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 Sombre cellule.

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Uranach
Samildanach
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Peuple : Sidhe
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Jeu 25 Oct - 22:18

L'orage autour d'Uranach formait un manteau, l'électricité soulevait parfois ses cheveux, alors que les vents internes faisaient s'entrechoquer dans des roulements, les nuages noirs, aux reflets verts sombres ou bien violets, s'éclairant d'argent à l'intérieur, lorsque le manteau lançait des éclairs. Ce manteau ne quittait que rarement Uranach, mais le Samildanach fit l'effort de commencer à le dissiper l'orage autour de lui, lorsque Akayel fit tourner la clef dans la serrure. Il était plus simple, qu'Uranach n'ait pas autant d'électricité autour de lui, lorsqu'il remonterait le couloir avec le Tieffelin à ses cotés. Debout au milieu du couloir, son oeil unique scruta ce qu'il y avait autour de lui, s'attardant sur cette cellule, qui avait intrigué Sheeshon un peu plus tôt. Et dont l'occupant avait effrayé Eurydice, alors qu'elle remontait, dire à Argental, qu'elle avait fait ce qu'il lui avait demandé. Non pas que l'Ethérie en était ravie. Un sourire fugace passa sur le visage du vétéran, alors qu'il affichait, juste après, une expression des plus amusées, après que le capitaine eut éclairci un point précis de sa requête. L’œil à l'iris de trois couleurs se braqua à nouveau sur Akayel, alors qu'il sortait de la cellule.

-Une forge, une tannerie, et quelques bricoles, rien que ça ?

L’œil unique brilla d'une lueur de malice, alors qu'Uranach commençait à se déplacer, lentement, affichant une tranquillité qui reflétait une sérénité intérieure, qui acheva de dissiper le manteau d'orage, ne laissant qu'un genre de brouillard, dont les filaments s'accrochaient encore au vieil uniforme de l'ancien général.

-Je doute que l'Empereur apprécie que je vous laisse agir à votre guise. Lorsque nous serons au camp, vous aurez tout le loisir de confectionner votre équipement. La plupart des mes officiers, sont comme vous, ils s'assurent eux même, que leurs équipements sont conformes à leurs souhaits.

Uranach se tue, laissant du temps au capitaine, la parole également. Il ne mentionna pas Argental une seconde fois. Le Tieffelin voulait le guider ? Il en aurait ri à gorge déployée. Argental n'écoutait que lui même, et jusque là, il avait survécu, et cela l'avait amené jusqu'au trône de l'Empire, alors qu'Akayel avait atterri dans une cellule, et avait vécu comme un paria, tuant pour survivre, toujours à prendre la fuite, lorsque les autorités étaient sur le point de l'attraper. Comme à Alatairë, quand la Marche lui avait mis la main dessus, quand le Tieffelin avait finalement réussi à sortir de la ville, il était venu se joindre aux Légions. Argental occupait déjà une place de général à cette époque, tandis que lui même, n'occuperait ce poste, qu'une fois son dragon mort. Exarcan avait été tué, blessé autant par les armes que par la magie. L'Empire avait offert à Uranach une chance. Sa décision avait fait de lui un traître, un paria. Un renégat. Ce n'était pas l'Empire qui avait tué Exarcan, non. Et à l'origine, ce n'était pas lui qui était visé. Le regard du Sidhe se durcit, sa mâchoire se contracta. Lui aussi s'attardait dans les souvenirs d'un passé encore douloureux, encore très présent, encore vif, et il pouvait encore sentir l'odeur de la fumée, du sang, ressentir la peur, la souffrance, la colère, et la haine. Mais les Légions lui avaient aussi offerts des amitiés solides, un but, une même cohésion. Et Forbesii Nil'Dae avait été un empereur dont la fureur avait mis à feu et à sang le monde, un Empereur qui avait mené une guerre. Mais Uranach avait aussi connu l'empereur avant l'assasinat de Lys. Un homme cultivé, ouvert, progressiste, courtois. Une présence qu'Uranach n'oublierait jamais. Il avait bien connu Lys, cousine d'Emaine, une jeune Lios drôle et attachante. Pleine de tendresse, mais également têtue comme une mule, une volonté de fer, qui n'avait pourtant pas su résister aux charmes et à la patience de l'Empereur. Ils avaient choisi de suivre ce dernier, parce que leurs convictions, leurs idéaux, se rejoignaient. Argental avait cru à un monde meilleur, avant de retrouver cette volonté d'annihilitation, qu'il partageait avec le Seigneur des Andains, pour des raisons similaires. Voila ce qui donnait envie de rire au Sidhe. Le capitaine Lomas se permettait de considérer Argental comme quoi ? Un enfant qu'il fallait guider ? Alors que sa situation n'était pas la meilleure, et qu'Argental n'avait pour ainsi dire, besoin de personne. Un ton paternaliste qui aurait signé l'arrêt de mort du Tieffelin en présence de l'Empereur. Une vision d'Argental qu'Uranach n'aurait jamais, et ne parviendrait jamais à avoir. Lui même était certes, plus âgé que l'Andain, mais seulement de peu. Mais Galadan, qui devait être aussi vieux que Lomas, n'avait jamais eu ce genre de comportement vis à vis de son jeune semblable. Et, le Sidhe, se demandait encore, ce que Lomas aurait bien pu apporter à l'Andain. Rien. Argental avait réussi à le manipuler aussi facilement que de la glaise. Uranach estimait qu'Argental n'avait vraiment pas besoin des enseignements du Tieffelin.
Il écouta pourtant ce dernier attentivement, nota le sarcasme dans sa voix, malgré ses paroles de repentance, pour une attitude indigne d'un officier discipliné, qui avait recoure à d'autres méthodes pour se faire entendre. Dans ses paroles, Uranach retrouva un peu du capitaine qui avait servi sous les ordres d'Argental. Il apprécia ce revirement, même rapide, d'état d'esprit. Ainsi que la lucidité qui accompagnait cet état.

-Je vous écoute parce qu'un soldat frustré est moins enclin à accepter des ordres. Fusse-t-il un officier. Et parce que oui, je ne vais pas vous mentir, vous me serez utile. Et capitaine, Argental Tar Sùrion n'a pas besoin de votre guidance. La preuve en était faite, il me semble. Il vous a surpassé, voyez où il en est, et il a su viser juste pour vous énerver. Je crois, que une fois de plus, vous fourvoyez en ce qui le concerne. Mais votre attachement à sa personne est vraiment touchant. Tant de sollicitude. Malheureusement, pour vous et moi, la seule personne qui pouvait lui faire entendre raison est morte. Quoi qu'il voue un respect et de l'amitié, au Seigneur des Andains, qui je l'espère, finira par se joindre à nous également. Galadan peut, peut être, arriver à faire entrer quelque idée dans sa caboche.

Le sourire insolent éclaira le visage fatigué du Samildanach, alors qu'ils remontaient le couloir, lentement, boitant légèrement. Le sourire n'était pas là pour adoucir Uranach, dont la dureté transparaissait dans sa voix. Son œil était maintenant dardé sur l'escalier au bout du couloir. Il eut un petit rire.

-L’Empereur et son serviteur ? Suis-je le serviteur capitaine ? Une fois de plus, vous vous fourvoyez. Mais, vous vous en rendrez compte bien assez tôt. Et vous non plus, n'êtes pas un serviteur capitaine. Vous êtes simplement tombé entre nos mains. Je n'irai pas jusqu'à dire que nous avons mis Eurydice sur votre chemin, ce serait aller trop loin, et je n'ai pas l'omnipotence d'un Dieu. Mais je vous l'ai dit, nous attendions de savoir, si vous êtes bien celui que nous connaissions. Je tiens, moi aussi à être clair sur certains points. Vous ne serez pas sous les ordres d'Argental, mais sous les miens. Je ne porte pas cet uniforme pour rien. Vous ne ferez pas partie des Légions de l'Empire, mais d'une autre armée régulière, enfin, régulière... Bref, une armée entière rassemblée par mes soins. Tout comme Argental avait rassemblé la sienne pour prendre Hitokage d'assaut, et cela c'est fait sans heurt, ou presque. Mais allons donc trouver de quoi vous vêtir, et vous arranger une entrevue avec cette charmante Ethérie. Et là non plus, ne vous méprenez pas, je la trouve charmante, mais pas à ce point. Je me garderai bien d'entrer en lice pour son joli cœur. Vous êtes déjà bien trop nombreux, ai-je compris.



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Akayel
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Ven 26 Oct - 19:15

J'écoutais sans dire grand-chose ce qu'Uranach avait à rétorquer à mes dires. Il donna tout d'abord l'impression de ne pas l'accorder, mais ce fut tout le contraire ; il comprenait même les raisons qui me poussait à vouloir le créer moi-même. Ceci dit, il ignorait le sens profond que je pouvais y accorder, et les rites que je devais respecter afin d'honorer comme il se devait mes ancêtres. Je brûlais d'une envie que je dissimulais mal de m'attelé à cette tâche, de faire à nouveau résonner le marteau et l'enclume au rythme du chant de ma tribu, de mon clan... des Niskars.
Bien, nous étions d'accord sur un point, nous nous entraidions plus ou moins. Je lui serais utile, et il me permettrait de faire revivre un peu de ma gloire d'antan, en quelque sorte. Il me parla ensuite à nouveau d'Argental, et un léger sourire étira mes lèvres. Si jeune, si naïf quelque part. Comme les autres il n'envisageait pas que le monde puisse tourner autrement, sauf comme l'avait imaginé Forbesii, vision à laquelle certains étaient réfractaires, et qui de fils en aiguilles, avec d'autres facteurs sans doute m'étant inconnu, le destin avait scellé le sort des amoureux qui aujourd'hui marchaient à nouveau.
Je me disais tristement que les choses étaient autrefois bien différente, et que tel tragédie ne serait jamais arrivé. Oh je n'irais pas jusqu'à dire que c'était mieux avant, il y a du bon et du mauvais... même si j'y voyais essentiellement des raisons de faire bouger les choses, de prendre les armes pour me battre.

Nous progressâmes lentement dans le couloir, et je fixais la porte, mains jointes dans le dos, écoutant la remarque que me fit mon futur général, car je n'avais pas encore accepté sa proposition, et je compris qu'il avait lu dans mon esprit. A moins que je n'ais pensé trop fort ; dans tout les cas il avait perçu de ma part des mots qui ne figurèrent que dans mon esprit, mais si j'en prenais ombrage, je ne pipai mot. Lui-même affichait une certaine froideur, dureté militaire, que j'essayais tant bien que mal d'imiter malgré ma nudité, qui ne m'empêchait pas d'avoir tout le sérieux du monde, et de progresser dans le couloir au même rythme que le général dont la mobilité était visiblement légèrement réduite.
Il suggéra que je puisse trouver de quoi me vêtir, et fit un petit commentaire sur le charme de ma future compagne, car suite à notre entrevue, j'avais bon espoir de voir Eurydice définitivement mienne, pour le meilleur et le pire, même si j'ignorais jusqu'où ça pourrait nous conduire. Si ses enfants ne posaient pas problème, ce qui serait certainement le cas. Je soupirais un instant, et souriait. Une fois arrivé devant la porte, je me figeai, et me tournais vers Uranach, un air se voulant neutre sur le visage.

-Excusez les raccourcis que je peux prendre, cela n'entachera en rien mes résultats ou la ferveur avec laquelle je pourrais accomplir les tâches que vous m'assignerez. En effet, nous servons tous la même cause ; je ne me suis pas engagé il y a un siècle dans l'armée de Forbesii par hasard. Je crois en ce pourquoi nous nous battons, et les miens l'auraient fait tout autant. Soudainement, mes yeux brillèrent d'une lueur teintée d'une légère colère, réprimée. Et je vous prierais, général, de vous abstenir de lire dans mes pensées. Si vous avez quelque chose à me demander, faites-le. Par ailleurs je souhaiterais que l'on me retire cette... chose, dans mon crâne. Là encore je suis prêt à partager tout ce que je peux offrir de mon expérience, pour peu qu'on me le demande.

Me tournant vers la porte, je repris, ma voix ayant quelque chose de peut-être un peu... blasé. Un peu lassé peut-être, par des conversations tournant un peu en rond, je l'aurais cru assez intelligent pour comprendre où je voulais en venir, mais je m'étais fourvoyé. Sans doute était-il trop "jeune" pour saisir, malgré son potentiel, que les puissants ne sont pas toujours Rois, Empereurs, ou Noble, et que ceux de l'ombre, tels les Corvus Corvax qui frappent sans cri égard, ou les assassins qui tiennent la vie de plus fort qu'eux souvent à la courbe de leur dague effilée. Lui-même me parlait de patience, mais moi j'évoquais la discrétion, le doigté ; prendre une ville sans faire de bruit est une chose, mais le faire sans que personne ne le remarque, instillant au fil des ans le poison dans le cœur des hommes jusqu'à prendre le pouvoir sans avoir besoin de se montrer, jouant les sordides marionnettiste... cela n'aurait pas manqué de style.

-Permettez-moi aussi de douter de vos dires, général, et de constatez que vous avez aussi certaines choses à apprendre. Je ne saurais vous en blâmer, vous êtes tous si... jeunes... et issu d'une culture bien différente de la mienne. Enfin, pensez ce que vous voulez, mais je suis sûr d'une chose : une fois cette guerre finit, si je survis, je continuerais à vivre dans un anonymat qui m'assurera une certaine sûreté. Argental, quoi qu'il advienne, continuera sûrement de se méfier de ce que l'on pourrait mettre dans sa coupe. Penses-y, général, vous êtes quelqu'un de brillant ; bien plus que moi, qui ne suis qu'un vieux guerrier sans grand avenir. Agir dans l'ombre est le meilleur moyen de survivre... les empires, les royaumes, les dynasties... cela finit toujours par disparaître, tôt ou tard...

Mes pensées revinrent à ma petite Eurydice, qui m'attendait dehors. Je ressentais une légère pointe de peur à l'idée de la revoir. Qu'entourée de sa petite famille de dégénérée elle ne me rejette... ça commençait déjà, je m'attachais, moi qui m'y refusait, pour éviter ce genre de désagrément. En premier lieu, je devais en effet me vêtir, et je songeais que les tenues de mon enfance me manquaient cruellement. Je devrais aussi remédier à ce problème...

-De plus, je crains que le cœur de ma petite Ethérie ne soit déjà pris. Même si elle aurait toute les raisons de ne pas vouloir de moi... je verrais bien ce qu'il en ait. Quant à mes vêtements... je doute que vous ayez tuniques et pagnes en fourrure de loup par ici, je me contenterais donc de n'importe quoi, pourvu que je n'ai plus si froid aux parties intimes, si vous n'y voyez pas d'inconvénient...


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
Éventuellement, vous commencerez à y croire.
Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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Uranach
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Mer 31 Oct - 22:14

Tous si jeunes. Le sourire d'Uranach se fit plus large encore. Si le Tieffelin avait su, il aurait fermé sa grande bouche. Le Samildanach n'avait pas perdu que son œil pendant son étrange voyage. L'orage gronda brièvement dans un coin de son esprit. Si le Tieffelin avait su ce qu'Uranach s'apprêtait à faire, il l'aurait bouclé. Son but était moins louable que celui de Forbesii Nil'Dae. L’Empereur qu'il avait servi avec ferveur et dévotion, avait cru en un monde meilleur, en cette paix qu'il avait patiemment construite, la bâtissant en partie sur des guerres autant diplomatiques que militaires. Son mariage avec Lys Aethmal aurait été le symbole d'un nouvel âge. Au final, il était devenu un symbole maudit, et la légende perdurait encore, les séquelles et cicatrices de la guerre étaient encore douloureuses, même si elles semblaient pour la plupart, toutes refermées, guéries. Forbesii Nil'Dae s'était dressé pour restaurer l'honneur et le prestige d'un Empire que tous considéraient alors comme une menace. L'espoir d'un monde meilleur. Au final, cet espoir était mort avec la femme qu'il aimait. Mort quand, tous les trois, ils avaient juré par trois fois sur sa tombe, de le venger. La vengeance était ce qui motivait Uranach plus que quiconque. La vengeance. Un désir viscéral et profond d'abattre ceux qui l'avaient abattu. Sa rage n'avait pas d'égal. La trahison l'avait si profondément marqué qu'il ne pourrait jamais se défaire de cette marque, pas tant que ceux qui l'avaient faites étaient encore de ce monde. Alors finalement, peut être que oui. Oui, peut être se battait-il dans l'espoir d'un monde meilleur, d'un monde tel que l'avait rêvé Forbesii Nil'Dae, encore bercé de ses doux rêves d'amour pour sa fiancée. Lys avait été forte jusqu'au bout, restant droite, supportant les coups. L'annonce de son mariage avait provoqué la colère de certains, et elle était resté fière et inébranlable devant les insultes. Cette volonté de fer ne l'avait pas sauvée des lames de Daren le Triste.

