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 Là où la vie reprend

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Ulrike
Haute Prêtresse
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Peuple : Métisse
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Date d'inscription : 18/07/2008

MessageSujet: Là où la vie reprend   Ven 28 Mar - 16:17

La prêtresse sourit en entendant Jaycek dire qu’il ne se plairait sûrement pas à Iskandar. Il n’y était pas qu’il était déjà sur de ne pas y rester. C’était amusant mais rassurant d’une certaine manière, il se voyait sûrement aller ailleurs, et donc chercher à retrouver une autre vie que celle d’Altare. Ou pas, vu qu’il parla du Qilaq quelques instants après. Ce serait sûrement impossible de pouvoir faire un quelconque rapport après un siècle, et tous les rapports imaginables ont du déjà être fait par ceux qui avaient pu revenir vivants de l’explosion. Mais elle n’en dit rien, mieux vallait que l’éveillé ai un but au lieu qu’il se perde dans le passé et décide d’en faire partie intégrante. Ulrike fit une petite prière, pour que Feardörcha soit clément et le laisse vivre dans le monde actuel sans le tourmenter de visions et d’horreur.
La citée fut en vue alors que le Gardien expliquait à leur compagnon de route, qu’il aurait plus d’argent qu’il n’en faut pour subvenir à ses besoins, et qu’il aurait aussi du soutient de la part d’autres paersonne qu’eux. Après tout, ils ne pourraient être à ses côtés longtemps, car si la ville ne l’appelait pas elle, elle appelait Haldamir, qui y retournerait, et elle aussi reviendrait là bas, liée au Gardien d’une manière étrange, ce serait comme s’il l’appelait elle. La prêtresse s’était demandé si le jour où Mei les avait réunis, une sorte de lien comme ceux des Anamarcha s’était tissé entre elle et lui, ne pouvant les séparer trop longtemps.

- Regardez Jaycek, voila Iskandar.

Devant eux la citée se dressait, pleine de vie, aux bâtiments et maison de couleur sable, on pouvait voir des gens entrer, d’autres sortir, des caravanes de Garman se reposer aux abords, ou des Sableu, ces gros lézards montés, courir portant cavaliers et marchandises. Elle eu un léger soupire. Toute cette vie bourdonnante et colorée lui fit du bien à voir, ses épaules s’affaissèrent un peu et elle se détendit tout en enlevant le capuchon de sa cape. En ville les bâtisses feraient de l’ombre.

-Je propose que nous allions voir Galieel tout de suite. Afin qu’elle puisse vous expliquer comment elle a vécu son propre retour, qu’elle réponde à certaines de vos interrogation, mais aussi comment elle a fait pour s’intégrer.

La prêtresse avançait sans précipitation afin que Jaycek ai le temps de regarder autour de lui, de si’mpregner de ce qui se passait, de l’ambiance. Et aussi parce que ce n’était pas une course pour le plus rapide. Leur capes faisaient que les gens s’écartaient de leur chemin, certains les regardant avec des yeux ronds, ou avec un air presque trop solennel.

-Je pense que venant de la part de quelqu’un qui comprend totalement ce que vous avez vécu ce sera peut-être plus clair pour vous, et vous pourrez constater qu’on peut vivre à merveille ici. Même si rien ne vous y oblige bien sur, je vous conseillerai de prendre quelques temps d’adaptation à notre monde ici, Galieel se fera un plaisir de vous y aider.

Galieel vivait dans une maison proche du marché et d’une grande fontaine où les gens lavaient leur linge et se retrouvaient. Elle vivait des ventes de son mari qui était potier, et la dernière fois qu’elle avait vu cette petite famille, la fille aînée, Eelya, avait trois ans, et le petit dernier, Amir, quatre mois. La métisse les avait invité à diner le soir, et avait eu du mal à les laisser repartir de nuit. Cette fois ile ne pourraient rester, les courses étaient bien trop urgentes, ils avaient vraiment attendu la toute fin des réserves. Mais ce serait un plaisir de revoir cette famille qui s’était formée grâce au sommeil long dans lequel la métisse avait été plongée.
Elle s’avançait vers la maison d’un pas vif, impatiente, avant de ralentir en se demandant si ils la reconnaitraient. Ulrike était encore sous l’emprise du maléfice la contraignant sous une forme d’enfant la dernière fois, ils risquaient de ne pas croire que c’était elle en la voyant avec presque un mètre de plus et une forme de femme.


-Ulrike ? C’est bien toi ?

Allant elle aussi vers la maison, une femme aux yeux noirs et aux cheveux épais, bruns et bouclés et pourvues d’écailles brunes sur le cou, les bras et les mains, s’arrêta. Elle tenait par la main une petite fille pourvue des même cheveux, d’yeux gris et d’écailles sable des tempes aux pomettes ; et avait sur la hanche, tenu par son bras de libre, un petit garçon, dont quelques cheveux noirs dépassaient de la chéchia qu’il portait, et qui les regardait avec de grand yeux noirs. Les deux femmes se regardaient, et toutes les deux avaient arrêté de marcher.
Ulrike eu le plus large sourire qu’elle avait eu aujourd’hui, et en le voyant Galieel atrappa sa fille dans son autre bras, la calant contre sa hanche, et couru presque vers la prêtresse qui la prit dans ses bras. La prêtresse la relâcha et salua les enfants, pendant que la métisse remarquait Haldamir avec plaisir, Eelya ne semblant pas trop la reconnaitre de prime abord, la laissa la prendre dans ses bras et sembla reconnaitre le collier qu’elle portait.
Galieel, Amir toujours dans les bras et Eelya dans ceux d’Ulrike, approcha du Gardien et le prit aussi dans ses bras, un peu plus calmement quand même qu’elle l’avait fait avec Ulrike.


-Ca fait plaisir de vous revoir tous les deux, et de voir que tu as reprit une forme adulte Ulrike, tu es superbe, j’en suis jalouse maintenant. Haldamir, toi tu n’as pas changé d’un pouce, toujours d’aussi grandes dents, dit-elle en se penchant pour regarder un peu sous la capuche, puis en se redressant elle apperçu la troisième personne formant ce groupe, oh. Un autre éveillé ?

