flint, tu sais parler aux femmes toi. C’est quoi ton idée ?


   
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Magnus Flint
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MessageSujet: Re: Sous le manteau neigeux de Fordaëtha   Ven 23 Oct - 23:14

-Il faisait froid, mon cul oui, c'est une fournaise ici, rétorqua Flint aux belles excuses de la Traque.

Cette dernière ne faisait pas partie de ceux qui faisaient ce métier pour le butin, mais plutôt le goût du sang versé. Elle s'était subitement animée sous ses tonnes de fourrures, sortant de sa torpeur, dès qu'il avait mentionné son intention de s'en prendre aux Andanoréens. Il braqua ses six yeux sur elle. Elle était aussi une des seules à pouvoir rivaliser avec lui en matière de regard. Flint s'était immobilisé, ses doigts toujours refermés autour de la blague de tabac, se demandant un bref instant si elle était sérieuse. Une certaine familiarité régnait dans ses relations avec les différents membres de son équipage, des relations détendues, pourtant, personne n'oubliait qui était le capitaine, et Flint n'avait pas bâti sa réputation en étant magnanime. Mais chacun ici respectait la hiérarchie, et ce, en toute circonstance. Parfois, certains s'oubliaient un peu. Flint claqua des mâchoires, signe de son amusement.

-Oh, la Traque, le froid doit te geler le cerveau, fit-il sur un ton faussement empli de sollicitude, Depuis quand t'es devenue mon second ? Je n'ai pas souvenir que Sholto et Valargent manquent à l'appel.

Le sarcasme était teinté d'humour, mais il dissimulait aussi un léger rappel à l'ordre. La Traque faisait partie de son équipage depuis maintenant suffisamment longtemps pour ne plus faire ce genre d'erreur. Flint ne s'en formalisait pas plus que ça, l'excitation après autant de jour d'inactivité pouvait expliquer cet oubli. Cependant, réaffirmer son autorité ou rappeler comment son équipage fonctionnait sur son bâtiment ne faisait jamais de mal. Et pour la Traque, Flint était certain qu'elle ne se tenait que parce qu'il y avait des règles strictes. Elle avait eu une sacrée réputation, et elle avait été solitaire longtemps, n'ayant pas de maître. L'autorité lui avait causé quelques problèmes au début. Ça et sa fâcheuse tendance à régler chacun de ses conflits avec un duel. La Traque était un élément dangereux, comme la plupart des membres de son équipage. Même la si joyeuse et enthousiaste Euthalia avait sa part d'ombre. Mais la part d'ombre de Thalia ne se manifestait pas par des éventrements ou des membres tranchés.
Il fit sauter la blague à tabac dans sa main, avant de la glisser dans une de ses poches. Le sol vibrait maintenant avec une régularité presque berçante sous ses pieds, sous l'impulsion des moteurs ronronnants.

-Tu n'auras qu'à ramener ton cul sur le pont quand je gueulerai après tout le monde, quand il sera temps. Enfin si tu es capable de te décoller de là. Je te pensais pas si... chochotte. On dirait que l'autre Bouche-Fine de Drow a déteint sur toi.

Le passage du Drow et de sa drôle d'armure resterait probablement dans les mémoires. Flint avait rarement eu autant envie d'éviscérer quelqu'un... Cela dit, il avait payé la traversée, et il avait pris aussi cher que les autres quand l'autre s'était changé en dragon. Baissant sa première paire d'yeux pour regarder ce qu'il faisait, refermant étroitement les pans de son manteau autour de lui, il remarqua l'auréole sombre autour de ses pieds, signe qu'il avait dégouliné sur le sol, même après avoir tapé ses bottes pleines de neige avant de pénétrer à l'intérieur du navire. La chaleur qui régnait ici aurait tôt fait de tout faire sécher.

-En attendant, je vais trouver mon second et essayer d'être le capitaine de ce putain de rafiot, poursuivit-il en remettant son écharpe en place, et ne sois pas trop... comment dire, toi, quand tu négocieras le prix de sa montre avec Ranos.

Flint fit demi-tour, regagnant la porte qu'il avait laissée ouverte, s'arrêtant juste avant de sortir.  

-Merci encore pour le tabac.  

Laissant la porte ouverte derrière lui, Flint gravit les escaliers, remontant vers le pont.



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