-Rassurez vous Capitaine, vous n'êtes pas le seul survivant du premier âge à être encore parmi nous. Soyez tranquille, si nous avions des choses à apprendre, nous avons eu de bons professeurs. En tout cas, meilleur que les vôtres, qui ne sont plus là aujourd'hui. Contrairement aux miens. Mais soit, nous sommes jeunes, je le reconnais. Mais être âgé ne signifie par forcément être sage. Et vous ne l'avez pas été, en dévorant ses gens dans les bas fonds, sans nettoyer derrière vous. La lie d'Hitokage tremble encore d'effroi. Quand à lire dans votre tête, pardonnez moi, mais je le fais involontairement. Je n'ai plus autant de contrôle qu'avant. Ou plutôt, je ne suis plus aussi fermé qu'avant. Et encore une fois, votre intérêt pour l'Empereur est absolument touchant. Là encore, je tiens à vous rassurer, Argental est à même de se défendre, je croyais vous l'auriez compris, vous qui semblez avoir si bien connu sa famille.

Uranach se moquait un peu, alors qu'il gravissait les marches. Il frappa trois coups, laissa passé quelques secondes, avant de frapper à nouveau, trois fois. Il aurait pu simplement demander qu'on lui ouvre, mais les vieilles habitudes, codes des légionnaires, avaient la vie dure. Et Uranach vivait parfois encore figé dans son passé. Après tout, Emaine l'y avait maintenu pendant de longues années, coupé du monde, avant qu'Uranach ne finisse par disparaitre.

-Quand à la chose que vous aviez dans le crâne, elle n'y est plus depuis longtemps. C'est Eurydice qui a demandé à ce que son fils vous laisse tranquille. Une autre de ses conditions. Elle a fait preuve de talents de négociatrice qui ne seront pas gâchés à l'avenir. Et je crains, capitaine, que si charmante soit-elle, Eurydice, ne m'intéresse pas. Pas de ce point de vu là. Quand à l'anonymat, dois-je vous rappeler, capitaine, qu'actuellement, vous conversez avec un mort ?

Uranach le regarda en souriant, le sarcasme brillant dans son œil unique, alors que la lourde porte s'ouvrait devant eux. Le mécanisme de verrouillage se désactiva, faisant une série de claquements, et de grincements, alors que de l'autre coté, le garde avait simplement tourné une clef. La porte s'ouvrit, légère sur ses gonds, alors qu'elle avait l'air de peser des tonnes. La magie imprégnait la forteresse de l'Empereur, véritable bastion, normalement inattaquable. Argental avait réussi l'exploit d'y entrer, et de s'y installer, sans rencontrer de réelle résistance, et sans que les conflits ne sortent d'entre ses murs. Akayel Salem ne croyait pas si bien dire en parlant d'agir dans l'ombre, comme un marionnettiste. Le long travail accomplit par Argental reflétait exactement ce que pensait le Tieffelin. Mais Uranach n'en souffla mot, qu'on regarde dans son crâne semblait déranger l'ancien officier. Il pénétra dans la salle de garde. Au passage de la porte, Uranach crépita littéralement, sa propre magie entrant en conflit avec le sortilège. La salle était petite, une simple pallier aménagé, pour passer le temps. Sur la petite table au centre, se trouvaient des vêtements simples, de bonne facture, soigneusement pliés. Au bas d'un des pieds de la table, une paire de bottes attendait d'être chaussées.

-Et je ne vois aucun inconvénient à ce que vous passiez quelque vêtement. Effectivement, ce ne sont pas des peaux de loup, mais au moins, vous serez couvert. Je vous accompagne jusqu'en haut, jusqu'à votre Ethérie, et en suite, vous aurez le temps, de vous décider.


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Akayel
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Ven 9 Nov - 8:54

Ah, les autres survivants du Premier Age. Il est vrai que je n'étais pas le seul. Il y avait bien sûr le Seigneur des Andains, Meadh, et les Rune sait qui pouvant prétendre à l'expérience de ces temps oubliés. Mais mon enseignement aurait été bien différent que ceux prodigués par ces autres immortels, car à l'inverse je n'avais pour moi que la longévité et pas la puissance qui allait de pair, comme avec les exemples sus-mentionnés. Même si je m'efforçais de paraître sur de moi, féroce et au-dessus de tout, je ne me croyais pas présomptueux au point de me croire supérieur au reste du monde. Je pouvais encore sentir l'haleine putride de mon cher père quand il m'enseigna les rudiments de vie des siens, ses griffes acérés se serrer contre mon cou alors qu'il tenait ma vie à une simple pression qui aurait fait craquer mes vertèbres et s'écouler mon jeune sang sur l'herbe fraîche, et cette voix inhumaine qui me murmurait "Plus fort viendra prendre ta vie un jour. Il y a toujours plus puissant pour dévorer les faibles. Sois fort, mais souviens-toi que tu finiras par être dévoré."
Non, je ne suis pas un sage, loin de là. Je suis juste un prédateur qui joue en attendant qu'arrive un jour un plus gros prédateur qui vienne prendre ma place. J'acceptais mon rôle dans ce cercle infernal, même si Dämons tardait à réclamer son dû. Ceci dit...

-Je ne prétends pas à la sagesse, mais les enseignements de mes ancêtres, si. Malheureusement ils ne s'appliquent pas dans cette sordide société que vous vous êtes forgés, et qui est bancale ; j'espérais qu'avec l'avènement de Forbesii, je pourrais à nouveau faire honneur à ceux que j'aimais. Les troubles que j'ai pu faire se ressentir dans les bas-fonds de vos cités, ce n'était que par nécessité, je ne pouvais me résoudre à perdre du temps à cacher mes actes sous peine de me faire capturer...

Mes mains glissèrent sur le tissu, de couleur noir, très bien choisie. Les vêtements étaient simple, mais de qualité, je n'avais pas à me plaindre, loin de là. Le draps qui masquaient encore le reste de ma dignité glissa sur ma peau avant de se retrouver au sol, et sans aucune gène me retrouvais nu devant Uranach, mon absence d'inhibition venant en grande partie de ma lointaine éducation.
Sans protester j'enfilais les vêtements qui m'étais proposés, heureux de sentir sur moi le toucher si délicat, qui contrastait fortement avec ce que j'avais l'habitude de porter lors de ces périodes où la survie primait sur le confort.
Je n'aurais pas du mettre beaucoup de temps pour m'habiller, mais je le pris, m'appliquant à lentement enfiler les sous-vêtements, le pantalon, le haut... Ça avait pourtant quelque chose de si banale de se vêtir, et pourtant, j'avais l'impression que cela changeais tout, que de prisonnier j'étais passé à la liberté.
Tandis que j'enfilais mes nouvelles bottes, qui s'avérèrent très confortable, je gratifiais mon interlocuteur de quelques précisions concernant Alatairë, et mes agissements lors de cette sympathique époque de ma vie.

-La Marche n'avait contre moi que des soupçons vous savez. Je soupirai. La gourmandise à bien failli me perdre sur ce coup-là, mais je n'aurai pas rencontré Dana. Elle me manque...

Mon regard se perdit das le vide devant moi, l'amertume clairement visible sur mon visage. Je n'étais pas triste non, car je savais que tôt ou tard elle mourrait. Non, j'étais nostalgique de ce temps si insouciant passé avec elle, et je regrettais à un point que nul ne pouvait imaginer de n'avoir pu revoir une dernière fois son sourire. J'étais parti en lui promettant de revenir vivant, et elle m'avait dit, de sa voie mélodieuse, qu'elle m'attendrait. Oui, elle m'avait attendu, et j'étais revenu, mais... tout ne s'était pas passé comme prévu.
Je me levais, et fis rouler mes épaules, ainsi que quelques pas pour me faire à mes nouveaux habits, et chasser mes pensées. Eurydice... elle se battait bec et ongle pour moi. Cela aurait du me faire plaisir, mais ce fut l'effet inverse... elle s'attachait définitivement trop à moi. L'angoisse m'étreignait, et je ne pouvais qu'appréhender de la revoir, tout en le désirant si... ardemment...
Que de conflit...
Je me retournai vers Uranach, le regard voilé, les lèvres pincées avec amertume. Tant de choses et de souvenirs anciens se bousculaient dans ma tête... je ne voulais qu'une chose, du repos. Oui, du repos, dans les bras de ma petite Ethérie...

-Peu importe les griefs que je peux garder à l'encontre d'Argental, ou de sa famille. Je ferais ce qui doit être fait. Et j'ajouterais que, mon général, je ne suis que le dépositaire d'un temps oubliés qui ne veut pas voir perdre son héritage. Vous... vous êtes un être d'exception, et cela se ressent. Vous changerez sans doute le monde, quand moi je ne me contenterai que de poursuivre dans l'ombre l'idéal de mes ancêtres...

Un sourire se dessina sur mon visage, alors que je repensais à ce rêve, cette voie que nous suivions autrefois. Cela me paraissait si loin et si proche, mon enfance, ma vie d'antan, où nous parcourions les chemins pour massacrer les plus faibles, engendrant dans notre sillage les conflits et le sang, afin que d'eux-mêmes les peuples se purifient d'eux-mêmes. J'avoue avoir longtemps réfléchis, lors de ces périodes où je cherchais un nouveau sens à la vie, au bien-fondé d'une telle philosophie, répandre la mort pour que seuls les forts survivent, et que ne prolifère pas les nuisibles, ces faibles qui avaient pullulé et créé la lie de leur sordide société.
Tout cela me semblait aussi bien futile, quand au creux de mes bras se nichait ce corps si frêle de Dana, dont la pâle lueur de jeune Lios me faisait voir chaque détail de sa peau. Je grimaçais subitement. Après avoir tant refoulé ces douloureux souvenirs, ils se glissaient avec nostalgie dans ma mémoire... Oui, je regrettais cette vie menée à Alatairë, comme je désirais revivre ma gloire d'antan. Mais les temps avaient changés, et moi avec sans doute. Les chants de mes ancêtres resteront toujours les mêmes ; seul celui qui les fait vibrer évolue au gré des caprices des Dieux.
Et s'il me tardait de faire revivre les rites de mon clan, j'avais tout autant l'envie de revoir ma petite Ethérie, et de faire fi de toute cette agitation guerrière... raison pour laquelle je m'en remettrais à elle, pour la décision de m'impliquer ou non dans ce conflit. Après tout, elle faisait désormais parti de ma vie...


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
Éventuellement, vous commencerez à y croire.
Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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Uranach
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Mar 11 Déc - 23:05

Un sourire en coin étira brièvement le visage d'Uranach, qui entre temps, était redevenu impassible. Le Sidhe se tenait debout dans la pièce, fixant son interlocuteur, ignorant le garde, qui avait repris sa place, en faction près de la lourde porte. Mais, même ainsi, Uranach donnait l'impression de ne pas être à sa place, ses vêtements usés, faisaient de lui une sorte de relique du temps passé. Il n'avait pas l'air plus frai, ainsi éclairé par les lampes de la petite salle, que dans la semi-pénombre qui avait baigné le couloir des cellules. Il se gratta distraitement son menton ombragé par sa barbe de trois jours. Ou de quatre. Peu importait le nombre. Uranach n'avait pas l'apparence impeccable d'un officier des Légions, et ni le bandeau crasseux qui masquait son œil, ni ses cheveux mal peignés, n'amélioraient son apparence. En revanche, l’œil unique qui lui restait étincelait, vif, brillant, un regard mordant, perspicace, et quand sa bouche se tordait en un sourire, on pouvait toujours y lire une pointe d'amusement, humour, ironie ou sarcasme, peu important. Il était arrogant comme au premier jour. Peut être plus. Un jeu. Akayel venait de lui dire qu'il n'avait pas chercher à dissimuler les cadavres mutilés, restes de ses repas, pour éviter de ce faire prendre, manquant de temps.

-Une perte de temps peut être, mais Capitaine, vous êtes quand même ici. Au final, vous vous êtes quand même fait capturer. Pas par la Légion, j'en conviens.

La voix d'Uranach mourut, le temps que le fils de Démon enfile les vêtements qu'on avait laissé là. Il ne fit pas grand cas de la nudité, pas plus que le soldat. Dans la Légion, on avait rarement le temps pour la Pudeur, et quand à Uranach, sa nature de Sidhe faisait qu'il était très à l'aise avec les corps dénudés. L'impassibilité du Garde confirmait que la pudeur était toujours un luxe, quand on partageait des baraquements avec des centaines d'autres légionnaires. La seule pudeur se faisait dans la distinction entre hommes et femmes, encore que, un légionnaire devait avoir suffisamment de discipline pour ne pas jeter ses ardeurs à la face de la première paire de fesses venues, de quelque sexe que l'on soit. Le Tieffelin prit son temps, comme s'il savourait ce moment, ce qui était peut être vrai. Mais sa captivité n'avait pas été si terrible. Uranach pouvait en témoigner, sa propre captivité, en entendant que la guerre se termine, avait été bien pire. Emaine et son homme lige l'en avaient sorti, pour mieux l'enfermer à nouveau, certes, mais tout de même, sa seconde captivité avait été plus agréable. Celle d'Akayel n'avait également pas duré très longtemps. Mais soit, que le Tieffelin enfile les vêtements comme cela lui chantait. Il attendit, en silence, jusqu'à ce qu'il reprenne la parole, en enfilant ses bottes.

-Quand à la Marche... Les Manteaux Gris auraient tôt ou tard fini par vous prendre. Vous n'étiez pas très discret. Fort heureusement, la guerre est arrivée. Enfin, nous y avons tous perdu quelque chose...

Ainsi vêtu, Akayel ressemblait à un prince, en comparaison de l'ancien dragonnier. Cela prêtait également à sourire, et il ne s'en priva pas. Ah qu'il devait paraitre vieux et usé à coté du Tieffelin, qui lui, conservait encore presque toute sa jeunesse. Lui, il avait perdu le roux flamboyant de sa chevelure, ce roux profond et intense, proche de la couleur du sang. A présent, il grisonnait, blanchissait. Un changement dut à son voyage, qui s'était fait progressivement. Le seul signe de vieillissement, puisque son corps était encore vigoureux, et ses muscles noueux. Le Tieffelin fut enfin prêt à remonter à la surface, où il rejoindrait certainement l'Ethérie qui avait âprement négocié pour sa libération, malgré les avis contraires et les mises en garde de ses prodigieux enfants. Finalement, ce qui lui dit l'ancien capitaine, finit par le faire rire. Un rire joyeux, mais dissonnant dans cette salle menant à des geôles sordides.

-Un être d'exception, rien que cela ? Peut être. Mais mort depuis longtemps. Les morts peuvent-ils changer le monde ? Peut être bien. Surtout lorsqu'ils marchent.

La porte devant eux s'ouvrit, sur un escalier suffisamment large pour laisser passer un prisonnier encadré par des gardes, bien que à ce niveau-ci de la forteresse, ce devait être assez rare. Les geôles pour les petits délits et petites trahisons se trouvaient au dessus. Ici, on y enfermait que ceux qui le méritaient. Ceux qui étaient dangereux. La remontée des escaliers fut rapide, ils n'eurent pas à s'attarder au niveau au dessus, une ascension accomplie d'une traite, et dans le silence. L'air frai du dehors, chargé de l'humidité de la région d'Hitokage s'engouffrait depuis les grilles qui donnaient sur la cour intérieure de la forteresse de l'Empereur. La lumière des torches fut remplacée par la lumière douce d'Aelius à travers les rideaux de nuages, donnant une teinte bleutée aux pierres. La sortie se faisait par un long boyau creusé dans l'épaisse muraille, seulement percé de chaque coté par des portes. Le porte de garde, salle de repos des geôliers se trouvaient près des grilles. Imposantes grilles de métal sombre, servant de portes, hérissées de piques. Uranach et Akayel les franchirent sans encombre, les deux soldats en poste les ignorèrent superbement.
La cour était humide, il avait plu. Les pavés luisaient d'eau, et la lumière gris bleu du ciel ne rendait pas la cour plus sympathique. La vie reprenait pourtant ses droits ici. Le son de la forge en action, le bruit des chevaux, les voix bruyantes des légionnaires et des serviteurs, après le silence des cachots, c'était un peu brutal. Peut être. La vie était brutale.

