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 Manoir des Loviatar

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Auril
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Date d'inscription : 25/04/2012

MessageSujet: Manoir des Loviatar   Sam 15 Déc - 21:43

Cemenwin avait toujours été une ville où les dangers se faisaient nombreux, sous divers aspects. La nuit éternelle planant sur la cité ne pouvant qu'être propice à toutes ces choses se passant dans les ombres nocturnes, partagés entre grandes familles et populace, comme l'on en voit peu ailleurs, là où brillait le soleil... Mais même parmi ces ténèbres dans lesquels nombres d'étrangers s'imaginaient les pires choses -certaines ayant un trait de vérité-, si l'on exceptait notre Marquise qui, d'une main de fer dans un gant de soie, menait la ville avec une terreur emprunte d'un indéniable charme, ainsi que ses quelques élus, il y avait un lieu dans le Faubourg Nocturnae que même les pires vermines qui rôdaient dans les bas-fond, jusqu'aux nobles ayant des pions sur le jeu de la politique, évitaient comme la peste.
Dans l'ombre du palais de Marquise, un bâtiment sombre et très ancien, un imposant manoir de pierres noires aux grandes et étroites fenêtres, possédant un étage et un jardin séparé de la rue par une grille aux larges barreaux rehaussés de pointes stylisées, se dressait, silencieusement, son style inchangé depuis des années. Nul jamais ne s'en approchait de gré, car y vivaient des êtres que tout les habitants de Cemenwin craignaient ou devraient craindre, hormis pour l'élite. Qu'ils soient Vampires, Dunpeal, Svarts ou Nocturnes, que leur milieu soit aisé ou tout l'inverse, et qu'importait leur place dans la société, il ne viendrait à l'esprit de personne de venir interrompre ces sinistres personnages de l'ombre, dont la venue pouvait être bien plus redoutée que celle de Dämons.
Dans ce manoir, vivaient des comptables ; la famille Loviatar. Ma famille.

Mais nous étions plus que cela, formant une véritable organisation, héritée de nos ancêtres qui n'étaient rien moins que des voleurs, des pillards, qui avaient un temps constitués, aux premières heures de la cité, la pègre locale, usant autant de leur force pour extorquer aux commerçants que de leur intelligence pour dissimuler au mieux leurs activités. Au vu de leurs talents, plutôt que de les combattre, il fut bien plus aisé de mettre à profit cette famille pour le bien de Cemnwin ; c'est ainsi que nous fûmes devenus les fidèles serviteurs de la cité, et de sa Souveraine.
Hormis les mariages d'intérêt, il y a peu d'unions qui se font naturellement au dehors des murs et des jardins ceint d'acier de notre propriété, si bien que notre famille, tant sur le plan des relations que du travail, finit par avoir sa propre hiérarchie, liée à nos fonctions, que personne n'oserait troubler ; et entrer dans notre grand manoir serait pénétrer dans un autre monde. Mais que l'on ne s'y trompe pas, si une partie des nôtres est initiée dès leur plus jeune âge au rudesse du monde de la finance, les autres deviennent les hommes et femmes venant prélever les impôts, et protégeant les intérêts de notre grande famille. Des plus basses strates s'affairant à scrupuleusement éplucher les comptes des petits commerçants pour y détecter les moindres anomalies pour le compte de leurs propriétaires, au plus haut comptable veillant à la pérennité du capital d'une famille aisée, des copies de tout les documents relatifs à ces fonctions sont conservés dans nos archives, vaste pièce protégée dans les sous-sols, piégée et gardée avec un soin tout particulier.
Le rôle qui est mien se révèle bien singulier ; en effet, je suis celle qui veille sur les finances de la cité, qui, après récolte des impôts, décide qu'en faire. Rénovations, investissements, financements... que de moyens d'user de cet argent en espérant qu'il rapporte, sans compter la part qui revient, en infime partie, aux besoins du service financier que nous rendons à notre belle cité ! Cette tâche était donc la mienne, celle revenant à l'héritière de cette demeure, qui justement, revenait vers elle, et sa famille...

Je n'eus pas le temps de répondre à la remarque de ma souveraine concernant ma suivante, et je me demandais quel en était la raison. Il était vrai que Phaedra n'était pas très à cheval sur le protocole, quand il s'agissait de moi, elle pouvait s'emporter et faire fi de qui osait me manquer de respect ou tenter de me faire du mal, et avait maints et maints fois terrorisé certains jeunes Loviatar un peu trop discourtois. J'avais beau la réprimander, cela me faisait sourire, prenant cela comme un gage de son indéfectible loyauté, même si en ce cas je n'étais guère satisfaite d'entendre Marquise s'en plaindre, même si elle ne m'en tint pas pour responsable. Les gardes arrivèrent pour m'escorter et je n'eus que le temps de m'incliner respectueusement, avant de prendre congé, flanqué de ses soldats, Arrhel grognant en leur présence dès que l'un d'eux émettait un son ou esquissait un geste, mais ils se tinrent à leur rôle et ne dirent rien. Pour ma part, j'étais un peu gênée, mais guère plus que d'habitude, mon aura et la réputation de ma famille était une raison suffisante pour les gens de s'écarter sur mon passage, alors une escorte de la garde personnelle de Marquise...
Mon fidèle garde du corps se tenait à ma gauche, portant toujours son ensemble disparate de mailles, de cuir et de plaque, donnant un air de guerrier sauvage à cet homme dont le visage était dissimulé sous un casque ; plus que pour lui donner un air plus agressif, je préférais cacher que mon serviteur était un mort que j'avais ressuscité. Certes, je ne doutais pas qu'en Cemenwin cela n'aurait pas été une grande gêne, notamment au vu de mon rang mais... comment ne pas avoir honte de cette affliction qui n'avait de cesse de me ronger et glacer mes chairs ?... Phaedra resta silencieuse, à ma droite, sans mot dire. Elle paraissait pensive, et je la soupçonnais de maugréer en pensant aux paroles qui précédèrent notre départ du cabinet particulier de dame Marquise.
Nous arrivâmes sans trop tarder, et je remerciais grandement l'escorte qui m'eut accompagné, me gratifiant d'un salut militaire, et retournant avec discipline vers leur place, auprès de notre souveraine.

Le hall d'entré était très grand, agencé de sorte qu'un visiteur aurait l'impression étouffante d'être minuscule. Un grand tapis carmin menait jusqu'à un immense escalier, donnant sur l'étage, et se séparant en deux pour couvrir les deux ailes de notre demeure. Il était surplombé d'un vitrail portant le blason de notre famille, une rose rouge, symbole de Baine Loviatar, l'homme qui conclut le marché garantissant que les nôtres seraient toujours au service de la cité. De chaque côté, pendait une bannière, portant mon emblème, un flocon de neige sur fond noir.
Mais malgré ce signe, démontrant que j'étais celle qui régnait sur ce manoir, tous ne me témoignaient pas le respect qu'il me devait ; sûrement parce que moi-même n'en éprouvais aucun pour ma propre personne... Justement l'un d'eux descendit l'escalier, sa silhouette décharnée se détachant du carmin du vitrail derrière lui.


-Te revoilà, ma chère cousine...

-Que fais-tu là, Cyrik ? N'as-tu rien d'autre à faire qu'errer dans les couloirs ?

C'était le fils de l'assassin de mon père qui descendait posément les marches devant moi. Il était bien différent, beaucoup plus posé et calculateur que feu son damné parent. Ses traits étaient harmonieux, son sourire et son regard faisait que les femmes l'adoraient, et ses longs cheveux, rassemblé en une queue de cheval... Il ne m'inspirait que du dégoût, cet être suffisant. Il devait se douter de ce que j'avais fait à son père, mais jusqu'ici il n'avait rien tenté, mais je le tenais à l'œil.
Arrhel se rapprocha de moi en grognant, alors que Cyrik Loviatar descendait tranquillement les marches, caressant du bout des doigts le marbre de la rampe. Arrivé face à moi, nos yeux rouges soutenaient le regard de l'autre, avec dureté. Un sourire finit par fendre le visage de mon adversaire, qui détourna le visage en pouffant de rire.


-Je vois que notre bienveillante majesté nous a rendu notre chère Auril en un seul morceau. J'aurai pourtant juré que tu n'aurais pas su te conduire convenablement devant elle ; tu es décidément plein de ressources.

-Et toi tu ferais mieux de partir te mettre au travail, plutôt que flâner et te mêler de ce qui ne te regarde pas.

-Mais, je m'inquiète pour toi, ma chère Auril... nous nous inquiétons tous...

Son sourire s'élargit, et il se détourna, me laissant seule, alors qu'il rejoignait l'aile ouest du manoir, où se trouvaient les salles de travail. Je me sentis seule à cet instant, si seule... Phaedra s'approcha, et posa sa main sur mon épaule, pour me rassurer. Elle n'avait pas besoin de mot, et nous restâmes un moment ainsi, seulement troublé par le bruit lointain des plumes grattant le papier et quelques éclats de voix. J'inspirais profondément, et m'écarta de ma suivante, m'avançant vers les escaliers.

-J'ai encore du travail. Phaedra, va préparer une chambre d'ami, au cas où dame Sherilyn souhaite avoir quartier en mon domaine ; Arrhel, va t'assurer que tout va bien, et que chacun travail. Je n'accepterais pas qu'un seul Loviatar manque à son devoir...

Sans un mot de plus, je me détournais d'eux, et entreprit de regagner mon bureau, à l'étage. Je ressentais un profond désir de m'imposer, de montrer aux miens que j'étais capable de diriger nos affaires... ne pas laisser Cyrik agir à sa guise... Je chancelais dans le couloir, ma main se posant contre mon cœur, froid, qui battait la chamade en repensant à ces années d'enfermement...
Cela n'arrivera plus... jamais plus...


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Sherilyn Hale
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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Dim 14 Avr - 22:29

Le carrosse s'arrêta devant la demeure des Loviatar, après avoir remonté la rue dans le fracas des sabots. La nuit tombait à peine, et l'agonie d'Aelius teintait de rouge et orange le ciel, luttant encore contre le bleu sombre piqueté d'étoiles du manteau de Mizuki. L'astre lunaire était déjà suspendu dans le ciel. Le carrosse laqué de noir aux reflets violets et or était plus que luxueux, les portes étaient frappées des armoiries des Hale, deux chevaux cabrés encadrant une rose surmontée d'une couronne. Le riche attelage était tiré par quatre Laurëcaras à la robe noire et la crinière dorée. Le cocher était lui aussi vêtu d'or et de noir, derrière le carrosse, se tenaient, accrochés, deux laquais, eux aussi vêtus de noir et or. Pour des serviteurs, ils étaient vêtus avec soin et luxe. La large avenue du quartier que l'équipage venait de remonter était situé dans la ville haute, un quartier luxueux, ou les façades de la noblesse rivalisaient d'élégances et de luxe avec celles des riches bourgeois, un moyen de montrer sa richesse et sa puissance. Un des laquais se présenta aux gardes du gigantesque portail frappés des armes des Loviatar, annonçant alors son éminente maîtresse. Peu de temps après, les lourdes portes s'ouvrirent, parfaitement huilées, sans un bruit. Le carrosse s'ébranla, entrant dans la cour du manoir des Loviatar, leur résidence principale à Cemenwin. Le carrosse s'immobilisa de nouveau devant les portes de la résidence. Les deux laquais se précipitèrent, l'un ouvrit la porte, tandis que l'autre dépliait le marche-pied. Celui qui avait ouvert la porte tendit sa main. Un pied chaussé avec goût se posa sur le marche-pied de métal, et une main gantée s’empara de la main tendue du serviteur. La duchesse Sherilyn Hale s'extirpa de son carosse, posant le pied chez les Loviatar. Ce n'était pas la première fois qu'elle venait ici. Avant que la jeune Auril ne reprenne la tête de la Maison Loviatar, son oncle avait donné des réceptions, et Sherilyn Hale s'y était parfois rendue, bien qu'elle ne fréquenta guère assidument les lieux.

La duchesse avait la beauté caractéristique des Hale : les traits délicats, une peau laiteuse, et une chevelure de geais. La duchesse était belle, un visage presque poupin, mais indéniablement adulte. Des traits délicats, un nez fin, une bouche en cœur, de grands yeux d'un bleu azuré, couronnés de longs cils noirs, surmontés de fins sourcils. Sur son menton, à gauche de sa lèvre inférieure, un grain de beauté, lui donnant un visage racé. Sa chevelure de geais est épaisse. Elle tombe sur ses épaules graciles en grosses boucles lustrées et élégantes. Pourvu d'un corps alléchant, Sherilyn Hale présente une poitrine opulente, plus que généreuse, qu'elle sait mettre en valeur, s'amusant des réactions qu'elle provoque. En ce début de soirée, Sherilyn Hale était vêtue d'une somptueuse robe, qui comme à son habitude mettaient en valeur sa silhouette. La robe en soie violine épousait ses formes, dessinant ostensiblement ses hanches. La jupe s'évasait à mi-cuisses, s'ouvrant pour dévoiler un jupon de dentelles noires. Le bustier de sa robe affichait la même dentelles, en forme de cœur sur son buste, soulignant sa poitrine. Sans manches, la robe dévoilait ses épaules, et Sherilyn portait une veste courte à col haut, du même violine, surpiquée de dentelles du même violet. Elle portait une parure, collier et bracelets d'or et d'émeraude. En sortant du carrosse, Sherilyn portait par dessus sa tenue un manteau en cachemire noir, orné de fourrure de loup gris sur le col, la capuche, ses poignets et sur tout le bas. Elle était chaussés d'élégants escarpins violines, le talon reprenant les mêmes motifs que la dentelles de sa tenue. Elle allait tête tenue, sa chevelure retenue par quelques attaches faites de colliers de perles dorés, empêchant ses boucles de lui tomber sur le visage.
Une fois descendue de son attelage, elle ne garda avec elle qu'un laquais, un sidhe à la peau pâle et à la chevelure fuchsia, aussi bouclée que sa maîtresse. Le second laquais replia le marche-pied et fit claquer la porte du carrosse. Le laquais retourna à l'arrière du carrosse, et aidé du cocher, ils commencèrent à décharger des caisses, frappés du sceaux des caves de Morween Nil'Dae, cadeaux pour Auril. Sherilyn donna en suite ses ordres, et l'attelage s'ébranla de nouveau, allant attendre sa propriétaire. A peine fut-elle retournée, qu'elle grimpa les marches du large perron, et les portes de la résidence des Loviatar s'ouvrirent. Deux serviteurs ne livrées aux couleurs des Loviatar s'inclinèrent sur son passage, alors qu'elle donnait son manteau à son laquais, qui la suivait à quatre pas en retrait, légèrement sur sa gauche. Aussitôt, des serviteurs en livrées s'empressèrent d'aller chercher les caisses abritant les précieuses bouteilles de vins. Le second laquais rejoignit alors sa maîtresse.

Le Hall de la résidence était luxueux, s'ouvrant sur différentes arches, donnant sur différentes pièces, dont le salon et la salle de réception qui accueillaient les invités des réceptions des Loviatar. Ces dernières étaient plutôt rare depuis qu'Auril avait pris les rennes de la maisonnée. Sherilyn avait été envoyée ici à la demande de sa souveraine. En tant qu'amie, et également sujet loyal, elle avait obéi à Morween. La duchesse se rendait à sa demande chez la plus discrète des nobles de la cour de Cemenwin. Et pour cause, Auril Loviatar ne cherchait pas la compagnie, pas plus que les autres nobles ne cherchaient la sienne. Fille maudite, elle dégageait un froid mortel, depuis que sa mère avait passé un pacte avec Dämons pour sauver la vie de sa fille. La dite fille avait finalement été la cause de la déchéance de sa famille, les Loviatar n'avaient pas failli s'en remettre quand son père était mort. Son oncle avait alors pris la tête de la famille, et la jeune fille avait vécu l'enfer. Un scandale, mais la reine Écarlate de Cemenwin n'intervenait pas dans les affaires des Maisons nobles, quand elle ne menaçaient pas le pouvoir de la reine, ou la stabilité du royaume. Finalement, Auril s'était vengée. Mais elle vivait presque recluse, et les Loviatar n'avaient pas d'amis, seulement des relations. Elle était venue quérir l'aide de sa souveraine, et cette dernière avait fait plus encore, en lui envoyant l'excentrique Duchesse. Les frasques de Sherilyn faisaient jaser, mais il n'y avait personne pour y trouver à redire. Elle était une Hale, elle était fortunée, et elle avait la main mise sur une partie des vignes, le vin qu'elle avait apporté provenait en partie de ses cépages. Et elle avait également la main mise sur une partie des expériences techno-magiques, et profitait également de riches transactions sur des œuvres d'arts, et des livres rares. Sa puissance et son influence, elle les masquait par ses habitudes frivoles, et quelques peu décadentes. Sherilyn Hale ne faisait aucune distinction entre personnages populaires et pestiférés, autant noble que roturier. Une audacieuse qui se préoccupait peu des rumeurs. Sherilyn était la personne toute indiquée pour venir se lier d'amitié avec Auril Loviatar. Par ce biais, elle lui apportait directement le soutien de la maison Hale, mais également ceux des autres maisons Vasco et Telrunya.

