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 Conversation sur le bord du lit.

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Galadan
Seigneur des Andains
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Nombre de messages : 72
Localisation : Enflamme toi, un incendie du coeur...
Date d'inscription : 02/10/2006

MessageSujet: Conversation sur le bord du lit.   Jeu 1 Déc - 22:49

Voir à travers les yeux d'un autre est toujours une expérience étrange, nouvelle. Difficile. Pour moi, elle l'était d'autant plus que la distance qui me séparait de Thallys était grande de plusieurs millier de lieues. Le lien que nous partagions, j'en était l'unique instigateur, je n'avais même pas demandé si avis à Thallys. Fort heureusement, je le savais, pour le peu que je l'avais côtoyé, qu'il était têtu, pas autant que moi, mais suffisamment pour refuser. Cela aurait été une bien mauvaise idée contenu de ce qui s'était passé pour lui, peut être dès l'instant où je l'avais laissé.
Lorsque je l'avais senti en danger, je n'avais pas hésité. Et si je me retrouvais dans un état aussi lamentable, c'était qu'il me fallait une concentration permanente, et je ne pouvais guère me permettre de baisser ma garde, de ne pas veiller sur lui. J'avais du mal à voir à travers ses yeux, de plus en plus de mal à maintenir le lien avec lui, à mesure que l'esprit de Thallys s'enfonçait. Et j'avais peur. Si jamais je venais à rompre le lien, à arrêter de lui donner mon énergie, j'avais peur que Thallys ne puisse plus revenir dans le monde. J'entends par là, que la folie pourrait le submerger, et faire disparaitre tout ce qu'il était. J'aimais bien Thallys, notre rencontre totalement fortuite, m'avais fait découvrir un être fragile, mais incroyablement têtu, et sans doute tellement facile à énerver, que j'y trouvais là, sans le moindre doute, une source d'amusement. Et j'étais follement intrigué.
Maintenant, j'étais surtout follement inquiet. Aussi étrange que cela puisse paraitre. Du même coup, j'inquiètais ma chère mère, et les Andains, dont j'étais le souverain. Ces dernières semaines avaient parfois été le théâtre de défilés d'Andains, venus à mon chevet, d'autres s'étaient contentés d'aider ma mère, tenant sa boutique, ou s'occupant de son jardin. La distrayant un peu. J'étais parfois dans un tel état, que je ne me rappelais plus de qui était venu, des voix que j'avais entendu. Mon esprit flottait entre le lieu où Thallys se trouvait, et le cottage de ma mère. J'étais alors comme aveugle, la vision brouillée, floue, les oreilles bouchées, je percevais des voix, mais ne comprenaient pas les mots. Les rares instants où Thallys dormait vraiment, je faisais de même, ou bien je me nourrissais, regagnant un semblant d'énergie. Je n'avais que deux seules images précises, le visage de Thallys, et celui de ma mère.
L'état du premier se dégradait, et le miens également. C'est dans un de mes rares moments de lucidité, que j'avais pu parler à Atrazine, ma meilleure ennemie, et à Ash, celui qui avait fait office de seconde figure paternelle durant mon enfance. Mon divin de père ne pouvant guère m'élever comme l'avait fait ma mère. Toujours est-il que Atrazine et Ashenga'ar, le couple de héros le plus étrange que j'ai pu voir, étaient partis pour sauver Thallys, et me sauver, accessoirement. Je n'osais pas encore atténuer, diminuer l'énergie que je fournissais à Thallys, pas tant que je ne pourrais le voir de mes yeux, et le toucher. Pourtant, j'avais pu sentir le froid d'Atrazine à travers le lien. J'étais dans une de ses phases détendues, qui me permettaient d'être lucide, de reprendre des forces. Ma mère était assise à coté de moi, elle m'avait apporté à manger. J'aimais toujours ce qu'elle me faisait. Chaque repas me rappelait irrémédiablement mon enfance, des saveurs que j'avais parfois oubliées. Comme j'étais malade, elle me faisait presque chaque jours, un potage différent, et j'avais le droit d'y tremper du pain. Parfois, lorsque j'étais au mieux de ma forme, je mangeais beaucoup. Mon coté loup prenait alors le dessus, et réclamait sa part de viande juteuse.
Ma mère me paraissait toujours être la même, et pour cause, grâce à mon Père, elle ne vieillissait plus. Elle ne pouvait s'éloigner de l'Inwerin, sous peine de mourir. Mais sa vie, elle le disait toujours, elle l'avait pleinement choisi, et ne regrettait, et ne regretterait jamais aucun de ces choix. A part peut être d'avoir accepter que je ramène des animaux, avant qu'elle finisse par me l'interdire. Les animaux sauvages ne sont pas fait pour vivre dans une maison, fusse-t-elle en pleine forêt. Aujourd'hui, alors qu'elle était là, à mon chevet, je me disais que je ne regrettais pas plus qu'elle, les choix que j'avais fait. A part peut être la folie d'avoir cru en Jalia, mais avec le temps, je m'étais convaincu que cela ne venait pas d'elle, mais de moi. Plusieurs siècles d'existence, et je n'étais jamais parvenu à aimer aussi longtemps que certains Andains le font, comme ma mère aime mon père. J'ai connu des femmes, des hommes, et des Ai-Esu, j'ai sans doute déjà des enfants. Et si certains sont venus me trouver, ils ne m'en ont rien dit. Un instant, un court instant seulement, je me sentis presque seul. Je ne l'étais pas. En ce moment même, ma chère mère se tenait à mes cotés, sa petite main dans la mienne. Et je percevais, comme à travers un épais brouillard Atrazine et Ashenga'ar qui s'occupaient de Thallys. Si j'écoutais, je pouvais aussi entendre la forêt d'Iricht. J'eus un vague sourire. Il me fallait tenir encore un peu, ils seraient bientôt là. Je ressentais du soulagement, et sans doute appréhendais-je déjà la venue de Thallys. Je n'attendrais rien, j'avais compris la leçon. Une fois suffisait. Je repris un quartier de poire, le jus m'empoissait les doigts.