-Vous devriez la retrouver sans peine. Faites le moi savoir si vous décidez de me rejoindre, Capitaine. Vous verrez, vous n'êtes pas la seule relique de temps oubliés à être sorti de l'ombre ces derniers temps.

Uranach s'éloigna de quelques pas d'Akayel, et sans avertissement, ni grondement l'annonçant, l'orage se déploya autour du Samildanach, jaillissant de nulle part, nuages noirs, aux reflets violacés, gris, masse changeantes, vaguement illuminés par de bref éclairs intérieur. Il y eut un formidable roulement, un grondement sourd, comme le bruit d'un montagne s'effondra, et finalement, il n'y eut plus personne, ni orage dans le cour. Si Ayakel levait le nez, il le verrait parcourir les chemins qu'empruntaient les vents de Tuuli et les nuages de Virva.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Ven 14 Déc - 23:51

Son reflet lui renvoyait l'image de quelqu'un, quelqu'un qu'elle ne reconnaissait pas. La psyché ovale était encadrée de bois, fixée sur des pieds lui rappelant des pattes de dragon. Elle possédait enfin sa propre chambre, une chambre. Confortable, chaleureuse, quelque chose qu'elle n'avait jamais eu. Ou qu'elle avait du avoir, certainement, mais dont elle ne gardait qu'un souvenir diffus, une vague impression. La chambre était peut être petite par rapport à d'autres qu'elle avait pu visiter dans la forteresse, pendant la captivité d'Akayel. Ses murs étaient de couleur, trois étaient d'un parme apaisant, le dernier crème. Le sol recouvert de bois était un délice pour ses pieds nus. Une petite cheminée lui offrait toute la chaleur dont elle désirait. Elle avait un vrai lit, très loin de la misérable paillasse de sa cellule. Il était spacieux, le matelas était tendre, ne meurtrissait pas son dos, les oreillers ainsi que sa couverture, étaient tous faits de plumes. Les draps étaient changés par des servantes, environs toutes les deux semaines, plus tôt si elle faisait la demande. Les draps étaient toujours colorés, souvent différents, avec des motifs, parfois sans.
Elle bénéficiait d'une garde robe, typiquement Mornienne, un meuble carré, mais élégant, dont un coté était une penderie à double battant, et de l'autre, scindé en deux, par un placard à doubles portes, qu'elle pouvait fermer à clef, et des tiroirs. Elle y avait rangé les affaires et toilettes que l'Empereur lui avait généreusement fournis.
Elle avait une bibliothèque avec des livres, mais Eurydice ne savait pas lire. Ou peut être le savait-elle ? Elle n'avait jamais essayé. Et elle n'avait eu le temps de s'y intéresser. Devant l'âtre, une paire de fauteuils, des coussins moelleux, et des fourrures, pour s'y emmitoufler. Elle aimait cette chambre, certes assez sobre, mais dans laquelle elle se sentait bien. Elle n'était pas trop grande, et elle n'avait pas l'impression d'y paraitre déplacée.
Eurydice y avait dormi de longues heures, pas toujours seules, parfois ces enfants restaient dormir ici, surtout la plus petite, Maimu, parfois les Jumeaux, qui s'attachaient toujours à l'ombre de ses bas. Elle avait une fois dormi avec Nythil, lorsque Chrysaor avait été absent, emmené par l'homme d'Orage. Quelqu'un d'étrange que celui-là. Il avait assisté ses nombreux plaidoyers auprès de l'Empereur, en la faveur d'Akayel. Elle restait songeuse quand au cas du Tieffelin. Son fils, Lycurgus, lui disait de ne pas s'enfoncer, et refusait qu'elle puisse tenir à lui. Mais Eurydice se savait incapable d'amour, du moins, pas cet amour là. Elle n'en avait jamais éprouvé pour personne. Elle aimait inconditionnellement ses enfants, et ils le lui rendaient. Mais Akayel lui avait sauvé la vie. C'était une raison suffisante pour le sortir de là où il était enfermé. Et selon Eurydice, mieux valait la mort que l'enfermement. Elle avait vu Akayel, l'avait convaincu, comme le lui avait demandé, qu'il n'allait pas mourir, qu'il allait pouvoir sortir. Elle l'avait d'abord trouvé aussi amer, cynique, sauvage, instable, que lors de leur première rencontre sous une pluie battante, dans une rue crasseuse. Il avait été violent, et puis finalement, il s'était adoucis. Avant cette rencontre, elle avait obtenu de Lycurgus, avec l'aimable autorisation de l'Empereur, qu'il retire le parasite du cerveau du Tieffelin. Son fils ne l'avait fait qu'avec réticence. Et elle voyait son visage se crisper lorsqu'elle mentionnait Akayel. Il désapprouvait. Il avait peut être raison. Il était appuyé par Chrysaor, Nythil - qui dans une certaine mesure lui disait qu'il y avait mieux ailleurs - mais aussi par Erebus. Le Marcheur n'était jamais loin, les Jumeaux le tenaient en haute estime. Et la parenté ne faisait aucun doute. Il n'était jamais très loin d'elle non plus, surtout lorsqu'elle sortait dans les jardins, qui pour elle, était un véritable paradis, même sous la pluie.

Eurydice avait découvert qu'elle était libre, qu'elle pouvait manger à sa faim sans avoir à se vendre, qu'elle pouvait s'habiller, et être belle. Elle refusait cependant, que Nythil la maquille, ne c'était pas elle, et tout le maquillage du monde n'effacerait pas l'absence de ses bras. Elle faisait de longues promenades dehors, ces temps-ci, avec la pluie, et la fraicheur de l'air, elle s'essayait plutôt sous le petit patio de bois et de pierre, protégé du vent par les arbres, se réchauffant près d'un brasero, mais profitant tout de même de la quiètude des jardins. Elle en venait à apprécier l'endroit, malgré un coté austère et militaire. C'était toujours mieux en surface qu'en dessous. Les laboratoires et les anciennes cellules, tout avaient été détruits, il ne restait plus rien et tout avait été scellé. Creuser des sous-sols s'étaient permettre à un ennemi de saper les défenses en faisant s'écrouler les murs.
Après son entrevue avec Akayel, elle n'avait pas attendu, se sentant mal à l'aise. Elle était remontée à la surface, et n'avait pas trainé dans la cour, à l'ambiance un peu morose, malgré l'agitation habituelle. Elle était rentrée, et profitait d'un instant de solitude. Elle venait de se voir dans la psyché, en rentrant dans sa chambre. Le miroir n'avait pas été là avant. Encore un cadeau de l'Empereur. Elle fut surprise de se voir, même si, Nythil insistait toujours pour qu'elle se regarde, c'était comme si elle se voyait pour la première fois. Eurydice regarda autour d'elle, comme si elle s'attendait à ce qu'on la surprenne. Sa porte était bien fermée, puisqu'elle avait pris l'habitude de vérifier que personne ne pouvait rentrer sans sa permission. Une habitude prise très rapidement, même si cela n'empêchait pas certains membres de son entourage d'entrer physiquement dans la pièce. Pourtant, même les terribles Jumeaux effleuraient toujours son esprit, pour lui demander la permission d'entrer. Elle avait découvert l'intimité et le respect. Sauf qu'elle se sentait perturbée par cette psyché qui n'était pas là avant son entrevue avec Akayel. Elle se tenait immobile devant le miroir, admirant la facture de son cadre, de ses pieds griffus. Un objet qui s'accordait avec le reste de sa chambre. Elle se trouva plutôt petite, l'absence de ses bras ne la choqua pas plus que ça, malgré une silhouette semblant incomplète. La robe que Nythil avait choisi pour elle ce matin était vraiment magnifique. Le tissus était presque vaporeux, et si la jupe était d'un bleu nuit, en remontant vers son buste, le tissus s'éclaircissait en un bleu ciel, assez pâle. Une fine ceinture de cuir brun clair, presque miel, soulignait la ligne de sa poitrine, alors que la veste en soie sauvage, teinte en bleu nuit, drapait son corps. Elle avait troqué ses sandales, contre des petits chaussons à la semelle tressée, le reste étant fait de tissus. Une bûche roula dans l'âtre, la tirant de sa contemplation.

Eurydice se détourna de son image, subitement désœuvrée. Elle avait lutté si fort. Elle n'avait pas voulu que sa dette envers Akayel ne soit pas payée. Malgré la violence acerbe dont il faisait preuve, elle n'avait pas voulu avoir de dette envers lui. Et, elle lui devait sa vie. Même si elle pensait que la bande qui lui avait couru après, l'aurait laissée en vie. Elle soupira, effleurant du bout des doigts les broderies de son couvre-lit. Elle s'assit finalement au bord de celui-ci, fixant le sol, comme si le parquet était un sujet de contemplation intéressant. Elle secoua la tête, pour se tirer de sa torpeur, et finit par respirer un bon coup, se redresser, et finalement, de remettre des chaussures, des fermées cette fois - elle s'était mouillé les pieds en traversant la cour - de repasser un manteau plus chaud, et de sortir. Eurydice se lança dans une exploration de la forteresse, sans grand enthousiasme, errant sans but, mais découvrant de nouvelles pièces, encore inoccupées. Cela dura jusqu'à ce que Lycurgus n'effleure son esprit, comme s'il lui effleurait l'épaule, ou que le vent soufflait dans ses cheveux. Une sensation fugace, presque insaisissable, et qu'elle reconnaissait bien. Elle accepta la... communication. Et quand ce fut finit, elle fit demi-tour, refaisant tout le chemin qu'elle venait de faire. Un puissant grondement accueillit son arrivée au seuil des portes donnant sur la cour.
Les deux grosses portes, massives, en métal sombre, étaient ouvertes comme bien souvent, refroidissant tout le hall de cette aile de la forteresse. Plus exactement, les grandes portes étaient fermées, deux battants plus petits étaient ouverts. Eurydice passa par là, juste à temps pour que ses robes s'envolent et que ses cheveux s'emmêlent, l'orage éclatant, dégageant une puissance qui souffla aussi les capes rouges de la garde impériales sur le chemin de ronde. La cour soudainement assombrie redevint lumineuse, l'orage parti. Elle le chercha des yeux. Eurydice le trouva. Tout de noir vêtu, sortant de la partie réservée aux légions et aux prisons, elle l'attendit, certaine qu'il l'avait certainement vu avant qu'elle ne le voit lui.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Sam 15 Déc - 1:49

Qu'importe au final ce que pouvait penser Uranach à l'encontre de ma discrétion. Il était vrai quelque part qu'un certain manque de discipline avait pu s'instiller chez moi, motivé par un ennui croissant, une frustration liée à ce temps qui passaient. En effet, la première distraction avait suffit à me mener à ma perte ; mais je n'étais pas conscient du risque qu'était de jouer ainsi avec cette âme tombée entre mes griffes.
Sur toute les femmes des bas-fonds, ce fut la seule recherchée par une bande d’aberration plus insultante envers les Dieux que je ne l'étais moi-même. Un léger sourire s'esquissa au coin de mes lèvres. J'avais toujours eu de la chance.

-J'aurai peut-être du la dévorer, ou bien la laisser à son sort. Mais, je suppose que vous êtes apte à comprendre ce qu'une douloureuse perte peut engendrer...

N'avait-il par perdu son Dragon ? Il avait raison, tous nous avions perdu quelque chose, durant la guerre. Mais c'était cela qui la rendait si intéressante, ce que nous pousse à faire ou devenir ces pertes souvent précieuses. J'ignorais beaucoup de choses sur l'histoire d'Uranach, qui est de ces légendes dont on ne narre que la partie visible de la montagne, sans savoir jusqu'où plonge la roche, et tout ce qu'elle abrite en son sein.
Mais ce n'était pas comparable, j'en avais conscience. Je n'avais pas perdu un être m'étais lié, seulement... celle que j'avais aimé, en un temps qui semblait aussi effacé qu'Alatairë pouvait l'être. J'avais eu bien du mal, au début, à résister à l'envie de me laisser mourir au milieu des décombres, en espérant rejoindre Dana. Mais qu'est-ce que cela aurait changé ?... Strictement rien.
Et tuer Eurydice... quel intérêt aurais-je eu à faire cela ? J'aurai eu plus à y perdre oui.
Nous grimpâmes d'un bon pas l'escalier qui nous sortirait des entrailles de la terre, une scène que j'avais vu se produire et reproduire une quantité telle de fois que c'en devenait presque lassant, quelque part. Les mains jointes dans le dos, j'avançais d'un pas assuré, me tenant droit, le visage dur. Les vêtements que je portais était bien taillé, et malgré mon séjour dans les cachots, j'étais des plus présentable. A dire vrai, j'avais bien plus l'air d'un noble, que le grand Uranach ; mais j'étais le premier à savoir que les apparences étaient loin d'être exacts. Sous son apparence négligée et "chiffonnée", se trouvait un être de ceux qui m'inspirait un profond respect.
Un être que je n'égalerais jamais. Mais qui avait certainement des lacunes dans certains domaines. Comme nous tous. Il rit, semblant étonné de ma réflexion, qui pourtant était bien sincère ; et concernant la mort, qu'il semblait évoquer comme une fatalité en soi, c'est moi qui lâcha un petit rire avant de rétorquer.

-N'est-ce pas la mort d'une future impératrice, qui déclencha le pire bain de sang qui eut lieu depuis la Purge ? Et celle d'une cité toute entière qui y mit fin ? Mon ami, la mort n'est jamais une fin, bien au contraire...

Ma voix dut paraître assez acide, à ces propos liés à la mort. Sans doute de vieux souvenirs qui me hantaient. A bien des égards, j'avais l'impression que beaucoup des gens que j'eus croisés ces derniers temps étaient de ceux qui n'avaient que cela pour se vêtir, leur mémoire. Argental, Uranach, et même ma petite Ethérie, qui m'avait confié ne as avoir de mémoire ; mais son absence en soi y implique un certain degré d'importance.
Contrairement à ce que l'on pense, c'est ce qui est important que l'on oublie, la plupart du temps.
Et moi, qu'étais-je donc parmi ceux-ci, qui se raccrochaient à une guerre terminé depuis un siècle, moi qui croyaient dur comme fer à d'anciennes croyances, aux dogmes de Niskar ? Oui, la mort est un commencement, le prélude à la vie, et à l'épanouissement. L'on purifie le fer par le feu, et les hommes par le sang ; et cette voie, je devais être parmi les derniers, si ce n'est le seul, à la poursuivre, ou simplement à y croire.

Toutes ces pensés disparurent quand enfin nous émergeâmes, passant derrière les lourdes portes pour nous retrouver dans la cour... et j'esquissais un maladroit pas en arrière, qui manqua de me faire trébucher et retomber maladroitement au bas de l'escalier que nous venions de gravir.
L'air était encore humide, le sol trempé, et il devait, il y avait peu de temps, y avoir de l'orage. Cependant, Aelius avait choisi son moment pour se faire présent, et en reculant je lâchais un sifflement à peine audible, en me couvrant les yeux. Dur retour à la réalité, et quelle sentiment de faiblesse me parcourut l'échine tout en me faisant serrer les dents, alors que ma sensibilité pour l'astre qui s'opposait à mes origines ténébreuses s'illustrait en m'emplissant de dégoût...
Mais Uranach ne sembla pas s'en faire. Il m'encouragea à retrouver Eurydice, du moins ce fut ce que je compris, avant qu'en rouvrant les yeux, je pus constater que mon supérieur avait disparu, ce qui ne manqua pas de me faire sourire.