Un étrange bruit de fond attira son attention, alors qu'elle se laissait guider jusqu'à un petit salon ouvert. Le bruit de fond provenaient des bouliers, des plumes grattant le papier, des agrafeuses, le souffle des vivants, l'odeur du sang qui pulsaient dans leurs veines, en se concentrant, Sherilyn pouvait presque entendre les battements de cœur. Dunpeal, elle embrassait librement sa nature vampirique, tout comme le faisait son frère, Amadeus. La résidence grouillait de vie, et pourtant l'atmosphère était tamisée par quelque chose d'autre, de plus lourd, planant dans l'air. Sans doute l'influence d'Auril. Sherilyn s'installa dans un confortable fauteuil, tandis qu'on lui servait un rafraîchissement. Elle demanda à ce qu'une de ses bouteilles soit ouverte, et qu'on la lui serve. Elle apportait différents crus, celui que Auril avait déjà eu l'occasion de goûter, mais aussi quelques vins blancs liquoreux et fruités, des rosés légers et frais, et bien sûr des rouges capiteux, de ceux que Marquise appréciait. Ses deux laquais se tenaient derrière son siège. Le sidhe aux cheveux roses, et l'orc aux cheveux tressés, l'un svelte, l'autre imposant, dos droits et visages fermés. La duchesse croisa les jambes, attendant que la maîtresse de maison soit prévenue de son arrivée, et qu'elle descende l'accueillir. Sherilyn compta également le temps de préparation de sa tenue, si Auril devait retoucher à sa tenue ou à sa coiffure. Chose qu'en tant que femme, la duchesse comprenait, elle même prenait un malin plaisir à faire attendre ses visiteurs. Le manoir des Loviatar abritait presque toute la famille, leur unique but était de gérer les finances de la cité, commerçants, grandes fortunes, ils étaient également propriétaires de banques. Évidemment, Morween Nil'Dae n'était pas une imbécile, et les Loviatar n'étaient pas les seuls à gérer l'argent de Cemenwin, la souveraine gérait elle-même sa fortune dans son intégralité et elle le faisait seule. L'argent des citoyens de Cemenwin étaient géré par les Loviatar, quelques grandes familles leur avaient également confiés des capitaux. Les Hale n'en faisaient pas partie, il se gérait eux-même. Ils avaient apportés leur propres comptables avec eux.
Elle admira la robe du vin dans son verre, admirant les reflets rubis, en levant son verre à hauteur de ses yeux. Un serviteur revint la prévenir que sa maîtresse avait été avertie de son arrivée. Sherilyn hocha distraitement la tête, mais elle remercia tout de même, lui accordant un regard sensuel derrière ses longs cils et un sourire, avant de boire une gorgée. Reposant le délicat verre de cristal sur le guéridon en cèdre placé à coté d'elle, elle observa à nouveau la salle où elle attendait, jusqu'à ce qu'elle entende quelqu'un approcher. Son regard se tourna immédiatement vers le nouvel arrivant.


Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.
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Auril
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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Lun 15 Avr - 2:27

Vêtus de noir bordé d'argent, une rose au rouge carmin à peine éclose cousue au dos de leurs vestes, les deux portiers, jumeaux, furent assez surpris de reconnaître l’emblème de la famille Hale, et encore plus de voir une femme d'une telle beauté, qu'ils purent identifier comme la duchesse Sherilyn. C'était une visite inattendue, pour le peu que les Hale avaient à voir avec les Loviatar, ces affaires ne se réglaient que par coursier. Il n'y avait guère ces temps-ci de visiteur, et les deux portiers n'avaient plus grand monde à annoncer.
Cependant ils ne firent pas montre de leur surprise, se tenant à leur stoïcisme imposé par le rôle qui leur incombait. Ils s'inclinèrent tout en ouvrant les portes à la duchesse, et ses serviteurs. N'ayant besoin que d'une pensée, car tel était leur don, ils prévinrent divers personnes de la situation : deux collecteurs d'impôts n'étant pas de services accoururent chercher les caisses, et non pas deux soldats plus proches afin de ne pas troubler la répartition de la sécurité, et mener le vin au cellier, une servante vêtue d'une robe blanche orné de flocons noirs vint guider en silence Sherilyn vers un petit salon privé en passant par la salle de réception, et les cuisiniers s'activèrent à préparer du thé, des biscuits, et autres pâtisseries, pour pallier aux désirs éventuels de cette invitée de marque.
Fut aussi prévenu un serviteur afin qu'il communique l'arrivée de la duchesse à dame Auril, les portiers télépathes ne pouvant le faire eux-même car leur si précieux don ne devait en aucun cas effleurer l'esprit d'un comptable ; c'était la règle. Au sein de la complexe hiérarchie sociale des Loviatar, il y avait des usages en vigueur, qui ne s'appliquaient qu'à cette singulière petite société peuplée de chiffres et de valeurs.

Les pièces du manoir étaient très bien éclairés, d'une lumière diffuse mais pas agressive, et qui ne laissait guère de place aux ombres. Les murs étaient aussi clair que la peau des Loviatar était blafarde, contrastant avec les meubles au bois sombre, et les teintures et coussins rouges, ainsi que les bannières noires portant tantôt le symbole de feu Baine, surnommé à son époque le Voleur à la Rose, un personnage à l'allure mélancolique, qui semblait toujours avoir une rose à la main, tantôt le flocon de neige qui caractérisait Auril. Les soldats, huissiers et autres comptables, vêtus de noirs, ressortaient sur ce blanc et cette douce lumière, indispensables pour ce monde d'encre de papier ; toute flamme était aussi proscrite, pour d'évidentes raisons. Les serviteurs, hormis certains portant la livrée et le blason de la famille, étaient tenus à des tenues plus effacées, se fondant dans le décor de cette maison mêlant le blanc, le noir et le rouge, parfois l'argent afin de les lier.
Le salon qui accueillit Sherilyn servait aux discussions privés entre le maître des lieux et des invités particuliers, ne pouvant se contenter d'une entrevue dans un bureau. Banquettes confortables, table basse sur laquelle trônait un vase en cristal rempli de roses, et buffet contenant argenterie, porcelaine et cristal en vu d'éventuel repas privé. L'ambiance était loin du faste des grandes salles, mais plus intimiste afin de mettre l'autre en confiance ; teintures rouges et noires étouffait quelque peu la luminosité, et donnant un aspect plus chaleureux.

Un serviteur avait été dépêché pour prévenir au plus vite dame Auril, et il se présenta sans faute devant le bureau ou l'héritière de Baine continuait l'œuvre qui incombait à leur famille. Mais, avant que sa main n'effleure le bois, celle d'un autre le retint par le poignet, et l'informa qu'elle ne souhaitait pas être dérangée, et de lui faire passer le message. Le rang de cet homme poussa le serviteur à s’exécuter, exposant la visite d'une noble Hale. Il fut renvoyé, après avoir garanti d'avertir lui-même Auril de cette visite des plus importante, seulement... il n'en fit rien, et, un fin sourire se dessinant sur son visage, Cyrik s'en alla se préparer, sachant que pour le moment, aucune affaire ne retenait Auril ; il jubilait en se disant qu'elle devait lire ou Rune sait quoi, tandis qu'il pourrait approcher une Hale...
Il parvint au cabinet privé de Baine après s'être préparé en vitesse, espérant que personne n'ai songé à avertir Auril ; il savait que sa servante dévouée, Phaedra, roturière à la peau de paysanne et aux cheveux d'un roux vulgaire, ainsi que son glacial garde du corps à l'apparence de mercenaire dépareillé, à l'allure trop sauvage pour être acceptable pour l'idée que se faisait le jeune noble du prestige que se devait d'avoir l'héritier de la lignée de Baine, rodaient tout deux dans le manoir, et pourrait apprendre pour la visiteuse et mettre à bas l'opportunité qui se présentait à lui.
Comme toujours il avait noué ses cheveux en une élégante queue de cheval, mais il usa d'un ruban de soie blanche, dont les extrémités se mêlaient au noir de ses cheveux aile de corbeaux. Il avait passé une veste sans manche au devant rouge par-dessus une chemise à jabot noir, qui contrastait avec la peau blafarde commune non seulement aux Loviatar, mais aussi à bon nombre des Nocturnes de Cemewin. Le dos de sa veste était aussi noir, et le symbole y étant cousu était une branche d'argent aux feuilles couleur sang. C'était l'emblème de feu son père, qu'il portait par pur défi. Son pantalon noir était d'une coupe classique, une ceinture en cuir noir maintenue par une boucle en argent était présente, mais bien plus pour contribuer à l'ensemble que par réelle nécessité. Ses souliers au bout pointu résonnaient légèrement sur le sol, annonçant sa venue.

Les yeux d'un rouge pâle tirant sur le rose de Cyrik parcoururent la pièce où attendaient Sherilyn et sa suite. Elle était à son aise, et la servante s'était apparemment permise, sans doute sur l'ordre de Sherylin, de sortir un des service de flûtes en cristal, dont les bords étaient ciselés d'un élégant motif de flocons de neige ; le Loviatar en venait presque à détester l'hiver à force de voir en ces attributs le rappel constant de la main-mise de cette faible Auril sur leur famille...

-Dame Sherilyn Hale, quelle infinie surprise ! Nous n'avons guère eu le plaisir de vous voir en ces lieux depuis les réception de feu Tallos, mon regretté père...

A l'époque il était plus jeune, et encore trop pris par son apprentissage pour s'être fait remarquer ; or donc il convenait de signaler qui il était afin de bien entamer la conversation. Rompu aux usages, il s'inclina, et, avec précaution, prit la main libre de la noble et y apposa ses lèvres, avant de s'asseoir face à elle en essayant de ne pas trop la dévorer les yeux ; aucun projet de mariage n'avait été envisagé pour lui, et il ne s'était jamais privé de ce que la vie avait à lui offrir... Il observa du coin de l'œil l'autre femme présente dans la pièce, une servante aux cheveux noirs et aux yeux violets, et Cyrik la reconnue, ne serais-ce que de visage. C'était la femme d'un des archivistes, et elle avait un peu de cervelle, comparée à d'autres servantes qui faisaient leur tâches sans discuter outre mesure. Elle était rompue aux arts de la bienséance, afin d'accueillir avec toute la noblesse des Loviatar les invités de marque, en arborant une tenue sobre mais néanmoins charmante, pour ne point faire ombrages aux nobles dames sans pour autant ne point faire honneur à la famille.
Cyrik lâcha un juron dans un coin de son esprit quand il la suivit discrètement du regard s'éclipser, et revenir quelque instants plus tard, sans doute après avoir fait prévenir Auril. Il devrait être bref.

-Ma très chère cousine doit être en train de se préparer, et je ne tenais pas à laisser une invitée aussi prestigieuse que vous, dame Sherilyn ; nous en voyons peu depuis que dame Auril s'occupe des affaires des nôtres... j'ai même bien peur que nos alliances périclites, et elle n'a sans doute pas les épaules, la pauvre, après toutes les tragédies qu'elle a vécue... je gage qu'elle ne s'inflige tout cela que par devoir... elle ne m'écoute pas mais, j'ai l'intime certitude qu'elle serait bien mieux sans le poids de toutes ces responsabilités...

Il donnait l'impression de soliloquer, de penser à voix haute, mais c'était pleinement calculé. S'il n'avait pas le temps de proposer quelque chose à Sherilyn afin de la ramener à sa cause, il pouvait au moins commencer par saper l'image qu'elle pourrait avoir de la maîtresse des lieux, qui avait de quoi se montrer bien pitoyable, du moins c'est ce que Cyrik pensait ; et il n'y avait que lui pour mépriser à ce point Auril. Tout en attendant la réaction de la noble Hale, tout en faisant mine d'être plongé dans ces pensées...


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Sherilyn Hale
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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Jeu 18 Avr - 21:09

Le pâle regard de Sherilyn se posa donc sur le nouvel arrivant. Plutôt bien fait de sa personne, mais là dessus, la Duchesse s'accordait à dire que les goûts et les couleurs étaient propres à chacun. Son vêtement était luxueux, la coupe parfaitement ajustée, et les matériaux tous nobles. Ce n'était certes pas Auril, mais celui-là était de sa parenté. Il présentait les mêmes caractéristiques que les Hale de Cemenwin, à l'exception faite que les Hale étaient tous de souches nobles, bien que leurs ancêtres n'aient été que des cavaliers pillant tout sur leur passage. Des sauvages en somme, mais qui avaient su survivre à la formation de l'Empire. Les Loviatar n'avaient pas été anoblis lorsque Morween Nil'Dae avait fait de la misérable Rougeaiguille, Cemenwin, la cité majestueuse et tortueuse d'aujourd'hui. En revanche, ils étaient passés de bande organisée à comptables, collecteurs d'impôts, des voleurs ayant l'appui royal si Sherilyn caricaturait la chose. Baine Loviatar la regardait depuis qu'elle était entrée, imposant dans ses tapisseries, son air mélancolique répondant à au regard sensuel de la Duchesse. La servante qui lui avait servi son vin avec élégance se tenait en retrait, attendant d'exécuter ses moindres désirs. Elle aussi devait être une Loviatar. Cette famille avait une particularité singulière, elle était hiérarchisée comme l'était la société, et la plupart d'entre eux travaillaient ici. Bien sûr, les Hale se mariaient parfois entre eux, mais ils n'étaient pas aussi confinés, ni même enfermés dans un lieu particulier. Et avec les trois maisons Hale, de Cemenwin, d'Akaash et d'Hitokage, Sherilyn n'avait que l'embarras du choix dans sa propre famille, si elle venait à se marier un jour. Les prétendants ne manquaient guère, mais elle préférait nettement s'acoquiner avec la pire des engeances, celle-ci ne faisait ni attention aux rangs, ni à l'étiquette ou à la bienséance. Et la Duchesse en était bien aise. Ses détracteurs, car il y en avait quelques uns, se plaisaient à dire d'elle qu'elle n'était qu'une vulgaire catin. Sherilyn se faisait un devoir de ne pas faillir à cette réputation, ses éventuels ennemis tendaient généralement à la sous-estimer. Ce qui, chez elle, donnait lieu à une intense satisfaction lorsqu'elle finissait par les écraser.

Derrière elle, alors que le Loviatar approchait, ses deux serviteurs se raidirent imperceptiblement, comme s'ils s'étaient détendus. Enfin, il se présenta, et elle put mettre un nom sur ce visage plaisant. Ciryk Liovatar, fils de Tallos, qui était effectivement mort, mais de là à dire qu'elle le regrettait... Non, elle n'irait pas jusque là. Elle ne l'avait pas connu personnellement, faisant acte de présence lorsqu'elle recevait des invitations, comme bien souvent. Invitations qui s'étaient taries lorsque Auril s'était hissée à la tête de son étrange famille amoureuse des chiffres et de la paperasse. Cela dit, le jeune homme ne se présenta pas plus, ne donnant pas son nom. Sherilyn y vit un manquement, mais resta coite, tentant sa main avec élégance, mais affichant une certaine nonchalance. Elle s'était attendue à être reçu par la maîtresse de maison, et non pas par un laquais. Ce qui la fit sourire. Le Loviatar s'installa en face d'elle, prenant place comme si les lieux lui appartenait. Elle leva un sourcil alors qu'il se mit à monologuer.

-Me faut-il mander un médecin ? demanda-t-elle emprunte d'une sollicitude exagérée. Vous semblez perturbé mon cher, pour énoncer tout haut vos pensées. Fort heureusement, votre cousine, et notre bien aimée souveraine, Morween Nil'Dae me l'a elle-même assuré, a toute sa tête, et celle-ci est bien vissée sur ses épaules. Ce qui n'a malheureusement pas été le cas de feu votre père.