-Ils ont réussi, annonçais-je à ma mère, ils seront ici dans quelques jours. Je crois que je vais dormir un peu, maintenant qu'il est en sécurité.

En voyant l'air qu'elle arborait, je ne pus m'empêcher de rire. Je serrais sa main. Dans mon monde, ma mère était la seule chose qui ne changeait pas. Elle était toujours la femme forte, obstinée, drôle, en un mot : terrifiante, qui m'avait mis au monde, et qui m'attendait toujours patiemment. Atrazine avait raison, j'étais un fils indigne. Je caressai du pouce le dos de sa main.

-Tu verras, il ne ressemble en rien à Jalia. Thallys est différent. Je dirais même qu'il te ressemble un peu. Une vraie tête de mule.

J'avais dit ça sur le ton de la plaisanterie, mais je me doutais que Thallys serait dans un autre état lorsque je le reverrai. On ne sortait pas indemne de ce qu'il avait traversé. J'étais bien placé pour le savoir. Et j'avais alors maudit mon impuissance. J'étais en vérité, un bien piètre seigneur des Andains. Je devins alors plus sérieux, reposant ma tête contre les oreillers.

-Je compterai sur toi pour l'accueillir. Thallys a vécu des choses horribles. Je crois qu'il aura besoin de toi, comme moi j'ai toujours besoin de toi.

Je souris, avant de fermer les yeux, et de les rouvrir pour la garder. Elle était restée silencieuse depuis un moment. Quand elle m'avait apporté mon repas, elle m'avait raconté sa matinée, donné quelques détails à propos d'une nouvelle recette - que je ne pouvais pas encore goûter avec mon état- et puis elle m'avait donné des nouvelles de son associé, et des quelques personnes que je connaissais dans les environs.

-Navré de te causer encore du soucis.


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Piri
Marchand
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Peuple : Humaine Sous Protection Divine.
Second(s) Métier(s) : Sorcière Mineure.
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Localisation : Au coeur de la Forêt d'Iricht, ou bien à Dangweth.
Date d'inscription : 24/08/2007