Quelques pas dehors m'amenèrent plus avant dans la cour. Paupières plissées, je tentais de laisser progressivement mes yeux s'habituer à cette damnée lumière, mais laissait mes autres sens parler. Je pouvais sentir dans l'air l'humidité, les odeurs de feu, de fumée. Entendre la forge, les chevaux, les hommes. La caresse du vent... tant de choses qui ne changeaient que très peu, au travers des époques, des lieux. A croire que... quelque part... certaines choses ne changeaient jamais.
Et, assez ironiquement, les aléas de la vie, son imprévisibilité, était aussi une chose constante, qui ne voulait visiblement jamais faire défaut à ceux qui sont dans de mauvaises postures. Je pouvais heureusement discerner sa silhouette plus aisément que d'autres, les personnes sans bras ne devaient pas courir les couloirs de cette forteresse. Je pressais ma main au-dessus de mes yeux, dans une tentative un peu désespéré de mieux y voir, et mieux la voir.

-Eurydice... Lâchais-je finalement.

Je m'avançais vers elle, et m'efforçais de paraître digne, même si mon visage devait arborer une expression de gêne évidente. J'esquissais un geste arrivé près d'elle, mais me ravisa bien vite. A dire vrai... comment savoir quel comportement était le plus adapté ? Devais-je la prendre dans mes bras, lui dire que j'étais heureux de la voir ? Il me semblait que dans ma tête beaucoup de choses se bousculaient. Et dans la sienne... je n'osais imaginer. L'espace d'un instant, j'imaginais ce qu'elle pouvait ressentir, elle, face à moi. Un être instable, imprévisible, sauvage, qui trompait l'ennui par la cruauté... comment pouvait-elle ressentir quoi que ce soit à mon égard ?
Comment avaient-elles pu ne serais-ce que m'accorder un regard ?...

Oh, et puis tant pis...
Je dus paraître brusque, mais là encore, j'agissais sous le coup d'une impulsion, mais une sans doute bien moins néfaste que celles qui m'avait poussé à la tourmenter pour mon simple amusement. Elle avait réussi à me faire perdre pas mal de mes repères, cette petite Ethérie, m'avait en quelque sorte attiré pas mal d'ennuis, et pourtant je ne pus réprimer cette envie de sentir son corps qui me paraissait si fragile contre le miens, l'encadrant de mes bras. Je les serrais contre elle sans pour autant la tenir captive, et resta le plus chaste possible, ne montrant aucun désir déplacé. J'étais soulagé de sortir enfin, et avant l'impression de me raccrocher à quelque chose de tangible. J'approchais mon visage de ses cheveux, humais son parfum, avant de m'éloigner doucement, de mettre fin à cette étreinte, sans la rejeter. D'une voix calme et quelque peu gênée, je lui glissais discrètement :

-J'aimerais te dire que tu es magnifique, et que ce que tu portes te vas à ravir mais... tout ce que je vois est flou pour l'instant. Allons en un lieu plus ombragé je te prie, Aelius ne se prive jamais de me rappeler à quel point je n'aime pas sa lumière...


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
Éventuellement, vous commencerez à y croire.
Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Lun 17 Déc - 21:45

Elle lui trouva la démarche incertaine, mais quand il fut suffisamment près, elle fit quelques pas à son tour, s'avançant dans la cour au sol détrempé. Comme elle ne pouvait pas maintenir ses bras via son pouvoir de Tisseuse très longtemps, elle ne pouvait pas lever ses jupes, comme ses dames de la Cour, ou même les servantes, bien que la mode Mornienne fasse que parfois, les dames n'aient pas besoin de recourir à ce geste, pour garder leurs vêtements au sec. Mais les kimonos de tissus chatoyant et aux milles motifs, n'étaient pas faits pour Eurydice, qui ne possédaient pas de bras qui puissent être mis en valeur par des manches plus ou moins longues. Tout cela pour dire, que Nythil avait fort bien choisi, la robe lui arrivait à peine aux chevilles, et ses chaussures avaient des talons plats, mais suffisamment épais, pour éviter qu'elle ne se salisse. Elle s'arrêta quand il fut devant elle, et elle sentit le malaise. Elle détourna un instant le regard, comme gênée, pendant ce moment de flottement. Elle réfléchissait rapidement, cherchant quoi dire, à part prononcer bêtement son prénom. Il savait qu'il s'appelait Akayel, inutile de le lui rappeler. C'était étrange, comme situation, alors qu'ils s'étaient vus, seulement quelques heures avant. Mais elle avait la sensation que ces retrouvailles se passaient après plusieurs années. Elle fronça ses jolis sourcils quand elle fit une ombre au comportement étrange, elle fit la moue, secouant très légèrement la tête, comme une mise en garde. L'ombre cessa son comportement peu naturel.
Elle redressa la tête, et ouvrit la bouche pour parler, mais Akayel la devança. Il semblait toujours avoir une longueur d'avance sur elle, et s'en était presque frustrant. Elle allait l'inviter à la suivre. En revanche, elle ignorait qu'il était vulnérable aux rayons du Soleil. Ils s'étaient rencontrés un jour de pluie, le ciel était si sombre, qu'il avait fait presque nuit. A cet instant, elle aurait aimé, lui prendre la main, pour le guider à l'intérieur, mais elle ne le pouvait pas. Et elle n'allait pas user de son énergie pour ça, son maître de tissage lui disait qu'elle manquait encore de pratique, et surtout d'endurance, la moindre utilisation de son don, la fatiguait rapidement.


-Tu... Tu n'as pas besoin de me le dire. Même quand tu pourras voir correctement. Je ne suis pas... Eurydice
s'interrompit et soupira,
viens, j'ai eu le temps de visiter un peu, je sais où nous pourrons être tranquille.

Elle avait d'abord pensé aux jardins, mais avait opté pour la pénombre de la verrière, les plantes avaient fini par former une véritable jungle, et les jardiniers embauchés par l'intendance ne s'y étaient pas encore attaqué, dans l'espoir de la remettre en état. Certaines vitres étaient brisées, il y faisait parfois assez froid, mais... Ou alors, elle pouvait simplement l'emmener dans sa chambre, mais... Eurydice se mordilla la lèvre, cela serait peut être un peu tôt. Enfin, elle ne savait pas si... Elle se maudit pour ne serait-ce qu'y avoir pensé. Finalement, un seul bras lumineux apparu, sortant de son manteau, gonflant la manche, sa main vint prendre celle d'Akayel, pour le guide jusqu'à la pénombre des portes. Elle passa celles-ci, et ils se retrouvèrent dans ce qui servaient d'entrepôt. Elle lui fit traverser cet espace, jusqu'à une seconde porte, qui elle, donnait véritablement sur une partie de la Forteresse. Elle lui lâcha la main, faisant disparaitre son bras, les fils lumineux tombèrent comme coupés, avant de s'éteindre et de ne laisser aucune traces. Elle attendit un peu, avant de parler, qu'ils soient loin d'oreilles potentielles, entrant dans la partie semi-abandonnée par la cour, et encore en cours de rénovation, où étaient progressivement installés les quartiers de ceux qui venaient des Sous-sol.

-Je suis soulagée qu'il ait accepté de te libérer. J'ai cru qu'il ne le ferait pas. Je...

Elle tourna son visage vers lui.

-J'ai accepté de rester ici, avec mes Enfants, et de ne pas te suivre, si tu étais libre de partir. C'était son prix. Je ne pouvais pas supporter de savoir que tu resterais enfermer dans le cas contraire. Personne ne mérite d'être enfermé. C'est plus cruel que la mort. Et... tu m'as sauvé la vie, quoi que mes enfants puissent en penser. Il n'y avait personne pour m'aider, mais tu l'as fait. Je ne pouvais pas te laisser enfermer, là en bas.

Alors oui, il l'avait aidé, peut être pas avec les meilleures intentions du monde, mais... Plus elle y pensait, plus elle se disait qu'elle devenait folle. Qu'elle devrait écouter Lycurgus, et s'éloigner de lui. Mais c'était devenu presque impensable, même si elle éprouvait encore de la peur, à l'idée de ses réactions violentes, imprévisibles. Elle savait qu'elle se ferait peut être mal. Mais... Il y avait toujours un mais, pour faire pencher la balance de son jugement d'un coté ou de l'autre. Elle ne savait jamais à quoi s'en tenir avec Akayel, mais savait-elle réellement, ce qu'elle-même, voulait pour elle ? Elle continuait d'avancer, lentement, elle ne le regardait plus, et regardait maintenant ses pieds.

-Et si tu es sorti, souffla-t-elle, c'est qu'ils t'ont dit, pour la guerre. Je ne suis pas sensée le savoir, mais mes enfants m'en ont parlé. Je suis désolée...

Eurydice avait l'impression de l'avoir vendu, plutôt que d'avoir obtenu sa libération. Elle n'était pas stupide, mais cette fois, elle avait joué avec plus puissant qu'elle, comme toujours. Elle avait la désagréable sensation qu'elle avait perdu, un sentiment de malaise, la sensation d'être enfermée.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Jeu 27 Déc - 1:18

Malgré mon temporaire handicap, j'essayais de la distinguer parmi les ténèbres, alors qu'elle parlait, sans omettre de l'écouter. Même si elle ne finit pas sa phrase, Eurydice semblait en désaccord sur le regard que je portais sur son physique ; certes pour le moment je ne pouvais juger de son habillement, mais pour avoir plus que vu son corps... mais je ne dis mot. Cet instant avait un petit quelque chose, qui donnait envie de le laisser durer, sans l'interrompre par un commentaire déplacé. Je pouvais l'imaginer rougir pendant ce petit moment de flottement où elle se demanda certainement quel lieu conviendrait à ces retrouvailles, pendant que je souriais à moitié, les yeux plissés qui tentait tant bien que mal d'afficher un air tendre. Car c'est ce que je ressentais à son égard, son inquiétude vis-à-vis de moi. Malgré des siècles de vie solitaire, et une jeunesse passé lors d'une époque où les villes, l'hygiène, et toutes les choses de ce genre, n'existaient pas vraiment, mais elle voulait comme prendre soin de moi, en quelque sorte.
Et ce, malgré tout ce que je lui ai fait, et ce que je pourrais encore lui faire.
Ah, cette si douce lumière, presque lunaire... je pus effleurer cette énergie qui donnait corps à l'un de ses bras, m'en saisir, pour lui emboîter le pas, lui faisait confiance, étant donné ma légère cécité.

La lumière laissa place à l'obscurité, et mes paupières papillonnèrent un instant alors que les formes redevenaient plus clair après de légères mises au point. Je continuais à la suivre, jusqu'à ce que nous nous arrêtions, et que mon regard puisse enfin clairement se poser sur l'endroit qui allait nous abriter un moment, puis sur Eurydice. Après tout, n'étais-ce pas le plus important, de pouvoir admirer son visage, emprunt d'un sentiment indéfinissable, avant qu'elle n'exprime une chose que je savais déjà. Mais je la laissais faire, certaines choses... avaient besoin d'être dite, parfois.
Et je la laissais faire, parler, affichant une certaine neutralité. Ma petite Ethérie en avait des choses à dire, et sembla à la fin de son plaidoyer un peu distante, craignant sans doute ma réaction. Oui, elle avait pris la décision de rester quitte à refuser de me suivre, pour que je sois libre. En un sens, elle n'avait pas tort de se sentir gênée, j'aurai bien pu lui en vouloir, mais... étais-je vraiment odieux à ce point ? Ou était-elle seulement trop gentille pour ne pas s'en vouloir.
Elle se rapprochait, mais n'osait me regarder. Elle parla de la guerre, et ne put voir la moue peu enjoué qui marqua mon visage. Oh, qu'elle le sache n'était pas un problème, qu'elle en parle... était-ce bien le moment ? Sans doute, si elle voulait changer de sujet. Mais elle s'en voulait, et s'excusa. Un léger soupir s'échappa d'entre mes lèvres.
Ah, Eurydice...
Ma main se posa sur son épaule, comme pour couper cours au fil de ses pensées. L'autre se porta alors vers son menton, lui prenant délicatement entre le pouce et l'index et la faisant le regarder dans les yeux. Je pus constater, en voyant plus posément, que ma peau étai aussi blanche que la sienne, mais si... différente... sa peau dégageait une très pâle lumière, alors que la mienne était couvert d'une fine pellicule d'ombre...

-Eurydice... merci. Je marquais une pause,lui souriant. L'on m'a en effet parlé de ce qui se passait, et n'ai crainte que je t'en aurais parlé. Pour tout te dire, je n'ai pas encore accepté quoi que ce soit ; je voulais que nous en discutions tout les deux au préalable. Tu vas m'avoir sur le dos un moment après tout.

Je n'eus pas conscience d'avoir légèrement penché la tête sur le côté, mes yeux mi-clos et ce sourire sur les lèvres me donnant alors un air sûrement assez étrange, de ce charme ténébreux si propre aux Svarts. Que dire, que penser après cela ? C'était vraiment d'étranges retrouvailles, mais depuis que je m'étais amusé à ses dépends rien n'était vraiment normal dans l'enchaînement de péripéties qui avaient suivis, comme si je ne sais quel Dieu avait eu l'envie soudaine de jouer avec moi, et ils devraient pourtant savoir à quel point je n'appréciais que très peu ce genre de choses.
Quoi que... je la voyais face à moi, même s'il semblait manquer un quelque chose à sa silhouette... je ne pus que la dévorer des yeux. Ma main quitta son visage, mais pas sa peau ; elle glissa sur son cou, en caressant délicatement la courbe en descendant. Puis mes doigts se changèrent alors en griffes, et remontèrent avec lenteur, leur dangereux tranchant glissant sans lui faire de mal sur sa gorge. Je pouvais sentir le sang battre sous mon toucher, les légers frissons... J'écartais mes phalanges à la forme changeante d'elle, sans pour autant m'éloigner ; je m'approchais même un peu plus, si proche que je pouvais sentir son odeur, et ma voix se fit murmure, accompagné de mon souffle chaud qui devait caresser sa peau...

-Veux-tu encore de moi, belle Eurydice ?... Tu n'as plus aucune obligation vis-à-vis de moi ; tu ne me dois rien. Après tout ce qui est arrivé... Je marquais une pause, gêné, détournant le regard. ... si tu ne souhaitais plus me revoir, je le comprendrais.

Je songeais, en regardant l'endroit plongé dans une partielle obscurité, que nous avions le chic pour nous retrouver dans des endroits ayant des airs délabrés, de lieu aussi décousus que la mémoire de ma chère Eurydice, et pareillement encombré et poussiéreux que mes souvenirs. Telles deux faces d'une même pièce, ombres et lumière, souvenirs et oubli, dévoreur de chair et chairs dévorés... Le destin avait toujours eu un petit quelque chose de pervers dans la manière dont il orchestrait le cours des évènements, pour donner lieu à pareille situation. A croire que les Dieux aimaient se délecter de ce genre de choses... L'air sembla pesant autour de nous, la gravité de mes mots, de ma question, ma demande, se faisant ressentir. Oui, j'étais prêt, si elle le désirait, à quitter à jamais sa vie ; non seulement je ne désirais pas m'attacher à quelqu'un qui ne ferait cela que par devoir ou, pire, pitié, mais aussi sans doute parce que... si ne plus me revoir était ce qu'elle voulait, lui accorder était pour moi une chose à faire.
Car... je pourrais m'avancer en disant que je... et bien, que je l'aimais, sans doute.

Un pas en arrière. Un regard coupable. Je déglutis. Que dire de plus, que faire, que... que pouvais-je attendre comme réponse de sa part ?... Elle me semblait bien lointaine, cette soirée pluvieuse, ou je m'étais amusé à ces dépends. L'ennui me tiraillait, et elle n'était qu'un jouet, et malgré tout l'intérêt que je lui avais porté... remplaçable, comparable à un animal. Était-ce encore le cas ?
Certainement pas, non...
Mais je constatais avec un certain désarroi que les relations que j'avais eu avec les femmes ces derniers âges étaient compliqué. Enfin, avec Dana, puis désormais cette petite Ethérie. Le temps béni que je coulais dans mon clan, ou la vie était bien plus simple, semblait bien loin. Cette époque, où la parole de Niskar était encore une loi incontestable... Le temps avait altéré, et même enterré tout ceci. Le nom d'un Seigneur d'avant le premier Âge était comme perdu à jamais dans les limbes de l'oubli.
Le temps, l'oubli... des choses qui revenaient sans cesse dans mon esprit. Tant de souvenirs, d'évènements vu et vécu... je ne devrais pas attaché autant d'importance à quelque chose, ou... à quelqu'un.

Et pourtant...


