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 Pélerinage particulier

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Iyac
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MessageSujet: Pélerinage particulier   Mar 26 Nov - 15:44

Ils avaient continué leur chemin, une fois débarassés du voyageur un peu trop familier qu’ils avaient croisés. Ce dernier avait été d’une rare bêtise et d’une rare idiotie, s’inviter parmis des voyageurs inconnus aurait pu lui coûter la vie, même si le père de son corps ne ferait pas de mal à une mouche, ça aurait pu être quelqu’un comme Iyac. Si ça avait été le cas, le voyageur aurait apprit à ses dépends qu’on ne familiarise pas avec n’importe qui, lui et son insolence. L'insolence, Iyac ne l'avait tolérée, et surtout aimée, que deux fois dans ses vies. Et il n'était pas sur qu'il en accepte une troisième. C'était même certain qu'il fermerait son cœur à triple tour, jusqu'à sa mort définitive. Il était un être fier, il était quelqu'un de puissant, l'arrogance qu'il possédait était justifiée par ce qu'il était, un Quetz devenu Mitchlantech dès son plus jeune âge, et durant toutes ses vies, faisant trembler les êtres d'un simple regard, leur faisant sentir l'infériorité qu'ils avaient face à lui. Tout du moins, ce qu'il était autrefois. A présent dans le corps d'un enfant pré pubère, il n'était qu'un âme puissante dans une enveloppe frêle qui avait été vide de con âme d'origine, jusqu'à accueillir son esprit. Lui qui n'aspirait pourtant qu'à se rendre chez les morts avec son aimé et y vivre dans la paix qu'il avait trouvé quelques semaines en sa présence. Laurëlin. Il eu un soupire profond, le cœur serré, toujours droit sur le cheval, son regard glacial se portant vers l'horizon peuplé d'arbres. Il ne retrouverait l'eldarin aux cheveux d'or, qu'une fois sa vengeance accomplie, qu'une fois sûr que son peuple disparaitrait avec sa culture décadente et qui n'appartenait plus à ce monde, ils seraient ensemble dans le royaume de Mitchlan, le royaume des morts, et là bas l'âme de Masuaro trouverait enfin le repos qu'elle n'avait jamais eu.
Le père du corps qu'il habitait, fit arrêter leur cheval, le tirant de ses reflexions. Ils s’étaient enfoncés bien plus dans la forêt et étaient à présent arrivés à un croisement de chemins de terre, contournant un frêne immense au tronc couvert d'une écorce griffée de toute part, et au feuillage épais. Leur cheval piaffa et s’ébroua un peu, l'homme derrière lui prit la parole.

 
-D'après l'aubergiste qui nous a renseigné, il faut s'enfoncer dans les bois à partir d'ici... Il a pas dit vers où il fallait aller par contre.
 
-Bien.
 
Un silence de quelques secondes s’installa, seulement rompu par les bruits de la forêt. Son expression toujours renfermée et neutre, Iyac ajusta le sac qu'il portait en bandoulière, resserrant la sangle. Il déplia la cape de voyage qu'il avait plié à l'intérieur du dis sac, et la mit sur ses épaules. Il se retourna à peine pour adresser la parole au père de son corps, commençant à descendre de cheval alors qu'il parlait.
 
-Nos chemins se séparent ici. Rentrez chez vous, je n'ai nul besoin que vous m'accompagniez là bas, ce qui s'y passera ne vous regardera plus.

-Je... Si jamais vous voyez, je ne sais pas comment, l'esprit de mon petit garçon... Dites lui que sa mère et moi nous l'aimons, et qu'on voulait pas qu'ça lui arrive, et qu’il nous manque.
 
Ayant mit pied à terre, le prophète terminait de mettre sa cape, et vérifiait combien il avait de vivres avant de répondre. Il se doutait qu'il ne verrait pas l'âme de l'enfant avant de lui même passer dans l'autre monde qu'il foulait à peine à chacune de ses morts.
 
-Je lui dirai, même si ça ne sera pas avant ma mort.

Il se dirigea vers la forêt, sortant du chemin de terre battue, sentant le regard de l'homme qu'il venait de laisser derrière lui, le suivre alors qu'il s'éloignait. Il tiendrait parole, il transmettrai le message à l’enfant si il le voyait dans le dernier monde, mais le regard un peu suppliant qu’il sentait dans son dos ne lui faisait ni chaud, ni froid. La situation était ce qu’elle était, il n’y était pour rien et ne se sentait pas coupable d’utiliser le corps de l’enfant pour son compte personnel, de toutes manières son occupant d’origine était mort.
L’herbe bruissait sous les chaussures de voyage qu’il portait, leur bouts mouillés par la rosée qui perlait sur les brins verts. Il marcha pendant de longues minutes, suivant une direction quelconque, ne pensant qu’à ce qu’il voulait. Au bout d’un moment, il fit demi tour et changea de direction. Le soleil était très haut dans le ciel quand il se posa sur une souche d’arbre, prenant le pain qu’il avait dans son sac, il en mangea peu, contrarié de ne rien avoir trouvé malgré qu’il sache ce qu’il voulait trouver, et surtout qui il voulait trouver. Regardant la cime d’un arbre, il refléchit à ce qu’il allait faire, courir partout dans la forêt en espérant qu’il trouverait était loin d’être une solution. Son œil fut attiré par quelque chose sur le sol. Des plumes, celles d’un rapace. Les rapaces avaient les yeux vifs, ils repéraient leur proie même si elle se trouvait loin. Il se servirait de ces plumes et de son savoir, pour trouver son chemin.
Traçant un demi cercle dans la terre à l’aide de l’un d’une ses dagues à la lame d’obsidienne, creusant un profond sillon, il murmurait des chants litaniques d’une voix basse.

 
-Courre dans les champs de vie verte,
Saute les rubans d’eau bleue,
Suis l’odeur de vie de l’être,
Ô Tlaotan, cherche du nez et des yeux.

 
Il terminait son cercle, traçait des traits sur les bords, trois long, deux petits. Il traça un dernier traits relié aux autre. Il n’essuya que le tranchant de la lame, conservant un peu de terre dessus. Il planta les plumes trouvées à la jointure des traits et du cercle, et y mit le feu avant de l’éteindre, la plume se consummant doucement, émettant une fumée âcre et fine.
 
-Foule le cinquième monde,
Poursuis ta vive proie,
Sens la terre qui gronde,
Cour, grogne et aboie.

 
Installé genoux à terre dans l’herbe humide, ayant retiré ses chaussures, il utilisa de la terre pour tracer un sigle sur son front. La fumée s’élevait des cinq plumes, l’entourant un peu. Il releva ses manches, tournant l’intérieur de ses bras vers le ciel. Prenant la dague de la main droite, il appliqua le tranchant de la lame en travers de son, bras, proche du coude et en biais. Il fit doucement glisser la lame, appuyant sur le bout. Le sang commença à perler.
 
-Mène la chasse en ton être et en ta vie, cherche, traque et poursuis,
Ô Tlaotan, guide mes pas, envoit tes messagers, qu’ils me guident à ce que je veux.
Ô Tlaotan, en échange de mon sang, aide moi des animaux et de la chasse dont tu es le dieu.

