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 L'offrande et le Prophète.

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Iyac
Prophète
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Date d'inscription : 14/08/2007

MessageSujet: L'offrande et le Prophète.   Dim 27 Mar - 16:26

Une fumée fine, dégageant des odeurs de mire et de jasmin, envahissait une cour souterraine, faite de pierre et ronde.
Sur une partie de pierres grises surélevée, creusée de rigoles couleur émeraude et entourée de piliers de pierre brute de différentes tailles se tenaient huit personnes. Quatre hommes vêtus de toges rouges et blanches étaient agenouillés aux quatre point cardinaux, les mains jointent, la tête basse, leur voix basse et grave se répercutant dans toute la cour. Quatre femmes vêtues de blanc se tenaient aux quatre extrémités des rigoles, tenant de grandes bassines de pierre ponce qui serviraient à recueillir le liquide qui coulerait.
Une foule agenouillée, composée d’hommes et de femmes, priait silencieusement avec les prêtres tandis que deux hommes, escortés de quatre gardes vêtus de peaux de panthères et de léopard, s’avançaient d’un pas lent vers une table de pierre au centre même du promontoire. Les deux hommes étaient vêtus d’un habit de plumes vertes, bleues et rouges, leurs poignets étincelaient d’or ainsi que leurs cous et leurs chevilles. Une coiffe de plumes multicolore s’élevait sur la tête du plus grand des deux, laissant à peine voir le noir de ses cheveux, et soulignant le brun de ses écailles rayées. L’autre, plus sobrement paré, avait des cheveux d’or. Lin se sentait distant, ne semblait plus rien voir de ce qu'il y avait autour de lui. Résigné, il priait. Non pas les Dieux du culte des Quetz, mais les siens. Les Vingt Divinités Inwilissiennes. Il implora Dämons de bien vouloir l'accueillir lui et son amant quand ils rendraient leurs derniers souffles. Il pria Lyuben, le remerciant pour ces courts instants de bonheur. Il pria Ceallach et Feardorcha, qu'il ait la force de tenir, de cacher sa douleur. Lin pria.
La prière prit fin, et tout le monde se releva. Des acclamations de fureur s’élevaient, de plus en plus fortes, alors qu’on retirait les habits et les bijoux d’apparat du plus petit des deux hommes, le blond, puis qu’on le faisait s’allonger sur la table dos contre la pierre et lui liait les pieds et les mains en croix. La tension était palpable autant que les souhaits de mort de la foule face aux hommes. L’homme aux cheveux noirs fixait droit devant lui, sans faire paraître la moindre émotion ni dans ses yeux, ni ses traits, on aurait pu croire qu’il était ici pour regarder tout simplement.

-Ancien prêtre Masuaro, ex serviteur de nos dieux, tu as renié ton peuple et tes croyances pour l’impureté d’une relation immorale et contre nature. Toi et la chose t’ayant entrainé dans ce gouffre de débauche êtes condamnés à être sacrifiés à nos dieux, afin de leur offrir votre sang, vos cœurs et vos corps, en offrande, et de vous purifier.

La foule commença à chanter une litanie, tout d’abord d’une voix faible, puis ça s’accéléra et le rythme en devint presque tribal. Sur la pierre, presque nu, et cible de bien des attentions, Lin fixait le plafond de la salle, bien décidé à ne rien montrer. Lin continua de prier les Dieux d'Inwilis. Un poignard fut donné à celui qui était à présent le nouveau guide spirituel des Quetz. Il approcha l’arme blanche du coté de Laurëlin. L'hybride déglutit en voyant l'éclat de la lame. L'appréhension le gagna, il refoula sa peur. Il savait ce qui l'attendait, il avait lui même choisi d'aller jusqu'au bout, plutôt que de passer le reste de sa vie à fuir.
La voix du prêtre rententit, couvrant les cris de la foule.

- Que la souffrance fuse de cette âme souillée, que celui qu’elle a fait se vautrer dans sa souillure éprouve une toute autre souffrance à le voir ainsi. Que leurs êtres soient tourmentés, et qu’ils soient justement punis de leurs actes immondes.

