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 Sombre cellule.

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Akayel
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MessageSujet: Sombre cellule.   Sam 31 Mar - 5:25

Encore une fois une confusion s'empara de mon esprit, enserrant ma conscience pour la faire taire, et en profiter pour fouiller dans les souvenirs et connaissances qui parcouraient ma mémoire. J'étais passés par tant de lieux, vu tant de visages, et assisté à tellement d'évènements qui avaient fini par s'éteindre... le temps fait changer l'aspect du monde, Dämons réclame son du, et l'histoire s'écrit. Tout finit fatalement par changer, ou dépérir. Ce devait être un spectacle étrange, aux yeux de celui qui parcourait les vestiges de mon passé, voir le monde tel qu'il était autrefois, si différent au travers du temps. Et tout ces gens, tout ces morts que j'ai entassé au fil des années, les batailles autant que les repas...
On ne pouvait que me juger comme un monstre en voyant le parcours que j'avais tracé. Un long chemin pavé de corps sans noms. Je ne pouvais pas lutter contre l'impression que je donnais, celle de ne pas avoir de cœur, et c'était peut-être devenu le cas. Qui sait ? Plus personne n'est présent pour témoigner de ce que j'étais autrefois. Il ne reste que moi et un monde auquel je n'appartiens pas, ainsi que des gens que je côtoie, et qui meurt en l'espace d'un battement de paupières. L'endroit où je suis né, celui où j'ai grandi, me suis épanoui, tout ce que j'ai connu... plus rien de tout cela n'existe.

En reprenant connaissance, une grimace se dessina sur mon visage, à cause du sol froid sur ma peau nue. Car l'on m'avait simplement laissé en cellule, comme un criminel. Quoi que ces derniers avaient droit à des vêtements. Non, moi je devais être un peu particulier, un être ignoble que l'on ne tarderait pas à exécuter, un monstre qui sévit depuis bien trop longtemps. C'était flatteur en un sens, et je ne pouvais leur donner tort. Je m'attendais à mourir depuis de nombreux siècles, mais du temps semblait m'avoir été accordé en plus, qui fut fort distrayant.
Le trépas ne m'effrayait aucunement, cependant, j'espérais revoir une dernière fois Eurydice. Un sourire prit place sur mon visage, et je me relevai dans ma geôle, afin de l'observer. Une pièce assez petite en pierre, sans fenêtres, avec une porte à lourds barreaux d'acier, et dans un coin une couchette avec un drap, le strict minimum. Mon premier réflexe fut de couvrir ma nudité, et le second de m'asseoir et de réfléchir. A première vue, trois manières possibles de m'évader me venait à l'esprit, et probablement beaucoup plus avec du temps et de la volonté, mais je n'avais nul envie de m'enfuir.
Non... fuir Hitokage et l'Empire serait une erreur. Cela m'éloignerait encore plus d'Eurydice, et j'étais loin d'en avoir fini avec elle, et ses enfants chercheraient sans aucun doute à me retrouver, moi, qui avait fait tant de mal à leur mère, qu'elle avait prit ma défense. Pitoyable... mais néanmoins dangereux. La petite Ethérie était un trésor jalousement gardé... Et puis j'aimais beaucoup l'Empire de Morna, alors le fuir serait dommage, très dommage.

Le temps me paraissait long, très long. Sans doute parce que je n'avais rien à faire d'autre que regarder les murs et compter les pierres. Cela me rappelait les mise en cellule lorsque j'étais suspectés par la Marche du Sanctuaire. Ah, c'était la belle époque... je regrettais vraiment tout ce temps passé à Alatairë. C'était devenu mon foyer, quelque part, et mon terrain de chasse préféré. J'étais là alors qu'elle n'était qu'une jeune citée, et en était proche lors de sa fin. Rien n'est éternel... et sûrement pas moi. J'allais probablement mourir, mais peu m'importait. Ce monde n'était plus le mien depuis longtemps...
A nouveau l'obscurité enlaça mon esprit et le fit taire, alors que je m'allongeais sur mon lit de fortune, mais c'était seulement le sommeil qui venait m'emporter...


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Eurydice
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Dim 2 Sep - 17:23

Avaler sa salive lui fut pénible. Eurydice était nerveuse. Elle respira à fond, cherchant à se calmer, mais elle ne réussit qu'à se remplir le nez et les poumons de l'air quelque peu vicié des geôles de la forteresse de l'Empereur. Et pourtant, elle se tenait encore sur le palier des escaliers, elle était finalement venue seule. Elle avait supplié l'Empereur de la laisser le voir seul. Elle ne l'avait pas vu depuis des semaines, depuis qu'il avait été enfermé, et depuis qu'elle avait retrouvé ses enfants. Son cœur était empli de chaleur, elle ne tremblait presque plus, elle était entouré de ses enfants qui l'aimaient inconditionnellement, bien qu'elle n'ait d'autre lien avec eux, que celui de les avoir porter en son sein, et quelques sourires échangés derrière une vitre.
Au début, elle avait voulu oublier celui qui se trouvait dans une cellule en bas des escaliers. Cela avait même failli fonctionner, elle avait été occupée à découvrir la forteresse. C'était la première fois qu'Eurydice pouvait marcher sans raser les murs. Elle avait le droit de circuler où elle voulait, d'aller manger quand elle voulait, de se baigner autant de temps qu'elle le souhaitait, et elle pouvait se vêtir comme une reine si elle le désirait. Il y avait même des gens pour répondre à ses demandes. Elle avait mis du temps à s'habituer autant à l'environnement qu'à la présence quasi-constante de gens autour d'elle. Elle avait eu plus d'une entrevue avec l'Empereur de Morna, qui semblait lui porter un certain intérêt. Elle avait même parlé avec une homme à l'étrange manteau fait de nuage. Elle avait rencontré Mio, un petit fey, que ses enfants tenaient en haute estime. Le plus surprenant était que même Lycurgus semblait adorer Mio. Eurydice avait vite cerner les personnalités de ses enfants, et de tous, Lycurgus était le plus méfiant, le plus sarcastique, le plus prompt aux solutions radicales. Sans aucune pitié. Ne respectant pas grand monde. Chrysaor était impétueux, mais il se tempérait sans l'aide de personne, l'éducation de Jaromir le Géant ayant fait son office. Nythil était devenue une amie fidèle, et Eurydice lui faisait confiance, parce qu'elle aimait plus que tout son fils Chrysaor. Sithmaith avait été distante au début avec elle, mais elles s'entendaient bien. Maimu ne disait rien, la plus jeune de ses enfants se contentait de la tenir, par un pan de ses robes, par une manche vide, pendant des heures. Quand aux Jumeaux, Eurydice n'éprouvait que la fierté et de l'amour en les voyant, ils vivaient à moitié de leur propre monde, mais c'était eux qui lui montraient le plus d'attachements. Elle souriait, et riait plus volontiers, n'ayant pas de soucis à se faire.

Comme promis par l'Empereur, si elle apprenait à mieux contrôler son pouvoir de tisseuse, elle pourrait aller voir Akayel, qui croupissait en bas, enfermé. Elle redoutait cette énième face à face. Elle savait déjà que peu importe les progrès qu'elle ferait, il lui lancerait des remarques acerbes, moqueuses. Et Eurydice n'aurait plus qu'une envie, pleurer et disparaitre. Elle pouvait désormais attraper des objets avec ses mains faites de fils brillants, qui baignait la pièce où elle se tenait d'une douce lueur lunaire. Avant de venir jusqu'ici, Eurydice s'était longuement contemplée dans un miroir. Elle avait découvert ses grands yeux vert-gris, son visage poupin, ses cheveux soyeux, sa petite bouche carmin. Un corps que Nythil s'efforçait de lui faire accepter. Mais elle comprenait encore mal pourquoi Akayel lui avait porté un tel intérêt. Il avait dit qu'il mangeait ses proies. Qu'elle en était une. Il ne l'avait même pas mordue. Lycurgus l'enjoignait à la prudence, Chrysaor lui demandait d'oublier le Tieffelin, les Jumeaux n'avaient pas d'autre envie que de la savoir heureuse. Quand à l'Empereur, il semblait s'amuser plus que quiconque des états d'âme d'Eurydice. Il ressemblait d'ailleurs à Akayel, sauf qu'il n'était jamais ouvertement moqueur avec elle. Il se montrait prévenant, voire... gentil avec elle. Alors elle était là, avec sa permission, tremblante à nouveau, en haut de l'escalier. Le garde à coté d'elle lui jeta un regard inquiet. Elle lui rendit un timide sourire, et descendit les marches. Elle apportait à manger à Akayel, de quoi se laver et se vêtir. Elle avait avancé l'argument que cela le rendrait sans doute moins acariâtre, moins... moins tout ce qu'il était quand il était avec elle. A chaque pas, Eurydice devait rassembler son courage, garder la maîtrise d'elle même. Chose difficile, Akayel n'était pas la seule chose qui la rendait nerveuse. L'endroit la rendait nerveuse, au bord de la peur panique. Des sous-sol baignés d'une faible lumière, des cellules. Tout ce qu'Eurydice craignait et haïssait. Elle savait qu'il l'entendrait arriver. Qu'il la sentirait alors que la porte de l'escalier venait à peine de s'ouvrir. A moins que l'odeur peu ragoutante des lieux ne trompe son nez. L'Ethérie en doutait.
La cellule creusée dans la roche se tenait devant elle, fermée par des grilles de métal. La roche était étrangement lisse, incrustées de pierres qui luisaient faiblement. Le métal des barreaux était de ce même noir que certaines armures qu'elle avait pu voir.


-Akayel, souffla-t-elle.

Eurydice avait posé les yeux sur la forme à demi-allongée sur la couchette de la cellule. Elle déglutit une nouvelle fois, et sentit sa nervosité monter. Elle se tenait droite comme un i au milieu de ce couloir. Du bruit venait d'autres cellules, celles-ci étaient entièrement fermées, leurs occupants invisibles derrières de lourdes portes de métal. Eurydice jeta un coup d'oeil autour d'elle, se mordillant la lèvre, avant de se reprendre tant bien que mal. Elle appréhendait la réaction d'Akayel. Elle l'imaginait déjà, l'invectivant, ou bien l'ignorant superbement. Elle avait du mal à comprendre et cerner ce personnage, qui passait d'une indifférence suffisante, à des colères noires.


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Akayel
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Dim 2 Sep - 22:33

Combien de temps s'était écoulé dans cette sordide geôle ? Je n'aurais su le dire, plongé que j'étais dans un sommeil plus proche du coma qu'autre chose. Les premiers temps j'étais resté éveillé, j'attendais un signe, que ce soit d'Eurydice ou d'Argental. Mais sentant poindre cette faim qui me caractérisait, et ne voyant nul autre âme que le geôlier déposant quelques denrées peu fraîche, j'avais pris la partie de rentrer en une légère 'hibernation', en sortant en entendant quelqu'un arriver pour me trainer et prendre ces repas frugales que l'on m'offrait. J'avais songé à m'enfuir mais cela desservirait mes intérêts, aussi certainement que l'Empereur, damné soit ce fils de chien, avait du prendre des mesures pour empêcher une évasion, et je n'allais pas épuiser mes dernières ressources pour tenter une percée...
Ah cette faim, je ne la connaissais que trop bien. Une tension qui me parcourait tout le corps, je sentais raidir mes membres, même si je savais qu'à la moindre occasion ils seraient plus qu'efficace pour me permettre de me repaître de cette nourriture dont j'avais tant besoin. Et puis les souvenirs, dans cette sordide et sombre cellule je voyais des images, des illusions déformés par le temps flotter devant mes yeux. Des silhouettes familières, des êtres morts depuis des siècles en des lieux qui n'existaient plus. Et puis ce regard d'ambre... comment pourrais-je l'oublier ?... Je m'endormais bien souvent en repensant à ce sourire mutin qui en disait long, ne me préoccupant plus de ce qu'aurait pu voir l'aberration au cheveux rouge. J'avais juste besoin de tenir, en attendant la sentence.
Peut-être rejoindrais-je enfin ceux que je revoyais, disparu depuis des lustres et des lustres, dans le royaume de Dämons.

Quelqu'un approchait, me tirant de ma torpeur. J'avais perdu tout semblant de dignité, mais cela ne me gênait nullement. Cela me rappelait ma jeunesse, la tribu Svart où j'avais grandi. Mes cheveux étaient sales, je devais être sale et pas beau à voir. Nouant ma simple couverture de tissu en pagne de fortune, je révélais mon corps un peu athlétique. Mon regard devait paraître éteint, je devais avoir l'air fatigué, émacié, et après m'être levé je regardais la personne qui venais me voir, et entendit mon nom prononcé par une voix familière. Une joie sincère se dessina sur mon visage, je le sais, au vu du nom que je prononçai en réponse.

-Dana !...

Mais mon sourire se figea, et la lueur s'éteignit dans mon regard, revenant à la réalité. Ce n'était qu'Eurydice. Mes yeux se fermèrent, et je me rassis en soupirant. Encore un fantôme. Une vision d'un autre lieu, d'une autre situation, étrangement familière. Le présent me rattrapais et avec lui cette femme qui, bien que montrant une certaine contenance, devait être en proie à d'important conflits intérieurs. Il y a des substances, des drogues, qui provoquent d'étranges euphories, qui nous porte aux portes de Dämons, et qui nous retient une fois revenu à la vie normal, donnant envie de replonger dans ces sensations si dangereuses. J'étais un peu comme ça quelque part, et je savais qu'elle ne pouvait me sortir de ses pensées.
La preuve résidait dans sa venue, elle finissait inévitablement par venir me voir, plutôt qu'à rester avec ses chers petits monstres. Elle avait fait paraître ses semblant de bras, qui illuminait un peu mon sordide cachot. Je détournai le regard, et je soupçonne quelques éclats de lumière se réfléchir dans mes cheveux, faisant légèrement briller quelques mèches, réfléchissant un peu de lumière. Finalement je m'y accoutumai, et posais un regard brillant d'une malice recouvré sur ma petite Ethérie.

-Alors je vais être mis à mort c'est cela ? Tu viens m'offrir une dernière nuit de délices avant que l'on ne mette fin à mes jours ?... Je n'en mérite pas tant... Je ricanai, avant de me rasseoir, l'air fatigué. J'en ai assez de ce petit jeu, ma chère, de... tout ceci.

D'un geste de la main je désignai cette geôle, cette situation grotesque. Bien que prisonnier entre ces murs, son esprit restait entre mes griffes. Un sourire se dessina sur mes lèvres, empli d'amertume. C'était un peu ma dernière carte, le dernier coup que je pouvais jouer avec elle, si l'on considérait que la mort n'était plus très loin. Jouer au chat et à la souris ne m'apporterait rien, tant de questions et d'incertitudes à mon propos devaient lui peser... je n'avais plus grand chose à perdre. Je m'étirais souplement, et toisa de mes yeux d'un bleu sombre, autant que les flots abyssaux dans lesquels se complaisait l'impétueuse Virva.

-Tu n'es pas une proie comme les autres, Eurydice, je n'aimerai pas avoir de raisons de te dévorer, même si je le ferais sans hésiter. Tu es docile, résigné, mais point par peur de ce que je suis, bien que ce que je suis te terrifie, et non sans raison...

Lentement je me levai, et avec une rapidité déconcertante je me retrouvai contre la porte de métal, une lueur de folie dans le regard, tendant une main griffus qui empoigna la jeune femme, l'attirant contre les barreaux. De l'autre main, cependant, je vins lui caresser la joue, du bout des doigts, avec une délicatesse surprenante. Elle était belle, précieuse, et je rechignai sincèrement à l'abandonner. Ma voix se fit murmure, susurrant avec une voix de miel des paroles que j'aurai aimé lui glisser à l'oreille sans qu'une grille nous sépare.

-J'aurai aimé avoir plus de temps pour faire chavirer ton esprit jusqu'à ce que tu ne puisses plus te passer de moi, que tu sois prisonnière de mes mots, de mon corps, que tu saches que tu es à moi sans qu'aucun lien ne te retienne... tu es libre et pourtant tu es devant moi, sans comprendre pourquoi j'en suis certain... Ce ne fut plus qu'un souffle qui s'échappait d'entre mes lèvres. Je ne quitte pas tes pensées, n'est-ce pas... ?

Soudain je la relâchai, et me reculai, en riant, titubant un peu en arrière. C'était un rire un peu cruel, savourant la situation, la beauté de la chose. Je manquais de trébucher, et me tint alors droit, fier, dans ma cellule, la regardant en souriant. J'avais retrouvé un peu de substance, qui m'avait quitté alors que mon esprit se noyait dans des souvenirs lointain. J'avais la conviction que je pourrais en créer de nouveaux avant que Dämons ne réclame mon âme. Cependant je savais que je n'y couperai pas, à l'inverse de ma gorge qui finira par passer au fil d'une lame, je serais tenté de dire que c'est écrit. Je devais troubler ma petite Ethérie, qui l'avait suffisamment été jusqu'ici.
Mon regard se posa sur ma cellule, j'approchai un mur et posai ma main sur la pierre froide. Je tournai le dos à Eurydice, et lâcha un rire, qui devait sembler bien étrange. Mes épaules se secouèrent légèrement, et ce qui était devenu des sanglots s'étouffèrent, avant que mon rire reprennent, emprunt de tristesse.

-Ne prend plus ma défense, Eurydice. Si tu as un semblant de pitié pour le monstre que je suis, tu les laisseras faire. Mon visage se tourna vers elle, mon regard trahissant une profonde lassitude, mêlé à de la tristesse et de la nostalgie. Tout ça n'a plus d'intérêt, j'ai vécu plus de temps que je n'aurai pu en rêvé, et aussi distrayante tu fus, ce n'est pas toi qui me donneras l'envie de continuer à vivre. Poses donc ces questions qui te tourmente... Je signifiai d'un geste de la main que ça n'avait plus d'importance. J'y répondrai aussi honnêtement que possible...


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Eurydice
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Sam 8 Sep - 16:06

La déception se lut dans les yeux sombres d'Akayel. Un instant avant, elle y avait vu une joie sincère, quelque chose qu'il n'avait jamais encore montré. Ou qu'elle n'avait pas vu. Et il prononça un nom. Un nom de femme. Ah. Eurydice sentit la colère monter, mais ravala celle-ci, la colère était un vieux sentiment, une compagne, qu'elle avait appris à ne plus écouter, à ne plus ressentir aussi violemment. Elle se souvenait vaguement avoir ressenti de la colère, de la rage, une rage sans fin, lorsqu'elle avait été claquemurée entre des tubes de verre, dans sa cellule. Mais elle se tût. Elle n'avait pas besoin de parler, Akayel le faisait pour deux, et elle se dit, qu'il aimait tellement le son de sa propre voix, que l'interrompre ne servait à rien. Elle savait qu'il ne l'écouterait pas avant d'avoir fini.
Elle sentit clairement ses doigts fantomatiques se serrer autour de l'anse du panier qu'elle tenait. Dedans, il y avait de la viande, ce type de viande que seul Akayel pouvait apprécié. L’Empereur avait simplement souri en disant, que leur cher invité n'y trouvait rien à redire. Eurydice n'était pas sotte, elle savait bien de quoi il pouvait s'agir. Ses enfants étaient moins monstres que ces deux-là. Moins que tous ceux qu'on avait fait venir à la surface. Ceux qui s'étaient nommés ses Enfants. Une pensée amère pour Eurydice, qui ne connaissait même pas ceux qui étaient sortis de son ventre. La colère, elle ignorait d'où elle venait, mais maintenant qu'elle tremblait moins, la colère semblait revenir plus facilement. L'ignorer devenait également plus difficile. Elle avait plié des objets à sa volonté, ses fils les avaient brisés, lorsque, fatiguée, énervée, et surtout frustrée de ne pouvoir former des mains, des bras, elle les avait broyés. La délicatesse était plus difficile à apprendre lui avait confié son maître Tisseur. Huri était un vieil homme, mais ce que son corps ne pouvait accomplir, ses fils lumineux le faisaient. Il faisait partie des nobles de la Cour de l'Empereur, d'une vieille famille, mais il avait accepté de l'aider. Sec et revêche, il s'était finalement adoucis après quelques leçons, notamment celle où Eurydice avait réduit en miettes les objets qu'elle était supposée attraper. Perdue dans ses pensées, elle n'évita pas Akayel qui l'empoigna. Le contact des grilles, froides, la violence du geste, la firent hoqueter. Elle faillit en perdre sa concentration, mais là aussi, Huri l'avait entrainée, elle se reprit, et ses fils, sans reformer ses bras, rattrapèrent le panier qu'elle tenait.
Ses yeux de biches s'agrandirent, et elle se sentit frémir sous le contact des doigts d'Akayel sur sa joue. C'était sans doute étrange, mais elle avait le sentiment, que sous ses dehors brusques, désinvoltes, il faisait attention à elle. Comme lorsqu'elle avait eu froid, dehors, grelottant sous la pluie, et qu'il l'avait faite entrer dans une des bâtisses à l'abandon. Lorsqu'il la lâcha, elle recula, réajustant ses vêtements, usant de quelques fils lumineux. Son rire résonnait, et les bruits venant des autres cellules se turent, tandis qu'il riait. L'image d'Akayel riant devrait sans doute rester gravée dans la mémoire d'Eurydice. Elle se demanda si la captivité ne l'avait pas rendu fou. Il avait toujours le même, semblant n'accorder que peu d'importance aux autres, à sa propre vie, se gaussant du monde, de tout. La colère pointa à nouveau, et Eurydice la chassa. Pas maintenant, songea-t-elle.

Akayel eut terminé. Il s'attendait sans doute à ce qu'elle parle. Eurydice pinça les lèvres. Elle s'accroupit, sa main de tisseuse plongea dans le col de sa robe, elle en tira une fine chainette. Au bout de celle-ci pendait une petite clef. La clef en question ouvrait une petite trappe qui servait à glisser la nourriture et l'eau pour Akayel. Eurydice l'y glissa dans la serrure, donna deux tours, et la trappe s'ouvrit. Elle retira la clef, la laissa retomber contre sa poitrine. Silencieuse, elle sentait la colère, encore et encore. Elle se demanda d'où elle venait. Et quand elle eut la réponse, tout en glissant le contenu de son panier par la trappe, elle serra les mâchoires. L'Ethérie se flagella mentalement. Elle était stupide. Elle savait pourtant qu'elle n'aurait droit à des paroles acides venant d'Akayel. Une fois terminé, Eurydice referma soigneusement la trappe. Elle releva la tête, croisant le regard du Tieffelin. Chrysaor avait peut être raison. Elle se demanda pourquoi elle faisait cela. Venir jusqu'ici, lui apporter à manger, de quoi se vêtir. Cela lui indiquerait sans doute que l'Empereur ne comptait pas tuer Akayel, pas plus qu'il n'avait mis à mort ses enfants. Ses enfants l'attendaient en haut. Elle se demanda si elle ne ferait pas mieux de laisser le Tieffelin en bas, de ne plus jamais s'en préoccuper, comme il le lui demandait.


