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 En suivant l'Orage

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Akayel
Alchimiste
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Peuple : Svart au sang d'immortel
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Date d'inscription : 10/04/2011

MessageSujet: En suivant l'Orage   Sam 16 Mar - 19:27

Retrouver la demeure qui nous avait accueilli, Eurydice et moi, il y avait quelques jours de cela, ne fut pas si aisé. Cela me semblait si lointain, avec en prime la sensation que j'avais été un autre homme, ce jour-là. Mais je trouvais les décombres, dans cette sombre ruelle, de la maison que ma voix avait pu suffisamment ébranlé pour qu'elle s'écroule comme un frêle château de cartes. J'attachais le Reith non loin de là. Ma petite Ethérie m'avait donné le nom qui lui avait été donné, mais je n'y avais guère accordé d'importance.

-Que tu ais un nom ou pas ne change pas ce que tu es, hein ? Lui dis-je, en passant mes mains sur ses plumes, avec douceur. Nous ne nommions pas tes ancêtres, mais cela ne nous empêchait pas de les respecter et de les aimer. Typhon... L'animal me répondit en claquant des mâchoires, et je ne pus retenir un sourire. Je reviens mon ami, ce ne sera pas long.

L'air fut vite envahi de poussière, alors que j'envoyais valser alentours les briques, morceaux de bois, et autres débris ; la toiture était à peu près resté en place malgré qu'il en manque un morceau et une bonne quantité de tuiles, des pans de murs restaient encore debout, mais le plafond s'était totalement sur le rez-de-chaussé. Des longs morceaux de poutres et de meubles brisés ressortaient entre les décombres, donnant à tout cela l'apparence d'un cadavres.
Mais au bout d'un long moment, qui couvrit mes bouts atours de crasse, je pus enfin retrouver mon sac. Il était déchiré, mais son contenu était intact : les fioles, au contenu coloré, n'avaient pas subis la moindre fêlure. Je n'avais pas douté les retrouver dans un aussi parfait état, venant d'un verre spécialement conçu pour résister au propriété acide d'un sang à demi démoniaque. Il était dommage que son concepteur soit mort ; non pas de ma main, mais des ravages du temps, de Dämons qui vient réclamer son dû, inlassablement, n'épargnant que quelques personnes dont je faisais parti.

Une petite auberge plutôt coquette accueilli mon postérieur, le temps que la nuit tombe. Ce maudit Aelius brillait beaucoup trop pour moi, et l'on avait eu la mauvaise idée de me faire sortir en plein milieu d'après-midi ; mon compagnon de route à plumes aurait donc le temps de se reposer, avant que ne soit entamé notre périple, qui sera exclusivement nocturne palliant ainsi à ce léger défaut dont souffrait mon héritage.
Un peu d'alcool m'occupa, sans que ce ne fut à outrance, ainsi que d'un repas qui me changea agréablement de la tambouille des geôles. Je me demanda brièvement de quand datait mon dernier vrai repas, que j'avais pris la peine de préparer de mes mains, dans une cuisine, pour le plaisir de manger. Longtemps. Sans doute parce que c'était à moi que revenait autrefois cette tâche, lorsque j'avais quitté mon célibat à Alatairë.
Dana avait toujours donné l'impression d'aimer cet oisiveté, de se prélasser en me regardant faire les tâches ménagères. Que je m'occupe du jardin, cuisine, aille faire des courses, passe le balai, ou m'exerce à l'alchimie, elle me suivait et m'observait, sans jamais prendre parti, et ce malgré mes invectives pour qu'elle participe ; elle avait les mots pour me dissuader d'insister, et ce sourire, accompagné d'un regard d'une naïveté déconcertante. Elle le faisait exprès, tout comme elle jouait à la gamine la plupart du temps. Je le soupçonnais d'être une enfant de la noblesse, accoutumé au protocole et au sérieux, qui appréciait la vie simple à mes côtés, sans pour autant perdre l'habitude d'avoir un chevalier servant. Sans doute cela la rassurait-elle.

