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 Lorsqu'il est temps...

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Galadan
Seigneur des Andains
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Nombre de messages : 72
Localisation : Enflamme toi, un incendie du coeur...
Date d'inscription : 02/10/2006

MessageSujet: Lorsqu'il est temps...   Dim 17 Fév - 18:10

Je passais une main sur mes joues, mon menton. Une barbe blanche y avait poussé, drue. Je me regardais, et celui que je voyais devant moi, n'était pas celui que j'étais. Ma longue chevelure blanche avait perdu de sa superbe, plaquée contre mon crâne par la sueur, devenant progressivement hirsute sur la longueur. J'avais les joues creusées, de lourdes cernes sous les yeux. Mes rouges iris semblaient briller d'une lueur maladive. J'avais l'air fatigué, presque hagard. Mes doigts tremblaient doucement, et je dus m'appuyer sur le rebord du meuble, avant de finalement m'assoir sur le rebord du baquet, ou m'attendait de l'eau fumante. Mon corps était affaibli, et je recommençai à peine à manger correctement, je pouvais désormais, me consacrer à redevenir celui que j'étais, et ne plus être la loque que j'avais devant moi.
Ma chère mère m'avait sorti du lit, mes draps étant aussi défraichis que moi, il n'y avait pas d'autres solutions que de les retirer, et les laver. Aelius me faisait l'insulte de briller haut et clair dans un ciel bleu, sans le moindre nuage. Les oiseaux babillaient, et si je l'avais voulu, j'aurai pu entendre ce qu'ils disaient. Je n'en avais pas l'envie. La seule voix que j'avais envie d'entendre était celle de Thallys. Je doutais qu'il me parlerait. J'avais échoué à venir le chercher à temps. Avant son calvaire, que j'avais pu partiellement sentir, maintenant toujours Thallys loin de la folie qui aurait pu le gagner. Je le savais brisé, cassé. Il lui faudrait du temps pour se remettre. Je fixais mes mains tremblantes. Je serrais les poings. J'étais faible. Thallys... Je fermais les yeux, songeant à ses regards méfiants, sa mauvaise grâce, lorsqu'il m'avait tendu une de ses tourtes aux poissons, sur les quais de Fendassë, ou nous nous étions séparés. J'avais aimé sa façon d'être, cette façon de rester digne et fier, malgré sa position de faiblesse. J'avais choisi de me lier, sans qu'il le sache, lui promettant de venir à son aide. Je ne l'avais pas fait, la seule aide que j'avais pu lui apporter s'était faite par ce lien étiré sur des lieues et des lieues. Je lui avais fourni l'énergie pour survivre malgré son cauchemar, j'avais tenté tant bien que mal, de préserver son esprit intact. A une telle distance, cela relevait du miracle. Et ce miracle avait un prix. J'avais perdu toute ma superbe. Ma force tout entière était passée dans le lien, il m'en était resté à peine pour survivre moi même. Et je savais maintenant Thallys en sécurité, j'avais envoyé une Reine des Glaces et un Fou pour le sauver. Je ne m'attendais pas à en être remercié. J'étais le pire protecteur que l'on puisse avoir. Pathétique. Je ne m'attendais qu'à de l'indifférence, peut être de la haine, rien qui n'ait avoir avec une quelconque gratitude. Jalia m'avait bien fait comprendre la leçon. Et je n'étais pas venu pour Thallys non plus. Je n'étais pour lui, qu'un étranger, ou presque. J'avais un goût amer dans la bouche, et je me sentais vide. Et je me sentais aussi l'envie de hurler. Thallys était en route pour le Nord, je le savais, je le sentais. Je sentais le froid mordant du ciel, les puissants battement d'ailes de Fiera, dragonne de son état. Je percevais presque ce que Atrazine ou Ash pouvaient bien lui dire. A moi, il ne dirait rien. J'étais partagé. Je voulais être là, lorsqu'il arriverait. J'avais dit à ma mère d'être gentille. Thallys aurait besoin de gentillesse et de soins. Sans doute parce que je pensais déjà partir. J'avais décidé qu'il ne me devait rien. J'avais agi par pur égoïsme, et si j'avais vraiment voulu le savoir en sûreté, j'aurais du prendre le temps de faire le voyage avec lui. Rien de tout ceci ne lui serait arrivé. Je refusais d'admettre ce qui me poussait à me ronger les sangs et me rouler dans le remords. Je refusais de le penser, et encore moins de le dire à voix haute. J'avais pensé en être guéri, je n'avais jamais pensé que cela pourrait encore m'arriver. Et voila ce qui était le plus dangereux, cette sensation, que je tentais tant bien que mal de repousser.