-Désolée de ne pas être celle que vous attendiez, lança t-elle abruptement. Je peux très bien me passer de vous. Je l'ai fait. Mais je me suis dit que je vous devais bien ça.

Elle secoua la tête, un pauvre sourire s'affichant sur son visage. La colère remonta, manquant de la suffoquer. Il se moquait, se fichait de tout. Eurydice ne pouvait pas le supporter. Akayel n'avait jamais eu peur de sa vie, n'avait eu à se cacher, à obéir, à s'aplatir pour survivre. Elle si. Elle l'avait fait pour survivre. Pour vivre. Lui semblait se ficher de vivre ou de mourir. Si lui s'en fichait, ce n'était pas son cas.

-Je suis peut-être... juste une proie pour vous. Je m'en fiche. Non, vous ne faîtes pas peur. Vous ne me terrifiez pas non plus. Vous mangez les autres. Vous ne serez ni le premier, ni le dernier à le faire. Et je comprend parfaitement pourquoi je suis là. Je suis pas idiote vous savez. Je suis peut être faible, peut être diminuée, mais pas complètement stupide. C'est moi qui ait demandé à venir ici. Vous avez le bonjour de l'Empereur, la viande est de sa part. Il a dit que vous pourriez pas refuser ce genre de viande là. Le reste, c'est moi qui ait pensé que vous en auriez peut être besoin. Si ça vous fait pas plaisir, eh ben tant pis.

La colère était sortie, et Eurydice s'était retenue de justesse pour ne pas faire subir au panier, le même sort qu'aux objets qu'elle écrasait régulièrement. Elle rassura mentalement son fils à la chevelure rouge sang. Elle respira un grand coup, se calmant. Cela ne lui ressemblait pas. Elle était calme, docile, parfois peut être absente. Elle n'était ni colérique, ni combattive. Rien de tout cela. C'était les autres qui pouvaient dire ce qu'ils pensaient. Elle, elle était celle qui devait avoir peur. Deux voix lui soufflèrent à l'unisson qu'elle était plus forte que tous ces autres. Eurydice se retourna, certaine d'avoir senti le souffle des Jumeaux. Mais il n'y avait rien d'autre que le mur, et les lourdes portes de métal. En se retournant, elle croisa à nouveau le regard d'Akayel, et décida de le soutenir.


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Akayel
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Dim 9 Sep - 19:41

Incertain, mon regard trahissait une totale surprise, une chose que je n'avais sans doute pas exprimée devant Eurydice, pas ainsi du moins. Ma petite Ethérie se montra bien plus forte que je ne l'aurais cru, me défiant et s'affirmant. Bien facile en étant derrière une porte que je ne pouvait franchir, mais je ne doutais pas du sérieux de son ton ; rien ne saurait être plus dangereux que la colère d'une femme, et ma chère Eurydice devait avoir de l'estime pour moi, quelque chose d'indéchiffrable mais que je connaissais que trop bien. Elle était surtout vexée, car je l'avais prise pour une autre alors qu'elle était venue dans l'espoir de m'offrir un peu de répit, vu ce qu'elle me dit sur le contenu du petit panier, que je la regardais me glisser sans mot dire. Elle me regardait, et je perdais mes yeux, toujours aussi incertain, dans les siens, muet d'incompréhension.
Puis je secouais la tête et lui souris avec une chose qu'elle n'avait pas du voir sur mon visage, pas avec autant de sincérité : de la tendresse. Comme seule explication, avant de m'accroupir près du panier, fut quelques mots glissé avec mélancolie, au risque de déclencher à nouveau son hostilité.

-C'est fou ce que tu lui ressembles...

Je devais sembler faible, abattu, un pâle sourire flottant sur mes lèvres à la vue d'un fantôme d'autrefois, revoyant la tignasse blonde et le regard insolent de Dana posé sur moi, avec une moue de colère qui me faisait pas le moins du monde regretté d'être derrière les lourdes portes des geôles de la Marche du Sanctuaire. Mais ce n'était pas elle qui était face à moi, non, cela faisait près d'un siècle qu'elle était morte. Et Eurydice, si je survivais à l'Empereur, finirait sans l'ombre d'un doute par mourir, comme tout les autres, me laissant seul.
Je baissais le regard, honteux, et tira vers moi le panier. Je savais ce qu'il contenait, mais sans avoir envie de l'ouvrir. L'odeur me titilla les narines mais je me retins. Un sourire amer se glissa entre mes lèvres. A une époque je savais avec certitude à l'odeur du sang quel était la race de celui dont je me délectai. Maintenant je ne me nourrissais que par nécessité, en toute hâte, et tout cela m'avait échappé. Sans regarder Eurydice, j'ajoutais quelques mots.

-J'aurai aimer retourner sur la terre de ma tribu au moins une dernière fois avant de mourir. Mais elle n'existe plus depuis le Deuxième Âge. J'ouvrai le sac et en retirai la viande qu'il contenait, sentant le sang qui suintait encore du muscle. Quand l'un des nôtres sentait poindre le déclin venant avec l'âge, il enlevait son armure, ne conservait qu'un pagne en peau de loup, et peignait son corps de symboles aux couleurs vives. Puis quand venait la bataille, il chargeait en hurlant comme un damné, et se jetait dans la mêlé à corps perdu, afin de mourir comme un véritable guerrier. Moi...

Je portais le morceau de chair à mes lèvres et y plongea mes crocs. C'était frais, et mon corps trembla de soulagement en sentant la vie parcourir à nouveau mon corps qui manquait cruellement de cette énergie qui lui était nécessaire. Les yeux fermé je mâchai la viande sans me préoccuper du sang qui dégoulinait le long de mes bras, et gouttait sur le sol. Une fois la viande achevée, je respirais fort, m'étant retenu de le faire pendant que j'ingurgitais au plus vite cette nourriture vitale pour moi. Il n'y avait aucun plaisir, juste un besoin primaire pour quelque chose dont mon corps hybride avait besoin.
Je léchais le sang qui recouvrait mes doigts, comme je faisais autrefois, quand je ne devais pas me presser et l'essuyer à la va-vite. En relevant la tête, je vis qu'Eurydice me regardait encore. Peut-être n'avait-elle pas détourner le regard du sinistre spectacle que je donnais, pire qu'un animal ayant perdu sa dignité, enfermé dans une cage à tourner en rond en ressassant des souvenirs qui se perdaient dans les Âges... Je me relevai, sans la quitter des yeux, avant de porter ma main gauche au niveau de mon visage, observant les traces de sang qui restait, et celui sur mon bras. Une goutte tremblotante s'agita, et tomba de mon coude, éclatant sur le sol dans un petit bruit.

-... je suis condamné à vivre en volant celle des autres.

Recouvrant un peu de lucidité, et sentant l'énergie me faire comme revivre, je me retrouvais avec une rapidité déconcertante contre la porte, la main sur les barreaux, regardant Eurydice avec un lueur de colère, de rage intense, mais contenu par une froideur pouvant faire douter n'importe qui que j'ai pu exprimer autre chose auparavant.

-Tu te morfonds de n'avoir aucun souvenir, d'avoir été séparé de tes dégénérés d'enfants, mais tu ne sais rien de la souffrance, sifflai-je. J'ai vu des siècles s'écouler, tout mes proches mourir, il n'existe plus personne pour témoigner de ce que j'ai pu voir, au point que je doute les avoir vu un jour !! Si je ne te tue le temps le fera pour moi, tous vous serez poussières que je vivrai encore !!

Brusquement je me reculai. Personne ne peux comprendre une telle chose, voir le temps s'écouler sans fin, le monde mourir et renaître sans fin en était toujours debout, comme la relique d'un passé oublié qui essaye tant bien que mal de garder sa place dans un monde en perpétuel mouvement. Ils ne s'en rendent pas souvent compte, ces pauvres insectes, pour eux le monde reste bien souvent le même, n'étant que trop peu marqué par des évènements le changeant, ou se fondant dans la nature de ces derniers, tels les soldats qui avaient donné corps à la Grande Guerre. Mais le monde avait des changement plus subtil, en plus de ceux ordonnés par les hommes. Mais les siècles avaient découpé les falaises, fait pousser les arbres, taillé les montagnes...
La colère montait en moi, je sentais mon corps révéler ma nature démoniaque, à peine éclairé par le tissage de ma petite Eurydice. Mes griffes apparurent, de même que mes crocs, et mes yeux n'était désormais que deux pupilles entourés de rouge. Ma peau paraissait plus épaisse, et mon visage se déforma légèrement, ma mâchoire devenant bien plus carré et me donnant un air féroce, bestial... inhumain... Une voix grave et profonde, arrachant à chaque syllabe de léger frisson d'effroi à tout ceux qui l'entendaient.

-Ton souvenir et ton existence s'effacera que j'existerais encore, moi qui ne suis rien de plus qu'un monstre qui se cache pour se nourrir et survivre en attendant la mort. La vie n'a plus rien à m'offrir et Dämons se fait attendre.

Je donnais un grand coup dans la porte, faisant se déformer le métal sans pour autant parvenir à le déchirai, puis lâchai un cri retentissant de désespoir, qui du résonner un long moment dans tout le palais, glaçant d'effroi tout ceux qui pouvait entendre ce rugissement que nul oreille ne devrait entendre. Puis je redevint normal. Prenant le panier, et sans regarder le contenu qu'Eurydice disait avoir choisi pour lui faire plaisir, je le jetai sur la porte, transi de rage et de douleur, pleurant à nouveau en serrant les dents.

-Disparais, crachai-je, et dis à ce bâtard d'Empereur que s'il tarde à me mettre à mort je ne lui laisserais pas le choix. DISPARAIS !!

Criais-je, avant de lâcher un sanglot. LA colère reprit un instant le dessus, et je fonçais à nouveau sur la porte, avec l'espoir futile et un peu fou de la défoncer pour encourager Eurydice à partir, mais je me heurtai juste au métal, m'envoyant vaciller quelques pas plus loin avant de m'effondrer, sonné, et en proie à nombres d'émotions contradictoires...


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Dim 9 Sep - 22:34

Se mordillant les lèvres, elle se demanda si elle n'avait pas fait une erreur. Etre en colère, ce n'était pas elle. Elle ne se mettait jamais en colère. Faux. Le souvenir du scientifique qu'elle avait étranglé lui revint, elle l'avait fait sous le coup de la colère, elle avait regardé son visage prendre une couleur violacée, les yeux sortirent des orbites, ses doigts griffant les fils qui entouraient sa gorge. C'était avant qu'ils ne s'amusent jusqu'à la briser, jusqu'à ce qu'elle ne parvienne plus à vivre sans ce qu'ils lui donnaient. La mort de l'homme en blouse était son souvenir le plus ancien, du moins, celui qui était le plus clair, le plus vivace. De ce qu'elle savait de sa vie d'avant, pas grand chose, seulement des émotions, des sentiments. Parfois, une odeur lui rappelait quelque chose, mais ses souvenirs perdus n'étaient plus que des lambeaux, et ils la fuyaient quand elle croyait les saisir.
Elle se renfrogna une nouvelle fois. Il venait de lui dire qu'elle lui ressemblait. Non, elle ne devait pas lui ressembler. Elle ne savait même pas qui elle était. Elle n'était qu'une pâle copie de ce qu'elle avait pu être. Elle n'était rien. Un sentiment aussi profond que sa colère surgit, un immense vide. Ce vide qui menaçait toujours de l'engloutir lorsqu'elle décidait faiblement de se laisser mourir dans sa cellule. Au final, son instinct de survie avait toujours repris le dessus. Comme Akayel en ce moment. Elle le regarda dévorer la viande saignante à pleine dents. Elle ne broncha pas. Pas plus que la fois où Rajesh avait manger un morceau de son bras fraîchement amputé, réduisant son moignon à presque rien. Eurydice chassa ce souvenir, ne voulant pas l'associer avec Akayel, lui qui ne l'avait pas croquer. En le voyant ainsi, sa colère retomba, remplacée par quelque chose d'autre, peu être emporter dans ce vide, au bord duquel elle se tenait toujours. Il parlait encore de mourir. L'Ethérie fronça les sourcils. S'il devait mourir, pourquoi prendrait-on la peine de le nourrir ? S'il devait mourir, elle ne serait pas descendu jusqu'ici maintenant. Elle serait venue plus tôt. Elle le lui aurait dit d'embler. Akayel semblait avoir un pied dans ses souvenirs, et un autre dans la réalité. Elle se demanda si la faim, l'enferment, n'avait pas changé le Tieffelin. Car oui, c'était un semi-démon, Lycurgus lui avait dit ce qu'il avait vu dans l'esprit ravagé d'Akayel, tâchant de dissuader sa mère de... De quoi au juste ?
Elle n'eut pas le temps de s'interroger, elle sursauta devant la violence d'Akayel, reculant d'un pas, ses yeux fixant le visage déformé par la colère, qui fut bientôt déformé par autre chose. La véritable nature d'Akayel se révéla devant l'Ethérie, le même frisson que lors de sa capture parcourut l'échine de l'Ethérie. Avant que ses enfants ne neutralisent Akayel, du moins, que Nythil le fasse en chantant, elle avait senti ce frisson. Lycurgus avait dit qu'il s'était transformé, il le lui avait même montré, il pouvait sculpter les ombres et la lumière. Eurydice s'en fichait. Pour elle, les véritables monstres étaient morts massacrés par le général auquel ses fils et filles devaient obéissance. Elle déglutit péniblement, la peur reprenant le dessus. Elle laissa même échapper un couinement effrayé quand elle crut que la porte aller céder. Elle n'était pas stupide, elle savait ce qu'il ferait s'il pouvait sortir. Lorsqu'il cria, Eurydice eut le réflexe de se recroqueviller, ses mains tissées plaquées sur ses oreilles. Lorsqu'elle rouvrit les yeux qu'elle avait fermé, elle les ferma de nouveau, se prenant quelques uns des objets qu'elle avait amené, lancé par Akayel avec le panier. Elle hoqueta, et les larmes lui montèrent aux yeux. Elle ne bougea pas, glapissant à nouveau quand Akayel se heurta à nouveau aux barreaux.

Dans son crâne, les murmures inquiets des jumeaux, sous ses pieds, le sol bougea. Ils étaient là. Elle leur demanda de partir, elle n'avait rien. Ce n'était rien. Elle avait vu Akayel en colère, du moins, c'est ce qu'elle avait cru. La démonstration de force qu'il venait de faire lui montrait à quel point elle avait eu tort. Eurydice essuya ses larmes du plat de ses mains fantomatiques, des râles s'échappèrent des autres cellules. Elle avait reculé jusqu'au mur opposé à la cellule d'Akayel, assise sur le sol, tremblante. Elle tremblait autant de chagrin que de peur. En face d'elle, Akayel ne bougeait pas, son corps seulement agité par des soubresauts. Eurydice ne bougeait pas non plus. Elle ne comprenait pas pourquoi il voulait mourir à ce point. Elle saisissait pourtant tout ce qu'il lui avait jeté à la figure. Elle renifla, et attendit un peu, cherchant à se calmer. Son cœur battait si fort qu'elle avait l'impression qu'il allait lui sortir de la poitrine. Elle hésitait, elle avait envie de partir... Non, il ne lui avait pas dit de partir, mais de disparaître. Ses larmes redoublèrent, elle les essuya de plus belle. Elle avait choisir de descendre jusqu'ici, elle savait... Elle savait qu'elle allait être blessée en descendant. Elle avait espéré autre chose, mais... Finalement, elle était sans doute stupide. Eurydice resta assise, prostrée, essuyant régulièrement ses joues.
Elle avait choisi de venir ici. L'Ethérie fronça les sourcils, avant de demander au bout d'un moment, d'une petite voix :


-Si... Si je disparais. Est ce que ça te rendra moins malheureux ?

Rouvrant ses yeux, Eurydice se redressa, Akayel était resté dans la même position. Elle regarda les grilles déformées, le métal avait crissé sous l'impact, les barreaux étaient tordus, mais n'avaient pas céder. Elle avait choisi de venir ici. Elle soupira, exhalant un soupir tremblant. Elle déglutit péniblement, se remettant debout à l'aide d'une simple poussée. Elle se décolla du mur, avançant jusqu'aux grilles, venant s'agenouiller devant. Elle posa son front contre les barreaux tordus.

-Si tu me tues maintenant, est ce que tu seras plus heureux Akayel ?

Sa voix n'était qu'un chuchotement, et passer au tutoiement avait été naturel. La lumière de ses bras s'éteignit, alors que les fils lumineux se défaisaient, disparaissant. Il était proche, mais pas suffisamment pour qu'elle puisse le toucher. Elle eut un nouveau soupir tremblant, alors qu'elle se ramassait sur elle-même. Et puis Eurydice venait de réaliser ce qu'il venait de lui dire. Reprenant courage, elle s'enhardit, mais tout en restant prudente.

-Tu sais... S'il voulait vraiment ta mort. Ce serait déjà fait, il ne l'a jamais dit, poursuivit-elle d'une voix plus assurée mais toujours douce, tu m'as dit que si j'avais des questions, je pouvais te les poser. Si... si vivre t'es aussi insupportable, si tu ne veux pas souffrir, pourquoi... pourquoi tu m'as dit que j'étais venue parce que je ne pouvais pas te sortir de ma tête ? Pourquoi est ce que tu m'as ramassée ? Pourquoi tu voulais me garder pour toi seul ? Akayel...


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Lun 10 Sep - 21:48

Sa question fut semblable à un coup de poignard. Cette voix triste, blessée. Étais-je affecté ? Il faut le croire. Je ne bougeais pas. J'avais mal, autant physiquement à cause du choc que j'avais pris à l'épaule et sur tout le côté gauche du corps en tentant de forcer la porte, qu'en me mettant en colère contre Eurydice. Quel idiot je faisais. Cela aurait du n'avoir aucune importance. Ce n'était qu'un être de chair qui finirait par pourrir... Non. C'était Eurydice. C'était une femme, qui semblait prête à mourir si cela pouvait me rendre plus heureux. Si j'avais un cœur, cela aurait du me toucher, cela aurait du m'affecter...
Et ça m'affectait. J'avais jusqu'ici vu en elle une esquisse de Dana, de ma Dana. Mais au-delà de ça... il y avait une femme bien vivante, présente, qui se relevait, se rapprochait, je le voyais du coin de l'œil, accroupie à ma hauteur contre les barreaux, murmurant à nouveau ces paroles qui me faisait comme un coup. Depuis qu'elle était descendu, qu'elle avait montré une certaine envie d'être proche de moi, je ne désirais que la voir me détester et disparaître, peut-être pour éviter qu'elle ne puisse devenir un de ces fantômes qui dansaient dans l'obscurité. Elle mourra, et me laissera seul. Mais elle était prête à le faire, à en croire ces mots, sauf que... je ne voulais pas qu'elle meure. Je veux qu'elle reste murmura une voix dans mon esprit.

Je l'écoutais parler, oser. Elle semblait triste, mais prenait son courage à deux mains. Elle me dit que je pouvais très bien ne pas mourir. Elle voulait savoir, comprendre, sans doute... autant me trouver des raisons de ne pas mourir, que de comprendre pourquoi j'en avait laissé en m'intéressant à elle. Je n'étais pas bien sûr de savoir. J'avais voulu jouer avec elle, parce qu'elle me distrayait. Pourquoi ? Je n'aurai su le dire. Je ne veux pas la tuer. Mais je ne veux pas m'attacher. M'attacher c'était souffrir. Mais si je ne m'attachais pas... J'étais heureux avec Dana. Avec ma famille. Je pleure leur mort, mais avant... avant cela j'étais heureux. L'alchimie comblait un vide, mais je restais un être malheureux qui ressassait un passé depuis longtemps révolu.
Je me relevais doucement, me retrouvant assis sur le sol. Elle avait la tête contre les barreaux, regardant le sol, accroupit d'une façon qui lui donnait un air blessée, presque attendrissante. Je m'avançais à quatre pattes, ne voulant pas paraître plus grand, restant à sa hauteur, et me tiens à genoux devant la porte. Ma respiration était lente, mes pensées confuses. Que dire ? Et qu'est-ce que je voulais ? Elle, sans aucun doute. Et surtout pas qu'elle meurt. J'avais promis de répondre, d'être sincère. J'étais certes un monstre dévoreur de chair, mais j'avais mes principes, et un sens de l'honneur assez étrange.

-J'ignore pourquoi, mais le fait est que tu es là. Tu es restée entre mes griffes, tu as soutenue mes provocations tout en restant à ta place, tu as pris plaisir à des ébats forcés, et tu as fini par abandonner un peu de la liberté qui t'étais offerte pour venir ici, devant moi, avec ce petit panier que tu as garnie à mon intention. Je posai ma main doucement sur sa poitrine, sur son cœur. C'est toi qui a cette réponse.

Ma main remonta doucement le long de son cou, caressant sa peau. Je ne voulais pas éprouver de tendresse pour Eurydice, mais elle semblait si fragile, si secouée, comme si l'opinion que j'avais d'elle, comme si la façon dont je pouvais la regarder avait de l'importance, sans pour autant qu'elle se sente réellement importante. Peut-être... voulait-elle simplement être importante pour moi, qui m'étais interposé entre elle et des malfrats, et qui avait joué avec elle, même si c'était cruel. Sans doute voulait-elle comprendre comment l'on pouvait avoir envie de la posséder... Je chassais mes interrogations loin de tout ça, et pris sur moi de répondre à ces questions. Ma voix était douce, presque un murmure, alors que passais ma main sur son cou, la remontant doucement pour qu'elle relève ses yeux juste assez pour être plongés dans les miens.

-Depuis cent ans ma vie n'a aucun intérêt, il n'y a rien eu de nouveau, juste la nécessité de se cacher, d'être oublier, une insupportable attente. Et je suis tombé sur toi, un véritable tré... Je me raclai la gorge, détournant le regard pour trouver mes mots. Tu es unique. Une femme comme j'en ai rarement vu. Soumise, docile, mais forte, déterminée, et si belle... comment ne peux te vouloir pour soi. J'aurai voulu te garder avec moi, pour moi, mais en faisant en sorte de ne jamais t'aimer, car... car...