Masuaro avait les mains liées dans le dos, et ses jambes étaient enserrées également. Et heureusement pour le prêtre qui fit une lente entaille le long d’une des cotes de Lin. Le Quetz attaché tentait de ne rien laisser paraître sur son visage, car il savait que c’était là le but de ce qu’ils faisaient, le faire souffrir lui en premier lieu.
En tout le prêtre fit douze entailles, une pour chaque cote, une le long de chacune d’entre elles. Les entailles avaient été faites très lentement, et sans que le prêtre appui beaucoup pour causer plus de douleur. La blonde offrande continua de fixer le plafond, comme s'il allait s'ouvrir, lui laissant apercevoir un coin de ciel bleu. La douleur déchira son ventre, encore et encore. Lin se mordit la lèvre jusqu'au sang, refoulant ses cris. Il ne devait pas crier, où Masuaro entendrait, et souffrirait plus qu'il ne souffrait déjà. Et s'il parvenait à s'empêcher de crier, il ne pouvait pas empêcher ses larmes de couler, ni son corps de vouloir se soustraire à cette torture, bien que cela lui fut totalement impossible, puisqu'il était solidement entravé.
Masuaro bouillonnait de l’intérieur, et avait une envie presque irrépressible d’enfoncer le poignard cérémoniel dans la gorge de celui qui le tenait. Il supporta cela sans laisser voir l’envie de meurtre qu’il avait, sans montrer l’écœurement, et le déchirement que lui causait la souffrance de celui qu’il aimait depuis si peu de temps. Le dessein de ses dieux, était cruel et incompréhensible, pourquoi le pousser dans les bras de l’offrande de Marquise, et pourquoi lui arracher la seule personne qui avait su effacer la douleur qu’il avait ressentie à la mort de Lania ?
Les entailles finies, le prêtre passa la lame sous la peau du semi-eldarin, la soulevant, puis la coupant. Il lui dépeçait littéralement le torse, comme on le ferait avec un Earthaë mort afin dans récupérer le cuir. Laurëlin n'y tint plus, et ses cris étouffés se muèrent en hurlements. A chaque morceau de peau soulevé, décollé, Lin hurlait, presque en continu, alors qu'il sentait sa propre réaction physique. Sa partie Eldarin tentait de le protéger, faisant pousser des écailles.
Le couteau du prêtre était plus rapide que son corps.

Deux jeunes femmes Quetz, s’approchèrent, tenant des encensoirs, elles les firent tourner près de la tête du blond, le laissant inhaler la fumée âcre et irritante de piment brûlé et de poudre de souffre. Aux pieds de Laurëlin, un homme se saisit d’un tison, et passa le bout du métal chauffé à blanc entre chaque orteil en appuyant comme pour creuser un peu plus l’écartement entre chaque doigt. Tentant d'échapper à la brûlure, Lin tenta de bouger ses pieds, alors qu'il étouffait. La fumée l'avait pris à la gorge, noyant ses hurlements dans d'affreuses quintes de toux. Sa vision était totalement brouillée. Laurëlin se tortilla, tentant désespérément de voir une dernière fois Masuaro. Il devait le voir, encore une fois. Rien qu'un tout petit instant. Il devait voir son visage. Lin implora Lyuben de le laisser voir le visage de Masuaro, pour cette toute petite et dernière fois.
Le goût de la bile brûlante, monta à la gorge du quetz, en même temps que des larmes salées perlèrent aux bords de ses paupières. Il avait aimé faire ça, devant les yeux de l’une des erreurs de la nature qui avait été prisent dans leur communauté. Voir celui qu’il tenait sous son poignard lui avait procuré une joie et une extase sans fin, entendre les hurlements de désespoir de l’aimé qui était condamné à regardé aussi. A présent, il était celui qui regardait son amant se faire torturer et tuer à petit feu. Sa mâchoire tremblait, ses genoux aussi, c’était infime, mais déjà trop, ça se remarquait chez lui, lui qui n’avait jamais laissé passé de sentiments donnant l’impression qu’il était sensible, qu’il avait un cœur. Les larmes roulèrent sur ses joues, contrastant avec le visage impassible qu’il avait. Tout le monde l’avait vu, la foule exultait de joie, le prêtre souriait sadiquement et prenait encore plus de plaisir à arracher lentement de grands morceaux de peau sur la victime sous lui. Quatre grands coups du poignard cérémoniel furent portés, un par épaule, puis un pour chaque cuisse.
La litanie tribale et transcendante de la foule se fit plus rapide, alors que le prêtre levait lentement son arme au dessus de sa tête.