 
Le sang commença à couler de la blessure, il en appliqua une seconde, veillant à ce que le liquide rouge coule dans le sillon qu’il avait creusé, sans cesser de chanter d’une voix basse les chants rituels. Son sang coulait, s’insinuant dans le sillon, la fumée s’élevait, puis tournoyait sur elle-même plus elle était haut dans les airs. Fermant les yeux, Iyac s’infligea une troisème plaie, parallèle aux autres.
 
-Courre dans les champs de vie verte,
Saute les rubans d’eau bleue…

 
Sa tête s’embruma, la magie coulait dans son corps, rouge comme le sang, chaude comme le feu, vive comme la vie, elle s’écoulait en même temps que son sang hors de son corps, appelant Tlaotan, dieu des animaux, de la chasse, des instincs. Il entendait sa voix résonner, les feuilles bouger, des animaux pousser leur cri. Un bruissement d’aile, un hululement, des bruits de pattes, sa voix s’élevant dans sa tête, devant lui. Le vent sifflant, les branches craquant, le hurlement d’un loup, le cri d’un aigle, il ouvrit les yeux et tout s’arrêta.
La forêt était redevenue silencieuse, le vent coulait le long des troncs sans bruit, l’herbe se pliait. Iyac soufflait par la bouche, sentant son corps protester contre l’effort bref et intense qu’il lui avait fait faire.
Face à lui, un loup de grande taille, au pelage fauve, s’avançait, calmement, sa meute derrière lui. Il s’arrêta à la limite du cercle, regardant le prophète de ses yeux d’or. Iyac posa son couteau dans son sac, et présenta son bras mutilé au loup. L’animal renifla la plaie, et la lêcha, avant de hurler à la lune, suivit par les autres, et de repartir avec sa meute. Le prohète laissa ses chaussures derrière lui, agrippa son sac, et couru avec les loups. Ses plaies se résorbaient déjà. Les loups l’entourait, courrant tous dans la même direction, à la même vitesse. Lui suivait comme il pouvait, émettant un grognement rageur quand il commença à sentir la plante de ses pieds douloureuses, et une pointe de coté. Rapidement, ils se frayaient un chemin au travers des arbres, les loups sachant où ils allaient, ils formaient une sorte de vague de prédateurs, courant et grognant à l’unisson, ils arrivèrent en vu d’une clairière où la nature avait été domptée. Ils aboyèrent tous en chœur, et contournèrent la abord du jardin, allant vers ce qui semblait être l’entrée de la maison qui s’élevait dans cette clairière. Iyac s’assêta quand il fut en vue de cette maison, le souffle un peu cour, et la gorge sèche. Le loup fauve était à coté de lui, le Prophète posa sa main sur le cou de l’animal.

 

-Merci, envoyé de Tlaotan, que ta famille et toi prospériez.

 
Après s’être secoué, le loup rassembla sa meute un peu dispersée par un nouveau hurlement, et ils repartirent vers la forêt, disparaissants dans les fourrés. Iyac, déglutit, respira fort et s’essuya le front de son bras non blessé, avant de se redresser et de regarder son bras blessé. Le sang ne coulait presque plus, la plaie ne piquait pas, on aurait juste dit qu’il avait été griffé. Il prit le cogne porte, et frappa, attendant de voir la compagne de Tlaotan ouvrir.


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Piri
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MessageSujet: Re: Pélerinage particulier   Lun 2 Déc - 22:39

Si le soleil brillait dans la clairière, Meirion était bien installé sur son trône. Le feuillage des arbres avait des couleurs fauves, à l'exception des épineux. Le fond de l'air était frai, annonçant que Athanasius ne tarderait pas à descendre de son trône enneigé pour étendre son manteau sur tout le nord, et il serait certainement secondé par son alliée la plus fidèle, Fordaëtha des Glaces. La fraîcheur n'avait pas empêché Piri d'étendre son linge fraîchement lavé. Les grands draps s'agitaient doucement dans le vent. Son fils était sorti, sous sa forme de loup. Un loup blanc énorme, qui lui arrivait parfois jusqu'à hauteur de coude. Galadan passait une grande partie de son temps sous sa forme de loup et Piri ne savait pas trop si elle devait s'en inquiéter ou une. Atrazine, Ashenga'ar et Thallys n'étaient pas encore arrivés, Galadan avait dit qu'ils avaient fait une hâle, pour se ravitailler. Et Fiera, la dragonne qui les portait, était une des plus rapides, mais traverser la mer, puis traverser tout le continent, en si peu de temps, devait être épuisant. Son fils lui avait expliqué que si Atrazine serait immunisée contre le froid en altitude, et que Ash devait avoir l'habitude, Thallys ce ne serait pas le cas de Thallys. Ash avait dit qu'il allait lui chercher des vêtements, mais aussi de quoi manger pour eux tous. Ils s'étaient arrêtés près de Valin, après la longue traversée de la mer du Milieu. Ils avaient repris le ciel ce matin, après une nuit et une journée de repos. Galadan lui avait raconté tout ça pendant qu'il prenait le petit déjeuné qu'elle lui avait préparé. Son fils mangeait comme quatre. Et s'il passait du temps sous sa forme de loup, s'était aussi pour chasser. Galadan mangeait pour deux, semblait-il. Piri n'avait rien d'autre à préparer que les lits des chambres. En bonne maîtresse de maison, elle ne laissait pas les lits faits, puisque l'humidité pouvait s'installer dans les draps, et il n'y avait rien de plus désagréable qu'un lit humide. Elle aérait chaque jour les pièces, pendant quelques minutes.
Après avoir fait sa lessive, Piri était rentrée se faire un chocolat chaud revigorant, épais et goûteux dont elle avait le secret. Elle avait lu un peu, sa tasse à la main, confortablement installée dans un de ses fauteuils, un plaid sur les genoux. Et puis, midi approchant, elle avait délaissé son livre, la tasse de chocolat était vide depuis longtemps. Piri prépara à manger pour deux, mais comme il en avait pris l'habitude ses derniers temps, Galadan, n'était pas revenu pour manger, ce qui signifiait qu'il chassait. Ou qu'il avait déjà mangé. Elle garda sa part. Puis, Piri se mit à confectionner quelques confiseries. Casser des noisettes et des amandes lui prit une bonne heure et demie, le temps d'en avoir une quantité suffisante. Puis Piri se mit à les faire caraméliser dans du sucre. Elle les laissa refroidir sur longues plaques, avant de les mettre dans des petits sachets. Elle était toujours en train de le faire quand on frappa à sa porte. Ce n'était pas les gens qu'elle attendait, ils seraient passés par le portail, la clairière n'était pas assez grande pour quoi Fiera s'y pose sans piétiner ses fleurs et son potager. Piri se leva pour aller ouvrir. Elle n'avait pas grand chose à craindre. Personne ne s'était jamais attaquée à elle depuis qu'elle vivait ici. Si brigands et autres hors la loi il y avait, aucun d'entre eux ne se risquait jusqu'ici. Cùan veillait sur elle de bien des façons. Seuls ceux qui y étaient autorisés pouvait arriver ici. Piri ouvrit donc la porte pour tomber sur un jeune homme. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas eu quelqu'un d'aussi jeune sur son perron. Il devait avoir onze ou douze ans, plutôt frêle, avec des cheveux parfaitement coupés. Pourtant, quelque chose dans ses yeux lui disait que le jeune homme n'était peut être pas ce qu'il semblait être. A la lisière de la clairière, Piri aperçut, un bref moment, l'éclat d'un pelage fauve. Cùan avait guidé le garçon jusqu'ici.