Mon verre fut rapidement vidé. L'envie m'étreignit de m'enivrer plus que de raison, mais je retins cette pulsion. Tout ceci faisait parti du passé, il fallait l'accepter. J'avais aujourd'hui une mission, un objectif, je ne devais pas faire de fausse note au prétexte d'une tristesse déplacée... Le crépuscule fut sur Hitokage, et je payais, allant seller ma monture, lui flattant l'encolure duveteuse avant de la chevaucher, lui glissant quelques paroles, tels des murmures, dans une langue ancienne. Ma langue maternelle.
Puis nous avons prit la route, sortant de la cité de l'Empereur sans nous retourner.

¤¤¤
Nous quittâmes la route environ une heure avant l'aube, afin de bivouaquer, à l'ombre d'arbres qui bordait la route. Je n'avais qu'une épaisse couverture, qui était enroulée à l'arrière de la selle, et mon sac en guise d'oreiller, mais cela me suffisait ; une fois endormi, le soleil ne me ferait pas de mal. J'ôtais la selle de mon ami le Reith, et le laissai chasser à sa guise, lui demandant au préalable de revenir avant que la nuit ne tombe à nouveau. J'avais confiance.
Un feu flamboya bien vite dans la petite clairière qui m'accueillait, et j'entrepris de fouiller le sac que l'on m'avait fourni. Il y avait de la nourriture évidemment, dont un paquet d'une viande que je reconnus aussitôt ; mais je la garderais pour quand mon autre faim me tiraillera de nouveau. En attendant, une petite poêle accueillit deux tranche de lard, que je disposais une fois cuit sur une tranche d'un pain noir. Des denrées de base, quelque peu rustiques, mais pour un tel voyage c'était compréhensible. Et puis c'était rafraîchissant.
Je n'avais pas bivouaqué depuis longtemps, et je restais un moment à admirer le feu. Il n'y avait pas grand-chose d'autre à part la nourriture, la poêle et une casserole, le briquet qui me servit à faire du feu, et une carte, que je ne peinais pas à déchiffrer. Le voyage ne serait pas si long que ça. C'était ma première nuit à la belle étoile, autour d'un feu, que je passais avec cette sensation de liberté depuis longtemps. Depuis Alatairë, la nuit n'était qu'un désagrément, passé n'importe où, par pure nécessité. Mais là, je me lissais caresser par l'air nocturne, écoutais les bruits de la nuit, et m'allongeais en regardant les étoiles... ces dernières n'avaient guère changé avec les siècles. C'était comme si elles étaient immortelles, elles aussi...


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
Éventuellement, vous commencerez à y croire.
Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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Akayel
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MessageSujet: Re: En suivant l'Orage   Sam 23 Mar - 15:17

J'avais jubilé intérieurement, car je connaissais cette histoire. Oncle Bardan avait toujours réservé les légendes de notre peuple pour les occasions exceptionnels, ou quand il jugeait que la situation l'exigeait. Mais à moi, il me les racontait souvent ; chaque soir, quand je me blottissais dans ma couverture en peau d'ours, et sa voix grave, et si forte, se faisait murmure, qui me berçait des légendes et histoires de notre peuple, jusqu'à ce que je m'endorme, rêvant de ces fabuleuses batailles où mes ancêtres avaient bravé milles dangers... Et ce soir-là, mon Oncle du trouver le moment assez opportun pour gratifier son assemblée d'une de ces légendes. Nous étions tous assis sur le sol, autour du feu, et l'ancien se plaça de l'autre côté, nous fixant de son regard pénétrant, son visage partiellement dissimulé par les gerbes de flammes.
Il se racla la gorge, et commença d'une voix forte, qui fit sursauter son auditoire.