Mes yeux s'embuèrent légèrement, retenant des larmes de poindre à nouveau. Des souvenirs me revenaient en mémoire et j'essayais de les chasser. Je pris une forte inspiration, et ma main vint à caresser les cheveux d'Eurydice. Je songeai que s'il n'y avait pas eu cette porte, je l'aurai prise dans mes bras, voir peut-être plus si cette réconciliation l'avait permis sans cette barrière entre nous. Mais elle était là, et nous étions tout deux au niveau du sol, comme deux amants maudits qu'une tragédie, sauf que la réalité de la chose était tout autre. Je n'étais qu'un monstre sans âge et elle une âme torturée sans mémoire. Cela donnerait une bien curieuse histoire.

-... j'aurai une fois de plus souffert de perdre quelqu'un. Quel être ravagé serais-je si je devait garder des attaches en ce monde où les générations se succèdent sous mes yeux sans que je ne vieillisse... je ne serais pas plus heureux si je te tuais, Eurydice, non. J'aurai été heureux si tu avais été comme moi. Ecoute... si je sors d'ici, si Argental me le permet... et si tu arrives à supporter l'être que je suis et qui attendrait de toi une totale soumission... je pourrais peut-être supporter d'un jour devoir te perdre. Peut-être.

J'aurai aimé l'embrasser, lui donner une preuve, faire plus que dire quelques mots. Mais je ne pouvais que passer ma main dans ses cheveux. Mon regard était dur, je ne voulais pas me montrer aimant, ne pas m'investir, pas avant d'être sortis. Et même par la suite... mon esprit commençait à se tourner vers l'avenir, les éventualités, au lieu de baigner dans un passé trouble. Devrais-je vraiment être aussi aimant qu'avec Dana, après le mal que j'ai eu à sa mort, ou garder une certaine distance ? Et puis, il y avait ses enfants. Supporterait-elle mon régime alimentaire, et au jour le jour devoir être un peu bousculée et subir mes humeurs parfois colérique ? Me demander si elle le supporterait supposerait un certain engagement. Mais elle n'était pas non plus une esclave.
C'était Eurydice.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Mar 11 Sep - 0:07

Retenant son souffle, Eurydice le regarda approcher à travers ses cils. Elle prit ainsi toute la mesure de plusieurs semaines, voire mois, d'enfermement. En tant que cobaye, ils avaient fait en sorte qu'elle soit toujours en bonne santé, que les maladies ne la tuent pas, surtout lorsqu'elle était faible, après les amputations. Mais Akayel n'avait pas bénéficier d'un traitement aussi attentionné de la part de ses geôliers. Il était à demi-nu, bien qu'Eurydice ne se formalisa pas plus de ce détail, elle même était vêtue de haillons, et s'était vite retrouvée nue devant lui. Cela semblait remonter à si longtemps. Akayel était amaigri, sa peau blafarde l'était encore plus, et son visage était creusé par les privations et la fatigue. Argental avait sarcastiquement noté qu'il était remarquable qu'il n'ait pas craqué. Penser à l'étrange Empereur pendant qu'Akayel lui parlait, sembla être inapproprié. Eurydice fit l'effort de ne pas se raidir ou d'avoir un mouvement de recul lorsque Akayel la toucha. Elle avait entendu ce qu'il venait de lui dire. Elle avait été, quelque part, révoltée de l'entendre dire qu'elle avait pris plaisir à son propre viol, mais.. Elle n'avait jamais connu d'autres formes d'amour que d'être prise sans qu'elle n'en ait l'envie. A part peut être avec Erebus. Le Marcheur avait fait preuve de gentillesse à bien des égards, jusqu'à même être tendre et aimant avec elle. Il n'était d'ailleurs jamais loin, et de tous, c'était lui le plus hostile envers Akayel. Eurydice n'ignorait pas pourquoi, les rivalités entre mâles étaient monnaie courante dans les sous-sols, mais qu'elle en soit le centre... Elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi.

Elle savoura le contact de la main d'Akayel sur sa peau, fermant les yeux un instant. Sa main était froide, et non pas chaude comme la première fois. Elle se laissa faire, relevant doucement la tête sous l'impulsion de la main du Tieffelin. Son regard se planta dans le sien. Elle devait avoir les yeux rougis par les pleurs, le bout de son nez aussi. Ses joues devaient être encore rouges. Son nez la picotait, curieuse sensation qui lui fit perdre un peu de la solennité du moment. Elle broncha, quand il prononça la première syllabe du mot "trésor". Un mot qui écorchait ses oreilles. Mais il se souvenait, et Akayel s'interrompit, se reprenant. Elle trouva curieux, que pour quelqu'un qui avait passé son temps à la railler, il ait fait attention à ce détail. Depuis qu'elle lui avait demandé de ne plus l'appeler comme ça, dans cette bâtisse en ruines, il ne l'avait plus jamais fait. Étrange comme ce qu'Akayel disait ou faisait semblaient... important. Elle s'en préoccupait. Qu'il ait envie de mourir l'inquiétait. Elle n'avait pas voulu retourner le voir au début, jusqu'à ce qu'elle soit assez forte pour pouvoir se défendre. Pendant le restant de ses jours, elle savait que ses enfants resteraient près d'elle, à veiller sur elle. Ils étaient tous près la défendre, même son Lycurgus, qui semblait aussi indifférent que distant parfois. En cela, lui et Akayel se ressemblaient plus qu'aucun des deux ne l'admettrait jamais.
Elle saisissait le sens des paroles d'Akayel, et se représenta le même gouffre, le même vide qu'elle avait en elle, chez lui. Ce vide à qui l'on veut bien tout donner, quand on a plus la force de rien, pour être soulagé, un bref instant. Voir les autres mourir et continuer à vivre... Pendant... Pendant tant de temps, qu'Eurydice, dont les souvenirs n'étaient que lambeaux, ne parviendrait sans doute jamais par comprendre ce que longtemps voulait dire. Le temps était différent pour elle. Sans doute perdu à jamais. Elle avait été brisée et remodeler, et c'était irrémédiable. Elle comprenait aussi qu'il ait besoin de savoir qu'elle lui serait totalement dévoué, soumise. Et en même temps, elle s'était montrée colérique, jalouse sans doute, et lui avait tenu tête. Ce n'était qu'un bref instant, mais si soumise et docile qu'elle soit de par sa nature, Eurydice n'en avait pas moins été tout le contraire. Et même encore maintenant, alors qu'elle l'avait pratiquement défié de la tuer, non pas par arrogance, haine, mais parce qu'elle avait sincèrement cru qu'elle pourrait le soulager.

La cellule s'illumina alors qu'Eurydice faisait apparaître ses bras. Une série de fils comme des cheveux au vent, ou bien se déployant sous l'eau, tels de longs tentacules, surgirent de ses manches. La lumière qui émanait d'eau était lunaire, bleutée, elle projeta des ombres mouvantes sur les murs de pierres. Elle entendit un hoquet derrière elle, venant d'une autre cellule. Elle l'ignora. Les fils déployés se resserrèrent, formant des bras, se terminant par des mains. Ses bras ressemblaient parfaitement à ceux qu'elle avait eu. Sa main gauche glissa sur celle d'Akayel, avant de se joindre à la droite, se faufilant entre les barreaux, quitte à ce qu'Eurydice étire et affine ses bras. Elle posa ses mains de chaque coté du visage d'Akayel, se redressant dans se même mouvement pour se mettre sur les genoux. Elle eut un sourire qui illumina son visage, aussi sûrement qu'un rayon d'Aelius perçant entre les lourds nuages apportés par Tuuli et formé par Virva. Les histoires des Dieux, étaient les premières choses qu'elle avait apprise auprès de Jaromir. Eurydice avait pourtant découvert que ses prières étaient restées sourdes. Jusqu'au massacre des sciento-mages par Gjallahorn. Un homme sombre et silencieux, un géant doté d'une bras de métal, toujours suivit de Mio. Son regard s'attrista un peu.


-J'-j'ignore si je pourrais... Je... J'ai autant besoin d'eux, qu'eux de moi. Je ne sais pas si toi, tu pourras supporter ça.

Elle eut un petit rire de désarroi. Eurydice reposa sa tête contre les barreaux, ses mains cherchèrent celles d'Akayel, alors qu'elle s'asseyait dans une position plus confortable sur le sol, aux dalles inégales.

-Certains ne t'aiment pas beaucoup. Et j'imagine que c'est réciproque. Mais... Argental n'est pas de ceux là. Il a ri quand je lui ai dit que je voulais te voir. En suite, il m'a donné la viande. Enfin pas lui même, il a simplement donné des ordres. Je le trouve un peu bizarre pour un empereur. Celui d'avant était... -l'Etherie s'interrompit - Akayel...

Eurydice leva les yeux vers le visage du Tieffelin, incertaine, mais convaincue de la véracité de ce qu'elle allait dire.

-Je crois vraiment qu'il ne veut pas ta mort. Si.. s'il décidait de te tuer, j'essaierai de... de marchander. Ou de le supplier. C'est ce que je sais faire de mieux. Mais de là où je viens, ceux qu'on nourrit, c'est parce qu'on les veut en vie. Et s'il ma permit de venir ici, c'est parce qu'il a quelque chose en tête.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Jeu 13 Sep - 9:48

Nous étions face à face maintenant, nous regardant en silence. J'avais regardé ses dons de tisseuse matérialiser ses bras, qui d'une lueur lunaire faisait briller les deux âmes que nous étions perdus dans ces sous-sols ténébreux. Cela avait quelque chose d’étonnamment poétique, et un léger sourire se forma sur les lèvres. Ah, la poésie. Cela ne m'allait guère, mais cette situation l'était, ainsi qu'emprunte d'une savoureuse ironie, au regard de ce que nous étions. Une femme exempt de mémoire et un homme sans âge, elle avait été en partie dévoré et elle se préoccupait d'un dévoreur de chair. L'ironie, une chose qui me collait autant à la peau que la fine pellicule d'ombre qui recouvrait ma peau blafarde. Encore une chose étrange, elle manipulait une douce lumière, et j'appartenais à une race liée aux ténèbres.
Eurydice prit mon visage entre ses mains. Je pus sentir la douce énergie qui les composait sur ma peau, et me dit que cette chair-là, gorgée d'énergie, n'était pourtant pas comestible. Ils me firent frémir et je fermai les yeux un instant pour savourer la caresse de ma petite Ethérie, et les entrouvris pour la regarder. Elle s'était mise à ma hauteur, face à moi, et me souris, m'emplissant d'un étrange sentiment, que je ne connaissais plus vraiment, ou que je ne voulais plus reconnaître. Mais elle parut un peu triste, et exprima son besoin d'être proche de sa famille, lâchant un petit rire nerveux. Sa tête reposa à nouveau sur les barreaux nous séparant, et un léger pincement m'enserra le cœur.

Les autres ne m'aimaient pas. Et alors ? Comme elle le dit elle-même, je ne les appréciais pas non plus. Des aberrations, ou de la nourriture, au choix. Je n'avais aimé que ma famille, morte depuis deux Âges, et ceux avec qui j'aurai voulu en fonder une. Était-ce ce que j'aurai voulu avec Eurydice ? Je l'ignorais. J'avais juste envie de changer d'air, quelque part. Mais la suite de ses paroles me rattrapa, parlant d'Argental. L'Empereur de Morna... elle exprima ses doutes quant à une futur mise à mort, et cela me fit réfléchir à toute vitesse. Je pourrais peut-être m'en tirer finalement... mais en avais-je envie ? Mon regard se reporta sur Eurydice, qui semblait convaincue, mais troublée, comme si en m'affirmant que j'allais vivre alors que je pensais mourir, elle mon contredisait.
Un sourire tendre fendit mon visage, et je serrai mes mains contre les siennes, dont elle avait cherché le contact après avoir quitté mon visage. J'allais vivre.

-Je peux supporter, n'ais crainte. La famille... je sais ce que c'est.

Un sourire passa sur mon visage. De bref souvenir me revinrent en mémoire, et je les chassai bien vite. Inutile de repenser à tout ça, seul le présent importait. Et Eurydice. C'était curieux de voir comment notre "relation" avait évoluer, même si en un sens elle avait été plus ou moins ainsi, avec plus de distance et de menace. Elle avait accepté son attirance, j'avais assumé de souffrir s'il le fallait. Ça ne me ressemblait pas... mais qu'est-ce qui me ressemblait vraiment ? Pas grand-chose. Je sentais peut-être que le monde changeait encore et que mon temps allait enfin être révolu. La guerre semblait de nouveau vouloir faire vibrer la terre, et des êtres inhumains me dépassant voyaient le jour. C'était peut-être la fin d'une ère, et cela importait peu que je pose mon regard sur une "mortelle" vu que je mourrai tôt ou tard.
Et si je lui survivais... tant pis...

-Ne perd pas ses bonnes grâces en prenant ma défense. J'ai les moyens de monnayer, n'ai crainte, si l'Empereur cherche une raison de me garder je lui donnerai. Je tapotai ma tempe de mon index. Il y a des choses que même le truc avec les cheveux rouges ne sauraient trouver dans le fatras que sont mes souvenirs.

Je lui caressai à nouveau la joue, avec un sourire malicieux. En effet, je savais cacher mon jeu, penser de telle façon que même en scrutant mon esprit l'on pouvait avoir du mal à comprendre quel était le fond de mes pensées. Certaines informations étaient cachées dans ma mémoire, sous le flot de souvenirs qui étaient miens. Il faudrait des années à l'abomination aux cheveux rouges pour la fouiller de fond en comble...

-Remonte Eurydice. Va, et dis à Argental que je suis prêt à lui parler, à lui dire ce qu'il veut savoir. Je ne te lâcherais pas si facilement, crois-moi... Ajoutais-je avec un demi sourire.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Dim 23 Sep - 17:58

Famille. Le mot sonnait étrangement à ses oreilles. Il lui rappelait des sensations fugaces, familières, que son esprit accueillait comme de vieilles amies. Et d'un autre coté, le sens de ce mot lui était encore inconnu jusqu'à présent. De famille, elle n'en avait pas eu, enfermée. Ses enfants avaient tous spontanément formé une famille, elle pouvait sentir les liens qui les unissaient. Elle était le centre de cette famille, formée autour d'un centre absent, jusqu'à ce qu'ils la retrouvent. Elle avait passé des heures avec eux, à parler, à écouter, simplement à les regarder parfois. Elle se surprenait à retrouver des traits qui lui étaient familier chez eux, venant soit d'un de leurs pères, soit d'elle même. Eurydice débordait littéralement d'amour pour sa progéniture, malgré le fait qu'elle soit une insulte à la face des Dieux. Mais, elle avait appris que ces enfants n'étaient pas si monstrueux, si contre-nature, elle avait appris, qu'il existait en Inwilis, des êtres aux physiques aussi merveilleux qu'étranges, aux pouvoirs démesurés.
Elle lâcha les mains d'Akayel, qui avait soudain retrouver toute sa confiance. Il n'avait plus cette attitude distante et arrogante, bien qu'elle se douta que le naturel d'Akayel referait surface rapidement. Mais ce qui venait de se passer ne pourrait jamais s'effacer. L'Ethérie avait rivé ses yeux sur le Tieffelin, et se demanda soudainement, si elle avait eu raison de venir jusqu'ici. Il lui avait dit qu'elle seule détenait la réponse du pourquoi de sa présence ici. Eurydice n'en était plus si sûre. Est ce qu'elle l'aimait ? Elle ignorait ce que c'était que d'aimer de cette façon là. Elle savait aussi, que sa relation avec lui serait toujours compliquée, difficile. Il était impulsive, violent et colérique un instant, et puis attentionné et froidement calme l'autre. Un véritable mystère. Tout comme l'Empereur qui attendait là haut. Car oui, Eurydice n'était pas dupe, s'il avait envoyée jusqu'ici, avec sa bénédiction, c'était que l'homme aux yeux de feu avait quelque chose en tête. Elle hésita. Akayel ne semblait pas avoir relever ce point. Ou peut être préférait-il se taire pour l'instant. Et elle, n'avait-elle pas l'impression, juste là à l'instant, d'avoir été manipulée, et de l'avoir manipulé ? Les bonnes grâces oui. Eurydice savait qu'elle était un objet de curiosité, il le lui avait dit. Toujours dans des termes courtois, avec parfois, une certaine promiscuité s'installant entre eux. Eurydice sentit vaguement le malaise qui l'agitait. Elle pensait trop.
Ses yeux regardèrent vers les escaliers, vers la porte qui menait à la surface, là où Akayel la renvoyait. Elle le regarda lui, en se demandant s'il avait compris ce qu'elle venait de faire. Elle ne pouvait pas le dire, elle savait qu'on l'écoutait, bien qu'elle douta que ses Enfants puissent un jour lui faire du mal, ils pouvaient penser agir pour son bien. Elle se mordilla la lèvre inférieure, en proie à une soudaine nervosité. Car oui, Eurydice venait de découvrir qu'elle était descendue pour des raisons plus obscures que celles invoquées par Akayel. Elle eut un sourire, qui faillit se figer, quand elle entendit très clairement, résonner à l'intérieur de son crâne un "J'espère bien", qui suivit la dernière déclaration d'Akayel. Le Tieffelin ne la laisserait jamais s'en aller, mais celui qui l'attendait là haut non plus.
La lumière s'éteignit, ses bras se délitant, plongeant dans une pénombre plus dure encore, les murs de la cellule, ainsi que le couloir. Une faible lumière était diffusée par les globes encastrés dans les murs, certains étaient brisés. Elle se releva, comme à son habitude, poussant sur ses jambes, tout en s'appuyant contre les grilles pour se relever. Elle n'avait pas encore le réflex d'user de ses bras pour s'aider. Les pans de sa robe retombèrent dans un bruissement d'étoffe qui résonna presque dans le silence qui régnait à présent dans le couloir. Le bruit d'un corps qui s'écrase, et un hurlement de désespoir étouffé par les murs, la firent sursauter, et regarder nerveusement autour d'elle. Akayel n'était pas le seul à être enfermé ici. Elle entendit distinctement, qu'on demandait à la lumière de revenir.


-Je... Je reviendrais. Si tu es toujours ici, lâcha-t-elle un peu précipitamment, je lui dirais ce que tu m'as dit.

Prenant presque ses jambes à son cou, elle fit un écart en passant près d'une porte de métal noir, qui ne réfléchissait pas la lumière, contre lequel quelqu'un s'écrasa, alors qu'elle passait devant. Eurydice ferma son esprit, comme elle avait l'habitude de le faire, quand elle était enfermée, et remonta les marches rapidement, nullement gênée par ses jupes, savamment coupées pour cacher entièrement ses jambes, sans pour autant être une gêne. Elle demanda, le souffle court, à ce qu'on lui ouvre. Le tour de clef résonna, et la porte s'ouvrir, le flot de lumière faillit l'aveugler, mais elle baissa la tête à temps, s'engouffrant sans attendre. Le garde en livrée cramoisie, frappée du symbole du dragon noir des Tar Sùrion referma la porte derrière elle, avant de la regarder d'un air inquiet.

-Je vais bien, souffla Eurydice, il y a... A coté. Il y a quelqu'un qui...

Elle secoua la tête, refusant de penser à ce qui pouvait bien se trouver dans la cellule presque voisine de celle d'Akayel. Soudain, elle remarqua la présence de l'Empereur, assis nonchalamment à une des tables qui devait servir aux gardes. Son index faisait le tour de son verre emplit d'un liquide rouge sombre, Eurydice détacha son regard de ce doigt. Elle s'était figée, comme à chaque fois qu'il la surprenait. Il n'avait pas pris la peine de s'assoir sur une chaise, au lieu de ça, il était même assis sur la table. Il lui rappelait plus un de ses mercenaires qu'elle avait pu croiser, lors de ses errances, avant qu'Akayel la trouve, qui lui avait offert à manger, en échange d'un peu de plaisir. Elle croisa son regard, il l'interrogeait. Elle ne pouvait se soustraire à ces deux yeux couleur de braise rougeoyante, un regard dur.

-J'ai fait ce que vous m'avez demandé. Il veut vous parler.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Dim 23 Sep - 20:47

Je me retrouvais à nouveau seul avec moi-même, livré aux ombres qui hantait ma cellule, mais bien loin des souvenirs qui me portaient vers des horizons depuis longtemps disparut. Elle semblait inquiète à l'idée de remonter et je pus la comprendre, elle s'en retournerait sans doute vers celui qui lui avait donné la permission de descendre, et qui voudrait s'assurer qu'elle va bien. Que ce soit au travers de l'un des monstres ou en personne, Argental tirait les ficelles, sordides marionnettiste qui jouait avec les âmes non sans un style qui n'étaient pas pour me déplaire, s'il n'était pas si inconscient. A penser à lui, je me dis qu'en voulant à tout prix ne pas ressembler à son père adoptif, il lui ressemblait plus qu'il n'aurait voulu l'accepter. Ah, les Tar Sùrion...
Eurydice me gratifia d'un sourire, alors que j'exprimais mon désir de ne pas la lâcher. Je me doutais qu'elle en était ravi, quelque part elle ne voulait pas que je la lâche. Pour quelles raisons, cela restait à déterminer, aussi vieux et sage pouvais-je être cela ne m'empêche pas de n'avoir qu'effleurer la complexité que revêtait l'esprit. Peut-être appréciait-elle d'être traité durement même s'il y avait un certain respect, était-elle curieuse puisque je restais en un sens une énigme, avait-elle finit par ne plus supporter d'être libre et recherchait à nouveau n'être qu'un jouet entre les mains de quelqu'un... Au fond ça n'avait pas tellement d'importance.
Elle était là pour moi. Ou du moins on la laissait l'être. Je me dis juste après son départ qu'elle devait être passé par Tar Sùrion pour pouvoir me voir, peut-être l'avait-il même proposé. Il m'aurait laissé mijoter pour me cueillir à point que cela ne m'étonnerait guère. Ce bâtard divin... il avait le même potentiel que moi, ces fichus andains ont la vie longue, même s'il n'est qu'un jeunot aveuglé par la vengeance, et qui s'est entiché de la noble cause de Forbesii. Contrairement à lui j'ai un certain honneur.
Et sacrément plus de charisme...