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Ven 4 Jan - 15:52

Eurydice ferma les yeux, sentant son coeur devenir lourd. Elle s'éloigna d'un pas d'Akayel, secouant la tête. Il n'avait pas comprit ce qu'elle venait de lui dire. Et quand à ses questions, à lui, celles qu'il venait de poser, elle se sentait incapable d'y répondre. Tout son instinct, tout son être lui criait de le fuir, que c'était dangereux. Une partie d'elle même, était irrésistiblement attirée. Lycurgus expliquait ça par le fait que Akayel soit un fils de démon. Nythil n'avait fait que confirmer cette impression, elle lui avait même clairement décris ce qu'Eurydice ressentait, lui affirmant ce que c'était ce que ressentait Lios et Svart en présence de l'un et l'autre. Une attirance mutuelle, mais teintée de danger, parfois de haine. Pour la Lios aux cheveux rouges, amour et haine étaient souvent très proches. Eurydice resta un instant interdite, Akayel ayant lui même reculé d'un pas. Quel étrange spectacle devait-il offrir, tous les deux à fuir leurs regards, à avoir mis de la distance entre eux, dans cet étrange corridor, où les ombres d'un passé dont Eurydice ignorait tout dansaient, sur les murs noircis par les flammes. Elle releva la tête, ses yeux gris accrochèrent ceux d'Akayel, et elle se redressa, rassemblant son courage. Elle aurait cru que sa voix se serait mise à trembler, mais ce fut une voix claire et ferme qui sortit de sa bouche.

-Tu n'as pas compris. Akayel, j'ai accepté de rester avec mes enfants, en échange de ta liberté. Tu ne peux pas rester ici. L'Empereur ne veut pas de toi entre ses murs. Mes enfants finiront par te tuer si tu restes, ils n'éprouvent aucune affection pour toi. Que tu acceptes ou pas l'offre d'Uranach, tu n'as pas le choix, tu dois partir d'ici. Et moi, je dois rester. Si je pars, mes enfants me suivront, et toi, tu n'y survivras pas.

L'éthérie finit par s'adosser à un meuble branlant, jetant un regard plein d'appréhension à Akayel. Non pas qu'elle ne sentait pas capable de se défendre, mais maintenant, l'idée de l'avoir emmener ici pour parler ne semblait plus si bonne. Elle était incapable de sentir ses enfants, Talyne et Talfryn, et encore moins de sentir le Marcheur, Erebus. Ce dernier ne portait vraiment pas Akayel dans son cœur, et s'il lui en donnait l'occasion, le Marcheur se ferait un plaisir de tuer le Tieffelin. Et elle même ne savait pas ce qu'elle ressentait pour lui, parce qu'il était le premier venant de l'extérieur à avoir, pris soin d'elle, en quelque sorte. Mais elle ne s'était jamais sentie en sécurité, elle n'avait jamais rien éprouvé qu'une constante peur au ventre, traquée, chassée, la peur d'avoir mal, d'être dévorée. Se sentait-elle capable de toujours la ressentir ? Elle avait peur de lui, et il faisait preuve d'instabilité, comme il le lui avait encore démontré plutôt, lorsqu'il était encore enfermé. Était-elle prête à vivre ça ? Constamment ? Non. Certainement pas. Elle n'était pas assez forte. Et si elle le suivait, elle ou lui, finirait par en mourir.

-Et si je pars avec toi, je ne suis pas certaine de pouvoir y survivre. Ton monde est trop différent du mien Akayel. Tout mon être me crie de te fuir depuis notre première rencontre. Cet instinct finira par me rendre folle si je reste avec toi. Et toi, seras-tu toujours capable d'être calme et bon avec moi ? Je ne le crois pas, parce que ce n'était pas dans ta nature Akayel.

Eurydice se sentait désolée, triste pour lui. Mais c'était sans doute la vérité. Si lui ne mourrait pas, elle était certaine qu'il finirait par la tuer, plus ou moins indirectement. Il avait déjà voulu le faire, lorsque ses enfants étaient venus la chercher. Alors, pour sa propre survie, elle ne pouvait pas partir, et surtout, elle ne devait pas rester auprès de lui. Ils étaient un danger pour l'un l'autre.


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Akayel
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Sam 5 Jan - 1:01

Mes yeux durent s'écarquiller de surprise. J'étais... décontenancé. C'était comme si jusqu'ici je ne voyais qu'elle et qu'à présent... je prenais conscience de tout ce qu'il y avait autour de nous, une pièce immense... et aussi tout ce qu'il y avait entre nous.
Je vacillai légèrement.
Mon univers semblait s'effondrer.
J'étais redevenu le soldat que j'avais été, laissant derrière lui l'être instable qui cherchait le frisson capable de faire vibrer son corps qui lui semblait avoir tout vécu, tout ressenti. Et j'avais naïvement cru qu'Argental n'essayerait pas de me nuire un peu. Pour quelqu'un qui souhaitait me voir de son côté...
Sauf que je n'étais qu'en option, pour ainsi dire. Alors qu'Eurydice... l'avoir, c'était avoir ses enfants. J'aurai pu m'énerver, j'aurai pu crier. Chercher à débusquer ce Tar Sùrion et présenter mon pied et sa tête, pour faire plus ample connaissance. Mais non. Le guerrier que j'étais redevenu avait encore souvenir d'une discipline stricte, comme incrustée dans ma peau. Celle d'une enfance presque militaire, de toute une culture n'ayant pour elle que la mort, et le combat.

Mon monde. Son monde... Il aurait été peut-être trop simplet de dire que nous vivions dans le même monde... sauf que je n'étais pas de ce genre là. Et elle n'avait pas tord. Elle ne savait pas qui elle était, alors que moi... j'étais le vestige d'un autre âge... Elle avait raison, c'était ça le plus douloureux. Et la petite Ethérie se posa, et dit tout cela avec une certaine fermeté. Ne pas me mentir, qu'importe les conséquence. Les choses étaient comme ça, point.
Et moi... je me sentais mal, ne sachant plus ou poser mon regard. Cherchant quelque chose, une échappatoire, mais je n'arrivais pas à me concentrer, à penser. Et elle était là, face à moi. A me dire toutes ces choses, que j'aurai voulu ne pas entendre...

C'est sur elle que je jetai mon mal-être. Sans me rapprocher à toute vitesse. Sans la tirer brutalement. Je secouai la tête, la fixai d'un air vide, et marchai, les jambes tremblant légèrement, les dents serrés. Et brusquement, je me collai à elle, la serrant contre moi. Las de tout ces mots, de tout ce qui se tramait autour de moi. Les intrigues, les jeux, la cruauté, les souvenirs...
On arrive parfois à ce moment, où les mots ne suffisent plus, que plus rien ne suffit pour s'exprimer. Mes bras se serrèrent autour d'elle, croisés dans son dos. Je n'y allais pas trop fort, je ne lui voulais aucun mal. La sentir près de moi, au moins une fois sans que ce ne soit lors d'un petit jeu consistant à lui faire perdre la tête, comme cette soirée sous la pluie, qui semblait si lointaine...

Ma gorge était nouée, et je ne saurais pas vraiment dire combien de temps je suis resté ainsi, immobile, à sentir son corps contre le mien. A... profiter, comme autrefois, de choses qui dépassent les mots et la compréhension, ce que répétait souvent une petite Lios, il y a un siècle environ.
C'était une autre vie... une autre vie... ma langue se délia, et je pris une inspiration, hésitant. Le silence se fit de nouveau pesant mais... autant aller jusqu'au bout, dans un murmure, glissé à son oreille.

-J'avais une vie, là-bas, à Alatairë. J'avais une boutique, des clients... je passais mes journées à travailler, ou à jardiner, quand il faisait assez gris. J'ai même publié des bouquins, on pourrait en retrouver des copies...

Sur l'alchimie, bien entendu. Akayel Shar'evar, brillant étudiant à l'école d'Armenelos. Une autre époque... des cours de biologie, de botanique. Quelques rudiments de technomagie. Un haut niveau de scientomagie... Eurydice n'était pas nécessairement obligé de savoir que j'avais eu un apprentissage approfondi dans un domaine qui... la touchait de près.
De l'intérêt, notamment pour ses méthodes, l'énergie tirée de l'éther, l'usage du mana... et un peu de génétique oui, mais pour des raisons personnels, que je préférais enterrer loin dans ma mémoire.

Et je la retenais contre moi, je voulais l'avoir à nouveau contre moi. Je pouvais sentir son odeur, mon nez dans sa chevelure, qui caressait ma peau, mon visage... Je pouvais sentir son souffle, son cœur. Je ne saurais pas dire si elle en avait peur, de cette proximité. D'être ainsi, prise dans mon étreinte. Mais je n'avais nul envie de lui faire du mal, juste... de profiter.
Comme autrefois... quand j'étais...
Ah... déjà un siècle...

-J'ai tant perdu... c'est sûrement pour ça que je suis si brutal, si... sauvage. Et... il y avait Dana... Je me demande encore pourquoi elle m'a aimé. Et attendu, durant tout ce temps... j'avais pu revenir, malgré la guerre, pour la revoir, et elle était toujours là, dans notre maison, malgré sa fragilité, à cause de... de...

J'en avais connu, des femmes. Parmi les miens, les belles Svart, guerrières farouches à l'air mutin, qui voulaient surtout de moi un enfant. Un être unique... comme moi. Mais peu on vraiment voulu devenir ma compagne. Enfin, qu'importe... c'était une autre époque. On était une communauté, un clan, avec des coutumes particulières, et j'étais moi-même spécial...
Je les avais élevés, vu grandir. J'ai toujours été là, les voir vivre, mourir... et je n'ai jamais pu fonder moi-même une lignée.
Cela m'avait hanté, et j'avais étudié, cherché à comprendre, pourquoi cela n'avait jamais marché... rien dans les livres ne me permit de trouver réponse, mais... Mei... je l'avais tant remercié pour cela... et tant maudit par la suite...

Ils avaient du mal à sortir, ces quelques mots, coincés bien loin, au plus profond d'un cœur qui se voulait cruel et sans âme. Derrière le monstre, il y avait pourtant de la douleur, de la peine. Pour Dana, ma femme, celle que j'aimais, et...

-... l'enfant qu'elle portait.

Ce fut dit. Une chose que je gardais pour moi depuis un siècle, que je ne voulais pas admettre, ne plus jamais y penser. Jamais. Alatairë... J'avais perdu plus que de délicieuses chairs. Plus que des grimoires, de futiles possessions... mais l'amour de ma vie. Une future famille. Rejeter ainsi de si beaux... et désormais si dangereux souvenirs... quelle douleur, de repenser à ces moments qui m'avaient semblé duré si longtemps et si peu à la fois, où elle était blottie contre moi, alors que je caressais ce ventre qui abritait le fruit de notre amour si... improbable...
Et la peur aussi. Savait-elle vraiment qui j'étais ? Ce que j'étais ? Un monstre, une abomination, un Tieffelin abject... j'étais certain qu'elle le savait, mais peu lui importait. Elle... m'aimait... cela me parait encore si impossible, utopique pour un être comme moi...
Peut-être méritais-je, dans le fond, de voir mes rêves se briser. De me voir détruire tout espoir avant qu'ils n'aient le temps de vouloir percer... même si cela ne justifie en rien ni n'excuse ce que j'avais fait à Eurydice. Cela m'avait amusé, et maintenant je m'en voulais, et pas qu'un peu. A la voir à présent...
Le silence s'étira, la tristesse gonfla mon cœur, qui battait si fort, accompagné par mon souffle qui peinait à retrouver un semblant de calme... Et je déglutis. Je me forçais à reprendre, m'éloigner de ces mots qui flottaient encore dans mon esprit, que je ne voulais que chasser loin de moi. Ce n'était plus que... de vieux souvenirs...

-Mon monde... est mort, Eurydice. Par deux fois les Dieux m'ont arraché tout ce qui comptait pour moi. Comme s'ils me punissaient d'être un dévoreur de chair, en arrachant celle de ceux que j'aime. Alors je n'aime plus... je ne veux plus aimer... je veux juste...

... mourir. Un simple mot. Une simple idée. Un papillon insignifiant, qui battait des ailes dans la tempête qu'était mon esprit, qui semblait suivre le vent, mais qui en était à l'origine. Un tout petit rien, que je ne pouvais pas me résoudre à prononcer, non, c'était impensable. Je ne pouvais pas le vouloir. Me donner la mort... qu'en penserait les miens ? Et que dirait-elle, ma belle Dana ? Elle se sentirait mal, convaincue que je n'aurais pas supporté sa perte... ce n'est pourtant pas sa faute. Elle n'a pas voulu finir ainsi. Je ne l'ai pas voulu non plus.

Étais-je vraiment ce monstre, qui semblait répugner cette petite Ethérie, la faire se méfier de moi, malgré ce quelque chose qui l'attirait ? Oui, sans aucun doute. En mon cœur et mon corps, battait le sang d'un fils de fiélon. Le dernier descendant du sang qui a défait Niskar, le Seigneur Fou, lié par l'honneur aux dogmes qui me furent enseignés.
Mais aussi un soldat, un capitaine. Cela n'avait presque rien changé, je suivais toujours une discipline stricte, le contexte changeait, et l'honneur approuvait. J'avais des hommes sous mes ordres, que je menais d'une poigne de fer, sans pour autant les malmener. Au contraire, malgré ma sévérité, ils m'auraient suivis jusque dans l'antre de Dämons...
Et l'alchimiste, calme et patient. Attendant le bon moment. Toujours de la discipline, mais imposé par soi, dans une liberté dont je n'avais jamais vraiment voulu. La mort était toujours là, le plus souvent tarifié ; mais la soif de connaitre, d'apprendre... chaque poison que j'avais créé, avait aussi son antidote. Il n'y avait pas que la mort, dans tout ce que je touchais.

Et Eurydice. Ah, Eurydice ! Des décennies d'errance. Réduit à l'état de bête, au pire de ce que j'étais. Plus de discipline, plus de patience, rien ! Nada ! Juste l'envie de me sentir vivant, d'être sûr de ne pas avoir trépasser avec la cité... sans doute.
Je l'aimais, oui, je le dis, je pourrais certainement le revendiquer, sauf que... je ne pourrais pas, non. J'en serais incapable. Pas après ce que je lui ais fait, pas maintenant que... j'ai vu cette crainte dans ses yeux. Après avoir essayé de la rejeter... de fuir ce qui m'avait blessé, que ne recommence à pleuvoir les morts, et un jour pleurer la sienne.
Et j'étais là, pauvre fou, dans ses bras, à lui raconter ma vie ! Ou plutôt ma non-vie. L'existence d'un être qui n'existait plus vraiment... car l'on est beaucoup défini par les gens qui font partis de notre vie. Et... plus personne ne faisait parti de la mienne. Tous étaient morts. Tous mourraient. La vie continue, et le temps déchiquette ce monde avec lenteur pour qu'il ne soit jamais vraiment pareil.

Plus personne ne se souvient de qui fut Niskar. De son histoire. Les chants s'étaient tus, et même moi... ne les prononçait plus.

-Tu seras bien plus heureuse sans moi, oui. Je ne suis jamais qu'un semeur de mort, qui prend plaisir à répandre le sang. Qu'importe le visage que j'arbore... nomade, soldat, commerçant... Dämons m'accompagne. Je... n-non, oublie... oublie-moi...

Mes bras quittèrent son corps. J'avais l'impression qu'ils étaient raides, qu'ils ne voulaient pas se séparer d'elle, réticent à mettre fin à cette étreinte, peut-être la dernière. Je constatais que mes joues, mon visage, étaient humides, sans me rappeler quand j'avais commencé à verser des larmes. Larmes qui s'étaient taris, j'en avais déjà assez versé par le passé.
Je les revoyais, ces fantômes, en la personne d'Eurydice. Dana, maître Korlam, mes braves soldats, mon oncle... mère... et tout les miens. Je détournais le regard, me détournais d'elle, et d'eux. Je ne voulais pas m'attacher, qu'elle reste un jouet, et moi une bête sadique qui ne veut que ressentir quelque chose. Pour sûr, je ressentais à présent... mais j'aurai préféré...

...mourir...