Ulrike hocha la tête de manière positive pendant qu’Eelya tressait une mèche des cheveux argent de la prêtresse. Galieel savait bien qu’ils étaient seuls à Altare et que leur retour était soit signe de ravitaillement, soit qu’un Eveillé. Et s’ils étaient accompagné de quelqu’un d’autre, la seconde option était de mise. Ulrike se déplaça pour se mettre auprès de Jaycek, la fille de la brune toujours dans les bras.

-Je te présente Jaycek, Jaycek, voici donc Galieel.


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Jacyek
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MessageSujet: Re: Là où la vie reprend   Mer 7 Mai - 0:49

Passer d'une guerre totale à une petite ville paisible... voila quelque chose de troublant. Je sentais encore la tension du conflit, la peur, toutes ces émotions négatives qui vibraient dans l'air, mais à présent tout était silencieux. La vie reprenait son cours et Iskandar s'ouvrait à moi désormais. Et ce fut un choc.
En silence, j'observais tout ce qui m'entourait. La vie qui s'épanouissait, alors que la guerre était si... présente dans mon esprit. Et puis ces cents années... tout se bousculait dans ma tête et je restais silencieux en observant ce qui se passait alentours. La prêtresse voulait que nous allions voir une autre personne qui tout comme moi avait réchappé au cataclysme, alors je gardais mes questions pour moi.
Puis je me sentais mal, mais pas tant à cause du décalage de cent ans que par le port de la cape qui faisait s'écarter tout le monde de notre petit trio ; moi qui avait l'habitude de passer inaperçu, de baigner dans les foules, j'étais intimidé par cette curieuse impression d'être à part et observer hors de la scène. Ce n'était pas un personnage que les gens regardaient, mais simplement moi, vulnérable, pleins de doutes et de questions drapés de noir... Au moins, on ne me bousculait pas, c'était un plus.
Je ne savais pas trop quoi penser. Pour moi, la guerre était toujours là, la tension, la peur... j'avais cru mourir. Mais autour de moi tout était paisible. J'étais... en décalage, pas vraiment en phase avec le reste du monde. Je m'étais perdu dans mes pensées lorsque nous nous arrêtâmes alors qu'une femme interpella Ulrike. Elle avait deux enfants avec elles, et à la manière dont elle se précipita pour saluer mes deux compères, je compris que c'était celle que nous venions rencontrer.

Les enfants étaient d'elle, ou du moins la petite fille à en croire les traits qu'elles partageaient. Ces retrouvailles et l'idée qu'une personne ayant vécu le même traumatisme que moi ait repris une existence normale me laissa songeur. Lorsqu'on s'adressa à moi, j'eus un frisson et revint à moi, observant la charmante femme qui me faisait face. N'oubliant pas mes manières, je me fendis d'une révérence quelque peu exagéré, un sourire amical sur le visage ; effet garanti devant les cours, qui riait de l'exagération, et des gens plus simples qui voyaient ça comme une satyre.
-J'ai vu naître des Empires,
De l'homme le meilleur et le pire,
Et des choses si incroyables
Qu'elles semblent sortir de fables, 
Mais malgré ses merveilles
N'ayant aucun pareil
N'allez point vous fourvoyez
Rien n'égale un doux foyer.

Un raclement de gorge, gêné, accompagna ma tirade, puis un sourire maladroit.
-Les Voyages de Gül Winter. Page trois, vers un à huit. Je... j'ai rien trouvé de mieux à dire, désolé...
Les yeux rivés sur mes chaussures, je me sentais vraiment idiot. C'était sorti tout seul. Sans doute la pression... que dire en voyant une personne qui a à priori subi un traumatisme comme le miens et qui semble... heureuse, alors que pour moi le monde semblait tourner rond et ne plus tourner rond en même temps ?... C'était une situation étrange,trop pour moi. J'avais beau me vouloir plein d'assurance... tout cela me dépassait.


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Haldamir
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MessageSujet: Re: Là où la vie reprend   Lun 19 Mai - 17:19

[HRP à Jacyek : Les capes de la Marche sont gris clair, pas noires.]
 
Haldamir ressentit une vive tension lui vriller les épaules alors que les remparts rouges d'Iskandar devenaient de plus en plus proche. Le Gardien n'appréciait que très moyennement les lieux peuplés, grouillant de vie. Il s'y sentait toujours déplacé, ce qui était normal. Et Iskandar avait signé sa fin. Enfin celle de Valorn Fardale, l'être dont il avait pris le corps. Ici, Valorn avait commencé à dépérir, malade. Mais ici, Haldamir avait rencontré Ulrike, et il avait vu des Éveillés reprendre le cour de leur vie, ou bien se renfermer sur eux-même et devenir des ermites, ou bien des fous reclus, incapables de s'adapter. Bien que ces derniers cas soient plus rares maintenant qu'Ulrike s'occupait de ceux qui revenaient à la vie. Elle avait les bons mots, et surtout, elle était entièrement faite de chair et de sang, bouillonnante de vie. Contrairement à lui, avatar de la mort et de l'horreur. Jacyek semblait être difficile et capricieux, en plus d'être fantasque. Un comportement de comédien, d'artiste. Ni Valorn, ni Karaj de la Marche, sa première personnalité, n'avaient appréciés les cheminants, bien que le premier ait aimé les regarder exercer leurs arts. Haldamir se demanda si tant de vie ne manquait pas à Ulrike, qui n'avait que l'illusion d'une vie heureuse que projetait parfois Altare, comme si la capitale, avant la Chute, n'avait jamais abrité d'horreurs en son sein.
Les portes d'Iskandar étaient gardées, mais elles étaient grandes ouvertes, n'ayant rien à craindre des Abominations contenues et repoussées par les sortilèges de la Piste Brune.