-Entendez mes enfants !! Car sera conté la fin de ce qui fut jadis, lorsque les Dieux s’entre-tuèrent dans la folie. Ils portèrent le combat parmi leurs enfants, et le sang divin marqua le monde à jamais. Voyez comme encore aujourd'hui la guerre embrase les peuples !! Et sachez qu'autrefois, le monde était différent, et qu'il faut être un Dieu pour tuer un Dieu.

Seul les flammes osèrent faire un quelconque bruit, alors que nous retînmes notre souffle, sous l'effet de l'intensité qu'avait la voix d'Oncle Bardan. Il se détendit, et je remarquais alors qu'il s'était crispé alors qu'il racontait, et même vivait son récit. Le silence s'étiolait, et le feu dansait dans les prunelles du vieil homme, fixant son auditoire, un air indéchiffrable sur son vieux visage.
Puis, il reprit plus doucement, d'une voix vibrante.

-En ces temps jadis, le peuple de l'ombre était uni, jusqu'à ce que tout ce qui fut bascula dans le chaos ; et malgré nos origines, ce qui n'était qu'un fut scindé, et les nôtres décidèrent de renier le sang et le combat, souhaitant laisser ce combat aux Dieux...

-Nos ancêtres étaient-ils des lâches ? S'enquit Orobas, l'air choqué.

Le garçon était l'un de mes meilleurs amis, mais ses lèvres parlaient plus vite que sa tête ne pensait ; pour le peu qu'elle pensait. Ça ne s'arrangea pas avec le temps, mais il fut un ami fidèle, et un guerrier comme ceux de légende. Mais pour l'instant il n'était qu'un enfant, et le vieux conteur ne le prit pas mal. Au contraire, il rit de l'audace d'Orobas, et reprit en regardant intensément le garçon.

-Ils étaient lucides, mon enfant, et ne voulaient pas que les fratricides divins qui frappaient le monde n'efface notre race. Alors, ils s'exilèrent, priant la Déesse de la Vie, et faisant vœu de respecter toute vie, en espérant que la leur, et celle de leurs enfants soient protégé. Peut-être est-ce pour toi lâche, mais ce que nous vivons est la fin d'une guerre autrement plus horrible, qui a broyé le monde, et survivre eut été plus important qu'inscrire notre nom dans une légende qu'aucun de leurs enfants n'aurait perpétré...

Il contempla alors l'assemblée, laissant les enfants regroupé de l'autre côté du feu assimiler ses paroles.

-Vous êtes encore jeunes, mais vous comprendrez. Bien, où en étais-je... ah oui ! Les nôtres se dissimulèrent aux yeux du monde en implorant Celle qui donne la Vie, en vain : la guerre les rattrapa, et les hommes durent s'armer, et partir afin d'attirer leurs ennemis loin des femmes et des enfants. Seul un guerrier resta pour assurer leur sécurité ; son nom lui fut retiré, afin que personne ne s'émeuvent de sa mort, car tel serait son destin, défendre les siens du prix de sa vie. Il fut rebaptisé Sacrifice. Mais, le sort s'acharna en l'incarnation d'un seul homme, qui a lui seul décida du devenir des notre...

... Niskar le dépravé, Prince damné, Maudit parmi les maudits...