MessageSujet: Re: Conversation sur le bord du lit.   Sam 10 Mar - 0:19

Elle s'inquiétait, au point d'angoisser, et de ne trouver l'apaisement que dans le travail de son jardin. La forêt d'Iricht la rassurait par de bienveillants murmures, et le vent lui apportait la présence réconfortante de son unique amour, Cùan. Le Dieu Tuuli ou tout du moins, ses vents serviteurs, transmettaient souvent les messages des Dieux, et ceux qui savaient écouter, pouvaient les entendre. Lorsque le vent soufflait, Piri se redressait, et le laisser jouer avec ses mèches brunes, alors qu'il murmurait à ses oreilles, les douces paroles du Dieu des Animaux.
Ses journées ne différaient pas de ces journées quotidiennes. Bien qu'elle ait demandé de l'aide à Nefbelethiel pour la boutique à Dangweth, Piri continuait de récolter les fruits de son labeur, et de confectionner ses potions et onguents, qui se vendaient toujours très bien. Elle tenait régulièrement le carnet de commandes, que Nef lui apportait chaque soir. Dans ce carnet, elle tenait le compte de ses stocks, et passaient en suite à Nef, les commandes à faire, avec les noms des marchands avec qui elle traitait habituellement. Avec le temps, sa petite serre n'avait plus suffit pour produire un stock suffisant de denrées venues du Sud, plantes, épices... Piri devait compter sur les importations, et attendre les caravanes marchandes. Pour faire venir des plantes ou des épices de l'Empire, il fallait bien compter un mois, ou deux. Et trois pour tout ce qui venait de Freyr. Quatre pour les cristaux de Nargothrond. Bref, elle et Nef devaient toujours faire en sorte de ne jamais être trop longtemps en pénurie de tel ou tel article.
Elle cuisinait pour elle, et pour Galadan. Dépendant de son état, elle variait les menus, mais avait fini par lui faire des potages, ajoutant du pain, du fromage, bref, des aliments solides lorsqu'il était lui même capable de s'alimenter, sans son aide. Son état était préoccupant. Piri le savait à bout de forces, et malgré la nourriture, Galadan était devenu rachitique en l'espace de quelques semaines. Ses joues s'étaient creusées, au point que sa peau était tendue sur ses hautes pommettes. Son bien aimé fils n'était plus que l'ombre de lui même. Du moins, c'était ce qu'elle avait cru, jusqu'à aujourd'hui.
Ce midi, Piri l'avait trouvé assis dans son lit, plus éveillé que jamais, et heureux. Il n'y avait plus cette atmosphère pensante des dernières semaines. Il mangea même de bon appétit, et demanda même une seconde poire. Fruits qu'elle avait acheté ce matin même, alors qu'elle venait de voir que l'état de Galadan n'avait pas changé. A peine quelques heures plus tard, la situation avait changé. Elle lui tenait la main, et ne fut pas surprise de l'entendre dire qu'Atrazine et Ashenga'ar avaient réussi à retrouver le Thallys, que son fils nourrissait à distance, via un lien puissant. Piri ne pouvait s'empêcher d'être inquiète, dubitative. Par le passé, Galadan avait déjà fait ça, et la jeune femme qu'il avait aimé, l'avait rejeté, et s'était marié avec un autre. Alors elle n'avait aucune confiance en ce que réservait l'avenir de son fils, avec ce Thallys. Son regard dut la trahir, puisque la pression sur sa main s'accentua. Elle entendit son fils rire depuis la première fois en un mois. Piri eut un sourire.

-Ah, s'il me ressemble... Bien sûr que je l'accueillerai comme il faut ! Le pauvre, voyager avec deux énergumènes pareils ! Et je ne serais pas une bonne hôtesse de maison si je renvoyais ce petit chou comme un malpropre ! Pas après tout le mal que tu t'es donné. Jamais. Tu sembles beaucoup l'apprécier...

Le pouce de son fils lui caressait le dos de la main. Elle eut un pincement au coeur. Cùan faisait souvent ça, lorsqu'il passait du temps avec elle. Et ses autres enfants, lorsqu'ils lui rendaient visite à elle, faisaient souvent ce geste. Après tout, tous les enfants de Cùan étaient un peu... C'était comme si elle s'était remariée, et qu'elle était la belle-mère d'une grande famille recomposée. Et la plupart des Andains la considéraient comme telle, comme un genre de mère un peu protectrice, et toujours accueillante. Piri sourit plus largement.

-On a toujours besoin de sa mère. Et tu ne serais pas le digne fils de ta mère, si tu ne causais pas de soucis à quelqu'un. J'en ai fait voir à ton père, lorsque nous étions tous les deux. Avant de t'avoir... Enfin tu sais déjà tout ça. Tu peux dormir, j'attendrai ton Thallys et ses anges. On reparlera des soucis que tu me causes quand cette histoire sera terminée, et que tu pourras tenir sur des jambes, sale garnement.

Le pincement au coeur. Encore. Piri serra plus fort la main qui tenait la sienne. Elle était soulagée, mais il n'était pas encore temps de se relâcher. Ni Atrazine, ni son vieil ami Ash' n'étaient là, et elle avait encore à faire, si ces trois là arrivaient. Ils auraient sûrement faim. Et Thallys voudrait sans doute... Enfin, Piri devait se préparer à toutes les éventualités.



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