Mon esprit était clair à présent, et j'essayais de faire le tri. après tout j'allais bientôt voir arriver Argental. Ou pas. Il aurait été bien capable d'avoir laissé Eurydice me voir pour m'en priver et me faire encore plus souffrir. Il me jugeait pour mes actes sans chercher à comprendre ou même le vouloir. Un Tar Sùrion avant lui avait condamné les actes de son fils sans tenir compte de ses sentiments, et cela avait abouti à la destruction d'Alatairë. Hahaha, j'espérais que l'abomination aux cheveux rouges m'entendait penser ça. Lui non plus je le parie ne cherchait pas à comprendre quoi que ce soit. Il voyait juste des faits sans aucun recul, que du sang, des meurtres et du sadisme...
J'avais regardé Eurydice partir sans mot dire, toujours sur le sol, et j'attendis quelques instants avant de me relever. Je ne m'inquiétais pas vraiment de ce qu'il y avait dans la cellule à côté de la mienne, cette chose qui avait bondit en sentant ma petite Ethérie passer près d'elle. A dire vrai, je n'avais même pas sentis que quelque chose d'autre était tapi près de moi, ou même ailleurs. Jusqu'ici je m'étais enfermé dans l'hibernation, et mes souvenirs, perdu hors du temps dans un monde disparu depuis longtemps, sans pour autant sortir de ma cellule.
Enfin, je me relevais en me tenant au barreau, sentant mon corps trembler de froid. Je n'avais qu'une maigre serviette pour m'en prémunir, et c'était plus comme si le départ d'Eurydice avait créé un froid, une absence. Je grognai. Ne pas trop m'attacher, elle était mortelle après tout, et moi... dire immortel serait plutôt inexact, rien est éternel après tout. Disons... disposant d'une espérance de vie indéterminée. Trop longue même. Beaucoup trop longue... Mais j'espérais qu'elle ne serait pas écourtée, après cette petite entrevue. De nouvelles idées germaient dans mon esprit, bien que je dusse les faire taire, mes pensées étaient peut-être encore visitées. Même si je tenais à rester moi-même, dans ce palais et face à cet Empereur de pacotille, il valait mieux être prudent, et rompu à l'art de l'intrigue et de la manigance. Je regrettais amèrement l'époque qui m'avait vu naître où les conflits se réglaient par le fer, et pas celui d'une dague plantée dans le dos par un assassin anonyme...

Je me couchais sur ma paillasse, en attendant. Mon estomac était plein, j'avais vu Eurydice, et je ne tarderais pas à jouer mes dernières cartes face à l'Empereur. Je gloussai, en m'empêchant d'y penser, et en me disant que, si en ces circonstances je trouvais cela follement distrayant, j'avais pourtant toujours détester les intrigues, de même que jouer aux cartes...


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Dim 7 Oct - 11:07

L'air iodé lui emplissait les narines, le ressac de l'eau, les oreilles, sous ses pieds le sable humide. Argental n'était pas vraiment là bas, mais c'était le lieu qu'elle avait choisi. Il parlait régulièrement avec cette jeune fille, qui l'avait trouvée, parce qu'elle cherchait un dragon. L'emblème de sa famille était un immense dragon noir sur champ pourpre. Un de ses puissants dragons du Nord, qui s'était lié avec un mortel, et avait fondé la longue et prestigieuse lignée des Tar Sùrion, qu'Argental avait soigneusement détruit à l'exception de lui même, et de quelques survivants qui avaient réussi à se rendre dans le Nord, hors de sa portée. Le dragon, de son nom, Tar Sùrion, était mort durant le premier Age, mais la lignée de son cavalier, avait survécu, jusqu'à Argental. Sheeshon l'avait trouvé, et imaginé sous la forme de ce dragon, parce qu'elle cherchait un, et étrangement, il avait été à sa portée. Quand elle le voulait, elle se glissait dans ses créations, ses mondes qu'elle imaginait, et quand elle le décidait, elle lui parlait, et lui n'avait d'autre choix que d'être en partie avec elle, à arpenter ses mondes. L'esprit de Sheeshon ne fonctionnait pas comme celui de toute autre personne dotée de don psychique. Argental l'avait vite découvert, Sheeshon était particulière, son esprit était à la fois celui d'un enfant et celui d'une jeune fille. Une complexité, mais aussi une simplicité qui expliquait sans doute pourquoi elle pouvait passer sans rencontrer la moindre résistance, n'importe quelle barrière mentale. Elle avait parfois, pendant leurs conversations, des réflexions très profondes, comme des commentaires des plus enfantins. Sheeshon pouvait être qualifiée de simple d'esprit, mais cela n'aurait pas été tout à fait exact. C'était comme si cette simplicité s'efforçait de cacher une complexité et une grande force. Il appréciait ses interludes, malgré quelques moments où il en était agacé, mais il finissait toujours par faire amende honorable de ses accès d'humeur. Voyager dans l'esprit de Sheeshon était agréable, et si elle était assez intrusive, elle s'arrêtait dans ce lieu, où elle ne pouvait pas entrer totalement dans son esprit, mais entre deux, dans ces endroits qu'elle créait pour qu'ils puissent s'y parler. Du moins, c'était ce qu'il lui semblait.
Lorsque quelque part, il entendit la lourde porte s'ouvrir, il quitta le bord de mer, et se retrouva à fixer intensément Eurydice devant lui. Il revint rapidement dans la pièce où il se trouvait. Une pièce éclairée par des sphères de lumière, assez petite. Une pièce servant aux gardes qui veillaient sur l'accès menant à ces cellules spéciales, derrière cette porte qu'Eurydice avait franchi. Assis sur le bord de la table, jouant avec son verre de vin Mornien - Argental préférait les vins forts de Morna aux crus plus légers de Freyr - son regard posait une question qu'il n'avait pas besoin d'énoncer.

Son regard glissa sur elle, elle était échevelée, le souffle court soulevant sa généreuse poitrine sur le tissus de sa robe, laissant à peine la place à l'imagination. L'expression de son visage, si spontanée et naturelle, s'était figée en le voyant. Il s'amusait de savoir qu'il la mettait presque aussi mal à l'aise que le Tieffelin qu'elle était venue voir. Elle avait pu descendre là dedans, parce qu'il l'avait autorisé, avec une idée bien précise en tête, que le dit, Tieffelin, ne pourrait refuser. Lycurgus, un des fils d'Eurydice - et Argental se demandait comment les scientomages avaient pu à se point déformer la beauté présente dans les gênes de la mère - avait parasité le prisonnier, et pouvait savoir à quoi il pensait, son état d'esprit. Jusqu'à la visite d'Eurydice, l'empereur savait que son hôte pensait qu'il serrait mis à mort. Ce serait lui faire trop de plaisir, que de lui décoller la tête du corps. Quelqu'un d'autre s'en chargerait, Akayel avait eu le don de se mettre à dos les enfants d'Eurydice, qui n'étaient pas des ennemis à prendre à la légère. Ces derniers étaient dirigés d'une poigne de fer par Gjallahorn, mais aussi par Mio, ce petit fey à qui tous ceux issus des sous-sol faisaient confiance. Mais c'était Eurydice, à n'en pas douter, qui avaient le plus d'influence sur eux, ce qui les avaient empêcher d'aller démembrer le Tieffelin dans sa cellule. Argental eut un sourire en coin, à peine visible, alors qu'elle lui répondait par l'affirmative, visiblement peu enchantée d'avoir réussi. Mais qu'elle ne s'y trompe pas, Akayel savait déjà ce qu'il allait lui demander, ou du moins, sa proposition devait faire partie des différentes possibilités auxquelles le captif devait déjà réfléchir. Eurydice s'éloigna de la porte, gardant maintenant le silence. Argental l'observa encore un peu. Nythil lui avait dit qu'elle croyait être laide, peu digne d'intérêt. Eurydice était aveugle, même sans ses bras, elle était belle. Une beauté qui résidait autant dans ses traits, que dans ce qu'elle transpirait, une fragilité, une douceur, couplée à une détermination et une insoumission qui faisait d'Eurydice une femme séduisante. Il comprenait pourquoi le Tieffelin l'avait choisie, et l'avait laissée en vie. Argental détacha son regard de l'Ethérie, pour terminer son verre de vin rouge, qu'il reposa sans faire de bruit sur la table. Table sur laquelle il était assis, et dont il se leva avec cette nonchalance et cette facilité déconcertante et fluide, qui le caractérisaient.


-Parfait. Rejoignez vos enfants. Inutile de m'attendre, je risque d'en avoir pour un moment. Quand à la chose qui vous a effrayée. Elle effrayait, tout comme vos enfants, ses chers scientomages, qui n'ont maintenant plus peur de rien dans les bras de Dämons.

Sur un simple signe de tête, l'empereur se fit rouvrir la porte que le garde venait à peine de fermer. La lourde porte se referma derrière lui, alors qu'il descendait souplement les marches, le port altier et aristocrate, si caractéristique des Tar Sùrion. Le couloir sentait la vieille pierre, mais pas l'humidité. L'humidité était un fléau, l'eau pouvait user la pierre. Les cellules, depuis les pierres et le mortier, jusqu'aux lourdes portes aux différents métaux, suintaient les sortilèges. La forteresse entière avait été bâtie en mélangeant artisanat et magie, les sortilèges la rendant impénétrable. Ici, les sortilèges empêchaient d'user de magie, affaiblissait les captifs chaque jour qu'ils passaient enfermés, réduisant autant la puissance magique, que restreignant la force physique. L'empereur passa devant cette cellule à la porte particulière qui ne reflétait aucune lumière, derrière, il entendait pleurer. Béryl Spencer continuait de chercher les documents concernant l'occupant de cette cellule. Mais celle qui l'intéressait était semi-ouverte, la porte et le quatrième mur étaient faits de barreaux, de ce même métal contraignant. Le pas lent et mesuré, Argental annonçait son arrivée, le claquement du talons de ses bottes résonnant dans le couloir vide de bruit, à l'exception de quelques bruits provenant des quelques cellules qui abritaient seuls les Dieux savaient quoi. Bien qu'il y ait mis quelques personnes lui même, pour des séjours plus ou moins longs, comme Akayel. Argental s'arrêta devant la cellule de ce dernier. Le Tieffelin était allongé sur sa paillasse, et ne devait pas avoir escompter que l'empereur ne se déplace jusqu'ici, jusqu'à lui, et surtout aussi peu de temps après la visite d'Eurydice.

-Autant battre le fer quand il est encore chaud, fit doucement Argental, j'imagine que vous m'attendiez déjà. Mais qu'avez-vous compris d'autre Akayel, ou devrais-je vous appeler l’Écorcheur d'Alatairë ?


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Dim 7 Oct - 19:27

Il aurait tout de même pu me laisser dormir un peu. Ce fut la première chose que je pensai, alors que résonnaient dans l'obscurité les pas que je savais appartenir à l'Empereur de Morna. Ce n'était pas le lent et lourd pas des soldats, mais celui plus léger et assuré d'un être savourant sa suprématie. Car il se sentait tout puissant, ce souverain, si fier de m'avoir mis aux fers, la suffisance de m'avoir réduit au silence, d'avoir enchaîné un mal depuis si longtemps déchaîné... ou simplement d'avoir mis la main sur une hypothétique nouvel être à manipuler pour sa petite guerre, pour ses balbutiement d'ambition, qui l'avait conduit à détruire une ville.
Pourtant, le pouvoir n'apportait que la mort, j'étais bien placé pour le savoir. Aurais-je survécu un si grand nombre d'années en jouant les tyran ? Je régnais dans les ombres, j'avais vu les souverains périr les un après les autres, j'avais même précipité la chute de certains grâce à mes arts. Je n'en restais pas moins un guerrier, fier et honorant la mémoire des siens tombé au combat, mais je ne me mettais pas en avant, et cela avait fait ses preuves. Jusqu'à ce que je tombe sur ma mauvaise damoiselle...
Argental me salua d'une manière fort direct, ponctuant ces dires d'une élégante allusion à mes activités passées -et délectables- dans ma cité adorée. J'étais dos à lui, allongé sur ma paillasse, et pour toute réponse je haussais vaguement les épaules, avant de rétorquer doucement, d'une voix lasse, et sans me tourner :

-Ça a été amusant quelques temps, mais la Marche fut une vraie plaie. Votre pantin vous a dit comment j'avais détourné leur soupçon ? Une drôle d'histoire...

Un ricanement résonna sur les murs de pierre, et mon corps fut secoué par ce rire alors que je me remémorais les efforts que j'avais du déployer pour tromper la marche, et perpétrer plusieurs crimes dans d'autres cité tout en restant à Alatairë, et ce pendant plusieurs mois. Un grand moment de rigolade, pour des mois de préparation minutieuse. Comme quoi, on s'amuse comme on peut, après des siècles à épuiser les moyens plus classiques de s'amuser. De préférence ceux incluant du sang et des cris...
Mais là n'était pas le sujet, et mon hilarité s'effaça bien vite, alors que je me redressais lentement, me tournant en soupirant, l'air fatigué, résigné. Presque humain. Je me doutais bien de ce qui pouvait se tramer dans l'esprit de l'Empereur. Et il était assez malin pour savoir que j'en avais conscience. Nous étions deux monstres, moi le fils d'un être barbare et immortel, lui d'une divinité. Il était fils de noble et moi enfant de nomade, mais nous étions là, face à face, presque d'égal à égal, bien que je fus derrière les barreaux... mais je possédais visiblement quelque chose qu'il voulait, sinon il ne tiendrait pas à ce que je vive. Nous pouvions négocier, donc. Je m'avançais vers lui, droit et le port altier, faisant honneur à mon passé guerrier et mes frères d'armes dans mon attitude résignée.

-Seulement vous n'êtes pas là pour ça. Je sais que vous me préférez vivant et coopératif. M'agiter Eurydice devant le nez était bien vu, c'est de bonne guerre... Je me retournai, et haussai les épaules. Je suppose que vous désirez m'utiliser, vu que vous avez votre fouine qui peut me scruter l'esprit, même si je lui donne du fil à retordre. Je ferais ce que vous voulez... à une condition...

Levant bien haut mon index, je me retournais, un sourire malsain sur le visage. Il devait s'y attendre, et avoir mûrement réfléchit à ce qui étais acceptable ou non. L'abomination aux cheveux rouges devait avoir fouillé mon crâne et cherché cela. Le marionnettiste avait tout prévu ; ou presque. Il aurait été dommage de ne pas pourtant un coup dans ces négociations, d'avoir une carte dans ma manche, même si je n'avais ni manche et pas l'ombre d'un vêtement, out juste une couverture miteuse afin de ne pas faire d'envieuses ou de provoquer des complexes d'infériorité.
Je ris à nouveau, un rire presque amical, si je m'étais donné la peine d'être convaincant, ce que je n'aurais pas été. Reculant de quelques pas, je m'assis lourdement sur ma paillasse. Arborant un sourire des plus satisfait, je e délectais d'une ironie que je semblais seul à saisir. Quel arrogance, dut se dire l'Empereur de Morna, mais il ne s'attendait probablement pas à ça...

-Je me souviens d'une autre époque, d'une autre prison, et d'un autre... Tar Sùrion. C'était il y a environ un siècle, si je ne dis pas de bêtises. C'est une histoire que je brûle de vous raconter, et que je gardais spécialement pour cette occasion...

De nombreuses autres pensées affluèrent dans mon esprit, fermant les yeux, un sourire carnassier se dessina. J'agitais mon esprit, espérant camoufler cette petite anecdote des yeux de l'abomination aux cheveux rouges, qu'il ne puisse en gâcher la fin. Rouvrant soudainement les yeux, je les posais sur Argental, lui adressant un sourire plus "chaleureux", comme une invitation à venir me rejoindre pour tailler une bavette, même si je le soupçonnais vouloir faire autre chose de moi que de m'écouter à la simple évocation du père adoptif de ce cher Empereur...


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Dim 7 Oct - 22:32

La théâtralité. Encore. Le Tieffelin adorait se mettre en scène, se délecter de sa propre mise en scène. Son narcissisme en était presque écœurant. Si écœurant que l'empereur aurait bien donné l'ordre sur le champ, à Lycurgus de lui griller ce qui lui restait de cerveau. Mais la colère n'aboutissait à rien, cela, Argental le savait. La colère l'avait fait hurler, proférer des menaces, et même frapper sa propre famille. Celle-ci avait quand même mis à mort Rinrei. Oh bien sûr, pas directement, un meurtre perpétré par les Tar Sùrion, quelle disgrâce ! Un scandale supplémentaire dont sa famille se passerait bien, après avoir entendu partout que leur futur chef s'était follement épris d'une paysanne, d'une fille de basse naissance, lui ! Le fils d'un Dieu, du dieu des terreurs et des cauchemars inavoués. Elle était morte, et sa colère ne l'avait pas ramenée. Son coeur se serrait encore sur cette abîme de vide qui avait jadis abrité son amour pour Rinrei. Non au lieu de ça, sa colère avait progressivement disparu, ne laissant qu'un vide, une sensation étouffée, lointaine. L'impuissance l'avait d'abord paralysé, la colère l'avait aveuglé, étouffé. Et puis il n'était rien resté de ça, rien. Argental ne ressentait rien. Son désire de vengeance s'était mué en désire d’annihilation. Qu'il ne reste rien. Ce désir de destruction totale avait rencontré un écho dans les paroles et les actes de Galadan, le seigneur des Andains, à qui Argental devait techniquement obéissance. La similitude de leur passé avaient fait qu'ils s'étaient plus, avaient construit une solide amitié. Et puis, il y eut Forbesii Nil'Dae, qu'Argental n'oublierait jamais. Son serment, il l'avait fait par fidélité envers son Empereur. Cette guerre contre Bois-Blanche, puis Alatairë, il l'avait menée sous les ordres de cet Empereur, il avait tenu son rang, même lorsque les Légions avaient du battre en retraite. Il avait vu la citée de sa famille devenir une ville fantôme, peuplées de monstres cauchemardesques. Il avait traqué chaque membre de sa famille encore en vie dans le Sud, ne laissant en paix que ceux qui avaient réussi à gagner la sûreté du Nord. Il avait tué de ses propres mains, les importuns et ceux qui n'avaient été que de vulgaires vermines, à peine digne qu'il pose son regard flamboyant sur elle. Il avait vu des hommes ventant leur courage inébranlable, mouiller jusqu'à leurs chaussures, ramper et hurler, appelant leur mère, ou un être aimé, alors que leurs peurs les plus secrètes étaient exposées. Alors en face de lui, quand cette grande gueule de Tieffelin l'ouvrit, jouant un mélodrame auquel lui seul prenait plaisir, Argental resta de marbre, plongeant des ses abysses qui lui étaient propres, retrouvant ce désir d’annihilation, ce vide bienfaiteur, qui ne laissait rien, et le laissait dans un ennui profond. Car oui, il était ennuyé. Le rire du Tieffelin le fit soupirer. Il s'imaginait même, que Lycurgus était venu lui rapporter chacune de ses pensées, le moindre de ses souvenirs. Argental ne lui accordait pas autant d'importance. A dire vrai, il se demandait même à l'instant, s'il n'aurait pas du le laisser voir Eurydice une dernière fois, quand de le tuer lui même. A la mention de son père, le désir de chaos et destruction fut plus fort que jamais.

- J'ignorai que vous aviez des dons de voyances, mais c'est une histoire qui ne m'intéresse pas Tieffelin. Il ne reste que peu de Tar Sùrion, et ils se terrent dans le Nord, espérant que j'ai fini par oublier. Je n'oublie jamais. Nous autres immortels avons le temps devant nous pour ressasser nos souvenirs. Votre histoire ne m'intéresse pas. Les histoires ne ramènent pas les Morts. Du moins, c'est ainsi qu'il en est. Et ce n'est pas toi, qui leur servira de fantôme. Je n'ai jamais aimé jouer l’Écorcheur, et votre histoire, qu'elle continue à vous brûler les lèvres, je n'en ai cure. Vous êtes le dernier de mes soucis, et si Elle n'avait pas plaidé votre cause, je ne serais pas là. Estimez vous heureux qu'elle soit, étrangement, attaché à vous.

Non, il n'avait pas envie de converser avec lui. Argental trouvait Akayel répugnant. Tous deux avaient du sang sur les mains, des morts sur la conscience. Peu lui importait que le Tieffelin se nourrisse de ses victimes, en ce bas monde, certains avaient du faire pire pour survivre. Akayel l'ennuyait profondément, il lui rappelait sa propre famille, arrogante, sûre d'être invulnérable, inattaquable. Ils étaient presque tous morts. Il en avait égorgé de ses propres mains, les regardant agoniser, se vidant de leur sang. D'autres, il les avaient abattu à l'issue de duels, le reste était simplement mort avec Alatairë. Argental ne s'estimait pas meilleur qu'un autre, mais il avait juré par trois fois. Il avait accompli son serment et regagner le trône de son Empereur. Il restait le Serment d'Uranach, le dernier des trois. Le Serment était en passe de s'accomplir, mais les préparations étaient longues et fastidieuses. Que le Tieffelin se joigne à eux ou non, peu importait en vérité. Argental n'était là que pour accéder à la demande d'Eurydice. Ah Eurydice, si belle, si fragile, et pourtant pleine de colère. Un mince sourire étira ses lèvres, et ses pensées vagabondèrent jusqu'à cette poitrine lourde et opulente qui se soulevait sous le coup d'une respiration accélérée. Des lèvres entre-ouvertes. Le regard d'Argental se fit plus dur. Akayel convoitait Eurydice, elle même ne savait pas si elle désirait retourner avec le Tieffelin ou bien être libre. Difficile d'être libre lorsqu'on a jamais connu la liberté.

-Je vous croyez pas stupide au point de croire que cela m'intéresserait. Bien, je vois que j'aurais du vous laisser croupir un peu plus longtemps. Mais le temps, nous en manquons. Enfin, peu importe votre réponse, cela n'aura pas de grande importance. Un de mes amis compte prendre d'assaut une certaine position. Le groupe qui doit s'en charger sera bien sûr sous son commandement, mais doit être composer des meilleurs. Jusque là, personne n'avez réussi à vous attraper Écorcheur. Et vos capacités peuvent être utile, et je sais à quel point vous aimez les guerres. J'ignore si en participant à cet assaut vous pourrez jouir de ce que vous aimez faire le plus, mais enfin, comme je vous le disais, peu importe.