Sherilyn ne voyait aucune raison de se montrer aimable, ce n'était pas lui qu'elle était venu voir, et elle ne venait pas non plus pour affaire. Elle venait parce qu'on lui avait demandé de faire d'Auril Loviatar, une femme forte, et cette petite fille isolée avait certainement besoin d'une amie. La Duchesse n'était pas effrayée par la malédiction qui pesait sur Auril, et elle ne doutait pas qu'elle soit amplement capable d'assumer son rôle. Auril Liovatar s'était sortie elle même du trou sordide où l'avait jetée son oncle, et elle l'avait en suite réduit au silence, définitivement, et avait repris la place qui lui revenait de droit. L'affaire Liovatar avait fait scandale à l'époque, les rumeurs allaient bon train, mais ce très cher Tallos avait prétexté que sa nièce était fragile, et sa santé mentale avait pâti de la disparition de son frère et de la mort de son père.

-Vous ai-je vexé ? demanda-t-elle en le fixant durement, je n'ai fait que vous rendre la pareille, puisqu'en lieu et place de la maîtresse de maison, que j'étais venue voir, apportant même des présents, on m'envoie un laquais. Et comme vous pouvez le voir, car je gage que vous n'êtes pas aveugle, à défaut d'être sain d'esprit, des laquais, j'en ai déjà à mon service. Je ne suis pas venue palabrer avec un serviteur, et encore moins un fou, j'exige de voir Dame Auril maintenant, et non plus subir vos démences.

Elle sentit derrière elle, l'hilarité contenue de ses serviteurs, qu'elle ne pouvait sentir qu'à leur odeur, à ce qu'ils dégageaient, et qu'elle percevait avec ses sens aiguisés de Dunpeal. Sur leurs visages, il ne devait rien en paraitre, habitués aux frasques de leur extravagante maîtresse. Le regard de Sherilyn qui s'était fait si sensuel et chaleureux pour le serviteur empressé, était devenu froid et glacial. Elle détestait les importuns, et celui là semblait en être un parfait spécimen. Elle avait sous les yeux un problème majeur, si la propre famille d'Auril la dénigrait, le travail de Sherilyn s'annonçait plus grand encore que ce à quoi elle s'attendait. De plus, de par sa position et son histoire, Auril s'était retrouvée isolée dès le départ. Sherilyn vit la servante revenir, sans doute partie pour voir où en était sa maîtresse. Les ongles longs et laqués de violet et or de la Duchesse tapotèrent sur le bois de la table, geste d'impatience et d'agacement. Son visage de porcelaine maintenant de marbre.



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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Dim 21 Avr - 23:35

Ordinairement, le jeune noble appréciait les personnes ayant de l'esprit, du mordant, un petit quelque chose d'insolent qui rendait les conversations bien plus subtiles et attrayantes ; il se doutait bien que la duchesse, connue jusqu'entre les murs de ce manoir très fermé pour ses "exploits", avait la finesse de comprendre ce qu'il soufflait à demi-mot, et celle pour lui rétorquer par les mêmes moyens. Ce qu'elle fit, et cela lui déplu fortement, même si Cyrik n'afficha pas son mécontentement. Il resta prostré sur le divan avec l'air d'un seigneur sur son trône, avec l'infinie certitude que, même si pour le moment elle se moquait de lui, et exprimait finement que l'entretien qu'avait eu Auril avec la Marquise Écarlate n'était guère un échec. Seulement, cette chère Morwenn ne s'immiscerait pas dans les affaires de leur famille si sa cousine venait à nouveau à disparaître ; ses laquais par contre, serait un problème, et il faisait face à l'une d'elle.
Elle conclut en parlant de son père, et s'il tenta de ne rien laisser paraître, Cyrik sentit son sang ne faire qu'un tour, et il se raidit, en proie à une colère qu'il ne laissa pas transparaitre, sinon par son regard qui se montra glacial. Mais il n'en ferait rien. Feu son père aurait sans doute laissé éclater sa colère avec toute la théâtralité dont il était capable, mais son fils avait toujours trouvé très insupportable cette manie d'en faire trop. Son erreur avait été dicté par l'arrogance, celle de contraindre Auril qu'il ne considérait même pas comme ne ennemie à l'exil, la déchéance, et la savoir souffrir, comme un symbole de son triomphe.
Et elle en était revenue, et son père avait disparu, la jeune héritière ayant repris son dû sans faire la même erreur que lui. Et Cyrik ne le fera pas non plus.

Sherilyn poussa le vice plus loin en le traitant comme un laquais ; quoi qu'il n'était pas certain de ce qu'elle sous-entendait exactement, qu'elle ne le considérait pas comme quelqu'un d'important, ou qu'elle savait pour ses prétentions à la place de maître de la famille... Laquais, et dément, c'était les mots de la duchesse, qui se montra clairement hostile à son égard. Cyrik devait l'admettre, il avait perdu la partie ; mais il n'était pas mauvais perdant, et, un sourire au bord des lèvres, il esquissa un geste de reddition tout en se levant.

-Navré de vous avoir fait perdre votre temps, noble duchesse, et veuillez excuser mes quelques égarements. Je doute que ma chère cousine tarde plus encore, et espère que vous reverrez votre jugement sur ma personne...

Il s'inclina, et c'est alors qu'il s'en allait que la porte du cabinet s'ouvrit...

La colère. C'était si inhabituel pour moi de la sentir gronder en moi, ce sentiment si particulier, qui semblait hurler au cœur de mes entrailles, brûler d'un feu glacé dans mon hiver éternel... Je l'avais ressenti autrefois, lorsque j'étais arrivé en ces murs après avoir été mise aux fers. Mon Oncle avait payé le tribut de cette rage qui avait bouillonné dans mes veines, mais cela avait laissé place à ce triste sentiment de vide qui m'avait habité depuis toujours... Mais ce n'était pas la même colère, non, elle était présentement bien moins forte, dirigé vers ce sale fils de chien de Cyrik...
Je faisais ma toilette lorsque Shaar, la servante qui avait accueillie Sherilyn, vint nous avertir que la duchesse était arrivée ; Phaedra cessa son office, et m'aida à me préparer avec soin, bien qu'en vitesse, afin de ne pas laisser le temps à Cyrik de préparer quelques manigances comme il en avait l'habitude.
C'était une chose difficile pour moi, me laver. Je n'ai rien contre le savon ou l'eau, mais cette dernière par contre en a après mon aura. Je ne pourrais en aucun cas plonger en un baquet d'eau sans me retrouver prisonnière de la glace. Alors il incombait à ma chère suivante de prendre grand soin de ma toilette, à l'éponge, en veillant à ce que les gouttelette sur ma peau ne se change point en perle de glace. Et puis, je voyais mon corps, et les cicatrices, restent épars de ce passé que j'abhorrais tant, des punitions que j'ai du subir pour la simple raison de vivre...

Quelques générations à peine avant moi, Baine Loviatar avait pris la curieuse habitude de se baigner dans une eau parfumée à l'essence de rose, sur laquelle il dispersait des pétales d'un rouge carmin. Peu comprenaient vraiment cette étrange obsession que mon ancêtre vouait à ces fleurs, mais c'était un génie, et ses discrètes extravagances avaient, dit-on, contribué au charme qui avait pu convaincre de leur donner les rênes de l'économie Cemenwinienne. Mais c'était essentiellement parce qu'à l'époque, Baine avait déjà jeté sur les basses strates de la cité son implacable soif de pouvoir, et tenant au creux de sa paume quelques nobles.
Son appui n'était pas vraiment une nécessité, à l'époque, mais nous apportèrent le soutien du peuple, ou du moins son absence d'hostilité ; Marquise nous assura la sécurité et la légalité, et nous continuons nos activités, mais dans le but de faire progresser Cemenwin.

Un soupçon de parfum de rose habilla ma peau d’albâtre, avant que Phaedra ne m'aide à me vêtir. Je ressortis de mes appartements avec des sandales pratique et plutôt neutre en cuir noir, ainsi qu'une simple robe noire, qui laissait ma nuque et mes épaules libres, serrant au niveau de ma poitrine, et mettant les courbes en valeur ; ce ne fut pas mon chat, mais celui de ma suivante, qui me répéta plusieurs fois que je devais me mettre en valeur. je la laissa faire, mais je ne tenais pas à m'encombrer de ces froufrous, de toutes ces parures que l'on pouvait bien afficher...
Et je me dirigeais vers le petit cabinet privé que l'on avait toujours, dans la famille, utilisé pour les visites importantes ; Arhell avait entendu mon appel, et se tenait devant la porte, vêtu comme à son habitude de son armure à l'allure dépareillée... Son corps était recouvert d'un ensemble en tissu grossier mais épais et résistant, sur lequel était sanglé sur les jambes, les bras et le torse un cuir sombre et épais, renforcé par endroit : sa poitrine et son flanc droit était renforcé par de la maille, solidement accroché au cuir, tandis que son épaule gauche ainsi que le bras était pourvu d'une partie d'harnois par endroit cabossé. De nombreux rivets fixés sur le cuir de son dos, à la manière d'une armure de cuir rivetée. Des bottes imposantes, pourvue d'une pointe au bout du pied, résonnait lourdement ; à son ceinturon, le fourreau grossier de son imposante épée.
Et, pour compléter la tenue, un casque en écailles de Dragon argenté, dont la forme évoquait la tête de l'animal en question, ne laissant entrevoir par les yeux dudit lézard ceux froids et semblant vitreux d'Arhel.
Mon garde du corps se plaça derrière moi, avec Phaedra, alors que j'entrais dans la pièce, où en premier lieu je cherchais des yeux cet être infâme qui se moquait de moi.


-Cyrik ! Qui t'as permis de te présenter à ma place devant une invitée de marque ?!

-J'ai cru bon, ma chère cousine, de ne pas te déranger dans tes affaires si essentielle pour notre fa-

-Tais-toi ! Crachais-je. Je ne veux pas de tes excuses pitoyables ! Disparais, et sois sûr, mon très chère cousin, que quand Jergal aura fini ses études... Je laissai planer un instant la menace, le regard froid. ... un poste à la vérification des archives devrait convenir pour te remercier tes bons et loyaux services...

Les paupières de Cyrik se plissèrent sur ses yeux pâles, alors qu'un rictus amère se dessina au coin de ses lèvres ; mais cela ne dura qu'un instant, et il se fendit d'un de ses sourires exaspérant, avant d'effectuer une de ses sempiternelles courbettes.

-Comme il vous plaira, dame . Duchesse, commença-t-il en se tournant vers Sherilyn, j'ai été ravi de vous rencontrer. Au plaisir.

Il prit congé, le sourire collé aux lèvres, et alors qu'il passait devant lui, Arhell poussa un grognement de sa voix rauque, se montrant visiblement hostile à Cyrik, ce qui ne manquait jamais de me faire plaisir, au vu de ce que mon garde du corps avait fait de son père, qui, au passage, avait été difficile à digérer par le corps ranimé de celui qui, autrefois, fut mon tortionnaire, et désormais mon plus proche serviteur, juste après Phaedra. Cette dernière resta à mes côtés, et s'assit à ma gauche alors que je prenais place face à Sherilyn. Ma suivante portait un haut de couleur crème qui contrastait harmonieusement avec sa peau quelque peu bronzé, et se mariait agréablement avec le roux de sa chevelure épaisse qui cascadaient en boucle de feu dans son dos et sur ses épaules. sa jupe était assortie à son haut, et des bottes de cuir confortable complétait sa tenue, qui la faisait bien plus penser à une roturière qu'à la suivante d'une noble Svart. Mais elle m'était plus que précieuse, et je la laissais s'habiller à sa façon, qu'elle se sente pleinement à l'aise. Et puis, cela l'amusait tellement de détoner avec l'environnement dans lequel elle vivait, se distinguer avec sa peau mate, ses cheveux de feu et ses tâches de rousseur, dans cette petite société ou les cheveux noirs et la peau blafarde étaient si communs.
Arhell resta quant à lui en retrait, fixant les deux serviteurs de la duchesse, prêt comme toujours à intervenir sans pour autant avoir l'air menaçant. Il ne faisait, après tout, que son devoir. Je restai un moment à regarder Sherilyn sans mot dire, observant cette femme qui exhalait un tel charme, une telle grâce... la colère et l'assurance qu'elle m'avait procurée était retombée, et je me sentais petite devant cette Hale, duchesse, me renvoyant à ma petitesse...
Les grandes familles nobles de Cemenwin, et de l'Empire de Morna, avaient en général une histoire ancienne contant leurs exploits, leur ascension vers leur statut si prestigieux... pas nous. Les Loviatar étaient considérés comme des nobles du fait de notre fortune et notre position, mais nous n'en avait que l'allure. Nous vivions reclus, et les relations entretenus avec les autres maisons étaient purement amicales, puisque n'ayant nullement besoin de nos services. Mais, les nobles s'occupaient de leurs affaires, alors que nous, nous nous occupions de celles de la cité. Certes, Marquise en était la maîtresse incontestée, mais elle n'avait pas à ce préoccupée des affaires des petites gens, de la collecte d'impôt, de gérer l'administration... cela était notre tâche, et c'était ce qu'autrefois nous faisions, dans l'ombre, nous taxions afin d'avoir une protection... contre nous. Désormais, nous taxions afin de faire contribuer à l'économie locale.
Bien sûr, la corruption existait toujours, tout comme les pots-de-vin, mais ils étaient sous contrôle. Sans nous, l'économie n'aurait pas une gestion si fluide. Dans ses derniers moments, Baine avait écrit : "Nous sommes les jardiniers de Cemenwin, invisibles présences nous efforçant de faire fleurir roses bordant le palais de cette chère Marquise ; des gens de l'ombre, des présences dispensables mais sans lesquels les jardins paraîtraient moins beau. Et puis, quel meilleur engrais que le sang pour donner des pétales d'un élégant carmin ?..."
Quelques jours plus tard, il avait disparu.


-Excusez cette... ingérence, je crains que ma position ne fasse des envieux... Je suis Auril Loviatar, et c'est avec un immense honneur que je vous remercie de vous être déplacé, duchesse Sherilyn.

Je me levai brusquement, et m'inclinai, sentant en moi une honte certaine me serrer le cœur. Quelle piètre image de ma famille Cyrik avait donné ! Et puis j'étais si insignifiante face à cette duchesse, une Hale... Je commençais à regretter amèrement d'avoir accepter cela de la part de Marquise... je regrettais d'avoir voulu cette entrevue, j'aurai peut-être mieux fait de ne rien changer... quelques perles de sueurs se formèrent sur ma peau d'albâtre, et je retenais tant bien que mal quelques tremblements.
Quelque chose effleura ma robe, à l'arrière de ma cuisse. Phaedra me rappela à la raison ; je commençais à me figer dans cette position, incapable de me répartir de mes angoisses, mais ma suivantes, qui avait l'habitude de cela, avait toujours su, d'un contact, me faire sortir de mes sombres pensées. Je me rassis alors, essayant de ne pas laisser transparaître mon malaise. Mon regard fut attiré par un mouvement, et je remarquais Shaar, la servante qui m'avait averti, qui remettais son élégante chevelure noire en place. Je me tournai alors vers elle, prenant la parole avec douceur.


-Pouvez-vous nous laissez je vous prie ? La duchesse et moi devons discuter en privée. Je réfléchis un instant. Attendez, prenez votre journée Shaar, et allez donc portez tout mes vœux de réussite à Jergal.

-Mon fils sera ravi de savoir que vous le soutenez, ma dame. Elle me sourit, et s'inclina. Je vous remercie. Duchesse Sherilyn.

Elle effectua une nouvelle courbette, et prit congé. Je peux le dire, j'étais assez fière de moi ; j'avais veillé à ce que ce soit Shaar qui accueille notre noble invitée, pour que les problèmes tel que l'intervention intempestive de Cyrik ne prenne aucunement de l'ampleur, et ce fut judicieux. J'avais la chance d'avoir de mon côté une bonne partie des Loviatar ayant comme tâches celles de servir, que je traitais avec un grand respect, ayant moi-même vécu comme une moins que rien...
J'avais contribué à ce que son fils, Jergal, puisse faire des études de scientomagie très poussées, afin de remplacer Cyrik, qui était le seul à pouvoir assumer le rôle d'inspecteur des projets dans lesquels nous avions investis. C'était certes un acte intéressé, mais cela offrait un avenir prometteur à ce garçon, et sa mère m'en était reconnaissante ; c'était à double sens. Et puis, je tenais à ce que chaque Loviatar obtiennent un poste qui reflètent leurs capacités, leur volonté, et que nous ne nous enlisions pas en privilégiant l'hérédité au mérite, car c'est ce que Tallos avait malheureusement commencé à mettre en place, et ce que Cyruk promettait dans mon dos, si d'aventure je n'étais plus là...


-Je suis heureuse que vous soyez enfin là, chère duchesse... Soufflais-je, sans vraiment savoir à quoi devais-je m'attendre...