Autour de remparts, tentes de nomades, bergers menant leurs troupeaux, marchands faisant l'inventaire de leurs biens, caravanes en partance... Autour de la cité, le désert laissait un peu de place à une végétation qui semblait d'autant plus luxuriante. Les grosses éoliennes tournaient paresseusement, surplombant la cité. Les gardes de l'entrée de raidir en les voyant passer. Ulrike et Jacyek étaient drapés dans les capes claires de la Marche, tandis qu'Haldamir disparaissait dans les plis et replis de son épais manteau noir, son visage dissimulé dans les ombres de son capuchon. Il n'avait pas pris la peine de masquer le bas de son visage, comme il le faisait parfois. Ulrike les mena d'un pas assurer, prenant son temps, expliquant de temps en temps à Jacyek où il se trouvait, et quels étaient les lieux qu'elle lui montrait du doigt. Sa chevelure argentée brillait d'un éclat renouvelé sous le soleil, et son visage était rayonnant. Haldamir ne pouvait s'empêcher de la dévorer des yeux, écoutant les sons de sa voix plutôt que le sens de ses paroles. De toute façon,  elle ne s'adressait pas à lui. Autour d'eux, certaines personnes les dévisageaient, bouche bée, d'autres s'écartaient, respectueuses, d'autres encore, s'inclinaient. Et d'autres n'en avaient strictement rien à faire, la présence d'étrangers, ou de fantômes du passé n'allant rien changer à leur vie quotidienne, et ne mettrait pas de pain sur la table. Haldamir ferma donc la marche, silhouette sombre et inquiétante, escortant une Ulrike enthousiaste, et un Jacyek qu'il sentait quelque peu perdu et dubitatif.

Ulrike les guida jusqu'à un quartier animé. Une fontaine glougloutait joyeusement au centre d'une place, ombragée par des auvents, qui permettaient aux femmes de laver le linge sans craindre le soleil. Des enfants s'amusaient autour, ne jouant pas avec l'eau, puisqu'ils savaient, depuis leur naissance, que l'eau était précieuse ici. Des chèvres venaient s'abreuver, quand elles ne grimpaient pas dans les quelques acacias qui avaient survécu à la construction de la cité. Une jeune femme à l'épaisse chevelure noire, à la peau mate et parsemée d'écailles brunes se tenaient près d'une maison avec deux enfants, l'un d'eux qu'elle portait tout contre sa hanche. Le gamin les regardait avec ses grands yeux noirs. Amir. La petite fille, Eelya tirailla un peu la robe de sa mère, qui se tourna pour voir ce qu'elle voulait. Elle avisa leur petit groupe. Galieel n'avait pas changé, elle était peut être un peu plus vieille, mais elle semblait heureuse. Une séance d'embrassades eut lieu en suite, alors qu'Ulrike et Galieel se retrouvait. Eelya reconnut finalement la prêtresse, lui disant qu'elle avait dû manger beaucoup de chorba pour avoir grandi aussi vite.

A sa grande surprise, Haldamir eut droit à une accolade,  à laquelle, il répondit presque maladroitement, n'ayant pas l'habitude de ce genre d'effusions. Oh bien sûr, il n'eut pas droit aux gros câlins dont Galieel avait gratifié Ulrike, quand même pas. Il inclina la tête sous son capuchon quand elle mentionna ses dents. Un trait qu'Haldamir ne pouvait dissimuler qu'en masquant son visage, n'ayant guère de lèvres pour couvrir sa dentition carnassière.

-Galieel, je suis heureux de voir que Mei te sourit et que Lior semble avoir déverser sa lumière sur tes enfants.

La métisse lui sourit, les yeux brillants et humides, le serrant une dernière fois dans ses bras, avant de s'intéresser à la troisième personne de leur groupe. Curieuse, elle posa une question qui n'en était pas vraiment une, puisqu'elle connaissait déjà la réponse. Ulrike se chargea d'y répondre, alors que Eelya s'occupait de lui faire une coiffure de son invention. La prêtresse présenta en suite le comédien, qui fut frappé par Nevaeh, et qui se lança dans une envolée poétique. Haldamir roula des yeux sous sa capuche, geste qui ne voyait pas chez lui, puisqu'il n'avait pas d'iris et de pupilles à faire rouler. Galieel fut surprise par la révérence et ses quelques lignes, mais elle sourit plus largement, remontant d'un coup de hanche son fils pour mieux le tenir et supporter son poids.

 
-Je vous remercie pour ce poème, ça faisait une éternité que je n'avais pas entendu ces lignes. Tout le monde les connaissait à Altare. Cela fait si longtemps maintenant...
 
La voix de la métissé Eldarin se teinta de mélancolie, et fut un bref instant, perdu dans les souvenirs lointain d'une autre vie.

-Je comprend, ce que vous devez ressentir en arrivant ici. La guerre encore si présente dans votre esprit et votre corps, les hurlements, les bruits de bataille, la peur, tout ça remplacé en un battement d'yeux pour devenir un endroit désert, puis une ville animée, où les gens ne fuient pas pour se protéger d'un danger qui pour eux est passé depuis longtemps. Mais qui pour nous est toujours là, prêt à nous engloutir en une fraction de seconde... Comme il a engloutit nos proches

Galieel fixait Jaycek, tout en ayant l'air de ne pas le voir, perdue qu'elle était dans de sensations qu'elles ressentaient toujours quelques fois, mais qu'elle combattait pour se concentrer sur la chance qui lui avait été donnée de vivre une nouvelle vie. Elle se reprit :

-Voici ma fille Eelya et mon fils Amir. Vous êtes le bienvenu chez moi, maître poète, vous pouvez rester tant que vous le voudrez.