¤¤¤
Je me serais presque attendu, au réveil, à sentir la chaleur et l'odeur si agréable de la peau d'ours qui, autrefois, me servait de couverture. Mais je n'avais que le vent frais pour me couvrir, alors que l'obscurité reprenait sa place sur le monde, recouvrant les derniers lambeaux de lumière qu'Aelius répandait lorsqu'il s'effaçait à l'horizon. Lentement, les étoiles s'éveillèrent, la voûte céleste reprenant la noirceur d'encre qui se dissimulait derrière le soleil, tel une draperie qui se couvrirait peu à peu de l'éclat de milliers de lointains joyaux, sublimer par l'éclat de la divine Mizuki, dont elle affichait déjà son corps argenté en un fin croissant, pareil à un sourire détourné, qu'elle adressait sûrement aux enfants de la nuit.
Me levant, je constatais que mon ami le Reith était en grande conversation avec les entrailles d'un animal, fruit de sa chasse. En m'approchant il sembla émettre un grognement, mais avec un sourire, je lui glissais quelques mots apaisants dans feu ma langue, qui était aux oreilles du monde morte depuis des lustres, et dont aucune trace ne pouvait subsister, puisqu'elle n'avait jamais eu de forme écrite. Dans cet antique dialecte je le félicitais pour sa prise, et il écarta un instant les mâchoires de son repas et claqua des dents en guise de réponse, avant de continuer à manger ; je savais qu'elle me comprenait, et me comprendrait, quelque soit le langage que je pouvais employer. Les animaux avaient bien souvent le talent de passer outre les barrières de la langue, de comprendre et communiquer au-delà de la parole...
Sans doute était-ce pour cela que je lui parlais en ce patois oublié, il arrivait à la comprendre, sans jamais l'avoir entendu.

Le brise nous offrait la plus douce des caresses sous le ciel nocturne, alors que nous filions dans les ténèbres à vive allure, sans trop d'empressement. Entonnement, je pris un infini plaisir à cette chevauchée, après cette journée de sommeil ; c'était comme si je retrouvais les sensations d'antan, lorsque nous avions dompté des Reiths pour chevaucher à travers les plaines du Nord, sans doute dans le Maëldan actuel. Nous faisions fi des frontières, et à mon adolescence, les derniers soubresauts de la guerre des Dieux se faisaient sentir, et les peuples, livrés à eux-mêmes, avaient leur survie à assurer avant de songer à se batailler pour des terres. Alors nous allions à notre guise, clan nomade que nous étions, et semant la discorde et la mort sur notre passage.
Nous, les enfants maudits de Mei.
Et je comprenais alors pleinement que tout ce que nous fûmes n'était pas mort avec l'anéantissement du clan. Le vent soufflait toujours sur le monde, les étoiles s'étalaient encore sur le noir d'encre céleste, et Aelius se lèverait toujours au même endroit. Je comprenais que je n'étais pas le dépositaire de l'héritage des Niskars ; seulement de leurs coutumes. Ce qui faisait l'essence de mon peuple, cette liberté nomade, survivait toujours dans ce monde, même s'il n'y avait que moi pour la voir. Et sans doute que mes ancêtres n'avaient pas été les seuls à vivre cette vie ; je m'accrochais à nos rites et notre mémoire, car j'étais un Niskar, et je souffrais encore et encore de l'absence de mes frères de sang, mais j'en avais oublié, dans ma douleur, quel était la véritable nature de mon peuple, celle qui transcendait les traditions séculaires.

Nous progressâmes sans heurts, Typhon et moi, suivant le chemin qui nous mènerait à Uranach. J'espérais, plus que jamais, pouvoir acquérir l'équipement qui me ferait être à nouveau un vrai fils de Niskar, même si j'avais compris que ce n'était finalement pas une histoire de costume ou de coutume ; mais c'était plus rassurant, quelque part, plus naturel. J'avais envie de faire revivre un peu de la gloire du passé, de me sentir à nouveau moi-même quelque part, chose qui n'avait pas été le cas depuis longtemps... quoi que je l'avais, pour ainsi dire, été, un siècle auparavant. Mais ce qui c'est passé, avec Dana, était tout autre ; une union demande des sacrifices, et comme pour le lien de vif, l'on est aussi autant soi que l'on est l'autre.
De biens étranges réflexions qui me secouaient alors que mon voyage continuait. Je traversais alors quelques champs, quand le soleil commença à refaire valoir ses droits, à l'horizon. J'aperçus alors une ferme, un peu plus loin, sans doute celle du cultivateur de ses terres. Je mis pied à terre, et chemina jusqu'à la rustique bâtisse en pierre au toit d'ardoise, long bâtiment garnie d'une grange et de quelques annexes, sans doute pour le matériel, ainsi que des enclos ou des animaux dormaient encore paisiblement. Je sentais le Reith s'agiter, en voyant la nourriture sur pattes, et je le calmait avec douceur, en caressant ses plumes. Me présentant à la porte, je toquais doucement, mais je n'eus aucune réponse. Le paysan devait encore profiter du peu de temps le séparant du moment où il se lèverait, accompagnant Aelius pour commencer sa journée de dur labeur. J'avais une certaine compassion pour cet homme qui devait suer sang et eau tout les jours pour cultiver ses terres ; mais s'y ajoutait la satisfaction de la tâche accomplie. Une chose que je n'avais guère connue, jusqu'à ce que j'abandonne ma condition de nomade pour me sédentariser, il y a de cela... oh, trop de temps.