Laurëlin hurlait, la fumée ne suffisait plus à engorger les poumons. Son corps n'était plus qu'un amas de souffrance. Il se raccrocha désespérément à la pensée qu'une fois qu'il serait mort, il pourrait reposer en paix, et ne plus jamais sentir une tel souffrance. Il se raccrocha à l'idée de devoir regarder Masuaro une dernière fois. Il l'avait déjà fait tant de fois, pendant qu'ils faisaient l'amour dans la chambre du prêtre, quand Masuaro mangeait, lisait, s'habillait... Lin avait mémorisé chacun des gestes de son Quetz, comme pour les emporter avec lui. Le geste du prêtre n'échappa pas à son regard, et Lin ferma les yeux. Ce serait bientôt fini.
Un éclair blanc fendit l’air, des gouttelettes rouges écarlates jaillirent peu de temps après. Le poignard avait été planté juste avant le début du cou.
Le quetz ne se retint plus, d’un coup il bondit sur le prêtre le faisant voler de coté, lui-même tomba sur l’autel, se prenant le bord de la table de pierre dans le sternum. Il posa sa tête contre la joue de Lin. Il respirait encore. L’ancien prêtre émit un sanglot étranglé, et déposa un baiser sur la joue du blond. Il murmura un ‘‘Je t’aime’’ d’une voix tremblante.
C'était fini. Il se sentait léger, sentait la vie s'échapper lentement. Une sorte de calme l'envahissant, s'empressant de l'engloutir. Contre sa joue, des lèvres. Un baiser. Lin tourna la tête, les yeux à demi-ouverts, pour voir Masuaro. Le visage ravagé par le chagrin, la colère, et... Contre son oreille, cette toute petite phrase. S'il avait pu, Laurëlin aurait demandé un dernier baiser, mais le goût du sang dans sa bouche, la sensation de se noyer... Il savait que le prêtre lui avait fait un trou dans la gorge, et qu'il en mourait. Il s'en retrouvait incapable de parler. Il essaya, et cela se solda par plus de sang dans sa bouche. La seule chose qu'il put faire fut de regarder Masuaro, d'emporter ce visage alors qu'il commençait à ne plus pouvoir le voir. Il tendit une main vers lui, se sachant incapable de pouvoir l'atteindre. Alors Lin se contenta de le regarder, encore et encore.
Jusqu'à ce que ses yeux n'aient plus que le regard vitreux de la mort.
La foule hua, Masuaro fut attrapé par les cheveux, sa coiffe de plume se détacha de sa tête et roula loin de lui. Il assena un coup de tête magistral au garde quetz qui se dépêchait de le maitriser, et lui cassa le nez. Ses griffes, sa queue et ses écailles ressortirent, un cri de rage retentit. La foule lança alors des pierres, lourdes et taillées en pointes. La lapidation commençait. On le frappa à la tête, arrêtant sa transformation à moitié, et l’embrouillant dans ses sens. Il sentait son corps se faire marteler de part et d’autre, on réussit à attraper ses mains toujours liées et à lui passer une corde dans les liens. Il fut soulevé du sol, comme un vulgaire sac, ses bras tordus dans une position peu confortable. Les quatre hommes vêtus de rouge et de blanc qui priaient aux points, se munirent de lance, deux d’entre elles furent enflammées, des autres servaient uniquement à le planter.
Il fut rapidement couvert de sang, sans plus aucune autre perception qu’une douleur pardessus une douleur encore plus grande. On lui brûla les cheveux, ses vêtements, il hurlait mais sans plus aucune force. Et finalement, il ne ressentit plus rien. Son corps se détendit, son esprit quitta pour la dernière fois son enveloppe, il ne renaîtrait plus.


Sa main se crispa sur le rebord de la fenêtre.
Nilanwen l'elfe, et compagnon du prêtre Bernyl avait les yeux rouges. Il était à cette fenêtre depuis les heures sombres qui précèdent l'aube. Il avait vu celle-ci se lever, conscient que dans la partie du temple la plus en ruine, celle uniquement fréquentée par le peuple des Quetz Lacerta, sous terre, se déroulaient une mise à mort.
Il n'y aurait plus personne à part lui et son cher et tendre Bernyl pour se souvenir de Masuaro le Prophète et Laurëlin l'Offrande. C'était un cadeau bien cruel qu'avait fait Marquise au Quetz. Elle lui avait offert l'amour et la mort sur un même plateau.
Il se demanda encore comment les autres pouvaient supporter qu'une telle ignominie se déroule sous leurs pieds. Comment une telle religion pouvait être tolérée ? Et pourquoi Lin et Masuaro n'avaient-ils pas choisis de prendre la fuite ?
Le soleil s'était levé sur l'Eredmorn, et dehors, tout était si calme. Mais Nilanwen aurait pu jurer qu'il entendait des cris.
Il avait supplié Bernyl de faire quelque chose, mais il n'avait fait que secouer la tête, et dire que s'était impossible. Nilanwen avait fini par lui jeter qu'il le détestait. Il avait pleuré, et prié pour que les Dieux ne laissent pas une telle chose se produire. Mais vaines furent ses prières, puisqu'il voyait de la fumée s'élever des petites ouvertures grillagées pratiquées dans le sol de la longue cour du temple.
L'elfe avait la gorge serrée. Sa seule consolation était, qu'avec la mort de Masuaro, cette infâme religion, aux Dieux oubliés, sombreraient dans l'oubli. Marquise ne faisait des offrandes qu'à Masuaro en échange de prophéties, comme bon nombres de grandes familles du Sud. Maintenant que le Prophète était mort, les Quetz venaient de perdre leur seul intérêt aux yeux du monde. Nilanwen se réjouit. Ils sombreraient tous dans l'oubli, et eux aussi disparaitraient dans les flammes, devenant cendres et fumée s'éparpillant au vent.
Bernyl l'enveloppa de ses bras et resta avec lui, jusqu'à que la fumée disparaisse.


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