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Ulrike
Haute Prêtresse
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MessageSujet: Re: Là où la vie reprend   Sam 30 Aoû - 13:24

Eelya s’occupait de ses cheveux avec attention, sans tirer dessus et en prenant même soin de faire des mèches de même taille. Ulrike ne se formalisait pas de cette coiffure non demandée, elle l’enlèverait peut-être une fois rentrée chez eux, si le fait de bouger ne faisait pas glisser la tresse d’elle-même. Jaycek s’envola lyriquement, sortant un poème qui lui était inconnu, mais qui visiblement toucha Galieel. La prêtresse croisa le regard de la fillette qu’elle tenait dans les bras et s’empêcha de rire en voyant les yeux ronds de l’enfant. Elle n’avait sûrement pas l’habitude de voir des gens parler comme ça en dehors d’une scène, et surtout pas pour une première phrase. Ulrike elle, n’en fut pas si surprise, Jaycek semblait réagir totalement différemment du commun des mortels, et qu’il déclame un poème n’était pas si étonnant de sa part. Galieel sembla un peu submergée par ses émotions, et Ulrike revint auprès d’elle pour lui poser une main sur l’épaule.

-Merci Galieel, pour accueillir les Eveillés chez toi, je ne sais pas ce qu’on ferait sans toi. Je sais qu’il sera entre de bonnes mains.
 
La prêtresse se tourna alors vers Jaycek tout en déposant Eelya, la gratifiant d’un baiser sur le front et d’un petit merci pour la coiffure. Au final elle avait trois petites tresses qui se rejoignaient en une plus grosse. Une fois de nouveau droite, elle prit la parole.
 
-Il est temps pour nous de vous laisser ici, avec Galieel. Même si je sais que vous souhaitez repartir pour votre ville natale, mais prenez le temps ici de vous faire aux changements, de vous reposer, de parler avec galieel de vos ressentis, elle a eu les mêmes que vous et vous comprendra mieux que nous. L’argent que l’on vous a donné pourra être changé en monnaie valable ici, pour une très belle somme. De quoi acheter des vêtements, de quoi manger, une maison meublée même, si vous le vouliez. Gardez la cape, elle suffira à vous éviter beaucoup d’ennuis, même si elle n’est pas une protection contre absolument tout.
 
Ulrike enchaînait les recommendations, comme une mère faisant l’inventaire pour son enfant sur le départ. Chaque éveillé qu’elle devait laisser partir, qu’il soit resté auprès d’eux quelques heures, ou quelques jours, lui fendait le cœur. Elle avait peur qu’il ne se fasse pas à sa nouvelle vie, qu’il craque. Dans le même temps elle songea que Jaycek avait montré une sorte de détachement, voir de je m’en foutisme. Mais ça ne devait être qu’une façade.
 
-Je vous souhaite une nouvelle vie heureuse et en paix. Galieel, à la prochaine fois, que Mei continue à te sourire, ça te va bien.
 
La métisse lui offrit un grand sourire et Eelya un câlin de ses jambes. La fillette fit même un petit coucou timide à Haldamir quand il leur fallu s’éloigner, direction le marché, pour acheter de quoi se nourrir. C’était le but premier de leur voyage, avant que Jaycek ne se réveil. Sans ce passage au marché Kallen et elle finirait par mourir de faim, Haldamir ne mangeant que parce qu’elle l’y forçait. Ils s’éloignèrent donc des deux Eveillés et des enfants, repartant pour ne pas revenir avant plusieurs mois. Jaycek ne serait surement plus là, avec ses idées de départ.
Entrant dans le marché qui était grouillant de vie au bout de quelques minutes de marche, ils étaient enfin seuls tout les deux. Elle se rapprocha subtilement du gardien, et le prit par le bras, se collant un peu à lui. La prêtresse soupira de soulagement alors qu’ils marchaient ensemble sous les yeux parfois médusés des passants.
 
-J’espère que tout ira bien pour lui…


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Jacyek
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MessageSujet: Re: Là où la vie reprend   Mar 21 Oct - 8:57

Galieel était une jeune femme charmante, et il me faisait plaisir de voir quelqu'un de plus... chaleureux que des abominations, un Gardien plutôt ombrageux, et une prêtresse aux nerfs à fleur de peau. Ce n'étaient pas de leurs fautes, et je ne leur en voulais pas, mais je me sentais moins déboussolé en regardant cette femme et ses enfants, respirant la vie et une certaine tranquillité. Il était plus facile de se dire que la guerre était finie, et mon regard s'attarda sur les alentours, voyant d'un autre œil, moins craintif, la vie qui suivait son cours dans cette ville nouvelle pour moi.
Iskandar... berceau de ma renaissance.

Au moins, Galieel n'était pas offensé par ma versification spontanée ; je me moins mal d'avoir débité ces quelques paroles sous la pression. J'étais plus détendu, et même si je ne pipais mot, les échanges entre Ulrike et l'ancienne éveillée respirait une fois encore l'apaisant quotidien. Et ce, avant que le temps des adieux ne se fasse. J'étais serein, habitué à quitter les gens -tel était le lot des artistes vagabondant sur les chemin- et puis cette rencontre atypique était de celle que l'on ne voudrait pas réitérer, bien qu'elle fut enrichissante.
Je présentais à Ulrike un demi-sourire, posant une main sur ma hanche dans une posture de défi un poil exagéré.
-Les tirades poétiques, c'est mon gagne-pain, j'vous signale. J'éclatais de rire. Soyez heureux, et n'ayez craintes pour moi ; je suis un grand garçon. Et puis vous me laissez entre de bonnes mains, j'en suis certain.

Les adieux n'étaient pas ma tasse de thé, j'étais un esprit libre habitué aux départs. Mais les voir s'éloigner me produisit un pincement douloureux dans la poitrine. J'avais encore en moi la sensation d'une étrange coupure entre le moment où, dans le cellier d'une taverne, je m'étais changé en pierre en plein conflit, pour m'éveiller, quelques instants plus tard, dans des ruines pleines de monstres. Ils avaient été le seul lien avec ce passé fantomatique qui dansait encore devant mes yeux, et ils s'en allaient, me laissant à une nouvelle vie. Mes jambes fléchirent ; j'étais à genoux sur le sable avant que je ne m'en rende compte, quelques larmes coulant le long de mes joues sans que je ne réalise vraiment.