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Sherilyn Hale
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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Jeu 25 Avr - 22:04

Elle se délecta en sentant sa rage, sa colère. Elle sentit, vit, entendit, son sang palpiter dans sa gorge, la jugulaire à quelques pas d'elle. Sherilyn adorait jouer avec ses repas, mais la plupart de ceux qui lui donnaient leur sang, et bien, ils le lui donnaient, c'était consentis. La Duchesse réprouvait les chasses et les meurtres, pourquoi tuer une proie quand vous pouviez attendre un peu, et vous resservir ? Dunpeal, et comme d'autres vampires, elle appréciait la cuisine raffinée, et la cuisine moins raffinées des bouges où elle dégotait ses amants d'une nuit, elle échangeait le plaisir contre une petite morsure. Les vrais vampires avaient parfois la capacité de faire revenir leur proie, de les rendre dépendantes de la morsure. La plupart des seigneurs vampires de Cemenwin et d'Inwilis avaient leur maisonnée, ils en prenaient soin, les protégeaient, et en retour, ils prélevaient leur dû. Sherilyn entretenait quelques personnes ainsi, prenant soin de jamais les saigner trop souvent, laissant des intervalles suffisamment longue pour sur son donneur s'en remette. Mais là, la rage de Cyrik Loviatar était délicieuse. Elle se demanda quel goût il pouvait avoir, avec ce sang gorgé de cette colère, et le regard glacial de la Duchesse changea, brièvement, lui laissant entrevoir qu'il avait à faire à un prédateur, et que ce dernier ce ferait un plaisir de lui arracher la gorge. Mais la toilette de Sherilyn était trop précieuse pour qu'elle la tâche de sang, c'était là l'inconvénient, le sang restait difficile à nettoyer. Elle se contenta de sourire, et d'incliner le buste lorsqu'il prit congé, rebuté par l'hostilité dont elle avait fait preuve. Sherilyn eut donc tout le loisir d'assister aux remontrances de celle qui devait être Auril Loviatar, celle qu'elle était venue voir. Une frêle jeune fille, même pas une jeune femme, à la peau blafarde, d'une teinte cadavérique, une chevelure noire, et vêtue simplement, mais la coupe mettait parfaitement son jeune corps en valeur. Elle en respirait pourtant pas la joie de vivre, et la noble perçut l'influence de Dämons de là où elle était. Auril était venue accompagnée, une jeune servante, qui ne portait pas la livrée de la maison, ce qui signifiait qu'elle était important aux yeux de sa maîtresse, peut être une amie. Cheveux roux, peau colorée par le soleil, celle là respirait la vie, et son attitude dénotait d'une envie de protéger ou de soutenir sa maîtresse. Sherilyn vit que Auril avait au moins quelques alliés dans sa propre maisonnée, tout comme la servante à la chevelure sombre qui était sortie la prévenir.
Sherilyn remarqua en suite ce qui devait être un garde du corps, un mastodonte, vêtu de plaques, de maille et de cuir, créant un ensemble disparate mais complet. Il émanait de lui agressivité et menace, et la Duchesse comprit bien vite qu'Auril ne devait jamais se déplacer sans au moins un des deux avec elle. Derrière elle, ses serviteurs se raidirent un peu plus, mais voyant l'attitude détendue da la Duchesse, eux-même se détendirent, assistant eux aussi à la déconfiture de Cyrik Loviatar. Celui-ci salua la Duchesse qui se contenta de lever son verre vers lui, le sourire aux lèvres.

Auril Loviatar s'installa, presque silencieusement, discrètement. Sa suivante se plaça à coté d'elle, et son garde du corps à deux pas en retrait, menaçant les deux serviteurs qui se bronchèrent pas. Ces deux là avaient l'habitude des épreuves de force, et ils étaient aussi aptes à se défendre que la Duchesse l'était également. Seulement, Sherilyn n'était pas venue avec l'intention de nuire à Auril, c'était même tout le contraire. Elle attendit donc patiemment, se prenant immédiatement d'affection pour la jeune femme apeurée devant elle. Elle sentait sa nervosité, son appréhension. Sherilyn n'allait pas la manger, mais elle décida de ne pas la brusquer, et de calmer son exubérante spontanéité. Son regard se fit doux sous ses longs cils, et un fin sourire étira ses lèvres carmins. Auril l'observait également, mais Sherylin faisait toujours cet effet sur les autres, avec ou sans vêtements. Son sourire se fit plus large, et son regard redevint sensuel et chaleureux. Elle redevint un instant mortellement sérieuse.

-Celui là chercha toujours à vous faire tomber, vous devriez le tuer, ou l'enfermer, fit-elle d'une voix froide mais détachée, si vous voulez, je connais deux ou trois personnes qui seront ravies de me faire plaisir.

Et soudainement, Auril se releva, s'inclinant devant elle, prise de panique. Elle semblait croire qu'elle avait manqué à l'étiquette. La Hale s'en amusa, mais ne laissa rien transparaitre, si non qu'elle se détendait à nouveau. Elle interpela la servante, pour demander, avant qu'elle ne prenne congé, et elle l'appela "ma chérie", de servir un verre du vin, le blanc sucré et fruité, offert par elle-même et sa majesté, à sa maitresse, et d'apporter le petit plateau de douceurs salées et sucrées qu'elle avait apporté pour déguster avec le vin. La Duchesse se tourna vers "mon chou" le serviteur Sidhe aux cheveux fuchsia et bouclés, et le pria de bien vouloir aller aider cette "petite chérie" à porter tout ça.  Voire même à tout porter, et à la laisser prendre sa journée. Le Sidhe se fendit d'un sourire hilare, s'inclina, et emboita le pas à la servante. La Duchesse se fendit en suite d'un sourire radieux.

-Et moi très heureuse de pouvoir mettre un joli visage sur votre nom ! Et appelez moi Sherylin, ce sera plus simple.

La Duchesse Hale se mit à rire, sentant l'appréhension d'Auril, qui restait tendue comme la corde d'un arc, malgré la sincérité qui confirmait qu'elle était effectivement soulagée de la savoir arrivée.

-Ne vous en faîtes pas, si Morween m'a envoyée ici,  c'est qu'elle vous apprécie. Je n'attend rien d'autre qu'une solide amitié. Et s'il vous plait, ne vous embarrassez pas avec le protocole ou l'étiquette, nous sommes seules...Ou presque, elle désigna les serviteurs qui les entouraient. C'est bon pour les divertissements publiques, mais je crois que vous n'y participez pas beaucoup. Il faudra y remédier, mais ni Morween, sa majesté, ni moi, ne comptons vous jeter au milieu des lions sans un peu de préparation. Telle est ma mission chère Auril.

La porte sur le coté s'ouvrit, laissant entrer son serviteur à la chevelure mousseuse à la couleur de bonbon. Pembe entra avec un plateau chargé de mignardises, élégamment présentées en cercles, dans des petites caissettes de dentelles de couleurs vives, et d'un autre portant un verre et une bouteille. La Duchesse remercia donc "mon chou" lorsqu'il déposa le plateau et déboucha la bouteille, avant de servir un verre à Auril et à Sherilyn qui eut le temps de finir son verre durant son absence.

-Sa majesté vous offre les quelques caisses de vins que j'ai apportées. Le vin vient de mes vignes, une affaire plutôt lucrative. Et j'ai fait préparé par mes cuisiniers ces petites douceurs, j'espère qu'elle vous plairons. Comme je ne connaissais pas vos goûts, j'ai demandé à ce que ce soit aussi varié que possible.

Sherilyn goûta le vin, dont la fraîcheur faisait perler des gouttes d'eau sur l'extérieur du verre. Elle goûta, dégusta, faisant rouler discrètement le vin sous sa langue, et hocha la tête d'un air appréciateur. Une grande cuvée que celui-là.

-J'ai pu discuter avec sa Grâce, et nous sommes tombées d'accord, ce qu'il vous manque le plus chère Auril, ce sont des amitiés. Je vous offre la mienne de bon cœur, et par là même celle de mon frère, bien que celui-ci ne soit guère à Cemenwin en ce moment. Amadeus a toujours préféré se promener sur les sentiers escarpés de l'Eredmorn, l'épée au coté. Je suis chargée de vous introduire dans la haute société. J'imagine que ma réputation me précède, je vous rassure, je ne compte pas vous emmener dans mes équipées sauvages, mais plutôt dans les haut cercles de mes fréquentations. Petit à petit. Avoir des amis fidèles, cela vous épargne parfois quelques tracas. Et ces fidèles amis, eux, peuvent intervenir si vous en avez besoin.

Le sous-entendu était plus qu'explicite. Morween Nil'Dae s'était fait un point d'honneur à ne jamais mettre son nez dans les affaires de grandes familles et maisons nobles ou bourgeoises de Cemenwin. Si Cemenwin était menacée, elle intervenait personnellement, ou par l'intermédiaire des Hale. Et les Hale, dont Sherylin faisait partie, étaient dispensées de toute règle de non-ingérence en cas de besoin. Et les amis des Hale, Vasco et Telrunya, pouvaient aussi se permettre d'aller régler des soucis internes sans que Marquise ait besoin de s'en soucier.
Sherilyn eut l'air d'avoir une idée, et elle sortit de son improbable décolleté, deux lettres cachetées, de petite taille, l'une portait le sceau des Nil'Dae, l'autre des Hale. Elle les posa sur la table devant Auril.

-Elles viennent de Hereward Hale et de Blaithin Nil'Dae. Je suis chargée de vous les transmettre. Je suppose que vous avez déjà rencontrer Hereward, il n'est jamais bien loin de notre souveraine, quand à Blaithin, c'est une délicieuse jeune femme, vous l'apprécierez.

Elle ne mentionna pas que ces deux étranges individus revenaient eux aussi d'entre les morts, et que ni l'un ni l'autre ne seraient probablement pas affectés par le froid mortel que dégageait Auril. C'était Hereward qui avait soufflé l'idée que peut être, Auril avait besoin de s'entourer des quelques personnes qui seraient susceptibles de pouvoir la toucher sans être mortellement atteint.


Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.


Dernière édition par Sherilyn Hale le Lun 8 Juil - 15:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Ven 21 Juin - 18:06

Sherylin me semblait si sûre d'elle, si... féminine, confiante, et exubérante, mais d'une manière très élégante, sans jamais tomber dans trop d'excès. Même si notre famille était de tradition à ne pas se mêler des affaires des autres nobles, hormis celles financières, les rumeurs allaient tout de même bon traits, égayants la vie parfois mornes de certains comptables et servante ; et la duchesse n'allait en conséquence pas être inconnue parmi les Loviatars. Cela était une bonne chose, car le statut de mon invitée avait un certain cachet, mais cela s'accompagnait d'une certaine réputation...
Le rouge me montait au joue, en entendant sa remarque. Joli visage... et puis elle rit. Cela me gêna, mais d'une autre manière, et je sentis mon corps cesser un peu d'être raide... mais le restant quand même un peu. Et puis, le goût divin du vin que j'avais bu en compagnie de Marquise me revint aux papilles, à l'idée de pouvoir y goûter de nouveau, alors qu'elle envoya son serviteur en chercher... mais ses douceurs n'étaient qu'une mise en bouche, avant d'entamer un sujet plus piquant : le rôle que tiendrait, auprès de moi, la duchesse qui me faisait face. Pour me permettre de défendre les intérêts des Loviatars, de liés des amitiés avec les autres familles, chose qui ne pouvait que m'être impossible, à cause de mon aura... et de ma condition... à la tête des miens, pour éviter que ne soit sali la mémoire de mon père... mais je ne méritais pas tout cela, non, ce devrait revenir à mon frère...
Mon cher frère...

Le serviteur de Sherylin me sortit de mes pensées en revenant, et ramenant avec lui une bouteille ainsi qu'un plateau chargé de douceurs, chassant quelque peu la grisaille qui me collait à la peau, en observant le carmin du vin qui glissa dans l'un des verres en cristal au motif hivernal, que j'avais commandé à un souffleur de verre ; un passage obligé, pour s'imposer, que de marquer la maisonnée par son emblème, de préférence en le faisant cohabiter avec celui de l'instigateur de notre noblesse, Baine...
Ma suivante réagit sans que je ne lui en ai donné l'ordre ; pas de vive voix du moins. Elle prit délicatement la coupe entre ses mains, et la porta à mes lèvres, afin que je puisse m'y abreuver. Le goût était sucrée, délicat, et me fit un bien fou... c'était si bon, et réchauffait quelque peu mon corps, quoi que cela ne devait guère s'être remarqué. Je pus ensuite goûter aux petites pâtisseries, encore grâce à Phaedra, qui prit soin de m'aider en les prenant à ma place, pour les porter à ma bouche, les mordants en exposant un bref instant ma dentition carnassière ; pas aussi développée qu'une Dunpeal telle que la duchesse, mais cela démontrait bel et bien mon appartenance à la race des Svart... bien qu'en mon sang coule celui d'une autre race.
Un sang maudit... glacé... touché par la mort...
J'écoutais sagement les dires de Sherylin, à propos des amitiés. Avec Marquise, nous en avions parlé, et j'avais beaucoup réfléchi à ce sujet, mais la bienséance exigea que j'attende qu'elle eut fini. Et qu'elle tire de sa poitrine des enveloppes, me poussant à détourner le regard, gênée. Ce fut Phaedra qui les prit pour moi, évitant de trop m'approcher de Sherylin, et parce que le rouge habillait encore ma peau blanche...
Une fois mon sérieux retrouvé, je consentis, tendue, à prendre la parole.


-Je vous remercie, et accepte volontiers votre amitié, ainsi que celle de votre famille. Ma discussion avec dame Marquise m'a fait me pencher sur les bénéfices que tireraient les Loviatars de telles alliances, et il s'est avéré qu'avoir des relations avec les autres familles pourraient... comment dire... Je dus paraitre particulièrement gênée, ma gorge se nouant sans trouver les bons mots.

-Il faudrait un peu plus de mariages hors de la famille, pour être sûr qu'on ne se retrouve pas avec trop de consanguinité, enchaîna Phaedra à ma place. Avant, les jeunes partaient quelques années en service militaire, pour s'endurcir, et était plus qu'encouragés à se trouver une promise ailleurs que chez leurs cousines. Mais ça ne se fait plus que dans le bas de la hiérarchie, chez les servants et les archivistes. Les huissiers et comptables se sentent supérieurs, et méprisent les non-Loviatars, surtout depuis que Tallos leur à monté le bourrichon avec leur noblesse, pureté, et tutti quanti ; maintenant, les histoires de fesses restent dans la famille. Et puis, les mariages sont bons pour les relations...

-Feu mon père n'aurait pas voulu que ce genre de choses, ajoutais-je. Pas plus que Baine, qui souhaitait que les siens étendent leurs influences et leurs conquêtes ; on dit d'ailleurs qu'il aimait mettre sa rose dans de nombreux vases...

J'éclatais d'un rire clair et cristallin. Je ne sais pas vraiment pourquoi j'avais fait cette vieille blague qui n'avait plus grand sens, mais le sujet me paraissait trop sérieux, trop morne, pour notre invité... sans doute était-ce pour cela oui. Et puis l'anecdote était intéressante. Je repris toutefois avec un ton plus sérieux, joignant mes mains et les serrant entre mes cuisses, me donnant sans doute un air enfantin.

-Je ne veux que le bien de ma famille. Nous avons fini par nous replier sur nous-même, à cause de Tallos principalement, et je pense que j'aurai besoin d'aide... de votre aide, Sherylin. Tout ce qui concerne l'argent je sais y faire, mais... le reste...

Un goût amer me vint en bouche. J'aurai tant voulu que mon frère soi là !... Lui aurait pu devenir un vrai noble, capable de se forger des amitiés, aller en soirée sans que le froid ne gêne les autres invités... il aurait été si remarquable, je n'en doutais pas une seconde. Mais alors qu'elle parlait des méfaits de Tallos, lui revint en mémoire la remarque qu'eut la duchesse à son propos.

-Et, concernant mon cousin, je doute qu'il soit nécessaire que vous le fassiez supprimer, en f-

-Je suis tout à fait apte à défendre ma maîtresse, déclara subitement Phaedra en fusillant Sherylin du regard.

Ma main se posa sur le bras de ma suivante, qui tourna la tête vers moi. Il n'y eut nul besoin d'autre qu'un regard pour que nous ne nous comprenions, et parvenir à la calmer. Malgré une excellente connaissance du protocole, Phaedra était très fière, et n'appréciait que peu que l'on doute de ses capacités, même si ce n'était que supposé, de façon pleinement indirecte et involontaire. Elle m'était totalement dévoué, et son tempérament agressif avait parfois plus d'impact que mon propre rang...