Le fil du rasoir passa sur mes joues, mon menton, ma gorge. Mes gestes étaient lents, précautionneux. Je me débarrassai de cette barbe qui avait eu le loisir de s'installer. Petit à petit, je retrouvais mon visage, bien que j'eus l'air encore plus émacié lorsque j'eus terminé. Je m'adressais un pauvre sourire, et me tournai à présent vers le baquet d'eau chaude. Je m'y enfonçais, l'eau fumait encore, et la chaleur me piqua délicieusement la peau. La chaleur était presque douloureuse, mais j'avais besoin d'être décrassé. Je fermai les yeux et m'immergeai complètement, laissant l'eau jouer avec mes cheveux. Quelques minutes plus tard, j'étais assis, le dos droit, occupé à me savonner, appréciant de me sentir enfin propre. Presque reposé en somme. Le lien me demandait moins d'énergie, à mesure que Thallys se rapprochait, c'était plus facile de le maintenir, de le nourrir. Et je pouvais enfin m'accorder du repos. Je m'en sentais coupable, moi qui n'avais pas accompli grand chose. Je plongeai une nouvelle fois, pour me rincer. Sortant de l'eau, ruisselant, je m'observais. J'étais de nouveau moi, plus maigre certes, mais j'étais de nouveau Galadan le Seigneur des Andains. Je me séchais doucement, mes gestes étaient les gestes fébriles d'un malade. Je m'habillai et décidai de de profiter de la chaleur d'Aelius. La maison de ma mère était calme, perdue au milieu de la profonde forêt d'Iricht, c'était calme et reposant. Ici, il y avait toujours les odeurs de sa cuisine et des fleurs qui embaumaient la maison, odeurs de mon enfance. Je les trouvais réconfortantes. Descendre les escaliers fut un supplice, mais j'y parvins, me trainant en suite dans le séjour, jusqu'à la porte ouverte. L'air venant du jardin était vivifiant. Je mis les pieds dehors, foulant l'herbe, je me retrouvais plongé dans un monde familier, que j'adorais. L'odeur riche de l'humus, le bruissement des arbres, qui me souhaitèrent la bienvenue, le bruit de l'eau qui coule, signe que le petit système d'irrigation de ma mère fonctionnait, l'odeur des fleurs, la chaleur d'Aelius sur ma peau. Ma mère me tournait le dos, étendant mes draps, le vent les faisant claquer. Et puis soudain, je n'en puis plus. Mes os craquèrent, ma silhouette se tordit, je me pliais, me changeais, jusqu'à ce que mes pattes touchent le sol. Je m'étirai longuement sous ma forme de loup, baillant à m'en décrocher la mâchoire. Je fis le tour du jardin, curieux morceau de nature discipliné au milieu de la sauvage Iricht. Je vins donner un coup de tête à ma mère, lui souriant à la manière des loups, avant de retourner fouiner dans le jardin, comme si je le connaissais pas. Je me choisis un bon emplacement, chauffé par le soleil, pour y dormir. Rester sous ma forme de loup était peut être une autre solution, une alternative à mon départ avant l'arrivée de Thallys. Je savais pourtant que je ne pourrais pas partir, mon instinct me hurlait que je devais rester, je savais que je n'attendais que ça, qu'il arrive, peu importait son état, je le voulais là, ici, maintenant. C'était un sentiment puissant que ce désir de posséder l'autre. Mais une part de moi, m'incitait à la prudence, je n'avais pas le droit de ressentir ça, Thallys n'était pas à moi, je n'étais rien pour lui, même pas celui qui l'avait sauvé, et je refusais de lui laisser voir ce que j'étais devenu par pur égoïsme. Non, ma forme de loup me permettrait de rester, sans avoir à parler. Et peut être était-ce mieux ainsi. Des cheveux blonds, inondés de soleil dansèrent devant mes yeux, alors que je posais ma tête sur mes pattes.


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