Mon esprit était en proie à une cacophonie de pensées confuses, et puis tout éclata, laissant une sensation blanche, cotonneuse. Je me relevais, un léger sourire aux lèvres, adressé à Galieel
-Je ne voudrais pas abusé de votre hospitalité, mais j'ai une faim de loup ; en cent ans il doit y avoir de nouvelles saveurs, dans cette nouvelle cité, non ? disais-je, d'une voix légèrement cassée.


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Haldamir
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MessageSujet: Re: Là où la vie reprend   Dim 2 Nov - 17:51

Le Gardien était totalement renfermé sur lui-même, faisant l'effort de maintenir une apparence un peu plus tangible, allant même jusqu'à faire apparaitre des pieds, qui disparaissaient pourtant sous les longs pans du sombre manteau dans lequel il était drapé. Ses yeux luisaient sous le large capuchon qui dissimulait le plus gros de son visage, qui semblait plongé dans les ombres. Seuls ceux qui se risquaient à y regarder de plus prêt pouvaient voir son visage touché par Dämons. Conserver une apparence palpable lui permettait de conserver toute sa tête. Il était loin d'Altare et le Gardien en lui tournait comme un lion en cage, impatient, ne tenant pas en place, n'ayant qu'une seule envie : retourner dans sa chère cité. Altare était son antre, son domaine, et Haldamir craignait chaque fois qu'il s'absentait, qu'il ne s'y passe quelque chose. Il se retenait de ne pas partir sur le champ, filant vers Altare dans un tourbillon d'ombre et de fumée. Son intérêt pour Ulrike le retenait, et les parts de lui qui avaient un jour arpenter le royaume de Mei, savaient qu'il était important que la prêtresse puisse se nourrir. Elle le nourrissait aussi, et lui, pour lui faire plaisir, mangeait ce qu'elle lui préparait. Au début, cela l'avait rassurée de voir qu'il était capable de manger de la nourriture terrestre. Il se souvenait, d'autant plus vivement qu'ils étaient sur le lieu de leur rencontre, de la peur qui l'avait étreinte quand il l'avait approchée. De cette crainte qui s'était transformée en malaise, parce qu'elle n'avait pas su immédiatement comment se comporter avec lui. Sa déesse lui avait ordonné de partir avec lui, tout comme Elle lui avait ordonné d'aller la trouver.

Plongé dans le silence, il n'écouta qu'une oreille distraite ce qui se disait autour de lui. Ne réagissant que lorsqu'il entendait Ulrike. Enfermé dans ses souvenirs, un trait qui n'était pas seulement une caractéristique propre à Altare, il eut envie de rire, alors qu'il se souvenait de la façon dont Ulrike avait invectivé le marchand qui s'en prenait à sa sœur. Il se retint. La vue du Gardien en train de rire n'était pas la vue la plus plaisante qui soit. Il attendit alors patiemment, ombre silencieuse, non loin de la prêtresse. Il l'entendit remercier Galieel. Le regard du gardien, dont les yeux brillaient doucement dans les ombres du profond capuchon qui couvrait sa tête, se posa sur la mère de famille. Il inclina respectueusement la tête, la remerciant à sa façon. Puis, Ulrike donna ses dernières recommandations à Jacyek. Le Comédien... Le Gardien ne l'appréciait guère. Tout en la Gargouille criait la fausseté. Comédien au point de ne pas être vrai. Trop théâtrale au goût d'Haldamir, qui supportait bien mal les êtres vivants... Quelque chose le gênait chez la Gargouille, et ce depuis le début. Mais les êtres vivants lui semblaient également parfois étranges, oubliant souvent ce qu'il en était de vivre. Il ne s'embarrassa pas d'adieux, Ulrike s'en chargeait pour eux deux.  Il se contenta d'incliner une nouvelle fois la tête, apercevant le petit geste timide de la fillette. Une main aux longs doigts osseux sortit des pans du manteau qui le couvrait, lui répondant. L'enfant était surprenante, et peut-être un jour, trouverait-elle la voie de Dämons, elle ne semblait pas avoir peur de lui. D'ordinaire, les jeunes vivants fuyaient et se cachaient à son approche.  Ils s'éloignèrent alors, devant gagner le marché. L'énorme Souk d'Iskandar qui s'étendait sur des rues entières. Ulrike le surprit en le prenant par le bras, s'appuyant contre lui, comme si... Et Valorn le lui souffla, comme s'ils se promenaient comme un couple. Haldamir cligna des yeux, la regardant depuis les ombres qui cachaient son visage, ressentant plus que de l'intérêt à son égard.  


[suite ici pour Ulrike]


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Conteur

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MessageSujet: Re: Là où la vie reprend   Sam 6 Déc - 13:11

Galieel donna un coup de hanche pour replacer son fils correctement. Elle le portait appuyé contre sa hanche, un bras passé autour de lui. Il devenait trop grand pour qu'elle le porte sur son dos, ou devant elle, à l'aide d'un pagne qui lui servait ainsi de porte bébé. Amir grandissait à vue d’œil. Les grands yeux noirs de son fils était resté rivé sur la haute silhouette sombre du gardien qui s'éloignait, et qui donnait plus l'impression de flotter que de marcher sur le sol. L'Eldarine ne pouvait s'empêcher de ressentir des frissons, une légère appréhension teintée de peur quand elle était en la présence du Gardien. Lors de son éveil, elle avait été terrorisée, et la présence d'Ulrike, un être bien vivant, l'avait rassurée, et la magie qu'elle avait utilisé sur elle... Avait soulagé Galieel. Ses souvenirs de son anciennes vie était encore vifs, mais ceux de son sommeil, de la guerre, tout n'était que confusion, et elle ne cherchait pas à en savoir plus, ni à ce qu'ils deviennent clairs et précis. Elle aimait son mari, qui n'avait pas eu peur d'approcher une Éveillée. Et elle avait maintenant deux beaux enfants. Eelya avait hérité de son côté Eldarin, et avait ce côté intrépide et orgueilleux des dragons que Galieel comptait parmi ses ancêtres. Amir avait plutôt hérité de son mari, Darban, et ne présentait pour l'instant pas d'écailles. Eelya en était couverte, comme elle, sur les pommettes, la nuque, les avant-bras et le dessus des mains, mais aussi en haut du front, le bas du dos, ainsi que les côtes, l'intérieur des cuisses, et sur le dessus des pieds. Toutes les deux marchaient pieds nus sans craindre les cailloux, puisqu'une peau épaisse recouvrait la peau tendre de sous leurs pieds.