-Prend bien soin de toi, et de tes enfants. Tu... tu as de la chance, d'en avoir qui t'aiment tant... Tu es un véritable trésor, même si tu détestes ce mot ; car malgré ton apparence, tel un coffre de bois brut qui pourrait sembler banal et sans intérêt, il y a en toi des choses plus merveilleuses que tu ne l'imagines sans doute...


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Jeu 14 Fév - 21:31

Elle sentit la peur, cette sensation qui s'insinuait partout, qui faisait qu'elle se raidissait, qu'elle se crispait d'appréhension. Son regard trahit presque sa panique, et pour un peu, ses jambes se seraient mise à trembler, alors qu'il avançait vers elle. Eurydice s'attendait à une réaction particulièrement violente, mais ce fut tout le contraire, elle se retrouva coincée dans une étreinte étonnamment douce. Elle n'osa pas bouger, elle se figea, comme un animal prit de panique. Elle ne fit pas appelle à ses bras pour répondre à son étreinte. Il s'écoula un temps qui lui sembla s'étirer à l'infini, jusqu'à ce qu'Akayel se mette à parler. Il parlait à voix basse, comme s'il avait peur d'être entendu. Elle, elle retenait son souffle, de peur de briser cet instant, de peur de subir finalement, cette réaction violente, qu'elle avait attendu. Elle se força à respirer par le nez, lentement, pour calmer les battements de son cœur. La peur ne faisait qu'attiser le prédateur, elle le savait. Elle ne bougeait pas, se concentrant autant sur sa respiration, que sur ce qu'il disait. Il s'ouvrait à elle, lui parlant de chose que peut être, elle avait pu connaitre. Les Ethéries vivaient longtemps. C'était tout ce qu'elle savait. Elle ne se souvenait de rien. Elle était incapable de se souvenir de son véritable nom, et d'autre chose que du sourire et de cette bouche qui l'appelait trésor, derrière la vitre, près de son visage. Un souffle chaud et déplaisant. Elle faillit en frisonner, et chassa ces images, ses souvenirs qui n'avaient rien d'heureux. Lui en revanche, il en avait. Une vie passée. Et cette femme, cette Dana qu'il chérissait, elle aurait pu lui donner une famille. Les yeux de mer d'Eurydice s'écarquillèrent lorsqu'elle l'entendit parler d'un enfant. Son cœur à elle se serra. D'enfants, elle n'en voulait plus. Avec personne. Elle avait suffisamment engendré d'enfants comme ça. Et au fond d'elle même, une voix chuchota qu'elle avait peur, peur de savoir si elle était capable d'engendrer autre chose que des monstres. Son cœur se serra à nouveau. Elle aimait ses enfants tels qu'ils étaient, ce n'étaient pas leur faute. La voix pernicieuse siffla que non, que c'était la sienne.
Son cœur se serra encore. Il avait eu la chance de connaitre un monde à lui, qu'il s'était choisi. Elle, elle n'avait jamais connu que la peur, la souffrance, cette peur constante d'avoir mal, une appréhension, une angoisse qui lui avait noué le ventre pendant des années. Plus maintenant songea-t-elle. Plus maintenant. Les étoffes qu'elle portait en attestaient. Elle était libre de ses mouvements, elle pouvait aller presque partout où elle voulait dans la Forteresse. Et si l'envie lui prenait, elle pouvait aller en ville, escorter par un ou plusieurs de ses enfants, ceux qui passaient le plus inaperçus généralement, ou bien des gardes vêtus du noir et argent des Tar Sùrion. Non, elle n'avait plus aussi peur. Son regard fut attiré, sur le coté, dans l'ombre, au fond du couloir, un visage effrayant apparut. Et Eurydice fronça les sourcils, toujours dans les bras d'Akayel, elle foudroya du regard Erebus le Marcheur.

Le Marcheur lui avait expliqué qu'un Marcheur ne se liait qu'à une seule personne dans sa vie. Souvent un autre Marcheur. Mais la fécondité des Marcheurs étaient en déclin, si bien qu'ils allaient choisir leur compagnon de vie chez les autres races. Il l'avait choisi elle, parmi toutes celles qu'il avait pu voir. C'était un heureux hasard, lui qui s'était fait prendre par ses scientomages, lui, fier Marcheur devenu cobaye. Erebus avait insisté, elle était celle qu'il avait choisi, il n'y avait pas de retour en arrière. Pas plus qu'Eurydice n'avait la possibilité de revenir en arrière, pas plus qu'elle ne pourrait oublier. Akayel la libéra de son étreinte. Le visage de l'Ethérie se contracta en une expression douloureuse, ce n'était pas de la pitié, mais de la compassion, une douleur qu'elle partageait, qu'elle comprenait. Elle fut cependant meurtrie, lorsqu'il employa le mot trésor. Tout le corps de l'Ethérie se révolta au son de ce mot, se contractant, son esprit rejetant tout ce qui allait avec ce mot, prononcé par cette bouche souriante, si près de son visage, au souffle fétide. Il était mort. Cette bouche ouverte dans un cri d'agonie. Elle avait tapé du pied dans le cadavre, s'assurant qu'il était bien mort. Elle lui avait dérobé son passe, cette clef techno-magique, elle avait admirer la façon dont le métal bougeait, s'imbriquant pour s'adapter aux serrures. Elle avait en suite pris ce qu'il lui fallait dans plusieurs salles, avec difficulté, n'étant pas aidée par la peur d'être découverte, avant de fuir.
Les ombres du couloir furent chassées par l'éclat soudain d'une multitudes de fils bleutés, qui emplirent les manches de sa robe et celles de son manteau, faisant briller les broderies argentées de ses manches. Son bras, démesurément long, se posa sur celui d'Akayel, reprenant une taille normale, Eurydice comblant l'espace qui les séparaient. Sa main libre se posa sur la joue d'Akayel, faisant pivoter son visage vers elle. Lui qui s'était détourné, comme si ne plus la voir, apaiserait sa souffrance. Le regard clair d'Eurydice accrocha le regard rouge du fils de démon.


-Je ne peux pas oublier. J'ai juré, il y a longtemps, que je n'oublierai jamais plus. C'était peut être le seul acte de défiance que je pouvais faire sans craindre des représailles. Je ne t'oublierai pas Akayel, pas plus que tu ne m'oublieras. Regarde toi. Vois ce que l'oubli t'a fait devenir. Te souvenir est peut être la meilleure chose qui puisse t'arriver. Ceux qui ont des souvenirs, ceux qui ont des repères auxquels s'accrocher, ceux là sont chanceux, et ceux-là auront les armes pour se défendre. Moi, j'étais nue, je n'avais rien d'autre qu'une vague sensation de chaleur et de sécurité, qui ne cessait de fuir, lorsque la douleur était trop forte. J'ai peur Akayel. Ce que je suis a été forgé par la peur et la souffrance. Je ne peux plus vivre comme ça. J'en mourrais. Je devais d'ailleurs être destinée à mourir, une fois qu'ils auraient eu fini de me découper.

Ses doigts brillant, formés par ses filins de lumière, de mana pur, illuminés par l'énergie de l'Ethérie, caressaient doucement la joue du Tieffelin, s'attardant sur la haute pommette de sa joue, passant parfois sur sa bouche.

-Je ne peux pourtant pas, même maintenant, m'empêcher d'avoir peur. Je ne serais qu'un fardeau pour toi, comme je le suis pour les miens, qui ont du promettre de servir, s'ils me retrouvaient. Ils se sont vendus pour moi. J'ai fait en sorte que toi, tu puisses être libre. Que toi, tu es le choix. Je prendrai soin de moi, et je serais enfin une mère pour mes enfants, plus qu'une simple matrice. Mes Enfants me protégeront, et je sais que si tu acceptes l'offre de l'Orageux, tu reverras mes Enfants, je ne serais jamais loin d'eux. Ce n'est donc pas un Adieu. Pas avant que ton Dämons ne le décide.

Les Dieux. Notion obscure pour Eurydice. Erebus et Jaromir lui en avaient parlé, les deux seuls qui s'étaient montrés attentionnés et véritablement gentils avec elle. Jaromir, plus exalté que Erebus, avait dépeint un monde emplie de couleurs chatoyantes, un monde de vivants. Un monde libre. Eurydice avait pour la première fois entendu parlé des Dieux. Elle fut cruellement déçue quand elle ne reçut aucune réponse à ses suppliques silencieuses, lorsque sa cellule était plongée dans le noir, et qu'il n'y avait qu'elle pour s'entendre penser. Les bras de l'Ethérie se dissipèrent, éclatant comme des feux d'artifices, dont les lumières finissent par s'estomper dans le ciel. Les ombres reprirent possession du couloir, et sans doute le Marcheur était-il là, à les épier. Eurydice ne s'était jamais connue aussi éloquente, aussi passionnée. Elle se découvrait, elle qui s'était souvent murée dans le silence.

-Je... C'est sans doute précipité, et brutal, mais tu dois partir. L’Orageux a laissé ce dont tu aurais besoin. De quoi voyager, une monture, de quoi te nourrir, des cartes, et de l'argent. Je suis chargée de te donner tout ça. Ils ont pensé que tu préférerais que ce soit moi.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Mer 20 Fév - 15:26

Elle me retint. De sa lumière, elle interrompit ma marche, déterminé à m'en allez, m'effacer, me jeter à corps perdu dans cette guerre, espérant qu'à la fin les choses seraient différentes ; mais Eurydice m'agrippait de ses doigts de mana, et je me tournais vers elle, quelque peu déconcerté, comme s'il se passait quelque chose de vraiment inhabituel... et pour cause, je ne comprenais pas pourquoi elle me retenait. Je lui faisais peur, je la terrifiait. Et mon histoire n'aurait rien du y changer ; j'avais juste besoin de me délier de toutes ces choses, de revivre sereinement ma décadence, sans doute. De faire revenir de la tombe ces vieilles histoires, extirpant de mes entrailles un mal que j'avais enfoui loin dans ma mémoire.
Se souvenir. L'Ethérie voulait se souvenir, et elle n'avait pas tort de penser que je n'oublierais pas, même si c'était inexact ; j'oubliais beaucoup, mon esprit croulant sous la somme indécente de choses à retenir, une centaine de vie vécu et remâché dans la même boite crânienne, ne laissant que des vues d'ensembles, des scènes poussiéreuses, des informations qui se perdaient parfois à la frontière de ce qui nous pousse à nous demander si c'est vraiment arriver, ou si tout cela n'était que le fruit de l'imagination. Mais Eurydice elle, y tiendrait, à n'en pas douter. Elle se marquerait de façon indélébile dans mes souvenirs, au panthéon de ceux qui influèrent significative ma si longue vie, tandis que des milliers de visages anonymes se perdait dans la même poussière que celle à laquelle leur corps était rendu. L'on pense pouvoir être éternel, vivre dans la mémoire de ses proches, mais elle s'étiole quand le temps vient à effilocher le fil des paroles qui passent de générations en générations. Tout se perd, presque rien ne perdure indéfiniment, et ne reste que le présent, le présent que nous vivons, et je le vivais, mon cœur battait, et mes yeux était plongé dans ceux d'Eurydice, quelque peu perdu, écoutant ses mots, les yeux baignés de cette lumière qu'elle diffusait.
Et elle avait peur, me dit-elle, mais pas nécessairement de moi. Elle était ainsi, terrorisée, et pensant être un poids pour moi. Je souris légèrement, trouvant cela un peu idiot, et charmant sans doute. Elle semblait si naïve, fragile... La peur. Une fidèle compagne, aussi bien amie qu'ennemie. Mais certainement pas une tare ; croyait-elle sincèrement que quelqu'un de fort, comme moi par exemple, ne connaissait pas la peur ? Au contraire, nous avons tous peur -même si je m'avance un peu en parlant au nom de l'humanité- mais cette peur est nécessaire pour avancer, pour espérer se dominer, et vaincre. Mais cela, elle devait l'apprendre, le comprendre ; le vivre, sans doute. Se l'entendre dire n'est pas suffisant pour croire...

-La peur est l'un des plus beau don que les Dieux firent à nous autres, être de chair et de sang. Tu finiras par le comprendre, belle Eurydice. Quand à mes souvenirs... ils ne m'offrent plus aucun repère. Tu as la chance de redécouvrir le monde, quand moi je ne vois que le reflet d'un passé lointain, dont il ne reste que la douleur de la perte.

Je caressais sa joue à mon tour, lui offrant un maigre sourire, à elle dont les mains si brillante caressaient ma peau parcourue par les ombres. Elle souffrait de son amnésie, alors que moi mes blessures venaient de ma mémoire. Deux extrêmes qui ne pouvaient guère se valoir, l'un n'était ni pire ni mieux que l'autre. Il aurait été cocasse que nous échangions nos rôles afin de voir les choses par les yeux de l'autre, goûter à l'oubli ou à la mémoire...
Les ombres reprirent leur droit. Elles avaient accompagné mon récit, et la lumière le sien. Et alors que mon départ se faisait sentir, que les adieux se prononçaient, les ombres à nouveaux me collaient à la peau, funeste héritage d'un héraut de Dämons, et pourtant, aussi incongru que cela puisse paraître... les miens étaient des fidèles de Mei. Mais ceci est une histoire aussi oublié que le nom de Niskar. Même parmi les Svart, notre clan n'est plus qu'une légende, un nom murmuré au cœur des ombres... et j'y retournais. Mais pas avant de l'avoir au préalable embrassé, ma petite Eurydice, cette lumière que j'espérais voir briller au bout de ce sombre tunnel, comme le phare qui me guiderait au sein de la sempiternel tempête qu'était la guerre ; et ses nuages s’amoncelaient, on pouvait en remercier Uranach.

Mes mains se posèrent sur ses joues, et mon visage était illuminé d'une assurance nouvelle. J'avais la sensation, que comme la pluie ce jour-là, ce qu'il y avait eu entre nous s'en retrouvais lavé. Je doutais que ce que l'on était l'un pour l'autre puisse s'en retrouver clair, ou même simple... mais ce qui précédait ma mise en cage n'avait plus d'importance. Et nous deux... quoi qu'il puisse advenir, nous attendrions le moment propice pour savoir ce qu'il adviendra. Du moins, j'étais déterminé à le faire.
La malice se lut sur mon visage, brillant avec force, alors que se préparait mon voyage. Le général avait donc tout mis à ma disposition, certain qu'Eurydice me convaincrait. Ha ! Il me connaissait bien mal. Autant moi que celui que j'avais été. Jamais je n'avais demandé de l'aide, sauf si la situation l'exigeait réellement. Mes hommes avaient su apprendre de moi cette capacité à survivre, à s'adapter, ne dépendre que du moins possible des autres, tout en ayant une profonde solidarité.
Pas question de déroger à mes habitudes, et déshonorer mes hommes en ne suivant pas les leçons que je leur avais appris...

-Si je dois les rejoindre, ce sera à ma façon. Donne-moi la carte, le reste j'en fais mon affaire ; j'ai hâte d'entendre à nouveau le chant de la forge... cela fait si longtemps...

Mon regard se perdait dans le vague, perdu dans mes vieux souvenirs. Je me revoyais, il y a des siècles et des siècles, dans la forge que nous avions construites dans l'un de nos refuges. Des rochers dénudés sortaient du sol de la plaine, et au creux de deux d'entre eux, nous avions, moi et mes frères, installés tout le nécessaire. Cela nous avait pris deux automnes, passés en ces lieux, afin d'avoir enfin les moyens de concevoir nos propres armes, plutôt que de réutiliser celles des vaincus. Les Anciens étaient venus admirer notre œuvre, et donné leur bénédiction, en appelant à Ceallach, Azar et Dämons, pour que cette forge ait la force de produire l'acier le plus puissant qui soit. Il nous a fallut nombre d'années pour réussir à produire des armes de maître, et j'avais acquis avec le temps un véritable statut d'artisan, de forgeron de talent. Torse nu, avec des gants en cuir, je pouvais passer des heures et des heures à brandir mon lourd marteaux, à regarder luire le métal, et écouter les bruits de la forge, qui m'inspirait le plus doux des chants.
Mais les années avaient passés, et l'ancienne forge n'existaient sans doute plus. Ou bien servait-elle encore, quelque part, à un clan du Maëldan, là où nous l'avions monté. Qui sait... Et puis, ce n'est pas la forge qui compte, non. Qu'importe le feu, il saura toujours purifier le minerai pour en extraire le plus pur métal. Qu'importe le marteau, l'enclume, sous les coups de l'artisan ils feront toujours une arme unique. Seul importe vraiment la main qui façonne, qui donne corps à cette symphonie qui anime la forge, et fait rugir les flammes qui donne naissance aux armes que nous brandissons. Tel est l'enseignement que nous rapportèrent nos ancêtres, et que ma forge eut mis en pratique, à qui donnent forme tout les forgerons qui battent le métal, et font chanter pour des siècles et des siècles l'éternel chant qui nous lie à tout nos ancêtres, qui martelait l'acier bien avant nous.
Les choses changent toujours, évoluent, mais garde des liens avec leur passé. C'est cette chose, ce lien, qui est éternel, à travers les âges et le temps. Des liens qui perdurent...