-Bienvenue, je suis Piri, fit-elle avec le sourire, Mais si tu es ici, tu me pardonneras, je tutoies tout le monde, c'est que tu dois déjà le savoir. Il n'y a que ceux qui cherchent vraiment cet endroit qui le trouve.

Piri eut un nouveau sourire joyeux, délaissant la porte, retournant vers sa table où l'attendaient les fruits secs caramélisés.

-Entre, entre, poursuivit-elle en se retournant pour le regarder.

Elle allait lui dire de bien s'essuyer les pieds, mais son regard venait de tomber sur ses pieds nus.

-Ah ! Attend, je vais chercher de quoi te nettoyer les pieds.

Elle n'attendit pas qu'il puisse dire un mot, qu'elle était déjà partie dans la salle d'eau, dont la porte de trouvait sous l'escalier. Elle revint avec une bassine en cuivre pleine d'eau chaude, du savon et une serviette. Elle la posa près de la porte.

-Tiens, et...

Piri ouvrit la bonnetière qui se trouvait juste à coté de la porte, elle regarda un instant l'intérieur, avant de sortir une paire de chaussons fourrés.

-Voila, une fois que tu seras chaussé, viens me rejoindre. Tu veux boire ou manger quelque chose ? Ah ! J'oubliais presque ! Tu as un nom ?
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Iyac
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MessageSujet: Re: Pélerinage particulier   Mar 10 Déc - 12:38

Iyac n’attendit pas longtemps avant que quelqu’un n’arrive pour lui répondre, et quand la porte s’ouvrit sur la compagne de Tlaotan, un courant d’air chargé d’odeur sucrée et grillée lui parvint. Il l’interrompait pendant sa cuisine apparament, mais ça n’avait pas l’air de la déranger outre mesure. Elle se présenta à lui, le tutoyant d’emblée, quelque chose qui l’énervait d’habitude, mais là elle était la compagne d’un dieu, et surtout elle avait connu comme lui les premiers âges de ce monde, il était plutôt humble face à cette humaine qui vivait depuis si longtemps et qui était l’être aimé d’un dieu. Ils étaient sur une sorte de pied d’égalité l’un et l’autre, vieux, protégés par les divinités, même si Piri n’avait pas d’autres dons que celui de tenir en respect les divinités et le roi des andains. Elle l’accueillit joyeusement, simplement, comme on accueille un ami de longue date. Ca réussit à lui étirer quelque peu la commissure des lèvres vers le haut quelques secondes, jusqu’au moment où il songea que Laurëlin l’aurait appréciée d’emblé, là il reprit son air neutre, peut-être un peu triste, mais plus en colère qu’autre chose.
Le prophète n’eu pas le temps d’ouvrir la bouche, ou de dire quelque chose, elle parlait vite, clairement, mais vite, qu’elle lui proposait d’entrer, puis qu’elle filait chercher de quoi lui laver les pieds. Il les regarda. Ils étaient plein de terre humide, des brins d’herbe s’étaient collé sur le dessus, et il avait aussi quelques feuilles mortes en plus de la terre humide. Il retira quelques morceaux,les remettant dans la forêt. Rapidement l’humaine arriva avec une bassine et de quoi lui laver les pieds. Lorsqu’elle la posa, il s’inclina un peu, main sur le cœur.


-Merci.

En moins de temps qu’il en eu pour dire ce merci, elle lui mit à porté de main des chaussons fourrés, semblant chaud et moelleux. Le prophète leva une jambe et posa son pied dans l’eau chaude, et il mit le second à la suite. Une fois les pieds dans l’eau, debout dans la bassinne il se saisit du savon, et se pencha. Les stries sur son bras étaient toujours visibles, blanche, légèrement luisantes. Elle se soignaient moins vite que lorsqu’il était réellement lui, mais au moins il ne saignait plus. Une fois ses pieds lavés, il les essuya avec soin sur la serviette, et se chaussa.

-Je veux bien de l’eau si ça ne vous,-ne te, dérange pas.

Il s’était reprit, après tout, si la compagne de Tlaotan le tutoyait, pourquoi ne pas le faire lui-même. Iyac plia la serviette qu’il reposa à coté de la bassine, et avança vers la cuisine où Piri se tenait à présent. Les odeurs sucrées et grillées s’emplifièrent, et il pu constater qu’en effet il l’avait interrompu pendant qu’elle préparait des confiseries.

-Oui j’ai un nom, je m’appelle Iyac. Enfin, ce n’est que mon second prénom que j’utilise depuis peu, mon véritable nom est Masuaro Iyac Telcuolt.

Il avait dit ça d’un ton assez solennel, comme à son habitude, ce ton presque impétueux qui le caractérisait, même s’il était dénué de ce coté agressif et dédaigneux qui faisait qu’il était craint d’habitude, qu’on le redoutait rien qu’à la voix. Même si avec cette carnation, cette apparence, et cette voix, il n’arriverait pas à effrayer quiconque. Ses écailles lui manquaient, sa longue queue lui servant de balancier aussi, ses griffes, sa hauteur, ses muscles… Il espérait trouver ici une oreille divine qui lui accorderait de retrouver son corps, son véritable corps, et non plus celui de cet enfant, mais aussi, trouver des conseils de la part de la compagne de Tlaotan, qui avait su s’adapter à ce monde changeant.


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Piri
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MessageSujet: Re: Pélerinage particulier   Jeu 12 Déc - 18:43

Le garçon ne semblait pas perturbé outre mesure par son comportement de feu follet. Déjà en cuisine, elle lui sourit lorsqu'il demanda de l'eau. Piri ouvrit un placard vitré, aux carreaux de couleurs, et prit un verre. Elle avait eu le temps, avec les années, de décorer sa vaisselle. Le verre était à l'origine un simple gobelet en terre cuite, au cul arrondi peint de pétales de façon à ce que le gobelet semble posé sur la fleur déployée. Décorer ses verres avait occupé ses longues soirées hivernales. Athanasius n'était pas un Seigneur clément, et il ne faisait pas bon de trainer le soir dehors, lorsqu'il régnait sur Inwilis. D'autant que ce seigneur des saisons là, n'appréciait pas vraiment son cher Cùan, qui, autrefois, en des temps qu'elle n'avait pas connu, avait planté ses andouillers dans les yeux d'Athanasius pour mettre fin à son règne qui n'avait que trop longtemps duré.

-Ravie de te connaître Iyac, dont le véritablement nom est Masuaro Iyac Telcuolt, fit-elle avec un sourire, quant à moi, je n'ai pas d'autre nom que Piri.