Elle avait été surprise de reconnaître Ulrike... qui ne ressemblait plus tout à fait à l'enfant qui l'avait sauvée et qui l'avait accompagnée jusqu'à Iskandar. Elle aurait aimé pouvoir parler plus longtemps, et plus intimement avec la prêtresse de Mei, mais... Celle-ci semblait pressée. La silhouette vêtu de gris et à la chevelure blanche, tressée par les petits mains habiles de sa fille disparue au coin d'une rue. Galieel soupira. Amir posa sa tête contre son épaule. Eelya avait fait quelques pas, comme pour suivre le Gardien et Ulrike, mais elle était restée debout, ses petits poings serrés, à côté de Jacyek. Galieel ne savait que penser de l'individu. Elle compatissait, il était un Éveillé, et elle se souvenait de la désorientation qu'elle avait ressenti, de la confusion, de la peur, et surtout de l'infinie tristesse à l'idée qu'elle avait survécu aux autres. Elle allait se tourner vers lui, quand elle le vit tomber à genoux et en pleurs. Eelya jeta un regard inquiet à sa mère, mais la petite fille prit sur elle, et s'approcha du poète, lui tapotant la tête, dans un geste de réconfort maladroit. Elle s'écarta lorsqu'il se releva, les yeux encore humides. Son sourire et ses paroles anodines ne purent masquer ce qu'elle entendait dans sa voix. Galieel eut un sourire elle aussi, et elle hocha la tête :

-La première chose que j'ai faite pour me sentir... vivante, ça a été de manger. Et vous verrez que tout n'a pas changé, on mange encore comme avant...

Eelya prit la main de Jacyek. La môme leva ses yeux gris vers lui. Elle sourit de toutes ses dents.

-Maman fait une cuisine d'enfer, mais si tu veux vraiment trop bien manger, jusqu'à ce que tu puisses plus, faut goûter les pâtisseries de mamie. Elles sont trop bonnes.

-Puisque ma fille vous invite, et qu'Ulrike vous a confié à moi, autant que vous veniez à la maison. Mon mari ne sera pas contre. Vous êtes le deuxième que j'accueille ici. L'heure de manger est déjà passée, ou bien n'est pas encore arrivée, mais je trouvais pouvoir vous trouver de quoi vous contenter.

Eelya tira sur la main de l’Éveillé.

-Allez viens, j'vais te montrer notre maison !

Sans lui laisser le temps de répondre, elle l'entraina à sa suite, de sa démarche sautillante et enjouée, vers les maisons en pierre brune et dorée, aux toits plats, et à l'avant ombragé par des toiles colorées tendues. Celle de Galieel et sa famille était attenante à l'atelier de son mari. De la vaisselle en terre cuite fraîchement peinte était en train de sécher au soleil, reposant sur des nattes de bois. Le quartier grouillait de vie. Des enfants se courraient après, des mères de famille lavaient leur linge dans le bassin qui se trouvait au centre, et partout, on entendait des bruits qui étaient chers au coeur de Galieel, signe que la vie était bien là. Chants d'oiseaux, cris, rires, éclats de voix, mais aussi le bruit du marteau du forgeron trois rues plus loin qui résonnait jusqu'ici, les bruits provenant de l'atelier de son mari, où ils travaillaient avec trois autres potiers et une apprentie. Plus loin, une veille femme, Jaïna, était installée dehors, elle pétrissait et travaillait la pâte de ses pains, avant de les cuirs sur des grosses pierres chaudes. Les cliquetis et les claques des métiers à tisser s'ajoutaient encore au bruit ambiant, sans compter les bêlements des moutons et des chèvres qui parsemaient la rue. La porte de la maison de Galieel était ouverte, et une fois à l'intérieur, elle déposa son fils sur le sol. Amir fit quelques pas de sa démarche pataude pour aller rejoindre un tapis colorés sur lequel reposait des jeux en bois. Eelya tapota un coussin sur le sol, devant la large table basse carrée aux carreaux colorés qui trônaient au milieu du salon :

-Tu peux t'assoir là, indiqua -t-elle en hôtesse un peu autoritaire, je vais chercher mamie.
-elle se tourna vers sa mère - je peux hein ?

Galieel hocha la tête.

-N'embête personne sur le chemin.

Sa fille démarra en trombe et sortit comme poussée par Tuuli. Cela tira un sourire à Galieel, qui prit le temps d'aller prendre de l'eau et quatre verres en terre cuite. Elle les déposa sur la table, et servit Jacyek.

-Ma belle-mère fait les meilleures pâtisseries du monde, commença-t-elle, et elle viendra avec du thé, mais avant ça, il me reste du ragoût d'agneau aux pois chiches et au cumin, et quelques beignets au fromage de brebis et aux herbes... J'ai cru comprendre que vous êtes arrivé à un moment de pénurie à Altare...

Galieel prit le temps de boire un peu, avant de servir de l'eau à son fils, et de lui apporter pour le faire boire à son tour. Accroupie au près du petit garçon qui avait plutôt envie de retourner à ses gros cubes, elle poursuivit :

-J'ai eu plus de chance que vous, le jardin d'Ulrike était plein, et les oliviers qui ont survécu étaient pleins de fruits...