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Akayel
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Lun 8 Oct - 18:00

J'aurais pensé que cela lui aurait fait plus d'effets, que je lui rappelle le bourreau de son aimée, mais j'aurai plutôt du parler d'elle au lieu de son père... mais je ne connaissais pas son nom, à mon grand regret, je savais juste qui elle était et ce qui se fut passé dans cette sordide cellule, qui était toutefois plus agréable. Peut-être parce que j'étais habillé, et non pas si inélégamment vêtu d'une couverture en guise de ridicule pagne. Mais il semblait en avoir fait le deuil, être passé à être chose... quelle cœur de glace ! J'ignorais comment il pouvait faire pour faire taire sa douleur en si peu de temps. Sur ce point nous étions bien plus différent que l'on pourrait le croire...
Il me secoua à nouveau Eurydice sous le nez, peu subtilement. Il voulait sans doute que je me dise qu'il faisait cela pour ma petite Ethérie, que je lui devais donc cette fleur qu'il me faisait... Charmant. Et ça aurait pu marcher... Malheureusement pour Argental, à mesure qu'il parlait, m'expliquant ce qu'il attendait de moi, je déchantais, mon sourire s'effaçant au profit d'une neutralité qui ne m'était pas coutumière. L'on me proposait une certaine liberté, opportunité alléchante de tuer, de faire, à entendre ce que disait l'Empereur, ce que j'aimais. Que savait-il de ce que j'appréciais ?...
Il eut finit son plaidoyer, insistant bien sur le fait qu'il puisse se passer de ma présence. Ceci dit, il préférait m'avoir sous ses ordres, un indéniable atout, plutôt que de voir une ressource telle que moi gâcher. Cela aurait pu me faire rire, en d'autres circonstances, je voyais presque en lui le père adoptif qu'il avait tant haï, même s'il ne se l'avouerait jamais. Pour ma part, j'aurais pu répondre de façon cinglante, sortir une phrase bien sentie qui était tout à propos, comme je savais si bien le faire ; les années et l'ennui me poussaient à donner plus de forme à l'accablante banalité de ma vie, mais pour l'heure, je ne sentais plus ce besoin. Non, une seule chose me vint aux lèvres, avec un rictus dégoûté.

-Allez vous faire foutre, crachais-je au visage du souverain en le regardant durement.

Et je ne me contenta pas des mots, puisque ma salive vint à entacher les bottes du monarque. Mon visage n'affichait plus ce masque amusé aux traits tiré d'une douce ironie, il n'y avait que la vérité qui m'habillait, le sauvage guerrier Svart vêtu d'un pagne et de son honneur, défiant du regard l'Empereur. Je me doutais d'une telle issue, une telle proposition, mais ma réaction... je ne l'avais pas anticipé. J'avais connu un Argental autrefois, un jeune noble qui s'était amouraché d'une jeune femme de basse naissance, qui à sa mort avait juré vengeance. Je l'avais admiré à l'époque, ce fils de Dieu au cœur fougueux et triste, j'avais été, à l'époque, en mesure de comprendre sa douleur, et il fut l'un des déclencheurs, avec le drame qui frappa Forbesii, de ma décision de me battre au côté de Morna, malgré son opposition à Alatairë.
Au terme de la guerre, ma vie avait été réduite en cendre par la déflagration, et je me retrouvais entravé dans une sombre geôle par un homme que j'avais suivis au combat, pensant que sa cause était noble, mais qui se comportait comme l'objet de sa haine, sans doute le prix à payer pour tuer un monstre que d'en devenir un...

-Vous ne valez pas mieux que votre enfoiré de père ! Le dégoût se changea en un rictus méprisant et plein de haine. Je lui ai répondu la même chose, quand il m'a demandé de tuer la "fille de petite vertu" dont vous vous étiez entiché... un noble Lios des Tar Sùrion quémandant l'aide d'un prisonnier Svart en échange de sa liberté... pitoyable...

Je n'étais pour rien dans la mort de la demoiselle dont c'était épris le Tar Sùrion, mais son père, celui qui avait fomenté cet assassinat en règle, m'avait demandé de lui régler son compte, quitte à ce que je fasse passer cela pour l'un des meurtres de l’Écorcheur si j'étais bien lui, et ce, en l'échange d'une immunité. Je m'étais refusé à cela, pour divers raison, et avait souillé ses pompes de la même manière. J'avais de nombreuses raisons, principalement que je ne tuais pas parce que l'on me demandait. Par curiosité, par expérimentation, par nécessité... mais par plaisir, jamais. La guerre est une chose, le meurtre un autre, et si je me nourrissais de la lie des sociétés, c'était autant pour ne pas risquer des représailles de la part d'une belliqueuse famille que par respect pour la communauté. Après tout, l'on peut mépriser la vie, mais pas les individus.
Finalement je l'avais plus ou moins sortis, ma petite histoire, l'ayant cependant craché tel une boule de poils, sans aucun préambule. J'avais dis ce que j'avais à dire, jeté au visage de cet immonde personnage que j'avais, l'air de rien, des principes, et quelque part un certain respect pour lui, qui n'était guère plus qu'un dégoût sans nom pour l'être qu'il était devenu, aussi méprisable que son père. Il avait du se convaincre être différent, mais il ne l'était pas. Il se mentait à lui-même, là encore c'était une différence entre lui et moi. J'acceptais ma nature tel qu'elle était, et voyais les gens sans apriori. Lui en revanche, était pétri d'orgueil, et ne voyait les autres -ne me voyait- que comme ça l'arrangeait. Je ne brûlais que d'une chose, lui ouvrir les yeux, et surtout, lui faire prendre conscience de la chose qu'il était devenu, si semblable à ce qu'il haïssait le plus. Mais il semblait imperméable à toute remarque, convaincu qu'il était de la bonne fois de ce en quoi il se battait. Quelle triste sort...
Pour l'heure, je laissais éclater sans retenue rage et frustration, qui commençait à bouillir et me rendre des plus agressif.

-Vous devriez prêter attention à mes "histoires", après vous n'êtes qu'un enfant arrogant qui préfère n'en faire qu'à sa tête... regardez-vous, à me juger d'après des faits sans en comprendre la portée, d'après des souvenirs épars... si vous aviez passé plus de temps à me regarder dans les yeux, vous vous seriez peut-être souvenu de moi !!

C'était vraiment vexant, dans le fond. Seulement un siècle s'était écoulé et il avait déjà oublié ! Si tout les Andains avaient le potentiel d'être immortel, ce cher Argental ne ferait pas long feu s'il oubliait ainsi ceux qu'il côtoyait, ami comme ennemi, même les plus insignifiants. Et je faisais parti de ceux là, à cette époque j'étais comme souvent depuis la fin de la Purge qu'une ombre anonyme dans un océan de ténèbres, fondu dans la masse même si, durant la guerre, j'avais pris du galon, sans trop "m'illustrer"...
Mon corps frémissant de rage laissa place à un calme guerrier, et face à Argental je me redressait fièrement, me mettant au garde à vous, à la manière des soldat de Morna, le prestige de l'uniforme en moins. Quoi que, sans aucun prestige, étant presque les fesses à l'air dans une cellule glauque.

-Capitaine Lomas du 7ème d'infanterie mornien, officier au service du général Tar Sùrion. Je vous ai suivi avec tant d'autres lors de la prise de Bois-Blanche, et coupé avec mon unité l'arrivée des renforts lors de la prise d'Alatairë...

Ah, la Grande Guerre. Que de bons souvenirs... et de mauvais, sur la fin. J'avais beaucoup perdu, je ne le répèterais jamais assez. Le changement qui conduisit ma terre natale, qui était quelque part dans ce qui devint le Falassost, fut graduel, et jusqu'à la Purge du moins j'avais vu la terre changer et m'y suis acclimaté, j'avais accompagné son évolution. Mais là, Alatairë... c'était un carnage sans nom, qui avait laissé au monde une profonde cicatrice, une balafre qui changea des terres fertiles et arables en un désert parcouru par des monstres, ces Abominations...
Ma voix se tut à l'énonciation de ce fait, de cet évènement, et j'eus comme un moment d'absence, de déséquilibre. Un visage féminin me revint en tête, un rire cristallin, une forte sensation de chaleur d'a... d'amour... et une incommensurable peine, qui me fit chanceler. L'espace d'un instant... suivis de la peur que la sangsue aux tiffs carmin n'ait vu cela. Jusqu'ici j'avais camouflé ces souvenirs, même quand je revoyais vaguement son visage, son corps... je faisais en sorte de brouiller les pistes. Mais là... ce fut si soudain, une sensation de perte si agressive, que le contrôle, un instant m'échappa.
Reprenant mon esprit, reculant jusqu'à ma couche, je paraissait soudain faible, fatigué, brisé par le poids de l'âge, d'avoir vécu si lointain... Mon masque tombait, même si en moi le guerrier déterminé et pétri de valeur était encore présent, la lassitude, la fatigue, se faisait ressentir, quelques rides apparaissant sur mon visage. Assis sur ma paillasse, je me passais les mains sur le visage, soupirant. Un petit sourire amère se glissa au coin de mes lèvres, alors que je regardais mes mains, et au-delà de cela mon corps, seule chose restée intact depuis tout ces siècles où le monde a changé. Soudain, après un silence qui me parut être des années, j'inspirais, m'apprêtant à parler, mais hésitant un moment, avant de lâcher avec une certaine tristesse :

-J'ai suffisamment donné à cette guerre pour ne plus être obligé de tuer à nouveau en son nom. Je ne vous dois rien, et pour tout dire j'ai apprécier l'homme que vous étiez, alors laissez-moi partir et vous ne verrez plus de mes victimes souiller le sol de l'Empire. Je veux bien laisser Eurydice tranquille, entre vos mains et celles de ses abominations de rejetons. Elle mérite bien mieux que moi...

C'était sincère. L'amertume se lisait sur mon visage, mais Argental penserait sûrement que c'était feinté. Hors, ce n'était pas le cas. Suite à ce coup de sang qu'avait déclenché par ses mots l'Empereur, j'en revenais à envisager de laisser ma chère petite Ethérie, malgré les paroles prononcés si tôt auparavant... mais Elle hantait mon esprit, du moins sa perte, et je ne voulais pas le revivre. Eurydice serait plus en sécurité dans cette forteresse, à l'abri de la guerre, et... de moi.


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
Éventuellement, vous commencerez à y croire.
Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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Argental Tar Sùrion
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Mer 10 Oct - 22:01

Le silence. Rien. Les yeux de l'Empereur se perdirent dans ce qui n'étaient pas la cellule, ni même sur le Tieffelin qui venait de cracher à ses pieds. Son esprit était brutalement remonté à un temps, une époque, dont il verrouillait les souvenirs, refusaient de les extirper du vide où il les avait jeté. Sans ça, il serait devenu fou, comme il avait rendu fou par leurs peurs profondes, des terreurs indicibles, les propres membres de sa famille. La mention du meurtre de Rinrei le ramena à Alatairë, à une époque où le monde était encore paré de couleurs vibrantes, vivantes. Native des plaines, Rinrei avait toujours la peau cuivrée, des cheveux d'un roux vibrant, soyeux, une masse opulente et ondulante cascadant sur ses épaules. Ses yeux bruns et verts, pailletés d'or, se plissaient légèrement quand elle souriait, et se fermaient presque quand elle riait. Lorsqu'elle riait elle renversait sa tête en arrière. Les rayons d'Aelius avaient aimé jouer dans ses cheveux, sur sa peau. Elle riait lorsqu'il s'était montré ignorant de la façon de garder un troupeau, de stocker la laine, de tondre. Elle s'était moquée gentiment lorsqu'elle l'avait initié à la teinture des lainages. A l'époque verte et grasse était les herbes des plaines qui entouraient Alatairë. La citée était chaque jour remplie d'activité, les nomades des plaines, les caravanes, le bourdonnement d'une cité dans laquelle il avait grandi. Argental se tenait à nouveau dans le Quartier Sud, celui des Nobles, sur l'une des terrasses de la maison familiale. Le vent apportait l'odeur de la fête qui régnait dans les quartiers de la basse ville, en haut, le Palais brillait de milles feux. Il avait ri lorsqu'elle s'était montrée timide et réticente en ville. Son erreur fut d'avoir pousser sa chance jusqu'à lui faire visiter le Quartier Sud. Son père l'avait appris, mais pas seulement lui. Toute sa famille, tous lui avaient jeté l'opprobre, un Tar Sùrion ne devait pas se montrer en public, et aussi intime avec une fille de rien. Sa mère lui répétait que ce n'était qu'une passage. Ses frères disaient qu'il courait la gueuse juste pour les plaisirs de la chair. La bouche de son père se pinçait, son visage entier devenait de marbre, comme les statues de ses glorieux ancêtres dans la grande villa. Son père avait finalement accepté, après les nombreux plaidoyers de son fils, de recevoir cette jeune femme du peuple. Sa mère l'avait trouvée charmante. Et il avait naïvement cru qu'il pourrait l'épouser, en faire une Tar Sùrion. Il l'avait demandée en mariage. Sa famille était entrée dans une rage sans nom. Ils s'était alors vu en secret, il ne l'avait plus jamais emmené dans le Quartier Sud, avait toujours pris soin de la rencontrer chez elle, dans les plaines. Elle était morte. Son père le lui avait dit. Il l'avait tuée. Argental n'avait jamais pu voir la dépouille. Mais il avait su qu'elle était morte, une des prêtresses de Mei le lui avait confirmé. Les parents de Rinrei étaient venus implorer pitié, pleurer, tempêter, devant la demeure des Tar Sùrion. Son noble père les avait chassé. Sa mère lui avait déjà choisie une autre fiancée. Ses frères lui disaient que ce n'était qu'une fille du peuple, même pas de la ville.Et dans ses souvenirs Rinrei dansait toujours en tapant dans ses mains, les bracelets d'os peints à ses chevilles, claquant joyeusement. Les perles dans ses cheveux faisaient un bruit agréable, qu'il croyait parfois entendre dans le fond des vents du Tuuli. Le bruissement des hautes herbes, le bruit du bétail avançant, et Rinrei chantant gaiement, avant de lui expliquer d'où venait la chanson, ce qu'elle racontait. Elle était morte. Il n'avait même pas pu lui dire au revoir. Adieu. Rien. Il avait supplié le temple, les prêtres et prêtresses de Dämons lui avaient refusé d'appeler brièvement son âme. Elle avait trop souffert. On ne ramenait pas les morts. Les morts n'étaient pas fait pour être ramenés.
Le vide, le néant. Effacées les offenses faites à Rinrei, son père était mort de ses propres mains, sa mère était morte en hurlant, griffant son beau visage. Ses frères étaient morts en combattant. De ses sœurs, une seule avait survécu, partie pour le Nord. Les Tar Sùrion, il les avaient tués. Presque tous. Anéantis, donnés en offrande à ce vide terrible. Un abîme dans lequel il n'osait regarder. Il était parti d'Alatairë, traversant ses plaines tant chéries, traversant le désert froid et sec de l'Esgaleithel. Il avait en suite séjourné, longtemps, chez les Shakeel, ceux que l'on disait des Sables Rouges. Des sables à la couleur si proche des cheveux de Rinrei, qui n'avaient pas disparu avec le reste des Plaines. Les sables étaient toujours là, au pied de l'Eredmorn. La tribu des Shakeel l'avait accueilli, en avait fait un des leurs, leurs cheveux lui rappelaient Rinrei et les siens. Une période où sa colère se mua en vide. Le chaman lui avait dit qu'il finirait par se détruire. Il devait détruire la source de son mal. Le chaman ne devait certainement pas penser au meurtre, mais Argental avait détruit ce qui le rongeait. Sa vengeance s'était accomplie. Le vide.
Le ressac des vagues envahit Argental, une marée salvatrice, alors qu'il avait regarder une seconde fois dans l'abîme. L'eau s'y déversa, colorées, chatoyantes, sous les rayons d'un Aelius vibrant. L'odeur iodée lui emplit les narines, et l'Empereur qui jusque là s'était arrêté de bouger, une main levée pour imposer le silence, les yeux perdus dans ces paysages du passé, se permit enfin de respirer. Soufflant doucement par les narines, la tension, la colère sourde qui remontait lentement de l'abîme reflua. Son pouvoir de terreur sur le point de se déchainer reflua lui aussi, dissipant des ombres qui n'étaient pas là avant dans le déjà sombre couloir des oubliettes de la Forteresse de l'Empereur. Une main tiède se glissa dans la sienne. Petite. Humide. Sheeshon se tenait à coté de lui. Il la voyait en colère, boudant. Ses joues étaient gonflées, ses petits sourcils froncés. Des écailles se reflétaient sous sa peau pâle. Sa main serra ses doigts, comme si elle était physiquement présente dans ce couloir, debout à coté de lui. Il baissa les yeux, la regardant. Ses cheveux étaient agités, joyeusement fous, par ce vent iodé, il eut un pauvre sourire.


-Ne pleure pas s'il te plait, fit-il doucement à voix haute, je ne ferais rien qui puisse te faire peur.

Argental pivota, et de sa main libre, repoussa une mèche de cheveux aussi noire que sa propre chevelure était de ce blanc maladif, tirant sur un jaune doré vers les pointes. Son pouce caressa une joue. Le ressac se fit plus fort. L'odeur de l'océan également. Il respira, s'en emplissant les poumons. Jusqu'à ce qu'il s'aperçoive que le sol à ses pieds étaient véritablement trempé. Devant ses propres pieds, l'emprunte de deux petits pieds. Le vent souleva la chevelure de l'Empereur.

-Rinrei. C'était comme ça qu'elle s'appelait. Sa famille n'a même pas eu le droit d'emporter sa dépouille.

Il parlait autant pour lui même que Akayel, qui ne devait plus rien n'y comprendre, ou presque, et pour la jeune fille qu'il tenait toujours la main. Sa main était véritablement mouillée. Le pouvoir de Sheeshon était sauvage, débordant, exultant dans ce déchainement de puissance, et pourtant si subtile. La mer, il ne l'avait pas sentie arriver.

-Je l'aimais. Elle est morte à cause de moi. Elle aussi méritait mieux. Mais à penser que l'autre mérite mieux, on ne saisit que de l'air entre ses mains. Oui, je la trouvais jolie. Ma famille ne voulait pas que je l'épouse. Pourquoi ? Pour une raison absurde. Elle n'était pas noble. Pas digne de ma famille. Ils l'ont tuée.

Il eut y un moment de silence, et le ressac se fit plus fort, l'eau inonda le sol, ce n'était pas grand chose. Comme si quelqu'un avait jeté un seau plein pour nettoyer le sol, mais l'odeur de la mer était belle et bien présente dans le couloir. Argental repoussa encore une fois une mèche rebelle, qui persistait à se mettre devant les grands yeux de Sheeshon, dont les petites lèvres tremblaient. Elle lui demanda de se pencher, ce qu'il fit, oublieux de lieu où il se tenait.




Dernière édition par Argental Tar Sùrion le Ven 7 Juin - 12:37, édité 1 fois
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Sheeshon
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Mer 10 Oct - 22:44

Sheeshon s'était réveillée brutalement. Il faisait nuit. Il faisait chaud. Elle partageait une chambre avec Gham-chan, le mercenaire, qui la ramenait chez elle. Chez son père. Elle était dans une ville dans l'air, de pierres chauffées par le soleil qui brûlait. Elle avait porté un foulard autour de la tête pendant la route, quand ils étaient sortis de la forêt humide, escortés par des marins prêtés par Richard. Ou peut être par Mura-chan. Et puis, ils avaient marché, Gham-chan l'avait affublée du foulard, et Sheeshon avait trouvé ça moyen. Et puis il y avait vu la ville. Elle n'en n'avait jamais vu des comme celle-là. En fait, Sheeshon se rendait compte qu'elle n'avait pas vu beaucoup de villes, même avec Chel-chan. Rochel. Gham-chan disait qu'il ne reviendrait plus. Et elle savait ce que ça voulait dire, elle n'était pas stupide, mais elle n'avait pas pleuré. Rien dit. Elle avait seulement demandé des nouvelles de Sheeban, de ses deux papas, et de sa tante. Gham-chan lui avait répété qu'ils allaient bien, qu'ils l'attendaient. La route étant monotone, et Sheeshon n'aimant pas vraiment le sol dur et sec sous ses pieds - elle avait beaucoup aimé la mer dans laquelle elle avait plongé - elle était allée embêter Tal-chan. Qu'elle appelait plus volontiers par son nom entier, parce que ça sonnait mieux. Et parce qu'il l'intimidait un peu. Parfois, il s'était énervé. Elle s'était aussi ennuyée pendant le trajet en Aéronef, même si au début, l'idée de voler lui avait plu, elle en avait été toute excitée. Mais il faisait trop chaud, alors elle était restée dans le dedans du bateau volant. Gham-chan avait d'ailleurs spécifié que "le dedans du bateau" ça ne se disait pas. Sheeshon avait répondu du tac au tac, qu'elle se comprenait, elle. Elle avait parfois un peu boudée. Et puis les moteurs faisaient du bruit, et les gens la regardaient parfois avec curiosité. En petite fille mal élevée, elle avait tiré la langue à de nombreuses reprises, et même fait des grimaces, jusqu'à ce qu'Argental lui dise que ça n'était pas très poli. Elle lui avait dit que des fois, lui non plus n'était pas très poli, ni bien comme il faut. Que personne ne l'était d'ailleurs. Elle s'était parfois amusée, elle avait beaucoup dansé, il y avait des musiciens du Nord, et leurs musiques étranges, mais elle avait dansé avec les deux filles du groupes.
Et puis, elle avait découvert Emaine Macha, à moitié debout, accrochée d'une main à un cordage, le vent jouant dans ses cheveux, comme une chevauchée sauvage. Elle avait poussé des cris d'émerveillement devant le balais des aéronefs tous différents, des maisons suspendues dans les airs. Mais il faisait encore chaud. Gham-chan avait dit qu'ils dormiraient en ville, et qu'ils prendraient demain les Pierres de voyage. Shee-chan connaissait bien, avait-elle clamé, fière, Chel-chan lui avait montré comment ça marchait, si jamais il ne pouvait pas être avec elle. Elle avait bien mangé, pas d'onigri, mais du riz bizarre, jaune, faisant plein de toutes petites boules, avec plein de légumes, et de la sauce. Et des boulettes de viandes délicieuses, qu'elle avait pu mangé avec les doigts, comme les gens du désert des histoires de Ban-chan. Et puis, elle avait dansé, encore. Bien ri aussi, et puis l'heure de dormir était arrivée. Gham-chan l'avait lui même porté dans le lit aux draps frais.