-Ce que je voulais dire, était que nous ne pouvons pas faire disparaître Cyrik tout comme son père a lui aussi... disparu. Il est actuellement le seul de la famille capable d'assumer un rôle important au sein de notre hiérarchie ; et nombre de comptables lui apportent son soutien. Cependant... j'ai pris des dispositions pour lui trouver un remplaçant, et une fois qu'il sera envoyé aux archives... son sort n'inquiétera plus personne.

Ma voix était dure, tranchante. A nouveau la rage grondait en moi, la colère que j'éprouvais envers ce fils de meurtrier, qui essayait de me nuire lui aussi... il risquait fort de détruire notre famille, et je leur devais bien cela, me battre pour que les efforts de mes ancêtres ne soient pas vain... j'avais parfois l'impression que les yeux de Baine me regardaient au travers les tableaux de lui que l'on pouvait trouver, en notre manoir. Son air à la fois torve et séduisant, braqué sur moi, jugeant mes actes sans rien laisser transparaître de son ressenti... tel semblait être mon ancêtre, alors que je croisais son image, et je sentais la charge, le devoir qui reposait sur mes épaules... alors que je n'en étais pas digne...


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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Lun 8 Juil - 15:21

La Duchesse reposa délicatement son verre, le vin blanc frai continuait de faire perler la surface du verre. Une mignardise salée entre ses doigts délicats, elle la porta à ses lèvres pulpeuses et carmins, la glissant sensuellement dans sa bouche. Les mignardises étaient faites pour être consommée en une bouchée. C'était terriblement inélégant d'avoir à croquer, notamment lorsque cela pouvait s'avérer une opération délicate. La mousse de fromage au basilic éclata sur sa langue, libérant ses saveurs. Sherilyn continua d'écouter Auril, qui fut subitement coupée par sa servante lorsqu'elle aborda un sujet qui semblait la gêner. Sherilyn avait vu juste en ce qui concernant la servante, qui était plus une suivante qu'une domestique. La fille avait un tempérament de feu, à l'image de la couleur chatoyante et vibrante de sa chevelure. Les yeux pâles de la Duchesse se posèrent donc sur la jeune femme. Un regard curieux, analytique, qui disparut en un battement cils, accompagné d'un sourire en coin qui disparut lui aussi, derrière une nouvelle gorgée de vin sucré.

-Je comprend tout à fait votre position en ce qui concerne le mariage. Nous autres, Hale, n'avons pas ce problème, notre famille est bien assez large. Cependant, les Hale ont toujours été libre de se marier avec la personne de leur choix. Une tradition familiale datant de l'époque où les Hale n'étaient qu'un clan sanguinaire dans la vallée de Mokosh. Mes ancêtres chevauchaient, et prenaient ce qui leur plaisait.

Auril ignorait à quel point elle avait raison en ce qui concernait l'illustre fondateur de la noblesse des Loviatar. Cet homme venant de la plus basse engeance, qui s'était vu anobli et qui avait juré loyauté à Morween Nil'Dae lorsqu'elle avait entreprit, cinquante ans auparavant de construire ce qui était aujourd'hui Cemenwin. Un air de malice passa sur le visage de Sherilyn, qui eut un large sourire.

-Oh ce ne sont pas que des on dit, Baine était un vrai séducteur. Après chaque nuit, chaque aube nouvelle apportait son lot de discussions enflammées. Les dames de la cour raffolaient de sa présence. Quel dommage que Dämons ait réclamé son dû si vite.

Sherilyn était toute jeune à l'époque pour une Dunpeal, à peine une trentaine d'années. Il y a cinquante ans de cela Cemenwin avait été bâtie par la force et la volonté de Marquise, soutenue par des Hale désireux de retrouver leur prestige, épaulée par les Vasco, eux aussi une famille de guerriers impitoyables vivant dans l'Eredmorn et harcelant Rougeaiguille, la petite ville. Et les Telrunya dont l'influence commerciales équivalaient à celle des Ælfwine de Cyriaca. Alors évidement, quand Baine avait finalement été anobli, après un jeu de cache cache avec les autorités qui avait duré pendant des années, autant dire qu'il avait été le centre de toutes les conversations. Et sa tendance naturelle à aller butiner les fleurs qui lui plaisaient n'avait fait qu'ajouter à la légende. A présent âgée de quatre vingt six ans, Sherilyn Hale regrettait certainement un aussi joyeux compagnon, elle-même ayant des mœurs sujets à discussion.

-Ne vous en faites pas, le reste s'apprend. Je compte mener à bien la tâche que sa majesté m'a confiée. Et si cela vous est bénéfique, j'en suis plus que ravie.
La Duchesse s'apprêtait à boire de nouveau, levant un sourcil quand Auril mentionna son cousin. La suivante explosa, dans une démonstration d'affection et de loyauté tout à fait délicieuse. Ce qui ne manqua pas de faire rire à gorge déployée la Duchesse.

-Je ne doute absolument pas de votre loyauté envers votre maîtresse, ni de vos capacités jeune fille. Et vous avez de la chance que je ne sois pas guindée, ni même très à cheval sur les traditions, le rang, le protocole et toutes ses ennuyeuses balivernes, mais un autre que moi aurait pu s'offusquer d'un tel comportement. Je crois que comme votre maîtresse, vous avez bien besoin de quelques leçons qui vont éviterons ce genre d'esclandres en publique. Car ce n'est pas un tel comportement qui vous permettra de nouer les liens qu'il manque au Loviatar. J'ai cru comprendre que vous aviez eu le même comportement face à sa Majesté, ce qui est une véritable offense. Vous avez eu de la chance que notre bien aimée souveraine soit compréhensive et magnanime, au quel cas, vous pourriez déjà dans ses geôles.

Sherilyn marqua une pause, le temps de voir si elle s'était bien fait comprendre. La suivante ne pouvait en aucun cas se permettre ce genre de comportement en présence de gens de haute noblesse. Et elle serait amenée à en côtoyer, surtout si sa maîtresse entrait dans le cercle d'amis de la Duchesse. Quand à une apparition à la cour, la moindre offense pouvait se solder par un duel, voir par un meurtre. Tout comme Tallos Loviatar avait mystérieusement disparu, d'autres personnes étaient retrouvées gorges ouvertes ou la langue noircie par le poison. Les petites chamailleries des familles influentes de Cemenwin pouvaient s’avérer fatales. Ses chamailleries étaient tolérées tant qu'elles ne mettaient pas Cemenwin en péril, ou bien la souveraineté de Morween Nil'Dae en danger. La Souveraine avait bâti son royaume autant grâce à son intelligence, sa créativité et son dynamisme, que grâce à sa force et à sa promptitude à réagir face à la menace. Aucune menace, aucun manquement n'était longtemps toléré.

-Quand à votre cousin, quelle que soit sa place, ce genre d'individu ne s'arrête jamais. Mais je sais que vous êtes capable de vous en occuper, puisque vous avez vous-même réglé votre différent avec feu Tallos Loviatar. Seulement, cela paraîtra assez étrange si votre cousin disparaissait aussi mystérieusement que son père. Ma proposition tient donc toujours, libre à vous de l'accepter quand vous voudrez. Car après tout, ne suis-je pas là pour vous apprendre à vous servir de vos relations ?

La Duchesse eut un petit rire de gorge, songeant que la requête de sa souveraine se révélait plus intéressante que le postulat de départ. La Duchesse avait dit oui par amitié, par loyauté envers sa souveraine, mais aussi par curiosité. Sans compter que les deux lettres cachetées qu'elle venait de donner à Auril Loviatar n'étaient pas sans importance, puisque les deux personnages qui les avaient signé étaient plus proches de Morween Nil'Dae que n'importe qui d'autres en matière de relation familiale.

-Et je tiens également à vous rassurer, je ne séjournerai pas chez vous, après tout, ma propre demeure se situe en ville également, ce serait un comble que je n'en profite pas. Et il vous faudra apprendre à sortir de la sphère ô combien privée et fermée des Loviatar. Votre manoir constitue pour l'instant votre monde, et il sera bon d'élargir votre horizon.



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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Lun 22 Juil - 20:46

Quel soulagement, que savoir que les intérêts que je souhaitais défendre était bel et bien légitime. J'avais eu l'occasion d'entendre le baratin de Cyrik, qui avait malheureusement quelque chose d'assez convaincant je me devais de l'avouer. Mais Aussi bon soit-il, un poison reste un poison, et mon cousin devait être le pire serpent qui se tapisse dans le nid de vipères qu'était devenu ma famille...
Mais désormais, j'avais quelque part la certitude que ma cause était juste, que je ne défendais pas ces valeurs pour rien. Notre famille ne devait pas laisser son sang s'appauvrir à cause d'une consanguinité stérile. Non, de nouvelles alliances pourraient être forgées dans le sang et l'union, comme l'aurait sans aucun doute souhaité mon illustre ancêtre.

D'ailleurs, Sherilyn ne pouvait pas dire plus juste à son sujet, lui qui avait fait connaître aux Loviatars les hautes sphères de la noblesse, pas seulement grâce leur rôle et leur compétence, mais aussi, et surtout, par à son charme, et son attitude à la fois noble et délurée. Ce fut un excentrique qui possédait cependant de très bonne manière, et ses quelques lubies, telles que son adoration pour les roses et ses multiples aventures, étaient contrebalancée par sa charmante personnalité.
A l'évocation de sa mort, un frisson me parcourut. C'était ce qu'avait déclaré notre famille, du moins qu'il avait disparu ; car on ne savait pas vraiment ce qui était advenu de lui. Il avait laissé derrière lui trois enfants, nés de sa compagne. Mon père, mon oncle, et ma tante... et l'on a plus eu aucune trace de lui. Cela n'était pas surprenant de le voir disparaître quelques jours, voir un peu plus d'une semaine, mais Baine avait disparu, n'ayant rien emporté de plus que les vêtements qu'il portait.
Qu'il disparaisse dans la nuit, sans prévenir, et finisse par mourir dans l'anonymat le plus total, sans doute éventré dans un fossé et étalé dans son vomi, était la mort la plus cohérente qu'aurait pu avoir Baine au vu de la vie qu'il avait eu. Même si ça volonté aurait sans doute été que son cadavre fraîchement assassiné serve d'engrais à un rosier.

Quand fut abordé le sujet de ma suivante, je n'eus rien à dire. Phaedra était ainsi, aussi sauvage et indomptable, que délicate et d'un raffinement surprenant. Elle n'eut aucune réaction à la remarque qu'avait fait la duchesse, et je fus surpris d'entendre que Marquise eut trouvé à redire à son comportement, alors que je n'avais rien remarqué. Cela mériterais quelques explications, mais en privé. Pour l'instant, je jetais en coin un regard à ma suivante, espérant qu'elle ne s'emporte pas, autant en l'entendant rire qu'au vu de ce que Sherilyn venait de lui dire. Mais ce ne fut pas le cas, fort heureusement.
Pourtant elle faisait des efforts, pour se tempérer, mais elle était trop à cheval sur l'honneur ; et puis je trouvais cela rassurant, dans le fond, qu'elle soit toujours prête à me défendre, à me bousculer un peu lorsque c'était nécessaire. Sa présence était réconfortante, et son aide infiniment précieuse.


-Vous pensez bien, chère Sherilyn, que je ne commettrais pas l'erreur de faire en sorte que Cyrik soit... digéré comme l'eut été son père. Non, sans doute sera-t-il frustré d'avoir été "remercié", et il aurait été tenté, par pur désespoir, de chercher dans les archives interdites, et ce, malgré que tout le monde sache qu'elles sont piégés...

Ce fut prononcé de façon détaché, comme si c'était un fait des plus anodin. Mais il léger sourire se dessina au coin de mes lèvres, et je vis du coin de l'œil ma suivante arborer un sourire carnassier. Cependant, j'eus une quinte de toux élégante, afin de signifier que le sujet était clos.

-Je laisserais tout de même une chambre à votre disposition, c'est là la moindre des politesse. Je me raclais la gorge, visiblement mal à l'aise. Veuillez m'excuser, tout ça est si... étrange pour moi. J'espère ne pas vous donner une trop mauvaise image de notre maison ; ces temps sont troubles pour nous...


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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Dim 4 Aoû - 23:29

Sherilyn reposa délicatement son verre vide, et croisa ses mains, les posant sur ses cuisses moulées dans sa robe. Penchant légèrement la tête sur le coté, ce qui eut pour effet d'agiter ses boucles noires et brillantes, de faire teinter les perles qui tenaient sa coiffure, la Duchesse eut une expression très douce, un sourire tendre sur les lèvres. Elle avait devant elle une femme qui n'en était pas encore tout à fait une, ayant l'air brave, faisant tout pour être à la hauteur, qui avait toujours dû se battre pour survivre, et qui semblait si fragile. Auril, et sur ce point Marquise avait vu juste, avait besoin qu'on la mette en confiance, et elle avait aussi besoin de s'apprivoiser elle-même, et d'apprendre à se faire confiance. Sherilyn savait que cela demanderait du temps, peut être autant que de faire sortir Auril de son manoir.

-Je comprend pourquoi Marquise vous apprécie, fit doucement la Dunpeal avant de reprendre plus fermement, vous avez quelque points communs. Notre souveraine était comme vous, elle s'est battue pour obtenir et construire tout ce qui est et fait Cemenwin aujourd'hui. Rassurez-vous Auril, ne nous vous demanderons pas de bâtir une citée, mais d'être au moins aussi influente que votre illustre ancêtre. Et cela commence par vous montrer plus souvent en public. Sortir de votre manoir. J'apprécie que vous mettiez une chambre à ma disposition, mais je ne puis l'utiliser. Mon but est de vous faire sortir de votre tanière. Ce faisant, d'autres Loviatar auront peut-être l'idée de mettre le nez dehors. Le monde offre tellement de possibilités...

En voyant la tête la jeune femme, Sherilyn éclata de rire.

-Là aussi je vous rassure, je ne vous entrainerais pas dans toutes mes escapades, seulement celles qui pourront vous être utile. Il faudra simplement me préciser vos objectifs, ce que vous voulez accomplir. Certes, vous manquez de soutiens, même si je vois que vous êtes tout de même bien entourée, vous avez besoin de vous ouvrir aux autres, sans que votre particularité ne vous handicape. Là aussi, nous trouverons le moyen de vous mette à l'aise. Vous surmonterez ces épreuves.  Les Hale aussi ont connu des temps troublés. Il n'y a pas si longtemps, certains d'entre nous étaient enfermés dans les geôles de Chyrrlion Kaliciar, avant que notre souveraine ne nous en délivre. Et nous ne sommes pas restés inactifs, certains se sont distingués, comme vous le ferez. Je n'en doute pas.


La Duchesse marqua une pause, réfléchissant un instant.

-Évidemment, avant de vous rendre dans les soirées mondaines, il faudra que je joue mon rôle, et que je vous enseigne les dernières manières à adopter. Et surtout très chère, il vous faudra être à la dernière mode, tout gardant votre propres styles. Mais nous verrons cela en temps utile. J'aimerai, si cela ne vous dérange pas, profiter de votre temps, si rien en requiert votre attention immédiatement, visiter ce charmant manoir. Croyez bien que vous aurez droit à une visite de mon hôtel particulier en ville, et que ma porte vous est ouverte.

En parlant, Sherilyn avait ouvert les bras dans un geste de bienvenue. La Duchesse était plutôt excitée par cette "mission" que lui avait confiée sa souveraine. Elle avait la possibilité de se distraire, et les prochaines semaines et futures entrevues avec Auril et Phaedra promettaient d'être pleines de surprises. Tout cela plaisait à la Hale, dont l'excentricité était aussi un sujet de conversation.


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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Jeu 5 Déc - 12:08

Avec un nouveau rougissement, mon regard coula sur le côté, alors que Sherilyn me parlait de devoir sortir, et plus encore quand elle fit référence à ses folles escapades, bien qu'elle assurait ne pas m'y faire prendre part ; seulement, j'en avais entendu parler, comme beaucoup ici, rumeurs rapportées par les servantes qui avaient liens avec l'extérieur. Car contrairement à ce que pensait Sherilyn, il y avait bel et bien des Loviatar qui avaient contacts avec l'extérieur ; mais je voyait bien qu'elle parlait de contact mondain, à propos des comptables, et que les servants qui allaient faire des achats afin de veiller au confort du manoir n'entraient pas vraiment en ligne de compte.
Pourtant, je les aimais beaucoup, eux au moins m'étaient fidèles, et ne cherchaient pas à usurper ma place. Quelque part, ils étaient content de leur sort, ils formaient une vraie famille, qui ne partageaient presque plus de lien avec les comptables et les huissiers, imbus de leurs rangs sociables, méprisant les castes inférieures. Pourtant, la génération qui les précédait pour la plupart, leurs parents, avaient été de simples coupe-jarrets, des extorqueurs des bas-fonds. Ils oubliaient leurs origines, et à ce titre, les servants semblaient à mes yeux bien plus nobles, de part leur humilité. J'avais parfois envie de faire enfermer tout ces intrigants, qui me rappelait par moment cet odieux traître qui fit abattre mon père, et plus que tout son fils qui lui ressemblait tant...