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MessageSujet: Re: Là où la vie reprend   Lun 18 Avr - 4:35

Cette femme me donnait envie de sourire et la vue du sien chassait quelque peu mes sombres pensées. Sa fille aussi, débordante de vie, contribuait à dissiper mon malaise. Je fus entraîné malgré moi, sans être pour autant contre l'idée que l'on me guide dans cette ville. Loin du Gardien et de la prêtresse, plongé dans un environnement plus familier, je me sentais revivre.
Découvrir de nouveaux endroits avait longtemps fait partie de mes habitudes. Il n'y avait que l'arrêt de la guerre auquel je devrais me faire. Du moins, c'était ce que je pensais, car quelque chose continuait à me laisser songeur, alors que je me laissais guider par cette petite fille, sans lâcher sa mère du regard, comme si elle me rattachait quelque peu à la réalité. Elle aussi s'était éveillée et elle avait une vie à l'allure paisible, à en croire la charmante maison dans laquelle je pénétrais, pour m'installer confortablement sur les directives de la charmante enfant, toute guillerette d'avoir un invité.

Je fus quelque peu seul avec mon hôte et l'écouta distraitement, encore un peu perdu dans mes pensées. Elle me parlait d'elle, de sa famille et cela n'était pas inintéressant, c'était juste que je ne savais pas quoi répondre et que j'avais encore du mal à parfaitement digérer tout ce qui m'était arrivé.
Et finalement, elle glissa habilement sur un sujet qui capta mon attention. Elle avait, après tout, subi la même expérience que moi. Sans doute savait-elle ce à quoi je pensais... tous ces sentiments confus qui me donnaient mal au cœur, même si j'essayais de ne pas le laisser transparaître.
Comme elle l'évoqua, je n'avais pas eu de chances de m'éveiller lorsque la maison du Gardien était en pénurie de nourriture, mais après tout...

-Je n'ai jamais eu de chances de toute façon.
Ces paroles m'avaient échappée, le regard dans le vide et un sourire amer au visage. Lorsque je m'en rendis compte, mes joues virèrent au rouge et j'eus l'air gêné. S'apitoyer sur son sort n'était pas quelque chose que j'avais l'habitude de faire, non. C'était plutôt un constat, après ce que j'avais traversé tout au long de ma vie, et qui avait de quoi me secouer un peu. Je me sentais aussi perdu que le jour où je m'étais retrouvé sans argent, perdu dans les bas-fond en ayant l'impression d'être à la dérive.
Je ne voulais pas importuner ma bienfaitrice qui m'accueillait ainsi, à bras ouverts, comme un ami. Mais mes émotions semblaient être la préoccupation de ceux qui m'avaient tirés de cette ville morte.
-Excusez-moi. Même si c'est normal, sans doute, d'être chamboulé après... tout ça, je... je n'ai pas envie d'être un fardeau ou de vous ennuyer avec mes états d'âme. Il va falloir que je rentre sans tarder, même si...

... c'était inutile, finissais-je pour moi-même. Je n'avais aucune réelle raison de rentrer, sans doute tous les gens que j'avais connu étaient morts et personne ne pouvais attester de ma qualité d'espion.

Je secouais la tête, décidément mal à l'aise. Broyer du noir n'était pas dans ma nature, j'allais plutôt de l'avant. Mais comment faire comme si tout allait bien, alors que... Il y avait des choses auxquelles je ne voulais pas me confronter. Au moins une réalité à laquelle je ne voulais pas faire face et je ne me sentais pas prêt à l'énoncer.
-Peu importe. Je vous remercie grandement pour votre hospitalité et je n'en abuserais pas.
Le sourire que j'arborais se voulait rassurant, mais je doutais l'avoir réussi. Si cela n'avait pas été impoli, je me serais changé en pierre pour éviter d'être plus gêné que je pouvais l'être, seulement... je me sentais mal à l'idée de me changer à nouveau entièrement en pierre. Pas après avoir passé cent années dans cet état...


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MessageSujet: Re: Là où la vie reprend   Mar 3 Mai - 23:52

La maison qui abritait Galieel et sa famille était modeste. En entrant, son hôte pouvait voir une seule grande pièce, avec une ouverture vers ce qui était une petite cour, dont la porte ouverte laissait entrevoir du linge séchant sur des cordes tendues. La pièce était relativement vaste. Rectangulaire, elle présentait un coin cuisine sur la droite, et un coin salon sur la gauche. Une énorme cheminée à la forme étrange de bouche de baleine ouverte, trônait du coté de la cuisine, quelques braises y rougeoyaient. Près de l'entrée, coté salon, un escalier montait à l'étage, donnant sur les chambres. Les murs étaient en pierres brutes et le sol était délimité par une partie en terre battue coté cuisine, et une partie surélévée par une estrade en bois coté salon. Les fenêtres étaient hautes, mais étroites, pourvues de volets ajourés, qui étaient pour la plupart fermé. La lumière provenait de suspensions métalliques accrochées au plafond de bois. Le mobilier était simple, et on pouvait voir qu'il servait souvent. Jacyek était donc attablé à une table basse rectangulaire, au plateau constitué de carreaux colorés. Une flopée de coussins servaient d'assises. Derrière Jacyek, autour du tapis aux rayures colorées dans les tons jaunes, oranges, verts et violets, sur lequel jouait Amir, des banquettes taillées dans la pierre, agrémentées de coussins et de couvertures en vrac occupaient l'espace contre les murs. Au mur, Galieel et Darban son mari, avaient tendu des tapisseries aux motifs simples, claires. Coté cuisine, les murs étaient occupés par des placards et des plans de travail. Au sol, une trappe en bois donnait sur une réserve peu profonde. Des ustensiles de cuisine pendaient accrochés autour de la cheminée, et des bûches étaient empilées à coté de l'âtre qui servait à la fois à chauffer la maison durant la nuit et à cuisiner. Des plantes aromatiques pendaient, en train de sécher, ou déjà sèches depuis le plafond. Une vasque pourvue d'un pompe à eau complétait la cuisine de la maitresse de maison.