Elle eut un petit rire, ses yeux pétillants de malice un bref instant, avant qu'elle ne serve de l'eau, prenant un pichet de terre cuite, lui aussi passé entre ses mains, lorsqu'elle s'était sentie l'âme d'une artiste. Piri déposa le verre sur la table, près des paquets de pralines qu'elle venait de confectionner, avec leurs papiers colorés et leurs nœuds brillants. Elle contourna alors la table pour rejoindre la place qu'elle occupait avant que Iyac ne frappe à sa porte. Devant elle s'étalait d'autres pralines, ayant refroidies sur des grilles métalliques et qui attendaient d'être glissées dans leurs sachets. Une petite balance permettait à Piri de faire des sachets qui auraient tous le même poids. L'engin semblait ancestral, ayant beaucoup servi.

-Viens, assois-toi maintenant que tes pieds sont propres. Et dis moi pour quoi tu es venu me trouver. Tu n'es pas un Andain, donc c'est pour autre chose.

Le regard du Piri refléta un instant les millénaires d'expérience et l'âge véritable qui pesaient sur ses épaules. L'humaine avait vu bien des gens défiler devant sa porte, fils et filles de Dieux cherchant un refuge, des réponses. Mais aussi des Dieux, Fordaëtha n'étant pas la dernière à venir discuter avec elle. Même Athanasius qui détestait Cùan n'avait pas résisté aux marrons glacés qu'elle lui avait fait goûter. Et il y avait aussi les autres, comme Iyac, qui venait de temps en temps. Puis, elle eut un sourire bienveillant, et désigna les pralines d'un geste de la main.*

-Tu m'excuseras si je continue, mon commerce n'attend malheureusement pas, et avec le Solstice en approche, mes pralines partent vite.

Elle reprit donc son activité, faisant glisser des poignées de pralines dans leurs sachets, avant de les peser, et de fermer le paquet en faisant un joli noeud avec un ruban doré ou argenté, qu'elle tirait d'une grande boite de bois ouverte à ses pieds, d'où débordaient des rubans identiques.
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Iyac
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MessageSujet: Re: Pélerinage particulier   Jeu 10 Juil - 22:15

Il prit le verre d'eau donné gentiment par l'humaine vieille de plusieurs millénaire, la remerciant. Aussi vieille que son âme à lui, peut-être plus, mais ça ni lui ni elle ne le saurait, il arrive un moment où on ne compte plus, ou on oublie presque quel est son jour de naissance. Pour sa part, Masuaro ne s'en souvenait jamais, par choix. Il naissait différents jours, à chacune de ses vies, alors, retenir une date était bizarre pour lui, et personne n'avait jamais prit le soin de chercher à le fêter. Si, Lania avait voulu savoir, quand lui avait fêter son anniversaire à elle, mais la réponse n'avait pas eu l'air de lui convenir. Il est étrange d'entendre un "Je ne sais pas" quand on vous demande la date de votre propre anniversaire. Elle avait alors décidé que ce serait le même jour que les fêtes célébrant Teztlem, le seigneur des Hivers, vu son comportement habituellement froid et glacial. Il avait alors célébré quatre anniversaire en sa compagnie, avant que le malheur ne les frappe. Il porta le verre a ses lèvres et but, appréciant le frais du liquide. Ce corps n'avait pas l'habitude de courir, ce corps n'avait pas bougé depuis des semaines avant qu'il n'y soit incarné, et ne devait pas beaucoup se dépenser avant que celui l'habitant ne meure, son cœur avait encore une course un peu affolée même si son souffle était redevenu normal.
Piri parla encore, ne semblant pouvoir être arrêtée. Elle aurait pu sembler un peu folle, voir idiote, à parler ainsi rapidement, et avec un ton si enjoué, si ce n'avait été elle. Une autre l'aurait énervé, et il aurait du se calmer pour ne pas lui dire de se taire de sa manière si cinglante. Mais là, non. Pas parce qu'elle était comme lui sous la protection des dieux, mais juste parce qu'il sentait les années qu'elle avait vécu dans ses yeux pétillants. Cette fraicheur n'était pas d'hier, et elle pourrait s'estomper quelques instants juste pour vous remettre à votre place.


-Ne t'excuse pas, c'est moi qui vient te déranger en ta demeure, fait ce que bon te semblera.

L'odeur qui se dégageait était sucrée, grillée, une bonne odeur, bien qu'il n'apprécie que peu les choses sucrées, il pouvait comprendre qu'elles se vendent bien. Pour un peu, il y goûterait bien, à ses pralines, mais ce n'était pas le moment. Si sa requête était entendue, il se promettait de revenir jusqu'ici, en déguster quelques unes. Il déposa son verre doucement, ne faisant presque aucun bruit, le seul bruit ambiant étant celui des pralines glissant dans leur sachet.

-Je suis venu jusque chez toi, car je sais que les oreilles et les yeux des dieux y sont plus attentifs que nul part ailleurs. Même dans les temples, on ne saurait trouver meilleur écoute, et j'ai besoin qu'ils m'accordent une faveur, bien qu'ils m'en fassent beaucoup depuis de nombreuses années.

Le regard d'Iyac glissa de Piri pour se poser sur ses mains qu'il leva un peu au dessus du bois de la table, les tournant et les contemplant comme si c'était la première fois qu'il les voyait, sans avoir pour autant un air étonné sur le visage. Non, il avait toujours cet air sérieux, grave, et attristé, un air qui ne le quittait que pour être en colère, ou très rarement, pour avoir un léger sourire. Il laissa sa phrase en suspend le temps de jeter un coup d'œil à ses blessures, encore visibles sur son bras, mais qui disparaitraient dans quelques minutes. Il reporta alors son regard sur ses mains.

-Ce corps est un don qu'ils m'ont fait, m'évitant d'aller dans le dernier monde alors que je croyais que cette fois-ci Mithlan m'y attendrait. Mais Yaolt, la déesse de la vie, du en décider autrement avec son accord, et ils m'ont ainsi envoyé dans le corps de cet enfant, que la vie avait quitté sans que son cœur ne cesse de battre. Pourtant, j'ai l'audace d'en demander plus. Ce corps n'est pas mien, il est trop jeune, trop frêle, la magie de sang est limitée avec lui, et j'ai besoin, de pouvoir courir, poursuivre, traquer les erreurs que j'ai pu commettre pour les effacer de la surface du cinquième monde. Mais avec le corps de cet enfant, je ne le peux pas. Il me faut mon corps, mon propre corps, pour que je puisse réparer mes erreurs.

Et parmi ces erreurs, il y avait celle de la mort de Lin. Il voulait le trouver, et lui offrir une dernière demeure décente. Ils devait l'air jeté comme les autres, dans la fosse du temple, il irait le trouver, et l'enterrerait à la surface, dans la terre meuble, près d'arbres au beau bois, et de fleurs. Il y serait bien, même si sans lui il aurait été mieux, car vivant. Puis il tuerait les derniers membres de sa race presque éteinte. Ou plutôt les membres de ses fanatiques.