A l'évocation de la cour et de la mode, je ne me sentis pas très bien. Phaedra eut un sourire en coin, et étouffa un léger rire en le faisant passer pour un raclement de gorge ; ma suivante insistait beaucoup pour que je me pare d'atours qui me mettraient en valeur, ce que je refusais. Elle était à présent satisfaite que je ne puisse plus y échapper. Mais cela fut bien vite oublié, alors que la Duchesse me demandait de pouvoir visiter le manoir.


-Je crains que notre humble manoir ne vous déçoive quelque peu, il n'y a que peu de choses à voir... sans compter que certaines parties du manoir sont interdites au étranger... Je me redressais brusquement, crispée et quelque peu paniquée. Surtout ne le prenez pas mal ! Il s'agit des différentes archives comptables... elles sont gardées, régulièrement vérifiées, et pour certaines piégés, afin que personne ne tente de falsifier leur contenu...

-Cependant... nous serons enchantés de vous faire visiter le reste de la maisonnée, chère Duchesse, ajouta Phaedra avec un grand sourire.

Cette intervention de ma suivante me soulagea quelque peu, et je pus me lever pour inviter avec un sourire un peu crispé mes visiteurs à sortir. Arrhel se dirigea d'un pas lourd vers la porte et la tint ouverte, avec une galanterie quelque peu rigide. Nous nous retrouvâmes alors de nouveau dans la grande salle, mais nous n'étions plus seuls. En effet, un groupe d'huissiers venaient de rentrer d'une inspection surprise, et semblaient avoir recensé une irrégularité, à en juger par le coffre qu'ils ramenaient avec eux.
Ils étaient quatre, trois huissiers et un comptable. Ce dernier épousseta sa veste en queue de pie et son pantalon noire lui donnant une allure de croque-mort, accentué par sa minceur ; ceci dit, la coupe était parfaite, et le rendait assez élégant. Il replaça d'un geste expert ses lunettes sur son nez fin, et l'éclat pourpre de ses iris fusilla Sherilyn comme si elle n'avait pas sa place en ces lieux. Les huissiers eux, n'avaient pas l'allure aussi sèche que leur camarade, leur fonction nécessitant des arguments un peu plus persuasifs que des chiffres. Et cela se jouait sur leur carrure, témoignant d'une force physique probablement conséquente, même s'ils n'étaient pas au niveau de guerriers Maëldanais, on pouvait craindre des huissiers Loviatars une farouche résistance.
L'armure y était aussi pour quelque chose, la chemise de mailles rutilantes, contrastant sous le cuir noir des épaulières, dont des lanières se croisaient et formaient autour de la taille une épaisse ceinture où se trouvaient leurs armes, épées et gourdins, ainsi que plusieurs bourses. Si l'on venait à tenter de voler l'une d'elles, un gantelet remontant à mi-bras garnie de pointe s'abattrait sur le malheureux, qui serait alors puni par les huissiers ; car nul ne vole un des nôtres sans en payer le prix...
Le sergent de la petite escouade, en me voyant, frappa de la main gauche le symbole cousu sur le cuir, au niveau du torse, là où se croisait le cuire ; mon emblème, un flocon de neige. Ses deux acolytes, de leurs mains libres, firent de même, tandis que le comptable m'adressa un signe de tête respectueux.


-Dame Sherilyn, je vous présente l'une de nos charmantes équipes chargées de veiller à ce que les étals et vendeurs à la sauvette soient en règle, et prendre les mesures quand cela s'avère nécessaire...

-En général nous attendons qu'ils aient fait quelques affaires avant de les cueillir, précisa le sergent, il serait malvenu de décourager ce genre de commerce... quand les saisies reviennent à la ville.

Il gratifia sa petite explication d'un clin d'œil à Sherilyn, avant de claquer des doigts pour que ses deux subordonnés comprennent qu'ils devaient continuer sans lui. Les deux mains sur les hanches, il dévisagea avec un sourire en coin Sherilyn, puis ses deux suivants, avant de reporter son attention sur moi.

-Vous auriez du préciser au Capitaine Kossuth que votre invitée aurait des gardes du corps ; il nous a demandé de rentrer plus tôt pour veiller sur vous, chère Duchesse, ajouta-t-il sur le ton de la confidence, mais il aurait plutôt du nous mettre en garde contre votre redoutable charme...

Ma main se plaqua contre ma bouche, et mes yeux s'écarquillèrent alors que je voyais le sergent offrir un sourire à Sherilyn. Fort heureusement, le comptable à ses côtés se racla la gorge, et donna un coup de coude au soldat pour lui signifier d'arrêter ses simagrées. Ce dernier roula des yeux en soupirant.

-Je crains que le devoir m'appelle. Chère Duchesse, dame Auril, si vous avez besoin de moi, demandez le sergent Baal.

Après une courbette, il prit la direction de l'aile Est, suivit par le comptable, qui se pencha légèrement en avant, en guise de salut. Replaçant ses lunettes, il fit claquer sa queue de pie, et s'en alla prestement vers l'aile Ouest en serrant contre lui la tablette sur laquelle était attachées ses feuilles. Tendue, je regardais les deux membres de la famille partir, ne sachant pas vraiment que dire après ça. Bhaal se retourna brièvement, faisant un nouveau clin d'œil à l'attention de Sherilyn, ce qui me fit sursauter...


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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Jeu 19 Déc - 17:31

Les lèvres ourlées de rouge de Sherilyn s'étirèrent un nouveau sourire, amusé. La réaction de Phaedra n'était pas passée inaperçue, lorsqu'elle avait mentionné le fait qu'Auril se devrait d'être à la dernière mode. Ce point devait être sujet à discussion entre la Dame et sa suivante. Puis, alors qu'elle demandait à visiter le Manoir, histoire connaître au moins un peu, le lieu où elle risquait de mettre les pieds assez souvent dorénavant, la Duchesse eut droit à une réaction qu'elle n'avait pas prévu. Fort heureusement pour Auril, qui semblait affolée à l'idée que Sherilyn se promène partout, sans y avoir été invitée, Phaedra rectifia le tire pour sa maîtresse, ce qui conforta Sherilyn dans l'idée que ses leçons ne profiteraient pas seulement à la Dame des Loviatar, mais aussi à sa suivante, sur qui elle semblait se reposer pour de nombreuse chose. Peut-être alors, que Phaedra devrait elle aussi, subir quelques transformations vestimentaires, et quelques leçons d'étiquettes, afin qu'elle puisse sa maîtresse, tout en sachant garder son rang, ce qui éviterait quelques incidents, du genre de menacer la souveraine de Cemenwin à demi-mot...
Sherilyn sourit sincèrement à Phaedra, puis rassura Auril :

-Cela me convient parfaitement, loin de moi l'idée d'aller fourrer mon nez là où je ne devrais pas. Il en ira de même pour moi, car si les portes de ma demeure vous sont ouvertes, il y a quelques pièces où je vous déconseillerai d'entrer. Bien que ma position chez les Hale, n'implique guère de secrets qui tiennent sur du papier, contrairement à votre famille. Mais ce qui se passe chez les Loviatar ne me regarde en rien, sauf si cela vous concerne. Croyez bien chère Auril, que je m'en tiendrais aux pièces qui me seront autorisées.

La Duchesse s'était levée, tout en parlant, pour emboiter le pas à son hôtesse. Ses deux valets la suivirent, Pembe, le Sidhe à la chevelure fuchsia et à la peau claire, et un Draemorog à la peau  d'un brun-rouge sombre et à la chevelure noire. Leurs livrées étaient noir et or, parfaitement coupées, pour ne gêner leurs mouvements. A première vue, les deux valets de la Duchesse n'étaient pas armés, pas plus qu'elle. Mais à Cemenwin, les apparences pouvaient parfois s'avérer trompeuses. Cependant, Sherilyn n'ayant pas eut de doute quand aux intentions de son hôtesse, elle n'avait pas besoin d'être méfiante, ni même d'être sur le pied de guerre. Après tout, elle n'était pas faite pour cela, pour ce genre d'activité. Son frère, Malganth, était le militaire, pas elle. Elle, elle était l'extravagante mécène. Ce qui ne l'empêchait pas d'être redoutable, et au besoin, de faire preuve de quelques manquements à l'élégance et à l'attitude que devrait avoir une dame.

-Et si vous saviez, reprit-elle, le nombre de fois où l'on a pu me dire : mais très chère, il n'y a rien à y voir. Alors que pour moi, c'était là tout le contraire. Et chère Auril, si ma mission consiste à faire de vous une mondaine, du moins lorsque les circonstances l'exige, votre demeure, devra au moins avoir une ou deux pièces aussi grandiose que la pièce que nous venons de quitter. Peut-être un salon. Et là encore, il vous faudra un mobilier à la pointe de la mode, ou en tout cas, indémodable, si changer les meubles à chaque saison ne vous plaît guère.

La Duchesse s'interrompit alors qu'entraient une compagnie qu'on ne pouvait voir qu'entre ses murs, ou bien en train de harceler quelque brave citoyen de Cemenwin, quand à une créance ou un impôt impayé. Quatre hommes, dont trois ayant l'air de guerriers, et le quatrième, sans le plus redoutable, ayant l'air d'un vautour. En tout cas aux yeux de la Hale, qui se fendit de son plus beau sourire, lorsque le Vautour la foudroya du regard. Elle nota qu'il ne s'était pas incliné pour saluer Auril, et encore moins pour la saluer elle, malgré sa noblesse et son rang supérieur. La Duchesse choisit de s'en amuser, et de se montrer gracieuse. Elle papillonna des yeux feignant de ne pas avoir vu l'hostilité dans le regard du grand échalas tout sec. Les hommes en arme furent les premiers à saluer leur Dame, à la mode Cemenwinites, bien que le salut de la légion se fasse avec le poing droit sur le cœur, et que les Loviatar aient leur propre variante. Le Vautour se fendit d'un hochement de tête. Sherilyn observa, curieuse, le quatuor, dont deux membres avaient les mains occupées par un coffre, dont le contenu ne laissait aucun doute.

Auril, et décidément songea-telle était vraiment charmante, fit les présentations, et Sherilyn salua donc, en réponse à leur présentation, le quatuor d'un légère révérence, avec un sourire aussi gracieux que le sourire qu'elle avait offert au Vautour. Le chef des hommes en arme se permit une explication supplémentaire, la gratifiant d'un clin d’œil. Son sourire se fit moins gracieux, passant à un sourire d'amusement, tandis que ses yeux se plissaient légèrement. Derrière elle, ses deux valets ne se raidirent pas, habitués à ce qu'on parle de la sorte à la Duchesse, dont les quelques aventures avaient vite fait de choquer la moins prude des prostituées de Cemenwin. Puis le sergent continua sur sa lancée, et visiblement, celui-ci était très au fait de ce qu'on racontait sur elle. Cette fois, la curiosité et autre chose se mêlèrent à son amusement, et Sherilyn se dit que finalement, cette mission confiée par sa souveraine aurait quelques avantages. L'homme d'arme se prit un coup de coude, lui signifiant qu'il en faisait sans doute trop. Il prit alors congé, avec son camarade Vautour, sous le regard médusé et toujours choqué de Auril, qui semblait peu habituée à ce genre de démonstration. Sherilyn s'inclina alors, plus que de raison face à ces deux individus de moindre rang, offrant une vue imprenable sur son décolleté de marbre blanc au sergent, qui semblait apprécier ce qu'il voyait.

-Je ne manquerai pas de faire appel à vous sergent Bhaal, et elle fit trainer son nom dans sa bouche avant d'ajouter, si le besoin s'en fait sentir.

Elle le regarda partir, et salua le comptable d'un hochement de tête, faisant teinter les bijoux dans ses cheveux et onduler ses boucles noir de jais. Et elle reçut un nouveau clin d'oeil. Elle en fut quelque peu surprise, ne s'attendant pas à autant d'audace. Son rire de gorge chaud et sensuel emplit alors la pièce, alors qu'elle voyait enfin la tête d'Auril, qui semblait profondément choquée. Elle riait autant de l'audace de ce charmant sergent Bhaal que de la tête d'Auril. La pauvre enfant n'avait pas fini d'en entendre en à la présence de la Duchesse. Et le sergent Bhaal avait été courtois, contrairement à d'autres. Les yeux rivés sur la porte qui venait de se refermer, elle continua de sourire, son rire mourant alors sur ses lèvres.

-Je ne m'attendais pas à autant d'audace de la part d'un Loviatar. Quoi que j'aurais dû, Baine était de ce genre là.

Elle se tourna alors vers Auril, penchant la tête sur le coté, prenant un air désolé :

-J'ai bien peur que vous n'entendiez ce genre de choses plus souvent en ma présence. Quoi que votre sergent ait été tout à fait charmant, vraiment. Oh, ne lui en tenez pas rigueur, ce serait dommage de vous priver d'un tel homme.

Et de me priver d'autres échanges comme celui-là lors d'une prochaine visite, songea la Duchesse. Elle trouvait ça follement amusant, quand son rang, ce qu'elle était, ne semblait en rien influer sur ses interlocuteurs.

- Bien ! Et si nous continuions après cet intermède fort distrayant ?


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Auril
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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Dim 20 Juil - 9:34

Les paroles de Sherilyn me rassurèrent, mais je ne me sentais pas moins gênée pour autant. Ce genre de choses ne me mettait pas à l'aise, toutes ces... familiarités... j'avais envie de retrouver mon bureau et mes chiffres, plutôt que de craindre que mon invitée ne finisse par s'offenser pour quelque chose que j'aurais pu accidentellement faire... Mais Phaedra remarqua mon trouble et se tint à mes côtés, souriante. Heureusement qu'elle était là pour m'épauler. Un sourire quelque peu gêné s'épanouissait sur mon visage, alors que la duchesse nous enjoignait de poursuivre la visite, ce qui je l'espérais ferait quelque peu se dissiper mon mal-être.

-Nous commencerons par l'aile ouest, qui ne présente guère d'intérêt ; comme ça ce sera fait, et nous passerons à l'autre aile qui sera plus à votre goût ; feu Baine n'avait pas que ce petit salon pour les réceptions et cette entrée. Vous apprécierez sans doute la salle de bal et le jardin. Et il ne sera pas nécessaire de suivre la mode en matière de mobilier : mon aïeul avait beaucoup de goût comme vous avez pu le constater, et comme vous le constaterez à nouveau.

Nous nous mîmes en marche et je renvoyais d'un geste discret Arhell, dont la présence serait superflu pour une visite du manoir, avant que nous empruntâmes l'ouverture qui donnait sur l'aile ouest. Un long couloir s'ouvrit alors, donnant sur une volée de porte à notre gauche, et une large baie vitrée sur la droite donnant sur le grand jardin qu'affectionnait tant mon grand-père. Il n'y avait que des rosiers, offrant des buissons verts parsemés de multiples couleurs : rouge, rose, bleu, jaune, blanches... organisés avec goût, et entretenus avec soin. Le sol était dallé et l'on pouvait imaginer la senteur des fleurs.

-Baine aimait énormément les fleurs... je toussais, me reprenant. A notre gauche se trouve les salles où les comptables travaillent. Ils inspectent les factures et déclarations de chaque commerçants et familles nobles qui n'ont pas de structure administrative comme les grandes maisons, et vérifient le travail des comptables des familles qui peuvent s'en offrir ; sauf celles qui ont toute la confiance de sa Majesté. Ils estiment les dépenses, leur utilité, le montant des taxes qui seront prélevés en conséquences...

Je me figeais légèrement alors que Phaedra m'effleurait le bras. Sans doute m'étais-je un peu emportée... je me ravisais, souriante. Nous avions progressé sur le tapis rouge le long du couloir, parlant de notre travail alors que cela ne passionnait peut-être pas la duchesse. J'ai un petit rire nerveux, avant de désigner la porte noire la plus proche, qui se détachait sur les murs d'un blanc lumineux.

-Quoi qu'il en soit le travail effectué derrière ces portes nécessite beaucoup de concentration. Un sort de silence les protège, et les vitres sont magiquement teinté pour que seule la lumière passe. Ces pièces font parties de celles que je vous prierais de ne pas visiter. Il serait plus juste de dire que vous pouvez circuler dans cette aile mais sans pouvoir entrer dans une seule pièce ; au-dessus se trouve les chambres des comptables et huissiers gradés, et je doute que cela vous intéresse aussi.