En nage, elle se réveilla, tremblante. Elle venait de voir, ou plutôt de sentir la détresse d'Argental. Le grand dragon noir qui peuplait souvent ses rêves, ses pensées, et qu'elle adorait embêter, un peu, mais surtout, elle parlait beaucoup avec lui. Il ne la prenait pas pour une gamine débile. Sheeshon n'était pas stupide, elle savait ce que les gens pensaient d'elle, surtout les gens qui venaient aux réceptions données par son père, Liu Fei Long. Gham-chan n'était pas dans le lit d'à coté. Sheeshon resta un moment à calmer son petit coeur, se demandant ce qu'elle devait faire. Elle n'avait senti ça venant du dragon. Jamais. Quelques minutes avant de dormir, elle s'était promené en rêve avec lui, elle avait fait une belle plage, avec de la belle eau, pas l'eau verte et marron de Muina. Et là, elle sentait la terreur, la panique monter en elle. La colère d'Argental n'était pas contre elle. Et elle l'avait vue, comme lui, la femme aux cheveux de feu. Elle en avait conçu une pointe de jalousie, de savoir qu'Argental l'aimait beaucoup. L'avait beaucoup aimé. Sheeshon avait vite compris qu'elle n'existait plus depuis longtemps. Il n'y avait pas eu d'herbes autour de la ville fantôme, quand elle était passée non loin, dans le ciel. Il y avait quelqu'un d'autre près d'Argental. Elle s'en fichait. Elle fit revenir la mer, balayant avec elle, les défenses d'Argental, allant plus loin que d'habitude. Jusqu'à ce qu'elle puisse se tenir debout, à coté de lui, comme il était en vrai. Il était plus grand qu'elle - la plupart des adultes étaient plus grands qu'elle - et il n'était pas noir, mais tout blanc. Ses yeux étaient comme ceux du dragon, rouge, doré, comme le feu. Cerclés de noir. Sa bouche aussi. Son visage avait des cicatrices. Elle s'en fichait. Elle le regarda inquiet, jusqu'à ce qu'il la remarque. La mer était forte. Et puis sous ses pieds, elle sentit la pierre. La main qu'elle tenait se fit de plus en plus réelle.

-Elle s'appelait comment ?

Sa voix était un murmure, elle ne le regardait plus. C'était trop dur. Elle regardait ses pieds, faisant grimper ses doigts d'un pied, sur l'autre. Gênée aussi. Elle jeta un coup d’œil à travers ses cheveux, le regardant avec appréhension. Elle eut sa réponse. Rinrei.

-Un joli nom. Comme elle. Elle est très jolie. Et je pleure pas.

Sheeshon releva bravement son petit menton, droite comme un i, soutenant le regard de braise. Il écarta un peu de ses cheveux, toucha sa joue. Et son petit coeur recommença à s'emballer. Les vagues étaient puissantes, le vent soufflait chaud et fort. Et puis, elle fut triste. Pour lui, pour elle. Elle était morte. Sheeshon secoua la tête, les lèvres tremblantes. Ce ne pouvait pas être si triste. Juste pour ça. Et puis, elle réfléchit un instant.

-Moi, je suis pas noble. Mon papa l'est. Mais moi, je le suis que parce qu'il m'a prise comme sa fille, tu sais. Ta famille est pas très gentille... Était ?

Sheeshon hésita, se demandant si elle pouvait le faire. Les vagues étaient de plus en plus réelles, le vent souleva maintenant sa petite robe de nuit bleue, achetée par Gham-chan. Elle serra sa main, et il serra lui aussi. Elle hésita, et se dit que Gham-chan la chercherait encore partout. Mais Argental pourrait dire à son père où elle était. Qu'elle rentrait. Et Gham-chan saurait où elle était. Elle lui ferait encore peur, mais tant pis. Les vagues lui arrachèrent un petit cri, qu'elle étouffa. Elle avait baissé la tête pour réfléchir. Et puis, elle la releva encore, l'examinant, comme elle le voyait pour la première fois. Il avait eu un sourire triste. Elle répondit par un sourire plus joyeux.

-Penche toi.

Il le fit. Et Sheeshon posa son index entre les deux yeux d'Argental, riant joyeuse. La mer les balaya tous les deux. Elle se fracassa contre des murs, contre un sol, sans rien mouiller, alors qu'elle en émergeait, et que sa main glissait pour se poser sur la joue de l'Empereur de Morna, penché sur elle. Elle était plus grande que la première fois où ils s'étaient rencontrés. Elle était trempée, pas lui. Elle était essoufflée. Son corps était douloureux, dans son esprit, elle trouva ceci logique. La magie faisait parfois mal. C'était ce que disait Minami, son deuxième père, lorsqu'elle lui avait parlé de ses rêves qui étaient très vrais, après qu'elle ait copieusement renversé son dessert sur les chaussures d'une noble dame. Elle avait du s'expliquer. La Dame en question était vilaine, et Sheeshon avait voulu la faire partir. D'où sa réputation de petite fille sauvage, incontrôlable. Attardée. Elle ouvrait de grands yeux, encore sonnée par ce qu'elle venait de faire, à moitié souriante, à moitié bouche bée. Elle s'étonnait elle même, elle ignorait qu'elle pouvait faire ça. Elle ignorait jusqu'à maintenant aussi qu'elle pouvait l'atteindre jusque dans ses souvenirs.

-Ah ! J'ai réussi. Je peux te voir. Et tu es vrai.

Elle lui tapota la joue de ses doigts gracils, avant de rire, dévoilant les petites perles blanches qu'étaient ses dents. Elle le lâcha, et tourna sur elle même. Regardant autour d'elle. Elle avisa le couloir, la cellule, et un monsieur tout nu. Elle se cacha les yeux.

-Iyah ! Eh ben dis, si c'est là que t'habites, c'est bizarre ! s'exclama-t-elle.


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Akayel
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Sam 13 Oct - 19:09

Mon interlocuteur ne sembla pas avoir imprimé tout ce que je lui avais dit. L'avait-il même entendu ? A la fin de mon plaidoyer je m'étais aperçu de son air absent, perdu, et parlant dans le vide, ne s'adressant pas vraiment à moi. Un demi-sourire se fraya sur mon visage, alors que je soupirai. Je savais ce que c'était, de se perdre dans ses souvenirs, dans une lointaine époque dont il ne restait que les fantômes, et les images flétris semblant appartenir à une autre vie. Un peu jeune pour une si triste expérience, mais il avait forcé le destin en éradiquant une cité pour se venger, et rayer irrémédiablement une partie de sa vie ; et de la mienne par la même occasion.
Mais je ne lui en voulais pas, Argental n'avait pas voulu ça, même s'il a été le déclencheur, quelque part, de ce drame. L'un de ses acteurs, qui dans son ardeur à se venger, avait précipité la chute d'une ville, d'un monde qui en ressorti différent, marqué d'une plaie de sable stérile.
Il semblait s'adresser à quelqu'un, que je crus être une personne de ces souvenirs. Mais ce n'était pas le cas, à moins que les souvenirs prennent une consistance quand on les invoque. La magie se mit à l'œuvre et une gamine, avec un langage enfantin, sembla heureuse de retrouver Argental, et d'avoir réussi à arriver jusqu'ici. Toujours assis sur ma paillasse, j'éclatais de rire en regardant ces deux-là, l'un contemplant ce qu'il avait perdu, et l'autre voyant le monde avec une naïveté palpable, au point de masquer sa vue à la vu de ma nudité partielle. C'en était presque comique, notre situation, un prince des cauchemars, un Tieffelin dénudé et une fillette, cela sonnait presque comme le début d'une histoire drôle. Il me faudrait songer à en faire un jour quelque chose...

-Vous êtes jeune et stupide, Tar Sùrion, ainsi qu'assez orgueilleux pour vous croire responsable de ce que vous n'avez pas perpétré. Ce n'est pas vous qui avez tenu l'arme ayant servi à mettre fin à ses jours, ou qui avez payé l'assassin responsable de cet acte barbare ! Je levai la main, lui intimant le silence, en anticipant une éventuel interruption de sa part. Si votre amour était sincère, réel, alors elle ne vous en veut pas, et vous ne devriez pas non plus ressentir une quelconque culpabilité. Je sais de quoi je parle... mais vous ne m'écouterez évidemment pas...

Ma voix se tut subitement alors que je finissais ma phrase, trahissant un trouble des plus vif alors que mon regard glissait vers le sol, mais aussi vers le passé, les souvenirs, l'amertume de temps qui semblaient perdus. Argental avait la chance d'avoir un nom sur lequel cracher pour cet affront, cette douleur dévorante, cet acte inqualifiable... alors que moi... j'étais seul. Vivant. Et elle était morte. Ainsi allait la vie, le temps, mais pas moi. Je restais éternel, comme Meadh, sauf que lui avait un royaume, et une dulcinée qui se relevait inlassablement d'entre les morts. Un jour j'irais lui demander comment il fait.
Mon attention se reporta ensuite sur ce petit bout de fillette, qui sentait la magie, un parfum aussi agréable pour moi que pouvait l'être celui du nectar pour une abeille. Me nourrissant d'énergie vitale, je pouvais sentir et percevoir cette énergie lorsqu'elle se manifestait, ou qu'un être transpirait à plein nez une magie des plus délectable. Les Andains, Eldarins, Ethéries et autres peuples dont la nature même était lié à la magie avait ainsi une odeur particulière, et tellement imprégné dans leur chair... Et cette petite demoiselle, si charmante et à l'air si naïf, enfantin, serait en grandissant un met de choix. Mais le genre que je me refusais, à cause tant du risque que d'autres raisons lié à l'éthique, l'honneur, et tout ces trucs qu'on aurait presque pas soupçonné que je puisse devoir m'y plier. Et pourtant.
Un léger sourire se fendit sur mon visage, alors que je regardais cette gamine, qui avait un peu débarqué sans prévenir, et cassé l'ambiance. J'en étais presque coupable d'être vêtu d'une couverture sale reconvertie en pagne. Je soupirai, éreinté, et lâcha, commençant à perdre patience :

-En tout cas il est aimable de votre part de m'amener un tel met de choix, avec pareille chair ma faim serait apaisée pour un bon mois... mais, sur mon honneur, jamais je ne toucherais à un cheveu d'un enfant.

Alors que je me relevai, et approchai des barreaux, je perdis tout expression d'ironie, de sarcasme, ou d'un quelconque amusement. Il n'y avait en moi qu'une froideur presque palpable, une détermination farouche, une dureté imposant un certain respect. Ce n'était plus l'immortel cynique qui se trouvait devant l'Empereur et sa gamine, mais bel et bien le guerrier Svart que je faisais ressusciter, sortir des ténèbres où j'avais plongé cette partie de moi, cet être qui n'avait pas sa place dans ce monde, et sûrement celui qu'Argental voulait avoir devant lui.
Je m'arrêtais face à eux, dévisageant l'Andain, impassible mais pas hautain. Je le jaugeais, sans mot dire, lui montrant que je n'avais pas peur à ce fils de chienne. Puis ma main se posa sur un barreau, et ils purent voir mes doigts se serrer sur l'acier, ou plutôt mes griffes, cliquetant légèrement en le resserrant sur le métal. Toujours neutre, je regardais l'Empereur, et renifla, avant de parler. Ma voix se fit douce, absente d'émotion, mais résonnait avec force, usant de mes cordes vocales si... particulière, pour donner le ton.

-Je ne vous aiderais pas. J'ai embrassé jadis votre cause, et cela ne m'a apporté que la destruction de tout ce que j'aimais. Vous vous dîtes immortel, mais vous ne méritez pas ce titre, vous n'êtes qu'un gamin. Mon monde a disparu, plus rien de ce que j'ai jadis connu n'existe, il ne reste que mes souvenirs, mes "histoires", qui à défaut de ne pas faire revenir les morts, entretiennent leur mémoire, témoignent de leur existence. Tuez-moi, laissez-moi croupir ici ou partir si cela vous chante, mais foutez-moi la paix. Vous tuer ne ramènera pas ce que vous m'avez fait perdre, mais ça pourrait bien me soulager.

Ôtant ma main de la grille qui me séparait d'Argental, je portai mon poignet jusqu'à mes lèvres, et ne quittant pas l'Empereur du regard, mes crocs se plantèrent dans la propre chair, faisant couler quelques gouttes de liquide carmin le long de ma peau. Puis je crachais sur le sol, devant mon interlocuteur, source de ma colère, un mélange de sang et de salive, qui commença à ronger la pierre, s'effaçant en quelques secondes tout en laissant un trou dans la roche. Je restai alors impassible, sans autre signe d'agressivité, défiant l'Empereur du regard, le sang coulant lentement le long de ma paume, roulant sur mes doigts, avant de goutter lentement sur le sol, creusant à chaque fois un peu plus le sol dans un léger sifflement.


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
Éventuellement, vous commencerez à y croire.
Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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Argental Tar Sùrion
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Sam 13 Oct - 23:10

Les vagues, la mer. Il vit la vague venir, et par réflexe, Argental ferma les yeux, alors qu'elle l'engloutissait, Sheeshon avait posé un doigt sur son front. Ce geste l'apaisait, et étrangement, il n'avait plus d'yeux que pour elle. Elle était jeune, peut être un peu folle, mais elle l'apaisait. Elle ne le menaçait jamais, ne lui crachait pas au visage, ne lui parlait pas d'un passé lointain, n'attisait pas sa colère, sa rage, ne lui donnait pas envie de tuer, là, maintenant. Non, elle effaçait sa haine du Tieffelin qui commençait sérieusement à mettre à mal sa patience, son équanimité, cet équilibre qu'Argental avait atteint, pour éviter de sombrer dans la folie, dans ce néant auquel il aspirait tant. Cet équilibre il l'avait conservé afin d'accomplir sa part du Serment, un serment terrible prononcé sur la tombe d'un Empereur. Mais ça, elle ne le savait pas. Sheeshon était devant lui, en chair en os, trempée, ses cheveux noirs plaqués et dégoulinant sur sa petite tête, ses grands yeux emplis d'une joie simple, le sourire aux lèvres. Son rire résonnait encore aux oreilles de l'Empereur, une main tiède glissa sur sa joue, il résista à la tentation de l'embrasser. Sheeshon était si petite, encore très jeune, et pourtant, les Andains n'appréhendaient pas le temps de la même manière que les autres peuples, en ce point, certains Feys, les Ethéries, Eldarins et Taltos, ressemblaient aux enfants des Dieux. Et Sheeshon était suffisamment vieille pour être promise à quelqu'un. Elle rit une seconde fois, et un mince sourire effleura les lèvres d'Argental. Son regard s'assombrit pourtant en entendant le Tieffelin.
L'Empereur se redressa, gardant un instant les yeux sur Sheeshon qui maintenant se bouchait la vue. Il aurait aimé, qu'elle ne puisse pas entendre le Tieffelin. La colère refit surface, et l'Empereur poussa un soupir, son regard s'assombrissant. Silencieux, il se contenta d'attendre que le théâtral Semi-démon termine sa diatribe, comme s'il pouvait avoir la moindre influence sur lui. Il tiqua, quand il mentionna Sheeshon comme une proie. Les yeux de l'Empereur rougeoyèrent, alors qu'il défaisait sa cape noire doublée de soie dorée, pour la déposer sur les épaules de Sheeshon. Ce qu'il fit avec délicatesse, allant jusqu'à ferme le col à l'aide de gestes grâcieux. Il repoussa les cheveux mouillés, derrière une oreille, touchant sa joue, comme elle avait fait avec la sienne, se plaçant par là même, entre elle et le Tieffelin. Il croisa son regard, et il put y lire une colère semblable à la sienne. Les écailles à travers la peau diaphane de Sheeshon devenaient visibles.


-Non, je n'habite pas vraiment ici. Et tu le sais.

Il lui fit un sourire, qui s'effaça aussi rapidement qu'il était venu. L'Empereur prit une inspiration pour se maîtrisait, alors qu'il se retournait pour faire face à Akayel qui venait de cracher une fois de plus. Le mélange corrosif de sang et de salive avait un trou dans la pierre. Le trou se résorba, comme les barreaux de la cellule étaient à nouveau droits. Les enchantements de la Forteresse étaient puissants, ses geôles avaient été construites pour retenir des êtres plus puissants qu'un simple Tieffelin, si âge fut-il. Car après tout, il n'était qu'un semi-démon. Le fils d'une créature issue d'un autre plan, qui n'avait guère d'influence en Inwilis. Il n'était pas fait de magie pure à l'instar des Ethéries, ou des Marcheurs, et il ne possédait pas non plus les capacités et pouvoirs d'un Andain. Et Argental commençait sérieusement à penser, qu'il faudra peut être mieux qu'il arrache lui même la tête de cet être abject, à mains nues. Toisant froidement Akayel qui pensait faire là une démonstration d'éloquence et de force, Argental nota froidement :

-C'est au moins la troisième fois que vous crachez en ma présence. Une sale habitude.

L'Empereur eut un sourire bienveillant, emplit d'une douceur, qui ferait froid dans le dos au plus aguerri des guerriers. Lui aussi pouvait jouer à ce jeu, et Akayel ne serait ni le premier, ni le dernier, à lui cracher, -et ce littéralement, ce que l'Empereur trouvait d'une vulgarité sans nom- sa haine, son dédain. Peu lui importait en vérité, il n'était venu que par pure courtoisie. Sa voix se fit douce, presque joyeuse :


-Voyez vous, Akayel, ou Lomas, peut importe comment vous choisissez de vous appeler, votre présence m'insupporte, et vos leçons me donnent envie d'en finir avec vous maintenant. Je suis certain, que Dämons vous réserve une place de choix. Je ne quémande pas votre aide, je n'en ai nul besoin. Je l'ai fait simplement par respect pour Eurydice qui a eu assez de cran pour défendre votre misérable existence de bâtard démoniaque. Je suis peut être jeune à vos yeux, mais vous, vous êtes la relique d'un monde qui n'existe plus. Vous n'avez pas votre place ici. Et votre existence n'a aucune valeur à mes yeux, pas plus que vos opinions, que je vous prierai de garder pour vous. Vous n'êtes pas le seul à me haïr, et vous ne serez pas le dernier. Peut être le plus assidu, vous qui ne savez pas mourir.

Argental eut un petit rire, ses yeux rougeoyèrent une nouvelle fois. Il posa une main sur l'épaule de Sheeshon. Le contact l'aida à se calmer. User de ses pouvoirs sur le Tieffelin serait montrer de l'intérêt pour lui, alors qu'il n'en valait pas la peine. Sa décision était prise avant même qu'il n'ait mis les pieds ici, ce serait pas lui qui traiterait avec le Tieffelin lorsqu'il serait libre. Le Tieffelin semblait d'ailleurs faire une fixation sur Alatairë, sur le rôle d'Argental, en tant que général de Forbesii Nil'Dae, dans la Grande Guerre, et de ses conséquences. Akayel avait en partie raison, en disant qu'il était responsable de la destruction d'Alatairë. Sauf qu'Alatairë s'était autodétruite, sa propre magie l'avait figée dans le royaume de Dämons, et avait changé les vivants en monstruosités avides de vengeance et de sang des vivants. Ce n'était pas lui qui l'avait détruite pour se venger, sa vengeance avait été accomplie, en grande partie, sans que cela soit de son fait, laissant son âme sans but. La Guerre, ce n'était pas lui qui l'avait déclenchée, ce n'était pas lui qui avait décidé d'entrer en guerre. Non. Lys était morte, et avec elle, l'espoir d'un monde en paix, d'un monde meilleur, d'un monde où Argental aurait pu voir le mariage qu'il n'aurait jamais. Forbesii Nil'Dae avait entrepris de se venger, et Argental, ne le comprenant que trop bien, l'avait suivi. Comme tant d'autres. Il avait eu de nombreux généraux sous ses ordres, et quand Alatairë avait implosé, puis explosé, tuant l'Empereur, il avait fait son possible, comme d'autres généraux, pour que les légions puissent battre en retraite, et soient sauves. Il avait résisté aux Représailles, et avait hurlé sa frustration quand il avait appris que Meadh avait présidé les Accords de Paix, et que Chyrrlion Kaal'Athmn s'était adjoint le trône de Morna, auréolé de sa gloire de général. Lui même affaibli, il n'avait rien pu faire, jusqu'à ce qu'il jure avec ses deux frères de sang. L'un était mort en accomplissant son serment, l'autre s'efforçait de terminer le Serment des Trois.

-Je ne prétend pas non plus être immortel, seuls les Dieux ont véritablement le droit à ce titre. Même vous, ne l'êtes pas, Akayel - Et Argental fit en sorte de prononcer son nom, de la même façon que le Tieffelin avait prononcé le sien, le faisant sonner comme le pire des affronts - et peut être réussirez-vous à me tuer. Peu importe, j'ai fait ce que j'avais juré de faire. Et en cela, vous ne savez rien, vous n'avez plus d'honneur, vous ne survivez que parce que vous ne savez rien faire d'autre. Votre vie, n'a aucun sens. Quand à Sheeshon, ce n'est pas une proie, entendez le bien. Et pour le cas où vous n'aurez pas compris, c'est moi qui éprouverait une intense satisfaction à vous envoyer voir Dämons. J'en ai terminé avec vous, vous ferez ce que vous voulez, dans une certaine limite, tant que vous serez dans l'Empire, une fois hors mes frontières, peu m'importe. Vous êtes libre Akayel, je ne vois plus aucun intérêt de vous garder ici.

A la fin de sa phrase, sa voix s'était faite murmure, avant de s'éteindre. Argental soupira, soufflant doucement par le nez. Il jeta un regard interrogateur à Sheeshon, lui tendant une main. Il donnerait l'ordre qu'on libère le Tieffelin, et qu'on lui fasse quitter la forteresse. Peu lui importait, Akayel ne redeviendrait jamais le capitaine Lomas, un officier fiable pourtant, durant les réunions d'état-major. Il communiqua l'issue de ce bref entretient, ponctué par l'arrivée impromptue de Sheeshon, à l'Orage.