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Piri
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MessageSujet: Re: Pélerinage particulier   Sam 12 Juil - 15:33

Son invité but doucement avant de reposer presque soigneusement son verre. Ses doigts à elle, graciles et agiles, prenaient des poignées de pralines, les glissaient dans les sachets, sachets qui passaient sur la balance, où elle ne jetait qu'un coup d’œil, n'ayant jamais besoin d'enlever ou d'ajouter des pralines. Elle les faisait tourner, fermant ainsi le paquet en papier colorés, et d'ajouter le noeud qui les maintiendrait fermés. Elle laissa le temps à Iyac de parler, s'arrêtant pour se concentrer un instant sur sa tâche. Elle se tut aussi pour lui laisser le temps et la place de parler. Il n'était pas venu pour le simple plaisir de faire sa connaissance. En général, ceux qui venaient ici avaient tous une raison, et c'était rarement celle-ci. En revanche, lorsqu'ils revenaient, c'était pour la voir elle. Certains préféraient d'ailleurs passer à sa boutique, plutôt que chez elle. Piri savait aussi que d'autres ne retrouvaient jamais le chemin de son cottage, et n'avaient d'autres choix que d'aller à Dangweth pour la revoir. Elle se souvenait de tous ceux qui étaient passés ici, guidé par Cùan, ou bien par la nécessité divine. Elle s'interrompit lorsque Iyac se mit à parler, ne trouvant pas très poli de faire du bruit pendant que quelqu'un lui racontait son histoire. La joie et l'enthousiasme la quittèrent, et Piri devint plus sérieuse alors qu'Iyac s'interrompait de nouveau. Elle lui sourit, un sourire sincère. Un bref instant, ses yeux reflétèrent son âge. Elle attendit qu'il ait terminé. Elle sentit qu'il était difficile pour lui de parler, de mettre en forme ses paroles. Elle sentit aussi, qu'elle avait en face d'elle, quelqu'un comme elle. De vieux, coincé dans un corps qui n'avait l'âge de son esprit. Au contraire de Iyac, Piri avait la chance d'aimer son apparence, bien qu'elle ait un peu vieilli, et qu'elle ne soit plus aussi jeune que du temps où Cùan l'avait accompagnée dans sa quête d'un Dieu pour lui faire un enfant. Piri ne connaissait pas les noms de Mithlan et Yaolt, dans le Nord, ils avaient eu d'autres noms durant les premiers temps du monde. Mais elle savait de quel divin parent de Cùan il s'agissait. Dämons et Mei, Mort et Vie. Piri ne les avait jamais reçu, ayant plutôt eu l'honneur de recevoir les Seigneurs des Saison, elle avait d'ailleurs sa préférence pour Vasantha, le Seigneur du Printemps. Elle avait surtout reçu des Andains, et quelques égarés comme Iyac.

-Il est vrai que beaucoup sont venus ici pour trouver une réponse à leurs prières. D'autres viendront aussi après toi.

Le regard âgé, mais encore vif et pénétrant de Piri scruta Iyac. Des mots terribles sortaient de sa bouche, et elle savait qu'elle n'en mesurait pas la portée. Elle grimaça. Cùan n'avait aucun pouvoir sur les réincarnations, ou sur la création de la vie. Il régnait sur la faune, et elle voyait difficilement Iyac s'incarner dans un loup ou un autre animal pour accomplir sa tâche.

-Mon époux ne pourra rien pour toi. La Déesse Charna en revanche... Ce que tu cherches est une revanche rédemptrice. Peut-être accèdera-t-elle à ta requête. Peut-être Lior également. Mais si Mithlan et Yaolt t'ont donné ce corps, alors peut-être te donneront-ils ce que tu cherches... En tous les cas, Cùan pourra t'aider à avoir leur attention.

Elle le regarda plus attentivement, avant de lui sourire à nouveau.

-Puisque c'est lui qui t'a guidé jusqu'ici, j'imagine qu'il sera prêt à plaider ta cause. Et ta requête n'est pas infaisable. J'ai déjà entendu plus farfelu.

Contemplant son plan de travail jonché de petits paquets, elle soupira.

-Sauf qu'il nous faudra plus que des pralines pour les amadouer... S'ils viennent jusqu'ici.
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Iyac
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MessageSujet: Re: Pélerinage particulier   Mer 17 Sep - 18:18

Piri ne rit pas de sa requête, et ne la trouva pas abracadabrante. Masuaro n’en attendait pas moins d’elle, elle était vieille, et n’en avait pas l’air, comme lui, et ils avaient tout deux du en voir suffisament, pour ne plus s’étonner de grand-chose ou être surpris. La seule chose qui l’avait surpris ces derniers temps avait été l’amour, surtout envers un autre homme, et il avait lui-même condamné cet amour à cause de ses erreurs passées. Pour quelqu’un ayant pu voir des milliers de destins, d’évènements, et de boulversement, il n’avait pas vu sa vie prendre se tournant. En même temps, lorsque ça le concernait, il ne portait que peu d’attention à ce qu’il voyait, ironiquement. Il savait très bien que le dieu de la chasse et des animaux ne pourrait accomplir sa requête, il était venu ici au moins pour l’écoute dont ce lieu bénéficiait, sachant que les oreilles des dieux y étaient plus attentives qu’ailleurs.

Il eu un sourire ponctué par un rire bref et léger lorsque Piri mentionna que des pralines ne seraient pas suffisantes pour amadouer les dieux s’ils venaient jusque là. Il se doutait que ce qu’il avait pensé pour les amadouer ne devait pas du tout être la même chose que Piri, il savait qu’il n’honorait pas les dieux de la même manière que les autres, il les vénérait toujours comme dans le premier âge, et les coutûmes avaient changées. Ca lui semblerait étrenge de ne plus faire comme avant, mais il essayerait de changer certaines de ses habitudes religieuses. Notamment les sacrifices humains, le reste n’impliquait pas vraiment de mort, sauf celle d’un animal.

-Je pense que je vais te laisser me guider sur ce qu’il faut faire afin de les « amadouer », je n’ai que d’anciennes habitudes, venues d’un autre temps. Et je serais honoré si ton époux, Tlaotan, plaide en ma faveur.

Si en apparence il semblait posé, intérieurement tout son être frémissait. Il approchait de son but, il le sentait, pour l’instant s’il tendait la main il sentirait une lègère protection se dresser entre son désir et lui, mais bientôt la protection céderait, et il retournerait dans son corps.
Dans quel état serat-il, il l’ignorait, mais grâce à lui, il pourrait chercher Lin, le sortir de la fosse où ils auraient été jeté, attendant de devenir poussière, et il le mettrait en terre. Il ignorait comment faisait les prêtres actuels de Mitchlan, Dämons comme ils l’appelaient, alors il demanderait à ceux qui occupaient la partie du temple plus récente, plus actuelle, de lui expliquer. Il ferait cette dernière chose, ce dernier hommage à Lin, dans les coutûmes que le métissé Eldarin suivait. Sans Masuaro, Laurëlin serait toujours du cinquième monde, et non plus dans le dernier, mais sans Laurëlin, le prêtre n’aurait jamais été de nouveau heureux. Leur histoire n’avait duré que peu de temps, mais avait été intense, et plus profonde que ce qu’on croirait, comme s’ils se connaissaient, et s’aimaient depuis toujours. Ils auraient du fuir, fuir au lieu de se jeter dans les griffes des membres de sa race pour mourir ensemble. Mais se couper de tout ce qu'il avait connu était presque impossible pour lui.
Il ne souriait plus, mais inclina la tête, reconnaissant.