Bien que je pensais le contraire, pour les chambres. Et cela me gênait... je ne devais pas avoir pareille pensée à l'égard de mon invitée. Ce n'était pas convenable. Heureusement nous débauchâmes vite sur la pièce qui se trouvait au bout de ce long couloir : le réfectoire. à notre gauche un escalier en bois donnait sur les chambres, à l'étage, et le reste de la pièce était très sommaire. Haute de plafond, cette pièce avait de longues tables pourvus de bancs, et plusieurs vaisseliers alignés contre les murs auxquels étaient suspendus quelques tableaux et mes armoiries.
Au fond de la pièce se trouvait une tapisserie sur laquelle était brodée l'histoire des Loviatars. Notre histoire. Mais je m'attardais surtout sur la pièce, qui bien que simple revêtait une certaine sobriété qui témoignait d'un certain luxe : les tables et bancs étaient en bois sombre, vernis et à peine usés malgré les repas répétés effectués ces dernières décennies. Les vaisseliers étaient fait du même bois, en plus d'être sculptés de motifs floraux, de roses enchevêtrés ici et là, ajoutant une touche élégante sans être envahissants. La vaisselle à l'intérieur était composées de couverts en argent, de porcelaine blanche aux motifs noirs et rouges ainsi que verres gravés de flocons de neige, que j'avais fait gravés pour y apporter ma marque. C'était ma vaisselle, après tout.


-Ceci est le réfectoire à usage de notre famille, hormis les servants qui ont leur propre salle adjacente aux cuisines. Le mobilier date de feu Baine, qui l'avait fait faire sur mesure. Les tableaux représente des membres de notre famille, peints lorsqu'elle acquit ses lettres de noblesse en soutenant notre Marquise bien-aimée. Au fond...

Nous approchâmes alors du fond de la salle, et Sherilyn ainsi que ses suivants purent voir sous la tapisserie un escalier s'ouvrir dans le sol, descendant le long du mur et tournant au coin vers les profondeurs souterraines du manoir. Il se trouvait en face d'une petite porte discrète donnant sur la pièce adjacente.

-... se trouve une commande particulière de feu mon illustre aïeul. Ces figures à cheval sur le côté gauche sont nos ancêtres, lorsqu'ils n'étaient encore que des bandits de grand chemin, avant même la fondation de notre cité. Ceux à leur côtés, à pieds et menaçant des hommes qu'ils assassinent, sont nos parents plus contemporain, alors que nous vivons dans l'ombre, à Cemenwin. Et puis au centre, vous aurez reconnu Baine, fier, une rose à la main, son fidèle wakizashi à la main. Et sur la droite, comptables et huissiers, tel que nous les avons toujours de nos jours.

Quelqu'un nous observait, mais je ne m'en rendis pas immédiatement compte. Appuyé sur la balustrade du petit balcon qui donnait accès au chambre et surplombait la pièce, deux comptables nous regardaient, intrigués. Un regard qui se voulait menaçant suffit à les faire déguerpir, avant que je ne suggère à mes invités de continuer en empruntant la petite porte qui donna accès à l'une des pièces que j'affectionnais le plus : la salle de bal.
Immense, la grande baie vitrée donnant sur le jardin offrait une vue splendide et une grande luminosité. A l'opposé se trouvait une petite estrade où l'on pouvait voir un clavecin, derrière lequel était suspendu des bannières à la rose encadrant un grand vitrail montrant Baine et sa femme, Shar, dansant ensemble. Les autres murs étaient recouverts de tentures dans des tons rouges, pourpres est noirs, au pieds desquels étaient disposés des divans confortables aux coussins des plus moelleux.


-Je pense que c'est ce genre de salle que vous vouliez voir. Derrière les tentures, au fond à droite comme à gauche, se trouvent des salles de discussions privés comme celle que vous avez déjà eu le loisir de voir ; ce n'est peut-être pas utile que je vous les montre aussi. Sauf si vous le désirez. Je peux aussi vous montrer le jardin, si vous voulez, ou vous faire descendre au cuisine avant de visiter l'aile est. C'est comme vous le souhaitez...

J'eus à nouveau un rire nerveux. C'était nouveau pour moi, jouer les guides, en devant rester à une certaine distance de mon invitée... Une servante entra par la grande porte qui se trouvait en face de celle par laquelle nous venions d'entrer et, nous voyant, eut un hoquet de surprise, puis un mouvement de recul avant de venir précipitamment vers nous, le bruit de ses pas résonnant sur le dallage noir et blanc de la salle, puis elle s'inclina avec une certaine élégance alors qu'elle fut devant nous.

-C'est un honneur, duchesse. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour votre service ?

Elle portait une robe noire et blanche nouée d'une ceinture rouge ; sa tenue était plus élégante que celle des autres servantes, mais ce n'était pas la seule chose qui l'en différenciait : ses cheveux étaient argentés, ce qui était rare parmi le jais de la plupart des nôtres. Ceci dit, cela s'expliquait par son âge, comme en témoignait son visage sur lequel le temps avait laissé son emprunte. Elle restait plutôt belle, et ses yeux rouge sombre pétillait d'une vivacité d'esprit ainsi que d'une grande sagesse.

-Sherilyn, je vous présente Beshaba, l'intendante de notre maisonnée. Et la demi-sœur de Baine.

-Je vous en prie, appelez-moi Baba. Et vous vous seriez bien entendu avec mon frère, chère duchesse. Ah, pauvre Baine... mais notre Auril aura tôt fait de faire revivre notre gloire passée que ce scélérat de Tallos a fait disparaître... mais vous n'êtes pas là pour écouter mes histoires de vieille femme. Les Hale seront toujours les bienvenus, et il me fera un plaisir de vous servir, quel que soit vos désirs.


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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Dim 10 Aoû - 15:13

La gêne d'Auril était aussi longue à se dissiper que la neige de fondre sur les hauteurs de l'Eredmorn même au cœur de l'été. Sherilyn se rendit compte de l'énormité de la tâche qui l'attendait. Il était évident, et elle le savait parce qu'elle ne l'avait jamais vue assister ou se présenter à la moindre réception mondaine depuis qu'elle avait pris la tête de la maisonnée Loviatar, que Auril n'avait guère l'habitude des mondanités, autant que des réactions que pouvaient avoir les gens qui gravitaient et qui graviteraient autour d'elle. Le sergent Bhaal avait été plus que correct, même avec ses quelques insinuations, qui n'avaient d'ailleurs rien d'insultantes aux yeux de la duchesse. Mais si Auril se retrouvait confrontée à une attaque directe, même sous le couvert de la politesse, et de la courtoisie, si elle se laissait impressionnée, ou qu'elle se laissait choquer... Cela lui nuirait. Pourtant, la jeune femme ne semblait pas manquer d'esprit, pas plus que sa charmante suivante d'ailleurs. Phaedra était peut-être même plus à même de représenter la meilleure défense de la jeune noble. Celle -ci poursuivit sa visite, bien que toujours un peu empruntée et gênée, guidant Sherilyn à travers sa vaste demeure.

-Ma chère je doute que la moindre pièce ici, ne représente que peu d’intérêt. Dans une maisonnée aussi grande, toute pièce a sa fonction. Certaines semblant parfois moins importantes que d'autres, mais toutes sont essentielles au bon fonctionnement de la petite société qui vit ici.

De ce qu'elle voyait, Sherilyn jugeait que la maison était un peu sombre. Peut-être un peu froide également, mais cela était dû aux couleurs employées, le blanc, le noir et le rouge. Rien de très chaleureux. Mais c'était en accord avec son hôte, dont le toucher était d'un froid mortel. Auril était comme une fleur emprisonnée dans la glace, complexée par son handicap, par les traditions d'une famille qui ne se mélangeait que peu aux autres, et surtout par ce qu'elle avait subi. Elle n'osait imaginer la détresse qu'elle avait pu ressentir alors. Mais, Hale savait la Loviatar forte et déterminée, malgré ses hésitations et son apparence timidité. Ah. Le couloir fut soudain inondé de lumière, et elle put percevoir le parfum entêtant des fleurs, même à travers les fenêtres fermées. C'était le même parfum qu'elle avait senti lorsqu'elle était descendue de sa voiture. Et il régnait ici, partout, ce discret parfum de rose, qui devint plus fort alors qu'ils passaient devant un jardin uniquement composé de rosiers. C'était tout de même un peu monotone, et Sherilyn nota que Baine avait été un... obsessionnel en ce qui concernait les roses. Cela n'était guère surprenant, et faisait partie de la légende de se personnage excentrique. C'était à se demander comment les Loviatar avaient pu devenir aussi... maussades, bien qu'elle soit certaine qu'en grattant un peu, leur ancienne gloire et leur ancien faste ressurgiraient.

-Je n'aurais jamais deviné, fit-elle un peu sarcastique mais hilare quand Auril lui précisa que Baine Loviatar avait été un amoureux des fleurs.

Auril entreprit en suite de lui désigner, sur leur gauche, une longue rangée de doubles portes, laissant deviner, de part leur espacement, de longues et spacieuses pièces derrière elles. Elle lui expliqua que c'était là que travaillaient les célèbres comptables la maison Loviatar, lui interdisant poliment d'y mettre les pieds. Ce dont Sherilyn se garderait bien, elle n'avait rien à faire des finances des autres.

-Loin de moi l'idée de perturber le travail titanesque que vous effectuez ici. Je me garderai bien d'ouvrir ne serait-ce qu'une seule de ses portes. Je ne suis pas là pour mettre le nez dans vos affaires. Nevaeh m'en garde, je n'apprécie guère les chiffres et les calculs. Pour le reste, je n'entrerais que si j'y suis invitée.

La dernière phrase était pour le regard et le trouble d'Auril lorsqu'elle avait parlé des chambres. C'était comme si la Duchesse avait pu suivre le fil de ses pensées, ce qui la faisait rire. Elle trouvait Auril... rafraichissante. Si elle pouvait se permettre d'employer ce terme. Elle vit sa tête, et ne put s'empêcher d'avoir un rire discret. Le couloir prit fin, s'ouvrant une salle gigantesque.
Le réfectoire avait d'excellentes proportions, capable d'accueillir toute la famille de comptables, d’huissiers et de gros bras qui vivaient ici. Elle songea que la salle pour les serviteurs devaient faire à peu près la même taille, peut-être un plus petite. Malgré une richesse du mobilier, Sherilyn ne pouvait s'empêcher de trouver cette salle un peu triste, un peu froide. Il y manquait un éclat de vie. Et surtout, les meubles sombres étaient... sombres. Tout ici semblait... sombre. Comme un tombeau. Du moins dans son esprit. Les tapisseries n'y aidaient pas non plus, mais elles avaient le mérite de rappeler l'histoire de Loviatar, au cas où un impudent aurait oublié, ou bien pour remettre les idées en place de certaines personnes. Et surtout, tout ici avait les relents de la glorieuse époque de Baine, ce Loviatar qui les avait fait passer de voleurs hors la loi à voleurs pour pour la couronne. Mais quelque part, Sherilyn les trouvait un peu sinistres, il y avait quand même des gens en train de se faire égorgés et éviscérés sur un des pans. Fort heureusement, les touches de rouges égayaient un peu la pièce, et les hautes fenêtres laissaient passer la lumière. Elle évita de faire part de ses commentaires à la jeune femme, ne laissant rien transparaitre sur son visage. Elle était là pour observer, elle ferait des suggestions plus tard. De plus, le réfectoire n'allait sans doute pas accueillir de réception, libre aux Loviatar d'aimer manger dans une telle ambiance. La salle de bal eut le mérite d'être plus au gout de la duchesse, bien qu'elle trouvât encore le mobilier assez triste. La vue imprenable sur le jardin offrait un semblant de vie. La salle avait elle, aussi, de vastes proportions, et elle était faite, assurément, pour recevoir la totalité ou presque, de la bonne société de Cemenwin.

-C'est effectivement ce que j'attendais. J'aurai du savoir que l'illustre Baine avait fait en sorte de pouvoir satisfaire son goût des mondanités.

Sherilyn prit le temps de faire un tour sur elle-même, pour bien observer la salle de bal. Dans un bruissement d'étoffe et dans des cliquetis de bijoux, elle se tourna vers son interlocutrice.

-Cette pièce est un effet parfaite pour recevoir. Bien que je déplore un peu que les couleurs soient si sombres, mais je ne puis vous en blâmer, toutes les grandes maisons placardes leurs couleurs et leurs emblèmes pour les étaler sous le nez de leurs invités. Votre aïeul n'a pas échappé à cette règle. C'est un peu dommage, ce noir gâche un peu la lumière qui vous vient du jardin, mais j'imagine que pleine de monde et de lumières, cette salle de bal doit resplendir. Votre jardin m'intéresse, en suite, libre à vous de choisir où nous irons.

Elle se retourna quand elle entendit une porte s'ouvrir. Une femme d'âge mûr, vêtue des trois couleurs de la maison Loviatar, et coiffée avec soin, venait d'entrer. Elle s'inclina devant elle, dans une révérence élégante et délicate. Sherilyn se contenta d'incliner légèrement le buste en réponse. Auril fit dans le même temps, les présentations.

-Je vous remercie, Baba, répondit-elle avec un sourire, je ne manquerai pas de quérir vos services lorsque... Et bien ! Lorsque nécessité sera. Ce qui devrait être assez fréquent, puisque je ne suis pas simplement venue pour une visite guidée. Je ne doute pas que votre demi-frère et moi nous serions bien entendus, et je n'ai rien contre les histoires de vieilles femmes. Elles sont souvent pleines de sagesse, quoi qu'on en dise.

Sherilyn nota, encore une fois, l'attachement de la maisonnée à leur nouvelle maitresse. Auril semblait être appréciée. A croire que son prédécesseur, son oncle Tallos, que Beshaba venait de qualifier de scélérat, n'avait même pas su gérer le patrimoine de sa famille. C'était aussi à se demander comment un incompétent pareil avait pu survivre aussi longtemps à leur tête. Les Hale qui ne savaient pas se comporter en Hale ne faisait pas long feu dans la branche principale de la famille. Les membres des branches inférieures pouvaient faire preuve de médiocrité, cela importait peu, quand ils s'élevaient, tous les Hale en retiraient une certaine gloire. Elle se demanda, comme les Loviatar, qui n'étaient pas forcément des enfants de cœur, avaient pu laisser Tallos à leur tête.

-Et chère Baba, c'est donc à vous que revient le mérite de l'entretien de la demeure ? J'ai pu voir qu'il n'y avait nulle trace d'usure. On dirait que votre demi-frère vient juste d'emménager ici. Ou que votre Auril vit juste d'acquérir les meubles... Vous joindrez-vous à nous pour le restant de la visite ? J'aurais sans doute quelques questions, relatives à ce que le manoir Loviatar a à offrir en matière de réception.


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Auril
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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Dim 24 Aoû - 17:04

Lorsque Sherilyn évoqua les histoires de vieille femme que pourrait raconter ma chère aïeul, j'eux un peu peur car je perçus un léger pincement au coin de ses lèvres, dessinant un très fin et très discret sourire à l'allure prédateur. Un mélange de peur et d'amusement me saisit, n'osant à peine imaginer ce que cette chère vieille Baba avait en tête ; et je ne pouvais que la laisser faire, impossible qu'il était pour moi de lui tenir tête. Elle était ma matriarche, et si elle n'outrepassait jamais son rang, elle avait toujours su imposer sa volonté, même du temps de Baine. Surtout du temps de Baine.

-Oh, ce serait avec plaisir que je me joindrais à vous, pour vous régalez de mes... histoires de vieilles femmes...

Elle appuya bien sur les derniers mots, avec un grand sourire, avant de s'approcher des deux gardes du corps de Sherilyn, sans pour autant délaisser notre hôte de marque, continuant à lui parler de sa voix douce, que l'on sentait usée par l'âge.

-Je vais vous raconter une petite histoire, très chère duchesse... j'étais encore jeune et pimpante à l'époque où notre famille vivait dans la rue de cette magnifique ville qui portait encore le nom de Rougeaiguille. Il y avait toujours des marchands qui se croyaient plus malin que les autres, et qui refusaient de payer pour que nous les protégions... et bien, de nous. Ils engageaient en général des hommes forts, braves et courageux comme les vôtres, n'est-ce pas messieurs ? De solides et intrépides gaillards... Nous n'avions pas à cœur de perdre nos hommes contre des combattants chevronnés, juste pour quelques deniers, mais l'honneur, l'honneur... alors nous envoyions des brigands tout spécialement pour perdre contre les forts gaillards, pour que notre petit marchand soit heureux de nous tenir tête... et puis, un matin, un enfant ou une vieille femme se présente et...