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Sheeshon
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Sam 13 Oct - 23:35

Sheeshon baissa les mains fixant le visage de l'homme tout nu. Il parlait à Argental, mais celui-ci n'écoutait pas vraiment. Elle pouvait le sentir. Elle sentait beaucoup plus de chose, depuis qu'elle était près de lui. Elle était heureuse d'être en sa présence, elle avait longtemps attendu, du moins, c'était ce qui lui semblait, depuis cette rencontre mentale fortuite, alors que Chel-Chan l'emmenait de force avec elle. Mais Chel-chan ne reviendrait jamais plus. Gham-chan l'avait tué. Elle en était sûre. Elle n'était pas si bête. L'instinct de Sheeshon la fit se hérisser, alors que l'homme tout nu la regardait. Elle fixa durement, peu impressionnée. Elle pinça ses petites lèvres, levant un sourcil, et tiqua quand il parla de la manger. Elle faillit s'en indigner, elle n'était pas un onigiri ! mais sentit le danger. Le danger ne venait pas de l'homme tout nu, elle le trouvait ridicule, en plus d'être tout nu, mais de Tal-chan. Son regard glissa sur lui, inquiet, alors qu'il défaisait sa cape. Cape qu'elle eut bientôt autour des épaules. Dans un geste typiquement féminin, elle fourra le nez dans le col, respirant l'odeur de son grand dragon noir, s'en délectant, jusqu'à en fermer les yeux. Lorsqu'elle sentit son contact, elle lui fit un sourire éclatant, avant de remonter le col de la cape, jusque son nez. Avec tout ça, elle avait failli oublier qu'elle était mouillée, et pieds nus, Ban-chan serait déjà en train de lui passer un savon, et qu'elle pouvait attraper froid. Argental répondit à sa question, et Sheeshon prit un air confus, avant de hocher la tête. Bien sûr qu'elle savait, elle avait vu à travers ses yeux. L'avait-il deviné ? Elle en fut honteuse un moment, et en oublia son indignation. Elle plongea dans une rêverie qui n'appartenait qu'à elle, jusqu'à ce qu'elle sente la colère. Elle aussi, elle avait failli être en colère. Et elle ne comprenait pas tout ce qui disait l'homme tout nu, mais elle sentait bien la tension entre lui et Argental. Elle sonda, un instant, Tout-nu, y trouvant quelqu'un d'autre que lui, et ce quelqu'un, elle le connaissait déjà, puisque Argental parlait parfois avec lui, de la même façon qu'avec elle. Sheeshon avait surnommé cette personne Trois-Yeux. En fait, à mesure qu'elle avait appris à connaitre Argental, elle avait découvert son monde, et ceux qui gravitait autour de lui. Tout-nu était pourtant une première. Et elle ne l'aimait pas beaucoup. Il voulait la manger, elle l'avait senti.

Ses yeux grands ouverts, elle écouta l'échange entre Argental et Akayel, c'était le prénom de Tout-Nu, mais c'était moins drôle de l'appeler comme ça que Tout-nu. Mais il s'appelait aussi Capitaine Lomas. Elle fronça ses petits sourcils, affichant un air soudain de concentration, avant de comprendre. Elle patienta, son regard fut attiré par la porte de la cellule d'à coté. Elle était noire, si noire, que Sheeshon avait peur d'y être aspirée. Il y avait quelqu'un derrière. La jeune fille pouvait le sentir, aussi distinctement qu'elle sentait les deux autres hommes, et les autres prisonniers. Non, décidément, elle n'aimait pas cet endroit. Elle ne réagit que lorsque la main d'Argental apparut dans son champ de vision. Elle la prit, y colla une main, qui semblait petite. Elle lui sourit à nouveau, avant de poser son regard sur Tout-nu.

-Je ne vous aime pas. Vous ne me mangerez pas. C'est moi qui vais vous manger, si vous essayez.

Elle ne plaisantait pas, et n'avait rien d'une enfant lorsqu'elle prononça ses paroles. Un nouveau sourire s'épanouit sur son visage, découvrant des dents pointues, une mâchoire de prédateur. Elle aussi, savait se défendre, et ce n'était pas Tout-nu qui allait lui faire peur. Elle lâcha la main d'Argental, et posa ses petits poings sur ses hanches, levant son petit menton. Elle fixa Tout-nu, alors qu'elle voyait tout.

-Je sais qui vous êtes. Je vous vois et je sais.

Clignant alors des yeux, Sheeshon secoua la tête, comme si elle changeait de personnalité, comme si la personne qui venait de parler, n'était pas elle. Elle se tourna, radieuse, vers Argental, reprenant sa main, allant jusqu'à le trainer derrière elle, vers la direction qu'il avait voulu prendre, qui devait être la sortie. Elle chantonnait, l'air d'une vieille comptine oubliée d'Alatairë, sautillant presque, alors qu'elle trainait l'Empereur derrière elle. Elle se retourna, faisant un petit signe d'au revoir à Tout-nu, alors qu'il allait bientôt disparaître de son champ de vision.


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Akayel
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Dim 14 Oct - 21:56

Les paroles de l'Empereur sonnèrent comme une insulte. La pire sans doute qui soit... Oh non, qu'il critique les conseils que j'ai à prodiguer, tant pis s'il ne voulait pas m'écouter. J'aurai pus l'aider à être, tout comme moi, un immortel,car ils existent. J'en étais la preuve, et si je ne suffisais pas, Galadan, seigneur des Andains, pouvait lui aussi témoigner en faveur de mes dires. Et si le terme "immortel" n'était pas exact, disons que les gens comme moi avons une longue existence qui ne prend fin que dans la mort prodigué par un autre.
Non... l'honneur. Dire que je n'en avais pas était le pire des affronts que je pouvais entendre. Vivre pour vivre... mon corps frémit à cette idée, je sentais l'être monstrueux, le guerrier des âges ancien s'éveiller, et il ne m'aurait manqué qu'une arme tranchante entre les mains pour égorger ce petit enfoiré qui osait mettre en doute mon honneur, la seule chose qui donnait un sens à ma vie. Et cette gamine... elle était bien plus intéressante que je l'aurais cru. En d'autres temps je l'aurai affrontée, et dévorée sans aucun remord, pour lui montrer qui j'étais, elle qui semblait avoir plus à offrir qu'une simple pratiquante des arcanes imbibée de magie.
Mais je n'en avais plus l'envie ou le goût. Mon honneur était bafoué, et je ne pouvais rien y faire. Et quelque part, j'avais l'impression qu'il avait raison, que je n'étais plus rien. Juste... le dernier des miens, et la fin semblait avoir sonné pour moi. Ils s'en retournaient à leurs affaires, me tournant le dos, comme si je n'étais rien, fini... Je tombais à genoux, sentant quelque chose en moi... se briser... un instant je restais à genoux, interloqué, avant de m'avancer, rampant jusqu'aux barreaux, que je serrais à en faire blanchir mes jointure... Relevant la tête, le visage livide, blessé, mais dur, et espérant qu'il m'entendrait, ce fils de Dieu pathétique...

-Vous finirez comme moi, Altesse, plus tôt que vous ne me le pensez, et vous regretterez de ne pas avoir fait de moi votre allié...

Et je me retrouvais seul, terriblement seul. Quoi que j'eus dit, quoi que j'eus fait, il ne m'aurait pas écouté. Seul son avis comptait, et je n'étais qu'un monstre qui essayait de se débattre, un être d'un monde révolu, et c'était peut-être vrai. Je ne lui ouvrirais jamais les yeux, et il ne redeviendrait jamais le même. J'aurai eu tant à offrir à cet idiot d'Andain, cet Empereur de pacotille. Au moins j'allais être libre, mais je me sentais blessé par ces paroles. Cette suffisance, cette arrogance. Cette certitude d'avoir la vérité. Je ne l'avais pas, mais j'avais assez vécu pour savoir de quoi je parlais. Frustration, rage... et tristesse, quelque part. Je serais libre, mais... était-ce vraiment important ?...
Mes yeux s'ouvrirent grand, alors que quelque chose me traversa l'esprit. Mon esprit... ou plutôt ce qu'on lui avait inoculé afin de l'observer. Mes yeux se posèrent avec un sourire amer sur le sol, et je me mis à parler, à parler au vide, à faire résonner les mots dans mon esprit, à tenter de me faire entendre.

-Toi qui écoute et vois mes pensées, accorde-moi un peu d'attention, je t'en supplie. Je suis le dernier de mon espèce, de ma tribu, et l'un des rares survivants des temps anciens. J'ai... j'ai peur. Réellement peur. Pas de mourir, mais de voir l'héritage des miens, que j'ai tenté tant bien que mal de préserver, s'éteindre avec moi.

Fermant les yeux, je me laissais pleinement submerger par des souvenirs d'un autre temps, d'une autre époque qui aurait même pu me sembler ne jamais avoir exister. La fin de la guerre qui déchira les cieux, les Dieux, et lacéra la terre. Je revoyais le visage de mes frères et de mes sœurs de sang, et de Bellegar, mon oncle, mon mentor. Son visage qui semblait taillé dans la pierre, le sourire troué par les dents manquantes, et le corps couturé de cicatrices. J'étais à nouveau assis dans les collines de ce qui deviendrait le Falassost, vêtu d'une tunique et d'un pagne en peau de bête, noués de lanières de cuir, portant les multiples dagues qui y étaient accrochés, tout comme mes frères. L'été était beau, et nous nous reposions, savourions l'odeur de chair, de mort, et nous buvions un mélange de sang et d'herbes infusés selon un ancien rituel, pour honorer nos adversaires. Ils s'étaient bien battu, et toute la soirée, autour du feu au centre de notre campement de tentes en peau de bêtes, nous chantions les chants de nos ancêtres, pour permettre aux âmes de trouver le chemin vers le royaume de Dämons, avant d'aller dormir.
Le lendemain, nous partirions en quête de nouveaux combats.
Je passais sur ces années, ces décennies. Je voyais mes frères et sœurs périrent, et j'élevais leur progéniture. J'étais comme un prince, un ancien qui connaissait tout des secrets de notre tribu, mais je n'en tirais aucune fierté, aucun profit. J'étais un guerrier, j'étais un Svart de la tribu Niskar, je suivais la voie de mes ancêtres, de nos ancêtres. Semer la mort, pour que les plus forts survivent. Combattre, mourir, honorer les morts. Nous étions des nomades, parcourant le monde au gré de nos envies, devenant à chaque bataille plus forts, plus grands.
Puis il y eut la Purge. Et la mort, quand la marée de nos alliés devint celle de nos assaillants, pour m'avoir vu sous mon vrai jour. Et la volonté de tout les miens de me voir survivre. "Fuis Akayel !" hurla Tanar. "Je ne peux pas vous laisser mourir !" lui répondis-je, pleurant presque, alors que je répandais le sang de nos adversaires. "Nos corps ne survivront pas quoi qu'il arrive, mais nous vivrons à travers toi ! Niskar ne mourra pas, Niskar se battra... Niskar vaincra !!". La fuite. La honte. Puis le sommeil, perdu dans l'Eredmorn. Et la faim qui m'éveilla, dans un monde qui était différent. Plus de guerre, mais des villes. Du progrès. Il n'y avait plus d'honneur, plus que des lois, des règles, des crimes.

J'aurai voulu mourir, quitter ce monde, mais Je l'entendais encore, la voix des miens, les chants anciens qui se tairaient avec moi. Je me revoyais, dans la première cité que je trouvais, Bois-Blanche, et revoyais cette nuit-là, le milicien mort, en train de dévorer sa chair pour continuer à vivre. Non, je ne devais pas faire cela. Le monde devait grandir, devenir plus fort, tel était notre credo, et s'il faut en passer par la civilisation, alors je ne me nourrirais que de la lie de la société. Je m'intégrerais, et je vivrais, j'attendrais mon heure, et la guerre. Je mourrais un jour, mais au combat, un combat qui en vaudrais la peine.
Alors je me mis à étudier. J'étais dans la bibliothèque d'Armenelos, à lire des livres d'alchimie. J'avais troqué mes frusques de peau pour du tissu. Les chants s'étaient tus, mais vivaient encore. J'attendais, m'ennuyais. Ma vie se résumait à attendre, me nourrir, chercher. Chercher qui, ou quoi ? Peu importe. J'étudiais l'alchimie, et commença des expériences. Pour m'amuser, me distraire. Je devins plus théâtrale, pour me divertir, pour rompre avec la monotonie.
Je rouvris les yeux, et revins à l'instant présent, à genoux dans cette sombre cellule. Tout ceci me semblait bien lointain.

-Ne juge pas ma vie avec trop de dureté. Je ne suis qu'un homme désabusé qui a tenté de donner un sens à sa vie, et qui a échoué. Il ne me reste rien, sinon l'honneur, et peut-être ta chère mère. Soit assuré que, si elle me suivait, je ne lui ferais pas de mal. Jamais. Tu sais que je ne mens pas.

Tant pis pour la discrétion et le secret. Je revoyais ce visage, son visage. Danyfae, ou Dana comme elle aimait que je l'appelle. Un petit bout de Lios un peu anti-conformiste sur les bords, qui s'était offusqué en voyant un homme de la Marche me traîner de force en cellule. Ils voulaient me faire craquer, moi le vil Svart qui faisait commerce de ses mixtures dans leur petite ville, et qu'ils soupçonnaient d'être l’Écorcheur. Ah, Dana. Elle devait savoir que je l'étais, ce monstre sanguinaire, mais elle m'aimait bien. J'étais différent, un érudit, et elle buvait mes paroles. Elle aimait m'écouter, et j'aimais lui parler. J'aimais... je l'aimais... c'était une battante, qui n'hésitait pas à me frapper quand je la contrariais, et je lui rendais bien. Parfois on se battait comme des chiffonniers, avant de s'arrêter et de rire comme des enfants.
J'en oubliais presque mon serment quand elle se blottissait contre moi. Malgré tout je ne sus jamais qui elle était vraiment, d'où elle venait. Elle ne me posait pas de questions, et je ne lui en posais pas. Nous étions bien ensemble, cela suffisait. Puis éclata la Grande Guerre, quand Lys fut assassiné. J'ai senti l'appel de la guerre, mais aussi une raison de me battre, et le chant se fit entendre à nouveau. Il était temps de faire changer le monde, et elle ne s'y opposa pas. Dana... je t'avais promis que l'on se reverrait, et que je... non, je ne dois plus y penser. Elle est morte. Je me revoyais encore, agenouillé comme dans ma cellule, dans notre demeure, quelques heures à peine après le drame, mon sang et ma volonté luttant contre le sort de la ville qui crépitait encore. Il ne restait plus rien d'elle dans ma demeure. Notre demeure.

Je pleurais. Dans ma cellule je pleurais, ne retenant pas mes larmes. Ma voix se fit forte, je ne les retenais pas, jamais. Dana méritait que je verse des larmes pour elle, toutes les larmes de mon corps, de mon cœur. De longues minutes durant je sanglotais, avant de reprendre contenance, l'air sombre, m'adressant au vide, et je l'espérais, à ce être aux cheveux rouges. Je me sentais brisé, sale, dépossédé de tout ce que j'avais. Mon savoir semblait n'avoir aucune valeur, le monde s'épanouissait et je n'étais plus qu'un souvenir, quelque part, j'appartenais à une époque révolu.

-Mon temps touche à sa fin. Mes proies deviennent trop rusés pour moi, et le legs d'un âge perdu ne sert plus à rien en ces temps. Je suis le dernier des Niskar, je suis seul, terriblement seul. Je soupirai. Mais tu ne m'écoutes probablement pas. Tu t'en fiches... mon monde s'éteindra avec moi, et le souvenir de ma terre natale... je n'ai plus ma place ici-bas...

Mais il ne s'éteindra que le moment venu. Dans mon esprit résonnait encore l'écho de ma promesse, et les chants anciens, enfouis au plus profond de mon cœur. Non, je ne mourrais pas tout de suite...


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Dim 14 Oct - 23:19

-Oh bien sûr que non, il serait dommage de mourir maintenant.

Un rire sarcastique emplit le couloir, alors que la porte menant à la surface, se refermait lourdement. Le cliquetis de la serrure et des clefs fut parfaitement audible, résonnant comme une sentence. Des bottes raclèrent le sol de pierres, et Uranach émergea des ombres, nonchalamment assis sur un banc semblant formé de fumée, ou bien de ses nuages orageux qui constituait son étrange manteau. Il était appuyé sur le mur qui faisait face à la cellule du Tieffelin. Il ne s'était pas montré, mais Argental l'avait contacté, annonçant qu'ils avaient bien retrouvé le Capitaine Lomas. Le Sidhe avait l'attitude désinvolte d'un officier après un soir de cuite. Ses cheveux mi-longs et grisonnants, étaient décoiffé, une barbe de trois jours piquetait ses joues, et la tête appuyée contre la pierre, paupière close. Il était vêtu de son ancien uniforme de général de l'Empire, la veste ouverte, la chemise à peine mise dans son pantalon, Uranach était plus que débraillé. Ses grandes jambes étaient allongées devant lui, ses deux mains posées sur le haut de ses cuisses. Il eut un sourire insolent, ouvrant un œil à l'iris fait de trois cercles de couleur, un premier cercle doré entourait sa pupille, très fin, un deuxième cercle lie de vin venait en suite, et le dernier cercle était d'un mauve très pâle. Un regard étrange. Avec un seul œil. L'autre était couvert par un bandeau noir.
D'une légère poussée, il se décolla du mur, ramenant ses jambes, pour finalement appuyer ses avant-bras sur ses cuisses, joignant les mains. Il fixa le Tieffelin qui venait de faire un voyage dans le passé, qui s'était soldé par des pleurs, et une lamentation, et pourtant, Lomas avait envie de vivre. Ou Akayel, puisque c'était là son nom. En vérité, Uranach et Argental se souvenaient très bien de l'officier qui, comme d'autres, s'étaient illustrés, après avoir rejoint les Légions de l'Empire, pour se lancer à l'assaut de Bois-Blanche, et finalement jusqu'à Alatairë. Uranach avait en somme, eut de la chance, son dragon impérial était mort déchiqueté par les griffes et crocs d'Equilibris, la dragonne d'Emaine, et lui, désarçonné, quelques membres fracturés, avait été jeté dans les geôles de Bois-Blanche. C'était Emaine lui même qui l'en avait sorti, ignorant que par ce geste, il venait de sceller l'avenir d'Uranach. Échappant à la surveillance de son compagnon, le temps d'une nuit, alors qu'Equilibris agonisait, Uranach put aller prononcer le terrible serment, qui mènerait Inwilis à une seconde guerre. Raisonnable, le dragonnier déchu, ne comptait pas mettre tout Inwilis à feu à sang. La vengeance était un cadeau précieux, et il lui fallait venger les morts de son Empereur, et de Lys. Il savait qu'ils arpentaient maintenant le monde, grâce à une jeune Samildanach, qui avait réussi à briser les Sceaux d'Ishimaru, ramenant dans le monde de Mei, Forbesii Nil'Dae et Lys Aethmal. Entre autres. Entre temps, Uranach avait quitté Emaine, une décision douloureuse, mais nécessaire. Bien avant que tout ceci ne se passe, il avait du chercher la puissance, un moyen de se rendre plus fort, un moyen de pouvoir accomplir son serment. Il était revenu quand la Samildanach avait brisé les Sceaux, et s'était fait un devoir de chercher ceux qui l'aiderait à accomplir son serment. Argental avait respecté sa part du Serment, et Uranach ressentait une intense satisfaction en pensant à la mort précipitée de Chyrrlion, qu'il considérait comme un traître.
Le Renégat n'avait pas seulement chercher parmi les anciens partisans de l'Empereur Nil'Dae, mais aussi parmi les héros de l’Alliance, dont l'amertume ne demandait qu'à être effacée. Il avait aussi convaincu des héros plus récents, de se joindre à lui. Et Argental quand à lui, s'était contenté de donner des ordres, rassemblant les Légions, tandis qu'il s'assurait également le soutient des grandes maisons de l'Empire. Mais, Uranach attachait une importance particulière à venir trouver les officiers qui avaient servi Forbesii avec lui, quand ils étaient encore en vie.


-Nous n'étions pas certain de votre identité Capitaine Lomas. Mais l'Empereur a bien fait son travail, malgré l'interruption de cette étrange petite fille. Elle m'a même senti. En grandissant, elle sera plus surprenante encore, bien que ses facultés mentales paraissent quelque peu, différentes des nôtres.

Uranach braqua son unique œil sur le visage du Tieffelin, qui devait l'avoir reconnu, malgré les changements physiques. Ses cheveux n'étaient plus de ce brun chaud et rutilant, mais gris, et évidemment, il portait maintenant un bandeau sur son œil droit. Il n'était plus si jeune, ni si fringuant et fier qu'à l'époque. Uranach avait tout l'air du vétéran, du vieux loubard, une apparence ne payant presque pas de mine, ayant même, ici, l'air de s'être aviné, et d'avoir profiter d'une soirée de permission. Ce n'était pas le cas, il revenait simplement de plusieurs jours éreintants de voyage, qui l'avait fait entré en contact avec un autre Samildanach, lui aussi aussi vieux que Lomas, ou Galadan, ou encore, la charmante mère de ce dernier. Il n'avait pas eu le temps de se soucier de sa mise.

-Vous savez déjà pourquoi je suis là. J'ai trouvé votre réponse à notre proposition distrayante. Mais vous venez de vous contredire. Vous ne voulez pas aider à Argental, mais il aurait du faire de vous votre allié... Votre esprit est bien confus. Ou bien est-ce tortueux capitaine ? Toujours est-il, que vous êtes libre, et que la proposition tient toujours. Si vous ne pouvez souffrir Argental, et bien, je tiens à vous rassurer, c'est de moi que vous recevrez des ordres, instructions si vous préférez. A moins qu'Argental ne vous plaise finalement.

Un sourire en coin se dessina sur les lèvres d'Uranach, qui d'un balancement de ses pieds, retourna s'appuyer contre le mur, tout en gardant Lomas à l’œil. Le Sidhe trouvait que Lomas sonnait mieux que Akayel, et après tout, c'était avec ce nom, qu'Uranach l'avait connu, dans les rangs des Légions, marchant sur ceux qui avaient fait plus de mal à leur Empereur que n'importe qui. Entre les mains de l'ancien général, une clef en métal, celle déverrouillant la cellule, qui s'ouvrirait, quelque soit la réponse du Tieffelin. Son sourire s'estompa, et Uranach redevint sérieux, emprunt de gravité.