-Et ne t'en fais pas, je doute que Dämons ne touche à un seul de mes cheveux avant longtemps... et longtemps selon mes critères...


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Lun 25 Fév - 15:29

-Je ne sais pas si la peur est un cadeau. Je n'ai connu qu'elle, ils ont fait en sorte qu'il n'y ait qu'elle, murmura-t-elle comme si les ombres autour d'elle recelaient ses pires cauchemars.

Les paroles de l'Empereur résonnèrent aux oreilles d'Eurydice, alors que Akayel y faisait écho. Elle se retrouva brièvement, de nouveau, debout dans ce petit salon meublé sobrement, mais avec goût, avec des matériaux dont Eurydice pouvait en percevoir la qualité, elle qui n'y connaissait pas grand chose. Elle était loin d'être une jeune femme normale, elle ne connaissait pas grand chose de la façon dont une femme pouvait tenir son intérieur, concilier sa vie de famille, et tout le reste. Elle avait été fascinée d'apprendre, de voir, alors qu'elle marchait, chaussée cette fois-ci, dans les rues d'Hitokage, ou l'Orageux s'était chargé, anonyme parmi la foule, de lui expliquer la vie des Morniens, celle-ci différait d'un endroit à l'autre de l'Empire apprit-elle. Elle découvrait le monde extérieur. Cette promenade l'avait finalement ramené à la Forteresse, imposante construction, laissant peu de place à la beauté, bien qu'Eurydice apprécia ses murs épais, cet air martial qui s'en dégageait. Elle avait alors exposé son marché à l'Empereur et à l'Orageux, et elle avait obtenu ce qu'elle voulait. Et quand l'Orageux avait parlé de monture, de provisions, de vêtements, l'Empereur avait ri, disant que le capitaine Lomas n'avait jamais eu besoin qu'on l'aide, et qu'il ne prendrait que la carte.
Un sourire s'épanouit sur le visage d'Eurydice, le rire montant jusqu'à ses yeux clairs, finalement, un rire joyeux s'échappa de ses lèvres, repoussant aussi sûrement que la lumière les ombres du couloir.


-Il avait dit que tu dirais ça. A propos de la carte. L'Empereur a dit que tu refuserais le reste, mais il a dit aussi que tu devrais le prendre comme l'équipement qu'une armée fournirait à un de ses soldats. Si tu voulais accepter. L'Orageux a ajouté que les distances pouvaient être longues à pied.

Eurydice n'avait pas saisi toutes les implications, la notion de distance, de voyage, tout ceci était obscure. Elle avait peut être connu l'extérieur, mais elle se souvenait que de couloirs tortueux, de salles closes, de lumière artificielle. Jamais, elle n'avait vu le ciel ou le soleil, la lune et les étoiles, jusqu'à ce qu'elle sorte. Elle s'était émerveillée de la pluie tombant sur sa peau, de la sensation du vent s'engouffrant dans ses vêtements, la fraîcheur du sol sous ses pieds, le froid et la faim n'avaient alors eu que peu d'importance. Mais elle n'était pas sortie de la ville, et l'idée de le faire la rendait malade. Elle se sentait si bien ici, depuis qu'elle avait découvert sa chambre, elle avait poussé des cris de ravissement quand elle avait ouvert tiroirs et portes, regardé par le fenêtre, caressé les tissus, les murs, elle s'était abreuvée jusqu'à s'en souler de sensations. Et d'un autre coté, elle voulait voir de ses propres yeux les longues étendues d'herbes, les fleuves et rivières d'argent, les forêts aux arbres aussi vieux que les racines du monde. Elle voulait voir tout ça, sentir tout ça, retrouver les sensations décrites tant de fois par Jaromir le Géant ou Erebus le Marcheur, qui eux, venaient de l'extérieur. Elle avait entendu bien des choses, et voulait tout vérifier par elle même. Mais elle savait qu'elle ne survivrait pas, pas seule. Partir avec Akayel signait l'arrêt du Tieffelin, si courageux et fort soit-il, et c'était aussi perdre ses enfants, et vivre dans la peur, tout le temps. Si Akayel trouvait que la peur était un cadeau, Eurydice qui n'avait connu que ça, s'en trouvait épuisée, vidée, incapable de faire le moindre mouvement pour se défendre, pour avancer, toute velléité étouffée avant même qu'elle n'est pu prendre forme.

-Moi je pense que tu devrais attendre de voir ce qu'ils t'offrent avant de refuser, ajouta l'Ethérie souriante, tu ne sais jamais, peut être pourrais-tu avoir des surprises. Ici, dehors, il y a tellement de choses surprenantes, que je ne connais pas. Il y en a qui dise que ça me passera, que je ne m'étonnerais plus de rien. Ce n'est pas près d'arriver. J'ai vu ce qu'ils te donnent, et si tu n'en veux pas, je les garderai. La forge, qu'est ce que c'est ?

Soudain, Eurydice semblait avoir franchi un cap, conversant avec lui comme s'il n'y avait jamais eu la moindre hostilité. Le Akayel devait elle était pourtant le même qui avait joué avec elle, le même aux réactions aussi violentes qu'imprévisibles, comme plus tôt dans sa cellule. Mais étrangement, il semblait être quelqu'un d'autre. Elle même était plus à l'aise, capable de rire et de sourire, sans s’inquiéter de savoir si elle allait être rabrouée. Elle exposait ce qu'elle pensait, sans avoir peur d'être réprimandée de la façon la plus brutale qui soit. Peu importait que Erebus soit peut être en train de l'écouter, si elle voulait arrêter d'avoir constamment peur, c'était maintenant.

-Viens, avant qu'on se demande où nous sommes. Je connais quelques chemins que personnes n'empruntent, à part les gens qui réparent les pièces.

Eurydice leur fit rebrousser chemin, jusqu'à deux larges portes en bois, enfoncées sur leurs gonds, pendant lamentablement à l'intérieur de la pièce. Eurydice en avait déduit qu'elles avaient été enfoncées depuis l'extérieur. Des tâches sombres, des éclaboussures noircissaient le sol, les murs, les meubles encore debout. Il y avait eu un massacre ici, comme en bas. Un des ouvriers avait mentionné cette pièce comme étant celles des furies, les vampires qui suivaient l'ancien empereur. Il y en avait d'autres qui étaient morts ici, vidés de leurs sangs. Une bonne chose que le nouvel empereur ne soit pas un suceur de sang cinglé. Eurydice n'avait pas tout compris, mais cette pièce serait la prochaine à subir un nettoyage complet. De l'autre coté, un trou béant, là où il y aurait du avoir d'autres portes, celles-là avaient été enlevée. Derrière, un couloir plus sombre encore que les autres, aucune lumière ne filtrait, et Eurydice s'arrêta, le temps d'allumer une petite lampe à huile, posée sur un guéridon à coté de la porte. Chose saugrenue, alors que le reste de la pièce était en ruines.


-Je viens souvent par ici, il n'y a pas grand monde, expliqua-t-elle, à part les ouvriers qui rénovent les pièces une à une. Ils m'ont dit qu'avant, les proches de l'ancien Empereur vivaient ici. Le couloir là était pour eux, ils pouvaient sortir discrètement, sans être gêné. Ils ont parlé de morts et de cadavres, je n'ai pas tout compris. Mais j'imagine que c'était comme chez nous, quand l'un des nôtres disparaissaient, ça voulaient dire qu'il était mort. Le couloir descend un peu, et en suite, il y a un escalier vers les écuries. Un raccourci je crois que ça s'appelle, c'est bien ça ?

La lampe diffusait une douce lumière, projetant d'autres ombres et en repoussant, sur les murs, la robe d'Eurydice souleva de la poussière, bien que d'autres traces de pas, les siennes, et bien d'autres, étaient imprimées dans la poussière du sol, les débris repoussés sur le coté. L'Ethérie s'y engagea la première, éclairant le chemin, ignorant si Akayel avait réellement besoin de lumière pour y voir. Celui-ci n'avait pas semblé apprécié la lumière de l'extérieur, mais comme il avait longtemps été dans le noir... Elle ne savait pas trop. Eurydice replongea dans le silence, ne sachant que dire de plus, sans avoir le sentiment d'être une bécasse. Peut être était-il déjà trop tard pour ce dernier point.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Lun 25 Fév - 21:40

Étais-je aussi prévisible ? Plutôt constant je dirais, fidèle à une certaine manière de faire. Changeant... mais quelques détails jamais ne variaient, c'était quelque peu rassurant. Même si que ce soit l'Empereur qui se souvienne de mon habituel débrouillardise... Ceci dit qu'Uranach tienne à mon confort avait quelque chose de troublant. Ceci était à méditer. J'avais, quelque part, la vive sensation de m'être quelque peu... hum... fait avoir. Mais ne l'avais-je pas quelque part voulu ?
Nous sommes tous les jouets du destin...
Mais je n'y toucherais pas, à ce matériel. J'avais le mien, sans doute encore enterré sous les gravats, dans cette maison que j'avais démoli de la force de ma voix, qui en résonnant avait précipité la ruine de l'endroit. J'avais un peu peur pour le sac, mais le matériel et les fioles... si tout ça résiste à l'acide, alors quelques cailloux... ça m'avait coûté assez cher comme ça à enchanter !

-Qu'ils parlent, je ferais selon mes rites. Je ne suis plus un soldat, après tout.

D'une voix fière je clamais ça, et j'y croyais dur comme mon acier. Mon passé de soldat était loin à présent, mon uniforme avait été lacéré par la décharge d'Alatairë, puis avait pourri durant mes décennies d'exil, repos pour assimilé le choc, dans une grotte de l'Eredmorn, hiberné pour ainsi dire. Mes soldats étaient morts, et j'avais comme perdu un peu de moi-même ce jour-là...
Je l'écoutais, quelque peu distrait, réfléchissant à tout ça, sans pour autant cesser d'être attentif. Elle me surprit, à me parler ainsi, et je ne le cachais pas, quelque peu déconcerté. Eurydice me faisais remonter de vieux souvenirs, avec cette façon d'appréhender le danger du monde extérieur, de ne pas ignorer le sang et la douleur, et pourtant se montrer si... innocente, quelque part. Et dire que, des siècles auparavant...

-Alors garde toutes ces choses. Et la forge... je ne sais même pas si les forgerons savent encore faire vivre cet art avec l'intensité d'autrefois. On la cantonne sans doute à des techniques, des méthodes, façon de faire... Je soupirais. L'on doit faire vivre le feu, le nourrir, tout en tempérant sa furie. Puis l'on y plonge le métal, on le fait rougeoyer comme le cœur d'un démon, et le frappe avec force sur l'enclume, pour lui donner forme, éliminer les impuretés. On bat le fer, y impose notre volonté, on le dompte par les flammes, jusqu'à ce que l'on en soit satisfait, et on calme ses ardeurs dans l'eau. C'est... tout une symphonie, qui vit depuis toujours, et ce n'est là que l'aspect principal. Il y a quantité d'autres tâches afin de créer une arme, ou un objet que l'on façonne de métal. C'est cela, la forge.

Nous nous mîmes en route alors que je lui contais tout cela. C'était sommaire, et le souvenir que j'en avais peut-être inexact... cela remonte à si loin. J'avais délaissé l'acier pour l'alchimie, la connaissance. Et je ressentais à présent une telle... hâte de retrouver la sensation du feu et de l'acier...
Elle me parla aussi de l'endroit où nous nous trouvions, et j'étais quelque peu surpris qu'elle préfère la solitude d'un lieu si sordide, à la compagnie d'enfant qui l'aimaient plus que tout. J'aurai voulu connaitre mon enfant, qui aujourd'hui n'était plus. Le voir grandir, s'épanouir... vivre... et je me retrouvais là, à crapahuter dans des ruines ensanglantées, à cavaler vers la guerre, quand j'aurais pu partir chasser avec mon fils, chasser le gibier sur les terres de nos ancêtres. Le destin est cruel.
J'acquiesçais à la mention de raccourci, quelque peu perdu dans mes pensées, à cause des évènements sans doute. Cela s'était passé si vite, tout cela s'était enclenché comme les rouages d'une puissante horloge, et j'en étais un qui s'était parfaitement agencé dans la mécanique bien huilé de l'Empereur. Et nous avancions, vers le départ. Ma petite Eurydice n'avait plus si peur de moi que cela...
Peur...

~¤~
-Oncle Bardan ! Oncle Bardan !

Je me souviens que je n'aimais pas parler à l'époque, car ma voix était très aiguë, et les autres se moquaient de moi. Mais quand mon oncle était là, ils n'osaient rien dire. C'était le plus vieux de notre groupe, mais il était loin d'être faible, ça non ! C'était un vieil homme, mais il se tenait droit, et sa veste en peau de loup, il l'avait lui-même ôté à feu son possesseur quelques jours auparavant, en utilisant que ses mains pour dépouiller l'animal. Il disait que cela l'aidait à rester en forme.
Neuf ans, et la vie semblait à peine commencer. Cela aurait pu être gage d'espoir, mais la guerre n'en finissait pas, les flammes embrasaient encore la terre, la fumée obscurcissait encore par endroit le ciel, et certains lieux n'étaient que des charniers puants, quand les combats ne faisaient pas encore rage.

-Oncle Bardan, raconte nous une histoire !

Il était le maître des légendes et contes de notre peuple. Il ne restait dans ce campement de fortune que les anciens et les plus jeunes, ainsi que quelques hommes et femmes nous protégeant. Les soirs comme celui-ci, il nous racontait la vie des héros d'autrefois, qui n'avait pas survécu à la guerre, les paroles de dieux oubliées, les mots de notre bien-aimée Mei. Nous l'écoutions, et même les guerriers s'installaient autour du feu pour écouter ses récits de guerre, de bravoure, de légende...
Mais ce jour-là, une chose me vint à l'esprit.

-Pourquoi nous cachons-nous ? Ne devrions-nous pas prendre les armes, et être fier comme les héros ?

-Tu es un peu jeune, Aka, répondit-il en souriant, de sa voix grave et profonde. Je suis pas sûr que tu puisses tenir une épée.

-Et toi oncle Bardan ?

-J'ai peur, mon neveu. Peur que mes histoires meurent toutes avec moi. J'ai peur pour vous, mes enfants, comme vos aînés qui surveillent notre campement. Sa voix tremblait légèrement. Quel héritage nous resterait-il si nous mourrions tous ?...

-Moi je n'ai pas peur ! Nous ne devrions pas avoir peur ! Lança fièrement Orobas, un de mes compagnons de jeu.

-Je répondrais par une histoire. Vous savez, mes enfants, que nous sommes les Niskar. Mais, savez-vous qui était ce fameux Niskar ?...


~¤~
Je revins brusquement à la réalité, quittant mes souvenirs, dans lesquels je m'étais perdu. Un éclat de mon enfance, de ma jeunesse, avant que mes parents ne partent, lors d'une époque mythique que peu de chronique saurait expliquer clairement. Une guerre qui marqua le début de quelque chose, en étant aussi très probablement la fin de quelque chose. Mais de quoi, qui sait...
Mon regard se porta sur Eurydice. Tout n'était que fin, et recommencement. Et je recommençais. Bardan et ces histoires étaient loin, de même que tout le reste, tout mon passé... même Dana... et je l'avais, elle. Une lumière dans mes ténèbres.

Et je souriais...


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Mar 26 Fév - 16:43

[HRP: Démoli de la voix ? Dovahkin ? XD]

-Attend d'avoir vu, avant de me les donner, dit-elle un peu absente, occupée à allumer la lampe en usant de ses fils de mana, et de la fixer à sa ceinture.