Une fois le soleil bien levé, j'entendis quelque bruit étouffés, et toquais à nouveau. Sans réponse. J'y mis plus de cœur, et compris dès lors que j'aurai du, dès le début, y aller plus franchement... C'est une femme au cheveux noirs mêlé de quelques mèches argentés qui m'ouvrit, l'air quelque peu surprise de voir un visiteur comme moi, jeune homme plutôt bien habillé, tenant la bride à un Reith. Elle n'était plus très jeune, mais sans paraitre vieille, les quelques rides qui pointait au coin de ses yeux et de ses lèvres n'amoindrissaient qu'un peu ce qui avait du être, il y a encore quelques temps, une femme d'un certain charme. Elle avait une poitrine qui avait de quoi faire un peu loucher, de belles hanches, lui donnant des formes plutôt séduisantes, qu'elle cachait pourtant sous une lourde robe noire qui impliquait une chasteté des plus austère, malgré un sourire chaleureux. Ses cheveux étaient noué en un chignon, et alors qu'elle appelait son mari, je me résignais : jamais je ne pourrais me rouler dans le foin avec elle.
Et puis je les préférais bien plus jeunes...
Le fermier était un homme à l'air jovial, avec une carrure de bœuf, une sacrée tignasse rousse attachée en une queue de cheval, et une barbe bien fournie mais taillée avec soin ; lui aussi voyait poindre la grisonnante trace en sa pilosité de son âge certain. Il était vêtu simplement, tenu assurément fonctionnel et les teintes marron et beige du tissu perdait en beauté ce qu'elle devait valoir en solidité, malgré de visibles raccommodages. Je lui expliquais être un nocturne en voyage, et avoir besoin d'un lieu ou dormir durant le jour, de préférence étendu dans le foin. A mon grand étonnement il me flanqua une tape magistrale dans le dos, et m'invita à prendre la chambre de leur fils plutôt que la vieille paille, ainsi que partager leur petit déjeuner, sous prétexte que j'avais l'air aussi maigre qu'un clou.

-J'voudrais pas te perdre dans la paille, gamin, alors viens te renflouer, et après t'ira ronquer dans un bon lit bien douillet !

Sa femme m'adressa un sourire quelque peu désarmant, et j'acceptais, avant d'aller au préalable attacher mon Reith, et préciser qu'il mange de la viande, ce à quoi le paysan me répondit qu'il le savait bien. Après l'avoir attaché dans la grange, et sachant que le propriétaire des lieux saurait prendre son de lui, je le rassurai doucement en caressant ses plumes, avant de m'en retourner vers la ferme, appréhendant quelque peu de me retrouver attablé avec ces inconnus, d'autant plus que mon ventre gargouilla légèrement au son d'une faim que je ne connaissais que trop bien...