-En tout cas je te remercie de m’apporter également ton aide pour cette démarche.


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Piri
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MessageSujet: Re: Pélerinage particulier   Ven 27 Mar - 19:25

Elle se pencha en suite pour prendre un petit cageot posé de biais contre un de ses placards. En revenant à la table, Piri commença à y déposer sans ordre particulier ses paquets de pralines aux papiers colorés. Elle s'interrompit pour regarder à nouveau Iyac. Il était si grave, si solennel. Elle se demandait depuis qu'il parlait, où ou plutôt chez qui, elle avait déjà perçu cette solennité emprunte d'une sorte de calme et de dignité, avant de repenser à certains Andains qui avaient partagé ses repas pour un temps, mais aussi aux prêtres les plus fervents qu'elle avait rencontré dans sa jeunesse, alors qu'elle cherchait à obtenir l'amour éphémère d'un Dieu pour lui donner un fils ou une fille. Elle s'aperçut qu'elle avait aussi de l'empathie pour Iyac, et fut désolée d'avoir à le décevoir alors qu'il semblait avoir placé tous ses espoirs en elle. Piri secoua la tête, délaissant ses paquets de pralines colorés.

-Tu dois savoir que je n'ai jamais fait venir de Dieu chez moi après en avoir fait la demande, expliqua-t-elle en écartant les mains pour signifier qu'elle ne pouvait pas grand chose sur le comportement d'un dieu, ma porte est ouverte à quiconque désire trouver un peu de paix, un repas et un lit chauds. Ce sont eux qui sont toujours venus à moi.

Elle eut un sourire fugace, en repensant à ses années d'errances, aveugle au Dieu qui avait voyagé avec elle durant tout le temps de son périple dans les royaumes du Sud. Obsédée par sa quête, elle n'avait même pas vu ce qu'elle avait sous le nez. Elle repensa aussi avec plaisir à ces longs moments passés avec Cùan sous la forme du chasseur Faolàn. Il prenait toujours cette forme lorsqu'il venait ici.

-Même quand je les ai cherché, ce sont eux qui sont venus, pas moi qui les ait trouvés.

Elle se mordilla la lèvre inférieure, pensive. Elle finit par se lever, rejetant son épaisse tresse brune en arrière. Elle retourna dans sa petite cuisine ouverte. D'un geste devenu fluide et expert après tant d'années passées à l'exécuter, elle se saisit de sa bouilloire, qu'elle remplit en poussant et levant le levier de la petite pompe au dessus de son évier. La pompe grinça un peu, mais l'eau jaillit.

-Je ne suis pas une prêtresse, je ne sais pas invoquer un dieu comme les font parfois les prêtres sur Urdor. Peut-être aurait-il mieux valu que tu te rendes là bas.

Posant en suite sa vieille bouilloire de cuivre toute cabossée sur un des feux de sa cuisinière, elle passa un doigt sur la rune de feu gravée à côté du socle sur lequel reposait la bouilloire. Des flammèches jaunes et oranges jaillirent, léchant le cul cabossé de sa bouilloire qui avait vu des jours meilleurs.

-Les noms que tu emploies, je ne les ai pas entendu depuis longtemps... J'ignore de quelle façon ton peuple honoraient les dieux, mais ici, nous avions l'habitude, et nous l'avons toujours, de les célébrer lors de fêtes, et de grands banquets. Mais je ne sais pas si cela fonctionnerait d'en organiser un ici.

Elle vint se rassoir, termina de jeter sans faire très attention, les paquets dans le cageot de bois, en attendant d'entendre le sifflement qui indiquerait que l'eau serait en train de bouillir.

-Mais si mon époux t'a amené ici, poursuivit-elle, alors peut-être que nous n'aurons pas besoin de faire quoi que ce soit, seulement d'attendre que la solution à ton problème se présente. Je suis désolée de ne pas pouvoir t'apporter de réponse claire, ni même une solution à ton problème.
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Galadan
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MessageSujet: Re: Pélerinage particulier   Dim 29 Mar - 0:39

-Aucune vision pour te guider Prophète ? lançai-je moqueur depuis le bas des escaliers que je venais de descendre sans faire le moindre bruit, pas même une petite prophétie ? Peut-être que les sacrifices d'êtres vivants ont fini par lasser les Dieux.

J'étais vêtu aussi décemment que possible, d'un simple pantalon en tissus ample, et d'une veste de kimono ouverte, en soie sauvage, que j'avais ramenée de l'Empire. Le tout de couleur sombre, d'un noir aux reflets prunes, qui contrastait avec la blancheur de mes cheveux et de ma peau. Ma chevelure tombait libre sur mes épaules, je la repoussais en arrière en passant une main dedans, dégageant les quelques mèches qui tombaient sur mon visage. Je venais à peine de me lever, ayant passé la nuit dehors, n'étant rentré qu'au petit matin, lorsque l'aube avait commencé à poindre. J'avais chassé et couru avec une meute locale, jusqu'à ce que je ne puisse plus sentir mes pattes, et que l'air froid brûle ma gorge et mes poumons à chacune de mes respirations. Je m'étais effondré en rentrant, sans faire le moindre bruit, comme maintenant, pour ne pas déranger ma mère. Elle était habituée à mes déplacements et sorties erratiques. Je ne pouvais m'empêcher de remarquer son air inquiet. Je ne pouvais réellement la rassurer. L'étrange équipage que j'attendais n'était toujours pas arrivé, ayant dû faire escale pour se sustenter, se reposer, ainsi que vêtir décemment Thallys. Mon humeur en était morose, mais maintenir le lien que j'avais avec lui me coûtait moins maintenant qu'il avait gagné le continent Nord. Je pouvais à nouveau vivre ma vie, mais les mois passés à maintenir Thallys en vie et sain d'esprit m'avaient coûté plus que je ne l'avais pensé. Il faudrait encore du temps avant que je ne recouvre totalement mes forces, mon corps continuait encore de porter les traces de ma longue convalescence. J'étais encore trop maigre, bien que je n'ai jamais eu beaucoup de chair sur les os. J'avais tout de même retrouvé de ma superbe. En tous les cas, je n'avais nullement perdu mon agaçante personnalité.

J'avançais, toujours sans faire le moindre bruit, outre le bruissement de la soie, jusqu'à ma mère, que j'embrassais sur le haut du crâne. J'ignorai superbement le regard du jeune garçon qu'était maintenant le prophète le plus sanguinaire et le plus redouté du Sud d'Inwilis. Je n'étais donc pas le seul a avoir subi un revers du destin. Le sifflement de la bouilloire interrompit toute conversation. Je m'occupais de faire infuser le thé que ma mère avait préparé. A l'odeur, je reconnaissais ce mélange particulier que buvaient les Irichtanis, fleurant les baies et les fleurs.

-Je trouve étonnant que tu aies d'abord pensé à ma mère, poursuivis-je, avant de penser à te rendre dans un temple chercher de l'aide auprès de tes pairs. Oh, mais j'oubliais. Toi et les tiens n'ont jamais été très appréciés.