Galieel fit boire son fils. Il faisait chaud, même à l'intérieur même s'il faisait plus frai à l'ombre et au coeur de la pierre, et les enfants se déshydrataient plus vite. Amir rechigna, voulant seulement jouer, avant de se laisser faire. Une fois qu'elle fut satisfaite, Galieel laissa son fils à son activité favorite du moment : empiler des cubes avant de les faire tomber. Elle déposa le verre de son fils sur la table. Elle regarda le poète qui venait d'un autre temps, le voyant pour ce qu'il était. Elle secoua la tête.

-Vous avez eu de la chance d'avoir survécu, et de ne pas avoir été changé en semesseker. Vous avez dû les rencontrer. Elles sont partout à Altare.

L'Eldarine jeta un regard à la porte, comme si elle s'était attendue à en voir une surgir pour prendre d'assaut sa maison. Elle secoua la tête une nouvelle fois, et esquissa un signe de protection qui lui non plus, n'avait pas changé avec les années.

-Quand je me suis réveillée, j'avais faim, soif, et j'étais si en colère. Si perdue. J'aurai pu devenir comme elles. Je les comprenais. Elles parlent vous savez. Haldamir dit que tous ne peuvent pas les entendre, mais elles parlent..

La voix de Galieel s'était faite murmure. Elle soupira, et esquissa encore un signe de protection pour chasser le mauvais oeil. Elle but un peu d'eau, et se déplaça jusqu'à sa modeste cuisine. Elle souleva le couvercle d'un plat en terre cuite, hocha la tête. Elle raviva le feu en s'aidant d'un soufflet, de brindilles, avant d'y ajouter une bûche. Elle abaissa une grille en fonte par dessus et y déposa le faitout. Elle prit en suite un bol, dans lequel elle versa de la purée de pois chiche à la crème de sésame, elle y ajouta des pincées généreuses de paprika, et y versa une bonne rasade d'huile d'olives. S'emparant d'un pain plat qui servirait à manger la purée de pois-chiche en en trempant des morceaux dedans, elle emporta le tout pour le déposer devant son hôte.

-En attendant que le ragoût réchauffe.

Elle repartit pour prendre les beignets au fromage de brebis et aux herbes. Elle en prit un pour elle. Elle y résistait difficilement. Elle émit un petit son marquant son plaisir, et s'installa en face de Jacyek. Son fils jouait tranquillement, totalement absorbé par sa tâche.

-Mangez, ordonna-t-elle presque, vous vous sentirez mieux. De vous à moi, je ne sais d'où vous venez, peut être que cet endroit n'existe plus, l'Esgal n'est plus le même depuis... depuis la Chute comme ils disent. Mais Bois-Blanche, ou plutôt Dhaval, tient encore, et la Chute n'a pas affectée Fendassë, ou ce qu'il y a derrière l'Eredmorn. Si vous avez des amis avec une vie longue, ils sont peut-être encore de ce monde. Vous avez peut-être un endroit où rentrer.

Galieel prit un second beignet, non, décidément, elle ne pouvait pas y résister.

-Vous n'êtes pas un fardeau. Et croyez moi, ma fille ne vous laissera pas tranquille. Et si vous pensez que vous allez vous la couler douce ici, ne rêvez pas. Vous allez participer comme tout le monde.

En voyant la tête du poète, elle se mit à rire.

-Mon mari dit toujours que lorsque l'on se sait plus où on en est, il suffit de se raccrocher à des petites choses du quotidien. Ça m'a aidé quand je suis arrivée ici, de faire ce que je faisais déjà avant. La cuisine, enduire mes cheveux d'huile, aller chercher de l'eau, traire les chèvres ou les brebis... Vous pouvez rester autant de temps que le souhaiterez.

-Tu vas pas déjà partir hein ? demanda Eelya d'une petite voix depuis l'entrée.

La fillette portait un panier à bout de bras. Une vieille femme manqua de lui rentrer dedans. Pavi, la mère de Darban avait la peau parcheminée, des cheveux couleur d'os qui bouclaient, et des yeux limpides à la couleur turquoise. Elle portait deux plats carrés dans ses mains.

-Ma fille, si tu ne bouges pas de là, je ne risque pas d'entrer. Et sottises, ce jeune homme ne peut pas repartir tout de suite. Pas sans avoir pris le temps de manger quelque chose de décent. Je n'ai rien contre le Gardien, mais personne ne vante les mérite de sa cuisine.

-Ma belle-mère, Pavi, fit Galieel en guise d'introduction avant de se lever pour aller délester Pavi des plats qu'elle portait.

L'Eldarine gagna la cuisine pour mettre de l'eau à bouillir. Eelya posa le panier à coté de Jacyek, et revint pour aider sa grand-mère à monter la petite marche, et pour l'assoir sur un coussin. Affairée, elle revint près du panier, et avec soin, en sortit des verres en verre orné de motifs en bronze, une théière similaire, et une vieille boite en métal cabossée. Elle repoussa le panier, jeta un coup d’œil à son frère qui ne les avait même pas remarquées, et s'assit à coté de Jacyek.

-Han ! Des beignets au fromage ! Et la purée de maman ! Tu sais pas comment on mange ça ? Tu déchires le pain - et la fillette s'exécuta - et tu trempes bien comme ça, avant de le manger.

Elle enfourna le morceau de pain plat recouvert de purée et d'huile d'olive, dans sa bouche, faisant en suite un sourire glouton à l’Éveillé.

-Eelya, surveille tes manières, la gronda sa grand-mère sans grande conviction.

Pavi détaillait l'hôte de sa belle-fille de son regard clair, ayant posé ses mains ridées sur la table. Galieel s'installa à coté d'elle, et lui servit un verre d'eau, que la vieille femme accepta.

-La cuisine de ma belle-fille en revanche, et quelque chose que vous pourrez vanter quand vous partirez. Si vous choisissait de partir.

-Mamie... surveille tes manières, l'embête pas pendant qu'il mange...

Eelya eut un sourire malicieux, et éclata de rire en esquivant la pichnette que Pavi comptait lui donner par dessus la table.


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