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Akayel
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MessageSujet: Re: En suivant l'Orage   Lun 25 Mar - 23:57

Inutile de rappeler que le soleil est l'un de mes pires ennemis, et je préfère m'en prémunir ; m'endormir à l'ombre d'un bosquet est bien beau, mais les champs à perte de vue ne m'offrait guère de quoi me reposer sans me protéger, en plus de risquer de mauvaises rencontres. Pourtant... je ne me sentais pas à mon aise, ainsi collé à la table de deux parfaits inconnus... Ils semblaient tout deux à l'aise dans la spacieuse cuisine aux murs de pierres brutes, agrémentés de meubles en bois aussi rustiques que fonctionnel. Le grande table autour de laquelle était étalé des tabourets semblaient bien vieille et marqué par les âges, sans doute plus que les deux habitants de l'endroit. Il fleurait bien le lait chaud, le pain venant d'être fait et la confiture, et je m'installais à l'invitation du grand gaillard roux, qui prit place à mes côtés, face à un bol au motif désuet, qui semblait parcourir de minces fissures sur sa surface de céramique.
Un vieux poêle à bois servait à la cuisine, et à ses côtés étaient suspendus au mur tout une série de casserole en cuivre patiné par le temps ; au dessus de la table de travail, un présentoir à épices recelait nombre de petit flacons remplie de poudre, qui devait faire le plaisir des papilles quand bien utilisés. La femme ouvrit un vieux buffet, qui recelait en son sein toute leur vaisselle, qui devait leur venir du fond des âges. L'on me servit alors du lait chaud au fond d'un de ses bols, me présenta un couteau légèrement cabossé mais qui me permit sans encombre de me servir de la confiture maison sur une bonne tranche de pain.
Cette maison sentait le passé, et pourtant ces gens y vivaient dans un présent bien vivace. Ils reprirent leur conversation comme si un inconnu n'avait pas débarqué à l'improviste, faisant des prévisions sur le temps, les récoltes, de travaux à effectuer à la ferme. Des conversations comme il y avait du en avoir cent, autant eux que leurs parents et les parents de leurs parents, sans doute. Il y avait une immortelle continuité dans cette demeure, ou l'on se transmettait une tâche séculaire, en conservant des biens qui semblaient appartenir à des aïeux des plus lointains, mais s'en accommodant et réparant, faisant comme du neuf avec du vieux. C'était... fascinant.

-Et comme tu t'appelles, gringalet ? Me questionna mon hôte, avec un manque de manière qui avait quelque chose d’étonnement sympathique.

-Akayel.

-Pas banal comme nom, fit-il d'un ton expert.

-Il est vieux, et on l'entend peu. Ma mère a toujours mis un point d'honneur à être originale... Et vous, comment vous appelez-vous ?

-Allez, pas de vous entre nous gamin ! Moi c'est Dagda, et ma femme, Sionann.

-Tenez. Souffla avec douceur la femme aux cheveux aile-de-corbeaux striés d'argent, en apportant des assiettes. Des œufs brouillés, avec du lard.

Ce repas matinal était des plus copieux ; c'était une nécessité, quand l'on travaille la terre, de faire avant des tâches si éreintantes, de prendre une bonne dose d'énergie. Mais, pour moi qui m’apprêtait à aller sommeiller, je sus que ça allait être un peu lourd pour la digestion. Ceci dit je gardais le silence. De prime abord, le dénommé Dagda semblait être un Thuatann, ou tout du moins il avait la carrure imposante qui allait de pair avec ceux de cette race. Sa femme en revanche, je n'aurais su le dire. Ses yeux d'un bleu aussi sombre que le fonds des flots de Virva brillait d'un éclat malicieux, et m'évoquaient un chat ou un loup, qui observait ce qui l'entourait avec un air qui se voulait désinvolte. Sans doute une Sil'ura...

-Et d'où viens-tu ? Demanda Sionann en plissant les yeux, avec un brin de suspicion qui me fut étrangement frissonner.