Je croisais son regard cette fois, un léger sourire cynique sur les lèvres. Je me détournais en suite, ayant vu l'assiette couverte d'un torchon qui devait être ce que ma mère m'avait gardé pour manger. Je soulevais le torchon, découvrant un morceau de faisan, et un bol de purée de fèves vertes aux éclats de noisettes. Un plat que je mangeais souvent enfant. Ma mère semblait mettre un point d'honneur à me faire les plats de mon enfance. Je me saisis d'une cuisse de faisan, la trempai dans la purée, et mordis à pleine dents déchiquetant sans grande élégance la chair délicieuse. Tout en mâchant, je regardais l'invité de ma mère. Finalement je haussais les épaules, reposant le morceau de viande pour saisir la théière et verser le thé fumant dans trois tasses. Je déposais deux tasses sur la table. Je laissais ma mère prendre la sienne, et poussai l'autre du bout des doigts vers l'enfant au regard sombre.

-Mais si mon père t'a effectivement conduis ici prophète, alors ma mère a raison. Il n'est pas besoin de rituels ou d'offrandes pour que tu obtiennes ce que tu désires.


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Iyac
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MessageSujet: Re: Pélerinage particulier   Ven 26 Juin - 18:09

L’andain n’avait pas fait un seul bruit en descendant, si bien que Masuaro lui-même ne l’avait entendu. Le corps de l’enfant n’étant ni fait pour la survie ou bien la chasse, il n’avait pu le snetir arriver, ou entendre le léger bruit de la soie se mouvant dans l’air. Les paroles furent moqueuses, un brin acerbes, mais elles refletaient bien la personnalité habituelle du fils de Tlaotan. Celle du prophète s’était quelque peu calmé depuis qu’il était dans ce corps, et qu’il avait connu Lin. Il avait toujours du mal à tolérer qu’on lui parle mal, qu’on soit insolent, et il intimidait toujours ceux qui l’importunait trop, mais il se sentait tellement diminué dans cette enveloppe physique…

-Nulle vision ou prophétie pour me guider, en effet je ne peux voir mon propre destin. Tout comme la douleur de l’expérience semble t’avoir fait défaut, et ce sera de nouveau à tes dépends fils de Tlaotan.

Le ton de Masuaro était mesuré, sans agressivité, mais avec une certaine forme de dédain qui le caractérisait. Il n’insulterait ou ne jouterait avec Galadan de manière ostensible ou agressive, pas dans la maison de Piri qui l’accueillait. Ca ne serait pas respectueux envers l’humaine immortelle qui proposait de l’aider, même s’il ne disait rien contre elle. S’ils avaient été dans un autre lieu, la donne aurait été différente. Il avait sentit le léger malaise qui avait brièvement saisit le fils du dieu Tlaotan, quand il avait parlé d’expérience. Le quetz ne savait pas s’il serait prit au sérieux par l’albinos, mais il l’aurait prévenu. Son intiution lui disait qu’il y avait peu de chance que son destin change à présent.
Il continua toujours sur le même ton, tournant entre ses mains son verre d’eau à présent vide, en regardant le fond.


-Et peut-être que mes méthodes ne sont plus du goût des mortels, mais si les dieux s’en étaient lassés comme tu semble l’ironiser, Yaolt ne m’aurait renvoyé dans ce corps afin de continuer à vivre. Tu n’as rien pour juger de ce que les Immortels apprécient ou non.

Galadan embrassa sa mère sur la tête, ignorant superbement le regard du prophète qui le suivait à présent. Masuaro ne chercha pas à savoir si c’était un signe d’insolence, ou de malaise, il n’était pas là pour jouer au plus accerbe avec un enfant comme Galadan. Imperturbable, et sûrement habituée au frasques de son fils, Priri continuait son ouvrage, faisant ses paquets avec application.

-Et crois bien que je me moque de ma réputation auprès des autres temples, car ce n’est pas les prêtres que je serais allé voir, mais les Dieux. Si j’ai songé à venir ici, c’est que ce lieu est plus béni que n’importe quel autre, et que les Dieux sont bien plus attentifs en ce lieu que dans un temple.

Le fils de Tlaotan mangea un peu, puis les servit Piri et lui en thé, un thé sentant les baies et les fleurs. Il en prit une gorgée après avoir remercié Galadan d’une simple inclinaison de la tête. Le goût était aussi parfumé que l’odeur, et le prophète prit le temps de déguster la boisson chaude qu’il buvait. Lorsqu’il eut finit de manger, le fils de Tlaotan se changea en un loup blanc au pelage magnifique, et sortit de la maison sans plus de cérémonie.
Piri le mit à contribution le reste de la journée, il l’aida à terminer d’empaqueter les pralines qu’elle avait commencé. Si l’excercice ne lui plu pas, il s’executa, se devant d’être reconnaissante envers la femme de Tlaotan. Même s’il aurait préféré qu’ils s’attèlent à le faire revenir à la vie, à le rendre à son véritable corps, pour qu’il se venge, qu’il venge Lin, et qu’il fasse disparaître sa race archaïque et primitive du monde qui avait évolué sans eux, et qui n’était plus à leur portée. Mais après les pralines, ils préparèrent ensemble la chambre à coucher dans laquelle il dormirait les prochaines nuits. Elle n’était pas grande, servant de chambre d’appoint et décorée comme le reste de la maison. Masuaro pu voir le décalage entre sa culture, et celle de Piri. La chambre qu’il avait dans le temple était recouverte de tapisseries et de nattes tressées et tissées à la mains, de fourure, et de voilage colorés.
Ils sortirent draps et oreillers qu’ils disposèrent sur le lit, et aérèrent la pièce pendant qu’ils la faisaient. Sa participation ne s’en tint pas aux pralines et à sa chambre. Bien vite il se retrouva à cueillir des légumes dans le jardin potager de l’humaine. Tomates, haricots, fèves, tout ce que Piri cuisina ce soit là fut cueillit fraîchement dans l’après midi même. Galadan ramena le produit de sa chasse, deux lapins de bonne taille. Iyac s’occupa de les préparer lui-même, bien plus à l’aise dans cet exercice que dans celui de cueillir les légumes et de les préparer. Il nettoya avec précautions les peaux des animaux, et les mit à sécher, et vida les lapins. Le repas se passa dans le calme, Iyac ne parlant que si on lui adressait la parole. Piri lui parla de nouveau du banquet qu’ils prépareraient pour attirer l’attention des dieux, afin d’aider le haut prêtre de Mitchlan. Ils s’y attelleraient dès le lendemain pour que cette histoire se termine au plus vite. Le prophète l’en remercia.
Il ne fit pas grand-chose une fois seul dans sa chambre. Après être passé à la salle d’eau se faire une toilette rapide, il prit simplement de quoi noter à coté de lui, et se coucha. Il ne s’endormit pas rapidement, mais ne peina pas trop à trouver le sommeil. Au milieu de la nuit, il eut un rêve étrange.