-Nous pouvons nous passer de votre aide Capitaine Lomas, mais nous sommes plus enclin à avoir confiance dans les officiers qui ont suivi Forbesii Nil'Dae. Des officiers que nous avions bien connu. Et ce serait un moyen pour vous, d'avoir quelque chose à faire, pendant l'année à venir.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Lun 15 Oct - 19:54

Uranach. Le Uranach. Malgré les années... comment oublier ce visage, même s'il avait changé. Il avait du m'entendre, et surtout me voir penser ; je n'ignorais pas ce qu'il était, un samildanach. Il semblait surgir de nul part, ce qui ne m'étonna guère. Je n'avais pas du changer moi, en cent années, même si je devais avoir l'air bien plus pitoyable, ainsi brisé par les paroles d'un homme, en grande partie nue et sur le sol de pierres froides. Mais lui aussi avait perdu de sa superbe. Ah, ils étaient beaux, le général et le capitaine, se retrouvant dans des geôles puantes, des retrouvailles peu dignes de ce qu'ils étaient. En d'autres circonstances j'aurai ris.
Mais je l'écoutais. Lui il me respectait, je le voyais, le sentais.
J'avais l'impression d'être tombé dans un piège, même en n'acceptant pas la proposition d'Argental, un autre venait avec une tactique différente, espérant m'appâter. Étais-je vraiment tombé si bas ? Ma situation semblait parler d'elle-même. Il semblait cependant avoir besoin de moi, ou plutôt préférer avoir quelqu'un de confiance, car après tout j'avais servi leur cause. Il parla de la fillette, et je partageais son avis. C'était bien la raison pour laquelle j'avais envie de la dévorer, mais plus tard ; elle regorgeait de pouvoir, d'énergie. Un met de choix. Une gamine d'exception.
Je l'écoutais sans mot dire, le regard blasé, vide d'émotions, toujours agenouillé sur le sol, l'air las, presque imperméable à ce qui se passait, mais j'écoutais. La même proposition, mais dite différemment. Quoi qu'il n'avait pas besoin de moi, il préférait que ce soit moi. Mais une chose me fit finalement sourire, alors qu'il attendit ma réponse, et je commençais par éclaircir ce point qui semblait le gêner.

-Disons que j'aurai eu plaisir à me faire l'allié de l'Argental que j'ai connu autrefois. Or je retrouve un homme qui suit inconsciemment les traces de feu son père. J'aurai aimé l'aider, mais s'il veut emprunter cette voie... c'est son problème. Mais je l'aimais bien, c'est fort dommage...

Ma main se leva faiblement, et je me hissais péniblement à sa hauteur, la tête penchée vers le sol, mes cheveux et l'obscurité masquant mes yeux. Je ne voulais pas le regarder. Je me sentais encore faible, brisé, honteux d'être affecté par des mots, de simples mots. On oublie parfois leur pouvoir, et c'en devenait terriblement fatal quand on les recevait en plein cœur, quand l'on croit avoir tout subi et que l'on piétine ce qu'il reste d'un homme qui n'a plus rien que sa vie, ses souvenirs. Je ris faiblement, un sourire amer sur mon visage.

-J'étais puissant autrefois. Un guerrier respecté, pétri d'honneur. Aujourd'hui, regardez ce que l'on voit en moi... un bâtard démoniaque, un cafard qui cherche à survivre... J'aurai du mourir avec les miens plutôt que vouloir continuer à préserver leur mémoire. Mais, par le sang de mes ancêtres...

Mon corps fut agité de quelques tremblements, alors que ma main se transformait. Les dernières phalanges se changèrent comme souvent en griffes, mais mes doigts s'allongèrent, le bras devint plus massif, comme couvert d'un cuir épais, qui n'était autre que ma peau. Tels des serres, je refermais ma paume sur le barreaux de métal avec force et, serrant les dents, me mit à tordre l'acier. Il me résista, mais je redoublais d'ardeur, grognais alors que l'on pouvait entendre un grésillement aigu venir de la porte, du barreau que la magie semblait vouloir m'empêcher de briser. Pourtant, avec un cri de rage, j'arrachais le morceau de métal sur lequel ma main avait prise, un cri sauvage, et je révélais alors mes yeux à Uranach, des yeux entièrement rouges, luisant dans l'obscurité d'un éclat malsain, celui du sang qui envahissait mes globes oculaires.
Je jetais à terre le morceau de métal brûlant, et toisait Uranach, me tenant debout, fier, froid, comme je l'avais fait avant avec Argental.

-... je prouverais à Argental que je vaux mieux que ce qu'il pense de moi. Mais si je devais accepter, j'ai des conditions à poser ; je sais que je ne suis pas en position pour, mais je suppose que vous voulez que je sois efficace, et pour cela, il me faut confectionner mon propre équipement, être nourri sans crainte de représailles, et ne pas être inquiété si je devais prendre ma véritable forme.

Mon regard reprit sa teinte bleu, hérité de ma mère, et brûlait d'une furieuse envie de prouver au monde ce dont était capable le dernier des Niskar. Mais, avant qu'Uranach ne réponde, je dressais le bras, lui intimant de ne pas répondre tout de suite. avec un regard qui suggérait que j'avais besoin d'un moment de silence, sans vraiment le lui imposer. C'était dur pour moi, j'avais la sensation d'être tombé dans un piège. Mais finalement, j'avais toujours voulu accepter cette issue. Argental... voila le problème qui m'avait poussé à croire qu'il allait me tuer. Il me considérait mal, ne voyait en moi que ce qui l'arrangeait, mais il reconnaissait mon utilité. Le samildanach sur ce point différait, il semblait avoir un certain respect pour moi. Après tout, lui-même avait fait pire à ce que j'avais entendu dire, et constaté avec son changement de camp.
Mais j'avais voulu me battre pour cette cause, et je le voulais encore. Danyfae était morte, mais je croyais encore aux raisons qui m'avaient poussé à me battre. Me battre pour elle. Prouver que finalement, l'amour n'a pas de barrière. Un sourire se dessina sur mes lèvres.

-Je n'ai pas encore accepté, prenez le temps de réfléchir aux implications que pourraient engendrer ma présence, même si je ne pense pas être bien différent d'Akayel Lomas, même si je ne mangerais plus en cachette. Je dois d'abord en discuter avec quelqu'un, avant de vous donnez ma réponse. Je lui dois bien ça après tout. Eurydice... Pensif, je scrutais le vide en souriant à moitié, puis je me repris. Et désormais, sachez-le, je porte le nom d'Akayel Salem.

Salem... un nom que j'aimais. Celui d'une personne que j'aimais. Salem... Danyfae Salem. J'avais caché mes pensées à son sujet, sans pour autant l'oublier. Jamais. Mais c'était du passé, et je la retrouverais probablement quand ce cher Dämons m'accueillera chez lui. Il me doit bien ça. Et en attendant ce jour, une autre femme m'attendait, même si elle ne devait pas vraiment savoir entièrement pourquoi. Quoi qu'il advienne, je comptais bien rester avec elle.


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
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Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Jeu 18 Oct - 21:40

A la mention du père d'Argental, Uranach faillit rire au nez du Tieffelin. Décidément, il semblait faire une fixette sur celui qui avait été à la tête de la maison Tar Sùrion, jusqu'à son fils ne le tue par vengeance. Il le laissa finir, c'était le moins qu'il puisse faire. Argental avait malmené le Tieffelin, qui s'était laissé avoir par les paroles dures et vicieuses du nouvel Empereur de Morna. L'ancien général était resté appuyé contre le mur, son siège d'orage frémissant à peine, son œil de Sidhe braqué sur Lomas, qui lui fit une démonstration de force. Argental n'avait pas tort en le trouvant théâtrale. Le Capitaine Lomas qu'ils avaient connu n'aurait pas eu recours à un moyen aussi médiocre pour faire preuve de force. C'était effectivement médiocre, comme le fait d'avoir par trois fois, craché au pieds de l'Empereur. Akayel semblait plus réceptif aux paroles d'Uranach, après tout, le Tieffelin était libre, Argental l'avait blessé, et étrangement, il l'avait assimilé à son père, alors que, des Tar Sùrion, celle qui avait tué Rinrei, n'était autre que la mère d'Argental. C'était elle, qui avait accepté, d'abord, croyant qu'elle ne serait qu'une passage, la jeune bergère. Lorsque son fils avait voulu l'épouser, elle était entrée dans une rage folle : le fils d'un Dieu, et un Tar Sùrion ne pouvait pas s'abaisser à épouser une fille née dans le crottin. Le père d'Argental s'était plié à la volonté de son épouse, et avait d'abord voulu soudoyer la jeune fille. Elle avait refusé. La mère d'Argental l'avait tuée. Argental s'était aussi vengé, sa mère était morte folle à liée, vautrée dans ses propres déjections. Mais ce n'était pas une information qu'Uranach pouvait partager avec Lomas. Le Tieffelin semblait avoir pris l'Andain en grippe, ce qui montrait clairement, que son frère de Serment, savait ce qu'il faisait, et sa langue était encore plus acérée que lorsqu'il était venu présenter son aide, et sa loyauté, à Forbesii Nil'Dae. L’œil unique suivit morceau du barreau, le morceau de métal roulait sur le sol, encore rouge de chaleur. Uranach sourit.

-Cette grille ne vous avez rien fait. Et vous êtes libre. Il vous suffisait d'être un peu plus patient.

Il leva sa main tenant la clef qui ouvrait la cellule d'Akayel. Le Tieffelin était impatient. L'impatience ne menait à rien. La patience en revanche... Sans cette dernière, aucun des trois frères du Serment, n'aurait pu accomplir ce qu'il avait juré de faire. Ishimaru Lenwë était mort en accomplissant sa part. Aujourd'hui, le chemin était encore long, affronter Freyr, Meadh, ne serait pas une mince affaire, et une guerre ne se gagnait pas sans perte. Une guerre prenait du temps, de l'argent, et nécessitait de nombreux moyens logistiques. Ces derniers devaient être mobilisés, rassemblés, et actuellement, Uranach n'avait pas encore tous ses alliés réunis ici, dans l'Empire, certains devaient encore être convaincus, d'autres étaient encore en chemin. La main tenant la clef se rabaissa, et l'ex-officier continua de la faire tourner entre ses doigts, alors que le barreau brisé de la cellule grésillait aux extrémités. Le métal gémit, se tordit, chauffa, jusqu'à être à blanc, avant que se réparer de lui même, dans un sifflement strident, alors que le métal se régénérait sous l'effet d'un sortilège. Uranach se décolla une nouvelle fois du mur, passant une seconde fois une main dans ses cheveux, dégageant la vue de son unique œil.

-Capitaine Lomas, ou Salem, peut importe le nom que vous choisirez, nous nous adapterons. Vous ne sauriez être plus éloigné de la vérité, en croyant qu'Argental ressemble à son père. Et disons, que lui non plus, n'a pas vraiment supporté cette guerre. Peut être plus mal que vous. Il est resté longtemps à l'arrière, pour s'assurer qu'aucun de ses hommes ne tomberaient aux troupes ennemies. Il est longtemps resté amer. Mais je ne peux que constater, qu'il n'a rien perdu de ses talents de manipulateur. Il vous a suffisamment énervé, pour que soyez réceptif à ma requête. Et dès le départ, il n'était pas question que vous, Capitaine, passiez sous ses ordres, mais sous les miens. Argental a déjà ses propres troupes, et ses propres officiers, qu'il a patiemment construit durant ses dernières années. Il en va de même pour moi, et je penche plutôt pour des personnes que je connais. Et je vous connais. D'où mon choix.

Uranach lança la clef au Tieffelin, dont il ne doutait pas de la capacité à la rattraper. Il réfléchit un instant, laissant également le temps à Akayel d'assimiler ce qu'il venait de lui dire. Le risque étant qu'il ne prenne la mouche, et ne se remette à éructer, et à lui faire une énième démonstration de sa puissance. Le problème du Niskar, était la fierté. Les Alaric, ce clan du Nord, guerrier, étaient fiers, imbu de cette fierté, mais n'hésitaient pas à admettre, même difficilement, faiblesse, et erreurs. Ou bien entre eux, la supériorité d'autres guerriers. Celui qui avait été le Capitaine Lomas était pétri de fierté. Il y avait peut être de quoi, et Uranach respectait l'officier, le légionnaire sérieux, et le guerrier redoutable, mais pas le Tieffelin arrogant, pétri d'une sagesse qu'il croyait détenir, et qui avait tenté de faire plier l'Empereur. Akayel avait eu la chance, la jeune Sheeshon avait empêché Argental de déchainer un pouvoir, qui avec le temps, était devenu plus que redoutable. Uranach lui même, avait quitté Inwilis pour aller chercher ce qui lui manquait. Il en était revenu avec un bandeau sur l’œil, et des cicatrices supplémentaires. Le Samildanach changea d'attitude, passant du vétéran désinvolte, à une gravité, qui durcit son regard et le trait de son visage. L'orage sur lequel il était assis, tonna, alors qu'il se levait, et que le nuage reprenait sa place de manteau, enveloppant le Sidhe, de nuages se cognant les uns aux autres, d'un noir inquiétant et profond, parfois illuminé par des éclairs internes.

-Vous n'êtes effectivement pas en position de négocier. Car après tout, moi comme lui, nous pourrions simplement nous détourner de vous, quelque que soit votre réponse. Mais je tiens à vous rassurer, Akayel Salem, il était déjà convenu, que vous pourriez vous nourrir comme vous l'entendiez. Et vous aurez l'occasion de pouvoir manger souvent.Du moins, quand nous saurons en passe, de vous offrir ce que vous aimez sur un plateau. Et vous aurez même l'occasion de chasser vous même votre nourriture. Quand à l'équipement, vous pourrez le choisir vous même. Quand à votre véritable forme, vous croyez vraiment qu'on vous montrera du doigt, quand à coté de vous, se tiendront les Enfants d'Eurydice ?

Uranach retrouva son sourire insolent, en ce demandant dans quel monde vivait Akayel. Son apparence n'avait rien d'effrayant, Sluagh, Nocturne, Fey, ou encore Eldarin, pouvaient afficher des apparences plus effrayantes que celle qu'avait véritablement le Tieffelin. Et les Enfants d'Eurydice, notamment les surprenants Jumeaux, jouaient dans une catégorie différente.

-Les Enfants d'Eurydice, ou bien d'autres. Ceux dont je me suis entouré, et vous aurez le temps de faire leur connaissance, sont tous plus ou moins spéciaux.Et si vous tenez à discuter avec Eurydice, elle le sait déjà. Si Argental l'a autorisé à vous voir, quitte à s'attirer les foudres de certains de ses enfants - vous semblez provoquer la discorde sur votre passage capitaine - c'est parce qu'il savait comment vous réagiriez. Et elle sait déjà pour quelles raisons nous vous avons gardé ici. Difficile de cacher quelque chose à Lycurgus, comme vous devez le savoir. Et celui-là, comme les autres, aime sa tendre mère, il est donc difficile de la laisser dans l'ignorance. Et sans ça, sans avoir la promesse que vous seriez libre - et vivant -, elle n'aurait pas accepté. Mais si vous y tenez, vous pourrez bien avoir une discussion avec elle. Mais avant vous ne m'en voudrez pas, si vous suggère de vous vêtir. Des vêtements vous attendent là haut.


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MessageSujet: Re: Sombre cellule.   Lun 22 Oct - 16:39

Je devais paraître bien impétueux, à jouer les durs face à un sortilège pour montrer ma rage. Je ne voulais pas faire montre de ma capacité à éventuellement sortir en sortant de mes gongs pour faire sortir la porte des siens, mais prouver ma force, ce qui était inutile, vieux réflexe aussi futile que vétuste. Je ne le montrai pas, mais ma main était rougie, couverte de cloque à cause de la chaleur dégagée par le sort qui eut protesté contre le traitement que je lui avais infligé. En silence je maudis ce que j'étais, un enfant des steppes, qui avait appris que la force était le seul moyen de s'imposer.
Hors, les temps avaient bien changé depuis cette lointaine époque.
Il sourit et je fis de même, un peu gêné, en entendant le commentaire qui se fourvoyait sur la raison m'ayant poussé à briser le barreau, qui se reconstitua assez vite. A moins que ce ne soit de l'humour, comment en être sûr ? Qu'importe. Je l'écoutais parlé, regardant distraitement vers la gauche, plongé dans mes pensées, buvant ses paroles et démêlant les évènements qui étaient arrivés ces derniers temps. J'ignorais pour Argental, mais cela ne fit pas baisser la rage nourrie par mon orgueil de guerrier, même si je la faisais taire. Et je me doutais bien qu'ils cherchaient à me tester, et peut-être même à me pousser à accepter leur marché. Cela ne me fit pas réagit outre mesure, j'en avais déjà conscience, et j'aurais pu tout de même refuser, même si j'aurais du croupir dans cette cellule jusqu'à ce que la faim n'achève ce qui me restais de santé mental. J'avais pris sur moi d'envisager un "oui", même si je devais en parler avant avec une femme désormais concernée par mes choix.

J'aurais au moins tout ce que je désirais, et en premier lieu la clef que je ne remarquai filer vers moi qu'au dernier moment, et attrapa par pur réflexe entre le majeur et l'index, la regardant avec un certain étonnement, revenant lentement vers la réalité, comprenant brusquement de quoi il s'agissait, sans pour autant montrer de joie. Jusqu'au bout je l'écoutais, lui qui acceptait mes conditions, et il me rassura quant aux peu de risques que j'aurai à prendre ma forme véritable. Il avait raison, mais l'inquiétude ne se dissipait pas pour autant. J'avais mes raisons.
Il me conseilla de me vêtir, et je compris que je devais sans doute me hâter de le faire. Prendre un bain aussi ne serais pas du luxe, songeais-je alors que j'approchais lentement la clef de la serrure, hésitant légèrement, avant de l'y plonger et de faire cliqueter le mécanisme en tournant la clef. La porte s'ouvrit en grinçant légèrement, et je restais un instant, sur le pas de cette sombre cellule, avant que mes yeux ne s'illuminent d'un léger éclat empli de malice, qui se retrouva dans mon léger sourire.

-Juste une chose : ne vous méprenez pas, général... j'ai bien dit confectionner mon équipement... J'aurai besoin à cette fin d'une forge, d'une tannerie, et quelques bricoles ; mais l'on verra cela en temps voulu.

J'éclatai d'un rire cristallin, alors que, en sortant de ma cellule, la pâle lumière du couloir se refléta dans mes cheveux, quelques mèches resplendissant tel de fins filaments de cristaux prismatiques. J'avais l'impression de sortir d'un cauchemar, que mes pensées se remettaient en place, et que je ressortais changé, plus calme, laissant les ténèbres d'un passé tortueux dans cette cage qui les avait exacerbé. Je n'avais qu'une hâte, revoir Eurydice, et plusieurs autres choses qui pouvaient attendre. Mais avant, je me tournais vers Uranach, réajustant mon pagne de fortune cachant mon aine, bien que j'avais très peu de pudeur ; fâcheuse conséquence d'avoir été élevé avec des "sauvages" comme auraient pu les qualifier nombre de société de cette époque.

-Je sais d'ordinaire être patient, c'est là la clef de la survie. Mais... cela fait bien longtemps que je n'ai pas eu une telle conversation. Pas depuis... Alatairë. Et nous avons tous perdus durant cette guerre, général. J'aurai aimé guider Argental comme je l'aurai fait avec mes enfants. Ils me manquent... Mon regard se posa sur ma main, observant les cloques se résorber. Il ne me reste rien, sinon l'honneur. Je n'aurai pas du m'emporter ainsi... et je m'excuse si mes réactions furent inadaptés. Le temps passé ici m'a fait replongé dans mon passé. J'éviterais, à l'avenir.

De l'humilité. Très rare que je me montre aussi diligent à ne pas passer pour quelqu'un de fort et puissant, mais nécessaire. Uranach n'était pas un ennemi, je le voyais plus... comme mon égal quelque part. Quand je fus capitaine, j'étais comme cela, je n'avais pas besoin de me montrer si sarcastique ni faire montre d'agressivité. Au contraire, j'étais dur avec mes soldats, mais aussi très affectueux, et considérais mes supérieurs avec respect, pour peu qu'ils m'en montrent à leur tour. Le visage du Démon cynique et sans pitié n'était là que pour faire face à la sauvagerie de la rue, de la survie, mais comme autrefois, celui du Svart se faisait beaucoup plus présent maintenant que j'avais cette impression d'avoir en face de moi un supérieur.
Je sentais par exemple, le besoin de m'expliquer, et de m'excuser avec une véritable humilité, peinant à le regarder dans les yeux, sans pour autant être totalement soumis à cette autorité ; j'avais ma fierté, que diable !

-La dernière fois que je suis pleinement apparu sous mon vrai jour, je suis devenu le dernier des Svart Niskar. Oh, et, sincèrement, je ne fais pas exprès d'être si "démonstratif". L'ennui me broie à un point où quand j'en sors, je m'exprime... cela me fait beaucoup de mal de voir tout ces gens me juger sans imaginer un seul instant ce que je peux vivre, et il ne se doute même pas que ça m'affecte... Mais vous ne m'écoutez que parce que je vous serais utile, n'est-ce pas ?

Je me fendis d'un sourire partagé entre un léger mépris et le sarcasme. J'étais fier, mais pas à ce point borné. Les temps changent, et j'avais moi-même tiré parti des guerres pour me nourrir et épancher ma soif de sang, alors pourquoi prendre ombrage de ce petit tour que m'avait joué l'Empereur et son serviteur ? Et puis, j'avais un sens à donné à ce futur qu'avant de rencontrer Eurydice j'envisageais avec une grande fadeur. J'étais fier oui, mais pas à ce point idiot pour ne pas voir que je tirerais autant parti d'eux, qu'eux de moi, pour poursuivre un but pour lequel je m'étais déjà battu, une noble cause que les miens auraient jugé noble après tout.
Je lâchais un léger rire assez sincère, trouvant amusant cette conversation, et la situation. J'avais toujours souhaité rester au plus bas de l'échelle, plongé dans l'ombre ou, dans l'armée, à des postes relativement mineur, afin de passer inaperçu. Maintenant j'étais comme officiellement reconnu comme un Tieffelin, un être puissant et dévoreur de chair, quelque part dans l'élite des forces d'Argental. Tout ce que je détestais en somme, et pourtant l'on arrivait à me faire croire que c'était une chance ; mais, si c'était comme je pouvais le croire, ma dernière bataille, autant la vivre avec la grandeur de mes ancêtres, tel le fiélon que je fus lors des conflits d'antan.
Pour l'heure cependant, mes pas me conduiraient vers Eurydice, avec au préalable un détour pour me vêtir autrement que d'un pagne de fortune en vieux drap puant.


Chaque jour, dites-vous que vous êtes le meilleur, le plus fort, et le plus mortel.
Éventuellement, vous commencerez à y croire.
Finalement, cela deviendra vrai.
C'est devenu vrai pour moi.


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Sombre cellule.

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