-J'étais de passage à Hitokage, et je rejoins un ami dans les environs ; mais je suis originaire du Falast, si v... tu veux tout savoir.

-T'as pas l'air d'un nocturne, si je puis me permettre. Renchérit son époux.

-C'est parce que je n'en suis pas un, rétorquai-je avec un sourire. Je suis un Svart, mais dans ma famille on a les yeux sensibles.

Je me tapais les tempes en souriant, et le fermier me gratifia d'un rire de a voix grave, que j'interprétais comme étant signe qu'il ne trouvait rien à redire à mes explications.

-Excuse-nous mais, on a beau être hospitaliers, faut bien...

-Ne te justifie pas, c'est bien normal, répondis-je.

¤¤¤
-Seigneur parmi le fort peuple, la soif de combat le mena aux affres de la folie, galvanisé par les déchirements divins il mena son propre clan à la mort, et il errait, couvert de sang, celui des siens, de ses ennemis, des innocents... peu lui importait...

... Il arriva parmi femmes et enfants, et proclama que ce peuple était sien ; mais le protecteur, Sacrifice, se leva contre le tyran. "Point tu ne toucheras à eux tant que je vivrais" fut prononcé, pointant lame contre le Seigneur fou. "Que tous entendent tes paroles, car tu seras exaucé ; ta vie prendra fin"...

... Le duel fut bref, respect ne faisant pas le poids contre folie, et le sang du Sacrifice éclaboussa celles et ceux qu'il eut tenté de protéger de sa vie. Alors, Niskar dégagea son acier de la poitrine de sa victime, se pencha sur sa proie, et but longuement son sang, sous les yeux horrifiés de nos ancêtres. Puis il se leva, et de sa voix vibrante...

... "Vous êtes à moi."


¤¤¤
Le repas avait semblé aussi rustique que le cadre dans lequel il s'était déroulé, et la chambre n'avait pas déteint. Le matelas épousait parfaitement la forme de mon corps, l'édredon de plumes était chaud, et l'oreiller moelleux. Les quelques meubles, qui était du même bois que ceux que j'avais pu apercevoir jusque là... à ceci près qu'il y avait cette fois-ci des tableaux aux murs, dépeignant de beaux paysages sans doute locaux, et à cela s'ajoutait des napperons en dentelle qui décorait le dessus de la table de chevet, et de la commode. Cela me semblait vraiment... reposant.
J'ôtais ma tunique, mon pantalon, après avoir fermé les rideaux. Me glissais entre les draps, et étrangement je ne vis même pas venir le sommeil, qui m'étreignit au sein de ce doux cocon. Ce fut comme être suspendu dans une masse d'air chaud, délicat, qui m'entourait sans pour autant devenir oppressant... et je rêvais, oui, mais cela m'avait semblé si lointain, je me sentais tellement serein... sauf que le trouble m'enserra quand même, en me souvenant de cette histoire, de la voix si profonde de Bardan, mon cher oncle, qui me manquait tant...

C'est le léger grincement de la porte qui m'éveilla, mon esprit émergeant alors que mon corps fut lentement parcouru de picotement, alors qu'en vitesse je reprenais pied dans ma chair encore endormie. Je me relevais alors plutôt brusquement, attrapant par le col l'intrus, mes doigts de l'autre main devenant griffes, menaçant...
Mais c'était une femme, qui ne sembla guère surprise. Je dus sembler quelque peu désorienté, alors que je remettais les évènements précédant ma "nuit", car Sionann éloigna délicatement mes griffes et décrispa ma main sur son vêtement, avant de me rallonger, le temps que cesse ma confusion.

-Vous n'avez pas l'habitude que l'on vous réveille, n'est-ce pas ? Lâcha-t-elle comme une évidence, quelque peu froissée à en croire le ton glacial et le passage au vouvoiement. Et puis... vous êtes plus que ce que vous dites être...