Une jeune pousse de nénuphar se tenait seule au milieu d’un lac d’eau claire, l’eau changeant légèrement de couleur au fil du vent calme. Le vent la pousse doucement vers le rivage, où se trouve une plume de faucon ornée d’une simple perle rouge.
Dans un champs de blé, d’orge et de millet paît une vache grasse aux longues cornes, le ciel clair se couvre de nuages lourds de pluie. L’eau ne tombe pas, et le soleil reparaît sans un bruit en quelques secondes. La vache meugle, de manière stridente et ses cornes tombent. Un mur de flamme surgit, puis disparait.
La pousse est au milieu du champs, l’orge, le blé et le millet brûlent doucement, émettant de la fumée bleutée qui s’élève droit vers les cieux, sans se courber ou vaciller malgré le vent. La vache dépourvue de corne tape des sabots, marquant le rythme d’un cœur qui bat. La fumée s’intensifie, le champs brûle, la vache tombe et le bruit de cœur cesse au moment où la pousse se flétrie, plantée par une pume d’aigle blanche.
Du sol, surgit un corbeau au plumage sombre , qui s’élève droit vers les cieux, montant à la verticale de manière parfaite. Le ciel devient le sol, et le sol le ciel, le corbeau aterrit à coté d’une orchidée blanche et croasse.


Les yeux couleur étang d’Iyac s’ouvrirent sur le croassement. Rapidement la lumière fut allumée dans la pièce où il était, et il griffona ce qu’il venait de voir, avant que la vision devienne évanescente. Car oui, il s’agissait d’une vision, il ne rêvait jamais, les seuls « rêves » qu’il avait, c’était en fait des souvenirs de ses vies passées qui lui revenaient. Tout ce qui n’était pas un souvenir, était une vision. Souvent depuis son réveil dans le corps de l’enfant, il rêvait de la cérémonie qui avait vu Lin mourir. La dague qui le transperçait, les lacérations, ses cris, ses larmes, puis le silence de l’eldarin. Mais aussi quelques bribes des moments passés avec lui, et leur rencontre lorsqu’on l’avait amené à lui, cadeau au temple en échange de visions.
Après avoir fini d’écrire ce qu’il avait rêvé, il l’interprêta. Ce ne fut pas trop compliqué, il avait l’habitude de cela depuis le temps, et comprit vite quel était le message que lui envoyait les dieux. La pousse n’était autre que lui-même, le champ et la vache représentaient le banquet qui serait voué à l’echec. Le seul moyen de rendre au prêtre son véritable corps, était de sacrifier celui qu’il occupait actuellement. Réveillé, et l’aube ne devant plus tarder, il mit le haut qu’il avait simplement retiré pour se coucher, et sortit sans un bruit dans le jardin.


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Galadan
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MessageSujet: Re: Pélerinage particulier   Dim 28 Juin - 23:10

L'air était frai. Le ciel se colorait à peine à l'horizon, mais il ne pouvait le voir, les épaisses frondaisons d'Iricht l'empêchait de voir plus loin que au dessus de la couronne feuillue des arbres millénaires et centenaires. Le sol était couvert de rosée, une rosée aussi fraîche que l'air. Il ne faisait jamais véritablement lourd dans le Nord, jamais en comparaison de la moiteur collante de l'Empire, ou de la chaleur accablante et brûlante de l'Esgal. J'aimais mieux le climat du Nord, aimais mieux le Nord tout entier, même si j'avais passé de longues années loin du continent, loin de l'Inwerin, d'Iricht, et de ma mère. Les paroles qui avaient franchi les lèvres du Prophète dans la cuisine de sa mère avaient des accents de vérité. Je n'y avais pas répondu. Je l'avais provoqué, et ne n'avais reçu en retour que ce que j'avais mérité. Cependant, j'avais à présent l'assurance que mes propres prédictions étaient véritables. Pas besoin d'être devin pour le savoir. Cela ne m'avait pas empêché de serrer les dents. Mon choix avait été purement égoïste, et Thallys ne me devait rien en retour. Je n'avais pas envie de savoir ce qu'il en pensait. L'avertissement était très clair. Il n'y avait rien pour moi, rien qui m'attendait. Rien. Comme un enfant vexé, je m'étais alors glissé, sans mot dire, dehors, sans un regard pour sa mère, ni pour le prophète, se changeant en loup, et cherchant refuge dans Iricht, qui m'avait tant bercé durant mon enfance. J'avais alors commencé à prendre une décision. L'Orage ne m'attendrait pas, il frapperait. Mais peut-être pouvais-je encore le rattraper. Je n'étais revenu que pour apporter deux lièvres à ma mère, qui lui permirent de nourrir convenable son invité. J'avais vu à son regard qu'elle s'inquiétait pour moi. Pourtant, nous avions déjà eu cette discussion. Plusieurs fois. Je n'attendais rien. J'avais appris la leçon, malgré les paroles acides du prophète que j'avais moi aussi vexé. Il n'avait sans doute pas choisi de laisser sa vie en sacrifice. Je sentais en lui la même détermination qui m'avait saisie quand après Jalia, j'avais choisi de quitter le Nord d'Inwilis, de partir ailleurs. De me perdre. J'étais finalement revenu. Comme j'étais revenu ce soir. Mais après le repas, j'avais gagné à nouveau Iricht, qui accueillante et réconfortante, m'avait conforté dans mes choix.
J'avais en suite profité de ma forme de loup, courant une dernière fois en terrain connu, bien connu. Un territoire si souvent arpenté étant enfant. Je ne revins vers le cottage qu'avant le petit jour.

Mes pieds s'enfonçaient dans l'herbe et les trèfles qui tapissaient le sol de la clairière où se dressait le cottage. Mon long manteau de soie glissait derrière moi, ouvert sur mon torse glabre et aussi pâle que l'albâtre ou le marbre. Ma chevelure, humide de rosée, cascadait libre sur une de mes épaules. Sans dire un mot, je me contentai de venir à la hauteur du prophète, arrivant dans son dos. Le corps qu'il occupait était frêle, petit, celui d'un adolescent presque chétif, n'ayant en rien la superbe qui avait caractérisé jusque là, Masuaro. Je restai silencieux un instant, contemplant la lisière de la forêt, avant de briser le silence.

-J'imagine que tu as eu la solution à ta quête.

Ce n'était pas une question, mais une affirmation. Le jardin, comme la forêt, étaient silencieux, comme suspendus, attendant quelque chose. Mes yeux de braises rougeoyantes se posèrent sur le visage du garçon qui se tenait debout à coté de moi. La détermination s'y lisait. Je détournai le regard, le reportant sur les frondaisons qui masquaient l'horizon.

-Ce n'est pas Dar qui t'a répondu n'est ce pas ?

Là non plus, ce n'était pas vraiment une question.

-Mais ce n'était pas à elle que tu devais ton sauvetage. Il n'y a que Lui pour jouer avec les âmes des défunts. Et ce qu'il t'a répondu, tu ne peux le demander à ma mère.

J'aurai pu ajouter "Tu vois Prophète, les Dieux me parlent à moi aussi", mais c'eut été de la pure provocation. Et je n'étais guère d'humeur. Pas plus que lui. Et je savais parfois réfréner mes mauvais penchants, je n'étais pas totalement insensible, ni totalement dénué de tact. D'autant que je voulais éviter de le voir prophétiser mon avenir tout entier, l'expérience me serait probablement déplaisante.


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