Si Eurydice avait fixé la lampe à sa ceinture, c'était qu'elle ne pouvait tenir très longtemps ses bras et ses mains formés. Même en n'en formant qu'une, à l'aide des lignes de mana qu'elle pouvait matérialiser si elle se concentrait suffisamment. Ses mêmes lignes, elle pouvait s'en servir pour manipuler des objets, mais Eurydice ne se contrôlait pas encore assez, et manquait parfois de précision. Inutile de renverser la lampe et de mettre le feu. Et c'était amplement suffisant pour le chemin qu'ils avaient à parcourir. Les murs étaient de cette même pierre gris et solide qui composait chaque mur de la forteresse, le sol était fait de dalles nues, mais le son de leurs pas étaient étouffés. Quand on connaissait l'histoire sordide de ce lieu, la raison du sortilège de silence était horrible à entendre. C'était par ici que les victimes entraient vivantes, et ressortaient mortes, sans que personne ne les voit. Eurydice avait d'abord eu la chaire de poule, la première fois qu'elle avait exploré le passage, dans ses errances solitaires, qui lui permettaient de s'entendre penser, d'avoir du temps à elle. Et comme rien ni personne ne l'avait attaqué, elle avait fini par emprunter ce genre de passage, dès qu'elle en rencontrait un. Ils permettaient des déplacements plus rapide d'un lieu à l'autre de la forteresse. Les entrées étaient généralement gardées, l'Empereur connaissait ce dédale de petits couloirs et escaliers, qui l'origine devaient pouvoir servir d'échappatoire. Elle avait attentivement écouté Akayel, et elle était fascinée par l'idée que l'on pouvait façonner le métal, et elle fit le lien avec les hommes et femmes en tablier de cuir, qui tapaient sur des enclumes, réparant les armures, ou sortant des armes, dans la cour de la Forteresse. C'était donc ça, une forge. Elle avait encore appris quelque chose aujourd'hui.
Le passage se rétrécit à un endroit, et Eurydice descendit quelques marches, pour mieux en remonter d'autres, après avoir tourné à droite, se dirigeant en se repérant aux marques aux intersections. Elle ne disait plus rien, se concentrant sur leur itinéraire. Finalement, la lumière du jour perça les ténèbres, et Eurydice sut qu'elle ne s'était pas trompée. Elle savait que Akayel avait mémorisé le chemin, et qu'au besoin, il saurait en user. Les raisons ne manqueraient sans doute pas. Eurydice le fit donc déboucher sur une porte ouverte, qui donna sur une pièce éclairée par la lumière du jour, mais aussi par le feu d'un âtre. La lumière provenait d'ouvertures hautes, et devant eux s'étendaient un coin réservé aux soldats, ou aux palefreniers, tandis que le reste n'étaient qu'une enfilade de boxes occupés ou non. Le feu était ronflant, et Eurydice se défit de sa lampe, l'éteignant au passage, faisant une fois de plus usage de son don.
Le coin des écuries où ils se tenaient abritaient des étagères et des patères auxquelles étaient suspendues selles et rennes, fontes vides. Devant eux, une table en bois, assez grossière, flanquée de chaises et de gros tabourets, occupées par des verres et un pichet. Eurydice avisa le garde en faction, à l'entrée des écuries. Il hocha la tête en la voyant, et Eurydice fit de même. Elle était connue par ici, préférant les gens du commun aux nobles. Et elle aimait les animaux qu'on trouvait ici, chevaux, Reiths, quelques lézards étranges. Elle désigna un sac de cuir, accroché à une des patères, à coté d'autres, qui semblaient aussi pleins, comme attendant leurs futurs propriétaires.


-La carte et les provisions sont dedans, avec une cape imperméable. Même si tu n'en veux pas, regarde s'il n'y a pas quelque chose, en dehors de la carte, qui te sera utile. Et ta monture, c'était celle-ci.

L'Ethérie désigna de la tête un Reith de haute taille, au plumage noir et gris, à la tête osseuse terrible, qui claqua des mâchoires dans sa direction. Elle connaissait l'animal, celui-là servait généralement aux messagers de l'Orageux, qui arrivaient couverts de boue et qui allaient et venaient à des heures incongrues. L'animal fixa son regard de prédateur sur les deux nouveaux arrivants, et se détourna pour déchiqueter un morceau de viande qui restait dans sa mangeoire, dans un craquement presque écœurant.

-Le noir et gris, ajouta-t-elle pour être plus précise qu'un signe de la tête.




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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Mar 26 Fév - 21:50

Lorsque que nous sortîmes de l'ombre, et de ce passage dérobé, je quittais mes pensées pour me protéger les yeux de mes bras, sifflant légèrement. Je l'avais vu venir, mais elle me fit tout de même du mal... satané lumière, ce que je pouvais la détester ! Pourtant je la respectais aussi, elle permettait à la vie de s'épanouir, rejoignant alors la dévotion que je nourrissais à l'égard de Mei, tel que l'on me l'avait enseigné. On l'oubliait nous-même souvent, à force de côtoyer Dämons, de nous abriter auprès des ténèbres de Feardorcha...
Mais la vie était la chose la plus sacrée aux yeux des nôtres, mais c'était chose dur à concevoir, je le sais...

Comme la neige sous, justement, le regard d'Azar, mes souvenirs s'écartèrent, comme collant au ombres que je quittais. Nous étions à présent dans les écuries, Eurydice me guida vers mes "affaires", que je ne voulais pas tant que ça faire mienne. Mais elle semblait quelque peu insistante, tenant sans doute à savoir que j'aurai ce qu'il me fallait, que je ne partais pas dans le monde extérieur qui devait lui paraître dangereux... hors j'étais moi-même à considérer comme un danger.
J'avais aussi droit à une monture, qu'elle me présenta. C'était une belle bête, moi qui avait craint un cheval, j'avais un Reith, qui était tout de même plus à ma mesure, en quelque sorte. Je commençais à vaguement envisager la chose... Rah, c'était des plus ennuyeux pour moi, et cela du fortement se faire ressentir dans mon humeur...

Un rictus, un soupir. Mon regard, quelque peu méprisant, filait du sac, au Reith, à Eurydice... je reniflais bruyamment, indécis. Je ne voulais pas, mais dans le fond... je pourrais bien passer mon voyage à aller à bon train vers ma destination, usant de mon héritage, révélant une apparence peu flatteuse pour courir les rues et les routes plus vite, mais m'affamer un peu plus. Et je ne tenais pas à offenser l'Empereur en dévorant de ses sujets à nouveau... Cela m'était fourni après tout, et me permettrait d'être plus efficace... mais je voulais aussi me débrouiller par moi-même.
Je grognais, et soufflais de façon quelque peu agressive, avant de me diriger sur le sac et le prendre brusquement, sans aucune délicatesse. Il me fallait au moins de quoi transporter le reste de mes affaires sous les gravats de cette maison. J'espérais qu'ils n'avaient pas tout déblayé, après tout, il ne restait plus rien. C'était une ruine, et je n'avais fait qu'accélérer le fatal processus de détérioration. Sous l'impulsion de ma voix, les pierres fragiles se descellaient, le bois fragile se brisait...
Un pouvoir très fort, que celui d'une voix inhumaine, à la force de résonance si destructrice.

Je soupirais, et retirais la cape du sac, enfilant les deux, avant de m'approcher de ma future monture. Je caressais le flanc de la bête, enfonçant mes phalanges entre les douces plumes, regardant l'animal à la face osseuse, qui me rappelait d'anciens souvenirs ; ils avaient été nos montures, autrefois, quand nous avions migré vers le Sud, autrefois. J'étais un jeune guerrier, en pagne et gilet de fourrure, je chevauchais avec mes compagnons, maniant une longue lance, et à ma selle pendaient de petits javelots taillés dans une sacoche adéquat.
C'est étrange comme le passé nous rattrape ; je ravalais cette ancienne vision, et observais un instant la bête déchiqueter des lambeaux de chair sur la carcasse dont elle se nourrissait. D'une voix quelque peu éteinte, presque un murmure, je murmurais autant pour ma monture que pour moi-même :

-J'ai chevauché de tes ancêtres... entendons-nous, d'accord ?...

Attrapant les rennes, je mis le pied à l'étriller, et me mis en selle. Ils avaient semble-t-il prévu qu'un cavalier aille promptement chevaucher vers... et bien, ailleurs, vers l'horizon... hum, très poétique. J'aurais bien eu envie de faire se cabrer ma monture, la cape au vent, en dégainant ma lame... mais je n'avais pas d'arme, il n'y avait pas vraiment de vent, et je doutais qu'après un si bref échange il y ait déjà une relation des plus complice entre moi et le Reith.
Mes mains se resserrèrent sur les liens de cuir, qui me permettrait de diriger mon ami la quadrupède, et revivais les sensations d'antan, depuis si longtemps enfouies en moi. Je me tournais vers Eurydice, faisant faire de même à ma monture, qui semblait peu heureuse de se détourner de son repas, mais qui se montra docile. Elle devait sentir qu'avec moi, il y aurait de la chair...

-Je ressortirais vivant de tout ceci, Eurydice. Sur la Dame de la Vie, je te le promet... Si tu as besoin de moi, je serais toujours là pour toi, ma chère...

Prêt à partir, vers des horizons inconnus, l'aventure... haha, c'était si improbable de ma part, de me sentir ragaillardir à l'idée de foncer vers cette "nouvelle vie", comme une renaissance... je laissais repartir dans ma mémoire les contes anciens. Ils reviendront bien assez tôt... alors que moi, je partais pour une campagne qui s'annonçait longue, et pleine de surprise...

[HRP : Qui sait, le méchant loup qui soufflait sur les maisons des petits cochons à peut-être dit "Fus Roh Dah !"]


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
Éventuellement, vous commencerez à y croire.
Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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Eurydice
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Mer 27 Fév - 22:19

La colère d'Akayel fut tellement palpable qu'Eurydice faillit reculer d'un pas. Etrange comme le lien de confiance qui s'était établi pouvait s'effriter subitement, alors qu'il se mettait à nouveau en colère. L'Ethérie resta immobile, prête à déguerpir si besoin était. Même si elle savait qu'il n'irait jamais jusqu'à lui faire du mal, réellement du moins. Elle se retrouva frappé de plein fouet par une présence colérique. Cela confirma ce qu'elle pensait, dans son état, avec ce qu'elle était maintenant, elle ne pourrait jamais le suivre, ou même supporter sa présence, elle ne se sentait pas apte à gérer ses humeurs, sans avoir peur, sans avoir à se recroqueviller sur elle même. Elle savait que cette fois, sa colère n'était pas dirigée contre elle, mais contre lui même. Il semblait hésitant, depuis qu'elle lui avait montré le Reith, Akayel ne semblait plus si certain de n'avoir besoin de rien. Elle resta immobile, drapée dans les pans de ses vêtements au camaïeu de bleus, attendant qu'il se décide. Elle l'observa, curieuse, s'approcher de l'animal à plumes, qui sembla adopter le Tieffelin assez rapidement, ne renâclant pas, ou ne cherchant pas à se débarrasser de sa présence. L'animal était déjà scellé, mais pas de mord pour les Reith, qui, lorsqu'ils étaient attaqués savaient se défendre, déchiquetant les chaires avec leurs terribles mâchoires, ou avec leurs serres, leurs pattes puissantes pouvant faire des dégâts. Eurydice avait écouté le Palefrenier, le plus jeune, lui parler avec passion de ces animaux dont il s'occupait ici. Ses préférés étaient les Laurëcaras, ces chevaux d'élite, dont les robes avaient des couleurs exceptionnelles. Akayel prit possession de ce que l'Empire lui fournissait, autant le sac que le reste, ce qui faillit faire sourire Eurydice. Elle avait eu raison d'insister, et de suivre par là même, les insistances de l'Orageux. Le Reith n'aurait pas besoin de carte pour conduire Akayel jusqu'au camp où l'Orageux amassait ses propres troupes, indépendantes des Légions de l'Empire. Eurydice n'avait pas eu l’occasion de s'y rendre, mais Lycurgus, son fils, si. Et elle lui avait demandé de raconter comment c'était. Elle ne doutait pas un instant que Akayel s'y sente comme chez lui, la guerre semblait être sa nature, comme elle le lui avait fait remarquer.
Eurydice dissimula son sourire presque triomphant lorsque Akayel monta en selle. Elle tourna la tête, pour regarder dehors. La cape que portait le Tieffelin le protégerait autant des intempéries que de la lumière, qu'il semblait peu apprécier. Eurydice adorait la chaleur du soleil, qui rougissait sa peau, et picotait, elle se sentait vivante. Voir le ciel était une bénédiction, une libération. Et elle n'oubliait pas qu'un vaste monde se déroulait sous la voûte céleste, appréciant la lumière plus douce de la Lune et le scintillement des étoiles. Elle se retourna pour contempler Akayel qui montait comme un maître, maîtrisant sans peine le Reith au caractère bien trempé. Il se campa devant, et elle faillit rire en voyant son sérieux. Elle ne doutait pas des capacités de survie d'Akayel, pas après ce qu'il lui avait raconté. Elle hocha simplement la tête, souriante.


-Fait bon voyage, si tu rejoins l'Orageux, fait le moi savoir, je pourrais t'écrire. Mais de mes mains, mais quelqu'un le fera pour moi. Je ne suis pas suffisamment précise pour tenir une plume.

Elle se recula, pour le laisser sortir. Akayel n'aurait pas besoin d'elle pour sortir de la forteresse, et elle n'était pas du genre à courir jusqu'aux portes derrière lui, d'abord parce qu'elle avait du mal à courir et à garder son équilibre. Elle alla tout de même jusqu'aux portes grandes ouvertes des écuries, croisant un messager en livrée noir et or, suivit du maître Palefrenier, une grande femme aux larges épaules et au visage large. Eurydice avait eu peine à croire qu'elle était femme, son corps n'était que puissance et muscles. La femme la salua, elles s'appréciaient. Nagisa avait accepté la présence de l'Ethérie, qui visitait les moindres recoins de la Forteresse de l'Empereur. Elles s'entendaient bien, et Nagisa lui expliquait beaucoup de choses, et Eurydice avait tellement de questions, et peu de monde pour lui répondre. Ses enfants n'avaient pas grande connaissance de ce monde nouveau. Et Nagisa était tout ce qu'elle n'était pas, forte, dotée d'une grande gueule, un peu bourrue, mais tellement gentille. Akayel sur le point de partir, Eurydice ajouta rapidement d'une voix forte :

-Ta monture s'appelle Typhon !

Et Eurydice eut un sourire hilare, d'autant que le Reith lui était donné par celui qu'on appelait l'Orageux. Et cela allait de paire avec le caractère d'Akayel. L'Ethérie resta là, jusqu'à ce qu'il ne soit plus en vue, et elle se sentit soudainement vide, ou plutôt éreintée, comme émotionnellement vidée. Akayel partit, elle réalisait qu'il lui manquerait sans doute un peu, mais ils avaient une relation si compliquée, mais aussi tellement destructrice autant pour elle que pour lui, qu'elle ne savait pas si elle devait vraiment s'attarder sur le manque, plutôt que la sensation de soulagement qui l'envahissait. La palefrenière se planta à coté d'elle, poings sur les larges en hanches.

-Parti ? C'était lui l'gars que tu voulais sortir du trou ?

-Oui, répondit doucement Eurydice, c'était lui. Personne ne mérite d'être enfermé tu sais.

-Je sais, c'est que vous dîtes tous, vous autres, ceux qui viennent d'en bas.

Nagisa fit demi-tour, et Eurydice resta là encore quelques minutes, avant de se détourner, et de repartir par le passage, Nagisa lui rallumant sa petite lampe, qu'elle devrait remettre à sa place. Derrière elle, lorsqu'elle entra dans le sombre couloir, elle sentit des ombres s'accrocher à elle, et elle laissa Erebus le Marcheur l'escorter ainsi jusqu'à une partie plus fréquentée de la forteresse. Sa plus jeune fille, Maimu vint à sa rencontre, ses grands yeux dorés emplis de joie, et Eurydice lui embrassa les joues, soufflant dans son cou, créant un bruit comique, qui fit rire sa fille, sans que le moindre son ne sorte de sa bouche. Maimu s'accrocha à ses jupes, et suivit sa mère jusqu'à la chambre qu'elle occupait. Erebus s'immobilisa, les regardant s'éloigner.


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