-En effet... mais je vous assure n'avoir souhaité que dormir, sans plus, lui assurais-je, repentant.

-Habille-toi, tu vas prendre froid. Mon mari est encore au champ, mais il est content d'avoir pu t'aider. Je t'ai préparé de quoi manger en route.

Elle m'adressa un sourire qui ne manqua pas de m'intriguer, et remarquai qu'elle était repassée au tutoiement. Je ne savais pas pourquoi, mais un sourire éclaira mon visage, et je m'habillai prestement, comme animé par le besoin d'aller courir au grand air, et je retrouvais dans l'entrée Sionann, qui m'attendait, avec ce qui semblait être de la nourriture emballé dans un torchon blanc. Je la remerciai poliment, et mis le tout dans mon sac.
Alors qu'elle m'ouvrait la porte et que je sortis, je fus baigné par un doux crépuscule. Une partie du ciel était dors et déjà empli de nuit, alors que les derniers rais de lumière, baignant un coin du ciel d'un flamboyant jaune orangé, teignaient les nuages d'un élégant rose pâle. Typhon, ma fidèle monture, m'attendait, claquant des dents avec impatience. J'allais remercier la femme pour son hospitalité, mais elle me prit de court en saisissant mon poignet, et me glissant à l'oreille :

-L'on dit que les Dieux peuvent prendre forme humaine, pour parcourir le monde et juger les hommes. Seriez-vous l'un d'entre eux ?

-N-non voyons ! Balbutiai-je, interdit.

-Pourtant, continua-t-elle, je puis sentir que tu as en toi la force de détruire tout ce que nous avons...

-Ça ne me donne pas le droit de le faire. Et puis je ne suis pas si fort que ça... je suis juste un homme qui pourchasse son destin, quel qu'il soit... Semer la mort pour le plaisir, ne rimerait à rien, même pour un Dieu...

Sionann me relâcha, et posa sur moi un regard indéchiffrable, qui semblait me scruter jusqu'aux tréfonds de mon âme. Mais elle se fendit d'un sourire, et lâcha un petit rire cristallin.

-La mort est nécessaire à la vie, même si cela ne réjouit personne, c'est une vérité, et ceux qui tuent ont aussi une vie, tout aussi sacrée. Mais, il y en a qui le font pour préserver les autres, en abrégeant des souffrances, ou en empêchant que des choses plus affreuses encore n'arrivent. Elle sourit, et secoua la tête comme pour chasser ces idées. Tu as du chemin à faire, et l'on m'attend. Je te souhaite bonne chance, Akayel.

Ce petit échange me parut quelque peu étrange, mais je ne sus dire en quoi. Je déposai un baiser sur la main de Sionnan, en me courbant élégamment, puis enfourcha le Reith avant de filer, sentant mon sang bouillir dans mes veines. Une sensation exaltante me parcourait, et je sentais comme achevé une transformation qui s'était agencé depuis ma sortie de ma cellule, que j'avais décidé d'accepter le passé, de le vivre dans le présent. Tout me semblait étrangement clair.

~ Il était peu probable qu'un jour Akayel retourne sur cette route, ni ne revoit cette ferme. Et, s'il n'avait pas été saisi d'une telle allégresse, sans doute se serait-il retourné pour voir une dernière fois ce lieu de repos ; mais il n'y aurait vu que les décombres d'une vieille ferme abandonnée, qui pourtant à ses yeux, il y avait quelques instants auparavant, avait été une sorte d'havre de paix. Le Tieffelin ignorerait sans doute que le fermier, Dagda, n'avait jamais réellement été présent, et que Sionann n'était pas le vrai nom de la femme. ~

~ Et il ne saura sans doute jamais que désormais, Mei ne pleurait plus en pensant au funeste destin qu'avait connu les Svart Niskar, autrefois ses protégés, jusqu'à ce que se fasse l'avènement du Seigneur dont ils portaient le nom... ~


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