Avec une rapidité qu'on ne lui aurait pas soupçonné, Beshaba se glissa derrière l'un des hommes de Sherilyn, mima un coup de pied dans l'articulation du genoux, qui aurait pu faire très mal.

-Et là on le fait basculer en arrière, et on l'égorge, avant de foncer sur le suivant pour lui enfoncer la lame au niveau du cou le temps qu'il réalise qu'une "vieille femme" leur a botté les fesses. Voila ce que Baba peut vous raconter, très chère duchesse.

Puis elle éclata de rire. A côté de moi, je vis Phaedra placer une main pour cacher son sourire, et je la savais se retenir de rire aux éclats à son tour. Je ne pus moi non plus m'empêcher de pouffer de rire, avant de détourner mon regard en rougissant.

-Ceci dit, vos hommes ne se seraient pas laissés avoir, j'en suis sûr... vous savez vous entourer, très chère... Et pour répondre à votre question, je me contente de superviser et faire en sorte que soit préservé l'héritage de mon imbécile de frère. Sans moi, il aurait fait s'écrouler ce manoir une bonne dizaine de fois...

Baba eut un petit rire, et s'interrompit. Elle se tourna alors vers le jardin, avec un sourire amusé, et je reconnus l'air qu'elle avait : notre chère matriarche avait une idée...

-Laissez-moi vous accompagner dans la cour, vous montrer nos si belles rose, dame Sherylin. Auril, ma petite, peux-tu quérir Milil ? Je voudrais que notre invitée puisse constater par elle-même ce dont nous sommes capables, nous autres Loviatar.

Un peu crispée, j'acquiesçais respectueusement, même si je n'étais pas à l'aise à l'idée de faire venir la troupe de Milil devant dame Sherylin. Même si c'était une bonne idée, réalisais-je ; c'était ce qu'elle voulait voir après tout, ce qui se cachait derrière le vernis de chiffres qui recouvre notre famille. Je m'éclipsais donc rapidement, suivie par Phaedra, pour trouver celui que Baba souhaitait voir... mais pas seulement...

Les portes en verres pivotèrent et permirent à la Loviatar aux cheveux d'argent ainsi que son invitée de pouvoir pénétrer la cour. Pavée d'un élégant damier noir et blanc, elle laissait entrevoir des rosiers aux fleurs délicates, chaque buissons arborant une couleur de pétale différentes. L'entretien devait être un calvaire, mais le parfum délicieux qui s'en dégageait était exquis. Le mur qui leur était opposé était recouvert de roses grimpantes,  qui encadraient les vitraux de la grande salle.
Mais ce n'était pas les roses que Baba regardait ; son regard était posé sur la duchesse, avec une indéchiffrable expression.

-Quand je vous regarde, j'ai l'impression de me revoir jeune... dit-elle, un brin nostalgique, avant de se reprendre. Vous devrez être très prudente entre ces murs, dame Sherilyn. Je ne doute pas que vous sachiez vous défendre, mais certains ne veulent vraiment pas que les choses évoluent dans le sens où ma petite Auril le souhaite. La faute en revient aux lubies de Tallos... c'était un fils de prostitué, voyez-vous, et son père ne s'est jamais vraiment intéressé à lui. Il a fait germer dans l'esprit des jeunes comptables et huissiers des rêves de grandeurs, et nourri un certain mépris pour les gens plus humbles de notre famille...

Délicatement, Beshaba cueillit une rose blanche dont le contour des pétales était rouge sang, et commença à en briser les épines de ses longs doigts usés par le temps.

-Mon frère voulait que la famille paraisse sage et stricte en surface, mais que derrière, les Loviatar restent des canailles. Notre manoir est ainsi fait : tout ce qui se trouve autour de nous, cette jolie bâtisse, abrite des comptables sérieux et des soldats disciplinés... mais sous nos pieds, vous avez un véritable dédale abritant le reste de la famille : des servants, des cuisiniers, des jardiniers, et même trois apothicaires. Sans compter les nôtres qui ont quittés le manoir pour fonder une famille à l'extérieur... Tallos nous a relégué dans la tête des comptables au rang de laquais. Et son crétin de fils entretient cette flamme...

Auril se présenta alors devant la porte des jardins, et hésita à y entrer avant de se figer, et d'attendre poliment, un sourire quelque peu crispé sur le visage. L'intendante eut un soupir désolé en regardant la maîtresse de maison.

-La pauvre petite, elle ne peut pas entrer dans le jardin, le gel nuirait aux rosiers... Enfin, sachez ma chère, que vous pourrez toujours compter sur ceux d'en-dessous. Les gardes sont loyaux eux aussi ; en revanche, méfiez-vous des comptables. Mais laissons ces histoires, et venez plutôt. Notre famille pourrait vous étonner.

J'avais un peu peur de ce que Baba avait pu dire à Sherylin, et je m'en voulais de les avoir laissées seules. Mais ma confiance en Baba était entière, et puis Baba était une personne importante au sein du manoir. J'avais exécuté avec diligence la tache que Baba m'avait confié, mais je n'étais pas très à l'aise. Phaedra se tenait derrière moi, souriante.

-Ils ne vont pas tarder, Baba, précisais-je.

Il fallut quelques minutes avant que de la pièce de gauche, deux hommes sortent. Je les reconnaissais, il y avait un commis de cuisine, grand jeune homme maigre ayant toujours l'air affolé, et Milil, un archiviste aux cheveux poivre et sel ainsi qu'une barbe fournie, ce qui était plutôt rare parmi les Loviatar. Vint ensuite de la pièce de droite une jeune femme à l'air maladroite, à cause de ses lunettes dont un verre était fendu et de sa démarche un peu gauche. Ils s'inclinèrent devant la duchesse, le jeune homme tremblant à l'idée de voir une duchesse, rassuré par l'archiviste qui lui donna une tape dans le dos. Ce fut un honneur dit la jeune femme, qui était une comptable à en juger par sa tenue noire semblable à celles que nous avions déjà pu voir.
Enfin, un garde surgit par la porte à notre droite, portant avec lui deux instruments de musique. Il déposa le tout au fond de la salle, et allait pour s'en aller quand Baba l'interpella.


-Tu restes, Erevan.

-Mais... je suis en service Baba, le capitaine ne va pas apprécier que...

-Il en répondra devant moi. Alors tu viens, et après tu retourneras dormir devant les archives.

-Bien Baba... lâcha-t-il, vaincu.

-Allez les enfants, fit l'archiviste en tapant dans ses mains, montrons à cette charmante dame ce que les Loviatars savent faire.

Ils s'installèrent au fond de la salle, avec les instruments, une lyre qui se retrouva entre les mains expertes de Milil, qui caressa les cordes avec délicatesse. Le grand jeune homme prit quand à lui le violon et l'archet, et avait l'air déjà un peu plus assuré avec cela en main. Restait alors la jeune comptable, qui se tint en retrait, et Erevan le garde qui essayait visiblement de se détendre.
Et ils se mirent à jouer. La lyre commença à jouer quelques notes, avant que le violon ne les appuie les accords se mariant à la perfection. La lyre ne changeait pas, entre les mains de Milil une même mélodie simple et entêtante, sur laquelle le violon s'accordait et jouait. Et puis Erevan se mit à chanter, de sa voix profonde. Les paroles étaient celles d'une ancienne chanson d'amour, et le violon rejoignait les émotions transmise par l'ancien chant.
La musique emplissait la salle, et la jeune femme n'était pas étrangère au phénomène, les mains jointes, concentrée, elle amplifiait la musique afin d'envelopper toute la pièce au même volume. La chanson se poursuivit, et finit sur une magnifique note de tristesse. Baba, Phaedra et moi-même ne purent retenir des applaudissement pour les musiciens, qui semblèrent ravit. Et j'espérais fortement que cela plut à Sherylin ; elle savait au moins, désormais, que nous avions des musiciens.


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Sherilyn Hale
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MessageSujet: Re: Manoir des Loviatar   Jeu 28 Aoû - 21:08

La Duchesse sentit un sentiment familier hérisser ses cheveux sur sa nuque, comme lorsqu'elle sentait le danger poindre. Son frère était peut-être le militaire de carrière, mais elle était une Hale, et comme n'importe quel membre de sa famille, elle avait reçu une certaine éducation... militaire. Elle étrécit imperceptiblement les yeux, appréciant moyennement que l'intendante, si charmante soit-elle avec ses airs de vieille femme, tourne autour de ses deux serviteurs, et encore moins le ton qu'elle employait. Sherilyn sentit ses réflexes vampiriques arriver à la charge, et elle dut se retenir pour ne pas montrer les crocs et feuler comme un vulgaire vampire des bas-fond. Elle avait plus de maîtrise que ça, mais cela ne la rendait pas moins agressive. Elle se contenta de regarder, impassible, le petit manège de Beshaba. Elle secoua doucement la tête négativement alors que Pembe haussait ses sourcils qui étaient aussi fuchsia que ses boucles. Le Sidhe roula simplement des yeux, alors que son collègue Draemorog jetait un regard mauvais à Beshaba. Sherilyn fronça les sourcils, et Ashrog se contenta de cligner des yeux et de serrer les dents, ce qui eut pour effet de rendre la ligne de sa mâchoire terriblement séduisante. Le regard de Sherilyn se reporta sur Beshaba, ses yeux clairs fixant la vieille femme d'un regard froid et dur. Elle cligna des yeux, et son expression reprit sa neutralité. Elle ne décrocha qu'un fin sourire alors que les Loviatar présents trouvaient l'histoire hilarante, tandis qu'elle avait plus l'impression d'avoir été l'objet de moqueries. Elle eut un sourire plus large. La trouvaient-ils si intimidante et dangereuse pour qu'ils aient besoin d'une telle démonstration ? Elle nota aussi que sa famille n'était pas la seule à avoir un humour douteux. Et malgré ça, elle ne pouvait s'empêcher de les trouver sympathique, cela lui changeait des réceptions guindées, ou même des salles parfois crasseuses dans lesquelles elle s'encanaillait.

-Oh très chère Baba, mes serviteurs sont seulement ce qu'ils sont : des serviteurs.

L'histoire de la soeur de Baine démontrait cependant que les Loviatar étaient toujours ce qu'ils avaient été : des bandits sans foi ni loi, et visiblement sans grand honneur pour employer ce genre de méthode. Ou pour avoir peur de sacrifier des guerriers, qui, s'ils avaient aussi bons que Beshaba le disait, n'auraient pas eu à craindre de se battre contre les hommes embauchés par les marchands. Mais que pouvait-elle comprendre ? Les Hale étaient des militaires, et la plupart d'entre eux avaient toujours combattu de front, bien que certaines de leurs tactiques aient parfois été aussi sournoises. Elle comprenait néanmoins, que tous moyens étaient bons pour parvenir à ses fins. Pembe se détendit, lui jetant un regard amusé. Sherilyn papillonna des yeux, lui adressant un sourire de connivences, alors qu'elle poursuivait à l'attention de Beshaba :

-Et vous faites un travail remarquable puisque la demeure des Loviatar est encore debout.

Sherilyn arqua un sourcil élégant, se demandant bien ce que mijotait encore la vieille femme, et surtout, pourquoi Auril n'envoyait simplement pas une servante quérir ce ou cette Milil. Si Beshaba était plus vieille, son rang était plus bas qu'Auril, et celle-ci n'aurait pas dû se comporter comme une servante. Sherilyn pinça les lèvres. En sa présence, ce n'était pas grave, mais il aurait suffit qu'un ou une autre soit là pour que les rumeurs ne se mettent à circuler. Pembe et Ashrog ne diraient rien, ne serait-ce que pour éviter de perdre leurs langues, et surtout parce qu'ils étaient trop disciplinés et trop bien payés pour colporter des ragots. La Duchesse suivit l'intendante, ses deux serviteurs sur ses talons, dans le jardin, ou plutôt la roseraie géante qui servait de jardin. Le parfum des fleurs étaient entêtant, et Sherilyn se dit qu'en hiver, le jardin devait alors avoir l'air bien triste, dépouillé de ses roses. Elle sentit le regard de l'intendante posé sur elle, alors qu'elle regardait le jardin. Ce dernier était encadré par les hauts murs impénétrables qu'elle avait vu en arrivant, lorsqu'elle avait franchi le portail du Manoir. Sherilyn tourna son regard vers la vieille femme lorsqu'elle se mit à lui parler. Elle éclata de son de rire de gorge chaud et sensuel, dévoilant ses dents pointues de Dunpeal.

-Oh très chère, vous ne m'avez quand même pas cru lorsque je disais que mes serviteurs n'étaient que des simples serviteurs ? Je tiens à vous rassurer, je n'ai pas pour habitude de me fourrer là où ma personne risquerait d'en pâtir.

Pembe derrière elle toussota. Sherilyn lui jeta un coup d’œil. Le Sidhe aux boucles rose se reprit, et se mit à regarder les roses comme s'il n'avait jamais rien vu de plus hypnotique.

-Loin de moi l'idée de fréquenter les comptables, j'ai remarqué que ces derniers n'avaient pas l'air d'apprécier ma visite. Ils ne sont pas très discrets quant à leurs intentions. Je me demande pourquoi votre arrière petite-fille n'a fini le travail qu'elle avait commencé quand elle a repris la tête de votre famille. J'ai eu l'occasion de rencontrer Cyrik, autant dire qu'il n'a pas vraiment apprécié ma compagnie lui non plus. Je crains de l'avoir quelque peu insulté. Je suis flattée de recevoir le soutient des Liovatar du dessous. Et je ferais mon possible pour soutenir Auril. Avec un peu d'aide, elle pourrait devenir l'équivalent de votre frère. La frivolité en moins, fort heureusement.

Elles se retournèrent à l'arrivée d'Auril, toujours talonnée par Phaedra.

-Sa condition est bien contraignante, murmura doucement Sherilyn avant de reprendre plus haut, oh mais votre famille ne cesse de m'étonner depuis mon arrivée.

La curiosité de la duchesse était à présent éveillée alors que des Liovatar sortaient des pièces voisines : un homme d'âge mûr à la barbe fournie, un jeune homme dégingandée, une jeune femme plus que myope, et un garde. Ce groupe hétéroclite s'installa sur l'estrade de la salle de bal, où Sherilyn avait suivi Beshaba. L'homme prit une lyre, tandis que le jeune homme mal à l'aise se saisissait d'un violon. La jeune femme resta en retrait, et le garde tenta bien de protester, mais l'intendante lui ordonna de rester. Sherilyn nota que sans sa fidélité à Auril et son affection pour elle, Beshaba aurait certainement pu être en mesure de mener une véritable révolution au sein des Loviatar. Sherilyn se concentra sur l'estrade, et elle sentit un changement dans l'air, ses oreilles se bouchèrent un instant, comme lorsqu'un élémentaliste utilisait un flux d'air pour faire en sorte de garder une conversation secrète. Elle regarda plus attentivement la jeune femme vêtue de noir, et en déduisit rapidement que cela venait d'elle. Les trois autres Loviatar se mirent à jouer. Une mélodie lancinante enveloppa tous ceux qui se trouvaient dans la salle, à laquelle se joignit la voix de ténor du jeune garde. La chanson faisait partie de celles que connaissaient n'importe quel Cemenwinite, ou même Mornien. Sherilyn la connaissait et en avait entendu de nombreuses versions, celle-ci comptait parmi les plus tristes. Quand se fut fini, il y eut à nouveau cette sensation que l'air refluait, et elle se joignit aux applaudissements.

-J'ignorais que les Loviatar avaient des âmes d'artiste. Et ceci est parfait pour de petite réception, lorsque vous en organiserait des plus grandes, il vous faudra un orchestre plus conséquent. Mais en voyant tout cela ma chère Auril, je me demande ce qui vous retient de ne pas en faire étalage, car il est parfois bon de rappeler que vous n'êtes pas seulement des gratte papiers et des collecteurs d'impôts comme pourraient le penser, à tort, certaines maisons. Votre oncle, par ses actions, a fortement diminué l'image des Loviatar à la cour de Cemenwin, mais je ne vous apprend rien qui ne vous soit déjà connu. Un banquet de grande envergure serait un bon moyen d'en remontrer aux plus médisants.

Sherilyn n'avait pas besoin d'être une empathe pour deviner l'appréhension qui devait gagner Auril alors qu'elle prononçait ses mots. Elle eut un sourire.

-Lorsque vous serez déjà à l'aise en la présence d'un petit comité, et que vous aurez forgé quelques amitiés et alliances. Il est encore trop tôt pour l'instant.



Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.
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